‹ Histoire de l'église latine de ConstantinopleChapitre 3 sur 21 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LATINITÉ DB GONSTANTiNOPW (état ancien).

L'histoire de l'Eglise latine de Gonstantinople est, à proprement parler, celle de la Latinité ellô-roômft , dans cette partie du monde ;

(1 ] « Tourne-toi (6 France !) ^ers le Christ, trop oublié naguère ;

« Ce Dieu des chevaliers

« Qui t'employa mille ans à ses Gestes de guerre

{Ode à la France^ par M. de Laprade, de TAcadémie française; laFrancCy du 10 janvier 1871). .

èlte à suivi teè '^tiAâës dîverseé de riinpôVlancè, de la i^ëstrïclibn ôtt au dévëlbp^inénï àéi éàMieé Mines dans cètle capitale àé l'OHèni Bêjà, dès lèlx* siècle, on relève delà lettré 251 écrite pkv le pkpè léan Vllt (intronlâlé lé l4 décembre 8^2, mort le Il dêtembl-ë 882) à Basile le Macédonien, qui régna de l36f à 886, l'èxiâtèbéë à ton^tantinoplë, entre 867 et 882, d'une église làtiïlè tous le Vt)bable de S. Sërgius, cohtenipôraineiùeiit au pâtîiàVcat de t^hotius. Bànduri (i) i^eptoduiît, éôioiaié suit, les téVJtoé§ de là lettré pontificale : « Immensas post bëum Serenitati vestrâ^ gi^âtias àgimus, primo... secundo autém qubâ iùonasteriûïh S. Sei*gii iïitra vestram i^egiàtn urbem constitutum, qùod âàbdta Roitiàila Ëccleàiajui^e pi'ôprio quoUdam retinuit, divina in^^iràtiotië tepleti pro bonore Principis apostolô^uni, noëtro piriâ3i^ulati reddidistis. »

Sous Basile II (994), les Vénitiens établis à Constàiitinopié y fd't'fbaiëàt une commune. Élepping (2), auquel cette citation est eJbà^rutitéè, iié parlé pas de leurs établissement sreligieux; mais il est probable, eu s^appuyant, par sinalogie, sur ce qui s'est passé depuis que les intérêts religieux ont dû être sauvegardés, aussi bien que ceux de la politique et du comînërce. En etf'ét, oîi à vu plus tal*d que chaque nationalité, en obtenant àéà empereurs des localités distinctes pour leurs intérêts tèinporels^ acquirent en dièmetetnps la faculté d'avoiif deâ églises ou mieux âes chapelles^ ainsi t|ue des lieux de sépulture et autres, pour le culte ou l'exercice dé la charité. Malheureusement, lés {liassions politiques où religieuses, le feu, et, surtout, cette indifférence affectée de part et d^autrè pour les dissidents et leurs établissements religieux, n'ont laissé que peu ou point de traces i^ur les localités occupées par les Latins dans la ville de Constantinople et rendent ainsi plus que difficile toute recherche tendant à en déterminer l'emplacement.

Selon DuCange (3), les Amalfitains (4), qui furent l'une des premièl^es colonies latines établies dans le Levant, [possédaient à Constantinople une église dite « Deiparse seu Harise Àmalphitarum, de Latiilat » (&). L'autonomie de cette colonie disparut, à

(1) Imperium orientale^ Venise, 1729, p. 803.

(i) Uist. du commerce entre le Levant et VEurope.

(3} Constantinopolis christiana^ lib. II, 1.

(4) Citéi^ dans les Acta et diplothata grœca medii œvi, sactd etprofàttay Miklo- Uc^ et Muller, Vindobonae, 1S65, tome III, 7, 19, 2^.

(5) Le P. béiyot, dan^ son Dictionnaire dés ordres religieux, II, 821, rapporlp a qa'enYiron vers Tan 1048, des marchands d*AmaIti, trafiquant à Jérusalem, dbtîn-

Constantinople vers 1060, Alexis Comnâne ayant donné à cette époque aux Vénitiens un privilegium portant qu'en reconnaissance de leur intervention contre les Normands, a les Amalâtains de Constant] nople seraient, dans l'avenir, tributaires de V église de S. Marc (1). » Sainte-Marie des Amalâtains suivit sans doute le sort de la colonie et passa aux mains des Vénitiens. Selon les termes mêmes de ce privilège, rapporté dans Miilitz, l'empereur aurait a cédé aux Vénitiens toutes les boutiques et tavernes de la capitale, comprises entre l'ancienne échelle juive et l'endroit nommé Bigla (?), avec les échelles situées dans cet espace. »

Les Pisans, de leur côté, obtinrent aussi des avantages à peu près semblables à ceux des Vénitiens ; leur établissement dans Constantinople tout en ne pouvant rivaliser avec celui des premiers, fut néanmoins assez coosidérablej nous pourrons eu constater ci-après plus d'un témoignage.

Lors de la séparation de l'Eglise orientale, consommée en 1064, les lettres d'excommunication du pape Léon IX au patriarche grec Michel Cérulaire, déposées par les légats pontificaux sur l'autel de Sainte-Sophie, en présence du patriarche et du peuple assemblé, font mention des «églises latines de Constantinople (2). «

Quelques années plus tard, et après la célèbre bataille de Hastings (14 octobre 1066), qui donna la couronne d'Angleterre à Guillaume le Bâtard, un noble anglais, s'esilant de son pays, vint se retirer à Constantinople et y b&tit une église sous le vocable de S. Nicolas et S. Augustin de Cantorbéry (3); mais cell.a seconde dénomination, rappelant, d'ailleurs, un souvenir tout national, a Jini par disparaître complètement, et l'église ne fut plus connue que sous le nom de S. Nicolas, conservé jusqu'au moment où elle fut enlevée à la latinité.

Sur une tour des murailles de Constantinople sise entre la tour de cetle porte et celle de Topcapou, M. le docteur Paspati, savant archéologue hellène, a relevé, il y a quelques années, des ins-

rqnl du prince uusulmaD qni y régnait ulors, une église oti l'on put célébrer roiGce divin selon le rii île l'Ëglisu romaine ; cette église était silaée au quartier des cil ré-lietis, devant le temiilede la RésurreclioQ... elle lut appelée Sainle-Mariû de la Lalint, pour U distinguer des autres églises oii l'on ne suivait pas le rit latin, n Voy. aussi p. 740, 7il.

11) Depping.n, 09 : Miiiitz, «anu«l de* Coruub, Jl, i, 10.

(3) baron» oriliea., IV, 195; cf. aussi ImjierivmoTienlale 1711, II, 676.

(3) CPiis chriAianay IV, PO; Jl, 33. S. Augustin Tut l'apSire du royauiDe angloaaion et le premier archevêque de CaDtorbéry (CT. Monialembert, la Moines d'OecidBnl,IV, 3S8etsiijv,)

oriptions funéraires de Varanges <x gardes-du-oorps des empereurs » ; ces Varanges se seraient-ils groupés autour de cette église qu'ils auraient considérée comme leur église nationale (l)î M. le docteur Dethier a envoyé, de son côté, au musée de Stuttgardy il y a une douzaine, d'années^ une pierre tombale de Varangej trouvée par lui dans le même endroit.

En lllOy les Vénitiens avaient aussi un monastère du nom de a Saint-Georges de Pantepoti, x> dirigé par un prieur, puis en 1220, par un abbé.

En 1157, le pape Adrien IV, dans ses lettres à Henri, patriarche de Grade (2), formait une sorte de diocèse des églises latines de Constantinople et des autres villes de l'empire, qu'il plaçait sous l'autorité de ce prélat; et il donnait à celui-ci « faculté d'ordonner et de sacrer des évéques, tant dans la capitale que partout où besoin serait. » Ces lettres, tout en ne faisant mention que des églises c( fréquentées par la multitude des Vénitiens, » semblent indiquer^ néanmoins, que la latinité entière de ce pays relevait de l'autorité ecclésiastique du patriarche de Grade, ou des évéques sacrés par lui (3).

Jusqu'en 1178, les Vénitiens paraissent avoir exercé à Constantinople une sorte de suprématie sur les autres colonies latines; mais, à cette époque, la république génoise, profitant du mécontentement de Manuel Comnène, contre les Vénitiens, vint à son tour s'établir dans cette ville ; et elle obtint de l'empereur, dans cette année 1178, par le privilegium énonçant ses avantages, la concession d'une église dans le quartier dit Orca (4), « embolum

(1) L*ambassade d'Angleterre a fait récemment, assnre-t-on, des démarches p ur obtenir la translation de ces pierres au cimetière àiilitaire anglais de Sculari ; malheureusement, ces démarches n'ont pas abouti : ces précieux monuments ont été employés comme matériaux dans la construction de Torphelinat dit Selimte Gela est d'autant plus regrettable que Tincendie du 5 juin 1870 a détruit lesfac- «mile des inscriptions existant tant chez M. Paspati que dans la Société littéraire hellénique de Péra.

(2) Grado, résidence du patriarche délie Fene^te, jusqu'en 1451, époque où cette dignité fut portée au siège de Venise. Le patriarche de Grade joua un rûle important en 685, dans l'assemblée des évéques, du clergé, des nobles et du peuple, qu i nomma le premier duc de ycmse[LebeaiUyHi8t. du Bas-Empire, par S. Martin, Xn,41.)

(3) Baronii cvitita, IV, 586; CPlis christiana, III, 3. D'autre part, on lit dans Depping (I, 210), mais pour une époque postérieure, lors de la prépondérance des Génois en Orient : « qu'à l'archevêché de Gènes était nttachée, à perpétuité, la dignité de légat du Saint-Siège, dans les pays d'outre-mer. »

(4) M. Dethier pense qu'on doit lire Oréa, le Baghtchè Capouçou de nos jours, k gauche duquel se trouve lenéôrion « remise, ancrage des embarcations d^s sultans. » Cf. Dethier, Critohoulos, vie de Mahomet //, dans les Mon, hung. hist, III, 182, 217-

et scalâm et eçclesiam, ultra CpliiQ^ tçi loeo qq^ i^î^ Qr^Kt Iq )dco bono et placabili (1). v

Cette sorte d'irivasion latine, quoique toute commerciale et pa.cifique,^ ne tarda pas cependant à soulever les passions : déjà, )fi passage des bandes plus ou moins disciplinées de la première croisade, sous Alexis I Comnène, avait laissé de pénibles spur venirs dans l'esprit des popi^lations : « les désQr4['Bs coi^i^is par elles sur les terres de l'empire avaient fait considérer les Franc? comme des ennemis non moins dangereux qu.o. les Turcs Seldjouqydes»; et, si l'oQ en croit les historiens laiJns, « Alexis c'aurait rien négligé pour consommer, en Asie, la perte des croisés (2). n De part et d'autre, on manqua aux engagements coBtraclés,,et \^, mésintelligence éclata entre les Latins et les Grecs. Pourtant, certains empereurs, comme Manuel, s'inspirant il est vrai des iun téréts politiques, surent comprimer ces sentiments; mais le' peuple, étrangeri cet ordre d'idées, « tint les Latins en aversioii; et la mort de Manuel l'affrancbissant de la contrainte que lui imposait la protection donnée par ce priuce aux étrangers, il se livra sans réserve à sa haine et la poussa jusqu'à la frénésie, a L' ambassadeur génois, porteur de la ratification du traité conclu par la république avec le prince défunt, fut mal accueilli d'Alexis II Comnène, son successeur; el, si l'on en croit certains rapports, il curait été lui-même l'une des victimes du mouvement populaire de 1182, dans lequel les prêtres latins furent expulsés de leu^s églises, les malades chassés des hôpitaux, et les habitants paisibles de leurs foyers. Tout le quartier latin fut mis & feu et à sang, sans distinction d'âge, de sexe, de condition. Selon Guillaume de Tyr, u les Latins massaçi;és dans ce soulèvement furent au nombre de six mille (3). »

En 1192, Isaac l'Ange confirma les privilèges accoi;dés; paç Alexis et Manuel Comnène aux Pisans. Le dernier privilège fait mention des deux grandes églises {diïomegalèeccliciè) des Pi^i^,: a. Saint-Pierre et Saint-Nicolas (4). » Cette dernière église est-elle lamème que celle déjà citée, etquiauraitpassé sous la domination pisanef celle de Saint-Pierre était-elle située dans le même quar-

(I) Saull, Délia colonia degli genovai, 11, 193; au tome 1, 'U, Ja ciialioD du mÉme letle porta orca.

(i) Art davérilier tes dates, BTS.

1,3) Hittlu, loc. 'auri.,11, i, 83; Afl de vérifier tesika». U) icla et diptomafa graca , III, 7, 20.

tierf K. le docteur Detfaier dii qM Fégltoe'des^ Phwdi» ire ti^tiVàM; sous Coamèiiey au N. deSaiaie^i^phte (1)^

Les haines excitées'de part et d^autr&'pap le'ifeulèveilient de il8S^ s'étomt apkuisëesv Gènes en-voya^ en lâOl, nXi nouvel ambassadeur alupràsid'AteBÎs tH ConiTiètee,.à l'effet de négocier le^reiiouvdJeinent dedamdiensFpivctesv etd'obteniv'ccdesmaisons'pri^^/^ fond&e desPisaos^ edmme auslû dians h voisinage" de Saiwte''SopRié; mai&la mauche des oioî^ SnanecHvënitiens^ avec le piiojet avouédedëfrôner AlexiBiIII> entrava les négociàiâonset eïcita uile telle indtgnatibn dans le'peut>le^ que l'enipertar^» en vue' de préserver' le» JOU0S' de? Tenvoyé* génois^- 1 -engagea à retournei' seorètemefnt daB8isdn^af3(â). Bh effet^lei fil» di'Isaae l'Ange, devenu plus'tard etapereuv sou^i 1er nom d'Alexi»" lA^, voulant parvenir à la déli-> vmiHnr de^ son pèiiê,'Isaac l^Aoïge, diétrôné par' Ale^s III, i^étdt^ rendu en Allemagne, puissent Italie et> à Venise^ pous^ siedlieiter d^ secoursi; et-ii avait signé avec la- sérénissime république un traité stipulant que- Tempereur son' père, une fois rétabli sur le trôney s'emploierait à^rétablisseurent' de l'obédience envers le souverain puntite, ainsi qu'à Ib snibstitutioU' du rit latin au rit grec i (3). On sait^ par un» li<vre'de^ publication^ encore récente (4), comment la conduite de ce prince^ qualifié a d'horrible fléau de sapatrie) n fut appréciée par ses coreligionnaires. Toutefois, tiré de sa prison', Isaac l'Ange: fut replacé sur le trône avec son fils> par le» croisés; mais -ce dernier se fit tellement délester de ses sujets par. ses procédés, ou plutôt par le fait même de ses' engagements' envers les Latin», et dont ceus^^ïi réclamaient l'exécution (5), qu'un certain Murzuflese fit proclamer empereur, et fit mettre à mort le malheureux protégé des Latins. Croyant voir, dans cet' acte, la viblàtio^ de^ promesses qui leur avaient été faites, les Latins^, entraînés d'ailleurs par les Vénitiens> dont ils servaient ainsiila politique intéressée et les rivalités^ firent lesiége de Constbntinople' et se rendirent maîtres dé cette ville le 12 avril 1204.

Déjà, au rapport de Villehardouin (6), « et pendant qu'Alexis

(1) Oritoboviios], III; 239^

(3)SauIi, loc.lavdA. 31.

(4) Description de CP. ancienne et moderne, par le patriarche Codstantius, p. 81.

(5) Après la- prise de GP: par les croisés : « Mostra JofiProi de VillehardoiD, li marescbauxi deiChanpaigne, la* parole, et dit à l'empereur Kyrsac {Kirios Isaac) : Voici les convenances faites avec vostre fils : to( eL premier chief, mètre lot rempire de Romanie k l'obédienee de Rome, dont il est partie pieçà. » (Chronique, éd. BacboB, 1828, p. 74.)

(6) Edit. Paulin PâirU, p. 05.

était en campagne avec son armée, il survînt un insîgnt* mnlheur et UQ grand désastre à Constantinople par une querelle entre les Grecs et les Latins (1), qui y estoient estagier, dont mmdt y en avoit... et quant lî baron de l'ost qui, de l'aultre part du port, estoLent héberglé, virent ceste aventure, ai en furent moult dolent et moult irié, et moult en eurent grant pitié. Car ils virent ces

hautes yglises et ces riches palais fondre et dura li feus dui

jors et dui nuit, que aine ne post estre eslains par nul home

et tenoit bien li frons del feu si corne il aloit ardant, demi-lieu

de terre et tout li Latin qui estoient hébergié en CP...., n'i

osèrent puis demorer ains prirent leurs femes et leurs enfans, et de leur avoir ce qu'ils purent traire del feu ne échaper, et entrèrent en barges et en vaissiaus, et passèrent le port par devers nos pèlerins; et ne furent mie si poi que ils ne fussent encore quinze mil que petit que grant (2). »

Par un traité, préalable à la conquête, les croisés avaient stipulé entre eux que la dignité patriarcale serait dévolue & un membre de la nation autre que celle à laquelle appartiendrait l'empereur à élire (3). Le choii: du comité des douze électeurs, six français et six vénitiens, s'étant porté sur Baudoin, celui-ci ceignit la couronne impériale, dans Sainte-Sophie, le 16 mai 1204., et Thomas Moroisiuî s'assit sur le trône patriarcal de Constaotinople (4). Par ce fait, l'ancienne juridiction spirituelle du patriarche délie Venezie se trouva recevoir ainsi une nouvelle et solennelle consécration.

Le patriarcat latin dura autant que l'empire, et compta dix titulaires résidents, dqnt le dernier, Pantaléon Giusiiniani, noble Vénitien, quitta Coiistantinopie en 1261, après la restauration grecque, pour venir à Kome,oi!) il mourut, en 1286. Les papes ont continué de nommer des patriarches latins.au siège de Constantinople; mais ceux-ci ont, depuis, résidé à Rome (5). Toutefois, et bien que la dignité patriarcale fût exclusivement réservée aux

(I) Cf. sur les EéditioDS surienueso après U resIauraiioD d'Alexis, entre le ' Grecs et ies Latins, Devoslalio CPlaiia, p. 87, qui eo donne les dates,

(3) On croirait lire dans ce passage <te Villebardouin, le récit du lameniable incendie de Péra du S juin 1870.

(3î Fieurï, /futoiro eceUstostigue, XVI, 87.

(*) Conr, Wenoalolio constantinopolilana, édii. par Hopr, p. 0Î, et aussi la Prise il« CP. ae Roberi de Clary, p. 73, éditée par le niËme; communicatioiiH dues » foliligeunce de H. le docteur Dethier.

[S] La série des pairiarcties grecs a continué sans interruption, malgré la dominaiioD fraoque ; le premier de ceux-ci, pour celle période, Michel V, avait transporté son siège ï Nicée.

Vénitiens^ les Français ne furent pas écartés des grands offices ecclésiastiques: ainsi, enl315, unFrançaiSy Legiers, était deens (decan, chanoine-doyen] de Sainte-Sophie et chancelier de l'empire; un autre y Gautier, était « deens de l'église de N-D. Panecrante « Immaculée (!)• v

La conquête latine réalisa^ pour le moment du moins, les promesses du prince Alexis : plusieurs églises, et des plus importantes, furent attribuées aux Latins; mais, quoi qu'il en fût, le nombre de ces églises dut être encore bien restreint, comparativement au chi£û[*e total des édifices religieux de la capitale. Ducange rapporte (2), d'après Théodelus : « an mc, qu'il y avait dans la ville 1,200 églises et 360 couvents, d Villehardouin dit, de son côté : a Des sanctuaires ne convient mie à parler, que autant en avoit*il à ice jor en la ville, corne il remanant dou monde. »

Robert lie Clary dit, d'autre part : a xcii. .. que mes bons conterres peust nombrer mie toutes les abeies de la chite; tant i ei. avoit>il, que de moines que de nonains, entre les autres moustiers delà ville hors, et si nombroit-on qu'il avoit bien largement en la chite ^Sx (3) prestres, que moines que autres... n)

Parmi les églises attribuées aux Latins, se trouvaient :

« Le mostier de Ste Sophie, où u enterrez le doge Henri Dandolo, à grant honor (&); puis, Marie de Champagne, femme 4e l'empereur Baudoin (5) :

a Le mostier des Apôtres, où fu enterrez Eudes de Champagne (6) :

« Le mostier de Mgr S. Georges de la Mange, où fu enterrez à moult grant honor Hugues de S. Paul (7) ;

a L'yglise de Mgr sain Johan de l'hospital, de Jérusalem, où fu enterrez Mahius de Monmorenci (8). »

On peut citer aussi :

L'église de S. Acyndyn, affectée spécialement aux Vénitiens, et relevant du patriai che de Grade (9). S. Acyndyn a à l'abri de

(1) CPlis christiana, IV, 36, 03.

'2) Loc. laud. III, 8.

(4) Ducange, Hist. de Vemp, de CP, p. 160, 340.

(5) Id. 334.

(6) !d, p. 108. a Le mousUer dei VU apôtres; si igisoient en chu moustier VI cors d'apostrec (Robert de Clary, loc. laud, p. 68).

(7) Id. p. 138; sis à la partie N. de la ville, baignée parla mer. (V. le plan de Belmontet, dressé en 1422, dans VImperium orientale,

(8) Villehardouin Cfiromque, éd. Buchon. Paris, 1826, p. 33.

(9) CPUê ChrUt. III, 81.

toutdanger,, u était, A une certaine époque, le patroa de l'égliseï d£&VéDitieDsàCoDSl&titiaople;oaeBeéliébFaitlafëtele20âvFil(l).

Le monastère du Pantocrator a Tout-puissant, n où les Latins, dit Hammex (â), auraient établi leun quartier général^ et devenu aujourd'hui Kêlicè Djamici. La CPlis chrisliana dit, seulement que ce monastère fut pillé pat les Latiiis, i la prise de la ville.

L'église, Sain.tJ'i erre des Pisaus, dontil a été. parlé plus haut, et mentionnée dans une lettje du cardinal JeaJi de Sainte-Praxède, datée del'an 1221, pojsli&catd'HonoriusIlI, adressée «au/'rieMrde l'église Saint-Pierre diBs Pisans & CP (3). »■ Cette église est-elle la même que celle citée plus haut,, et, plus bas.(l kZQ), dune le privilège de Jean PaLéologu«^, hransmettantauii Florentins. «la sainte église du Bienheureux Pierre [ton leron naontou macaritou Petrou) (4).?

Uue.église de Saint-Sauiveur apo logothetou fut aussi concédée aux Pisans par le cardinal légaut et L'évëque de Nivelonne, après la pcise df la ville, selon le diplôme émané de ces prélats. en 1205 et adressé a Priori Ecclesiae Pisanorum CP (5). n

Enân, la citation par lanocent 111 des decani Bladiernorimi (6) donne à supposer que Notre-Dame des Blachernes, l'église dupalais impécial, citée par Chateaubriand dans le Génie du Christianisme^ fut aussi attribuée au culte latin.

Parmi les hospices latins, il y a lieu de remarquer le xenodochiumdeSaint-Jean l'aumônier, donné par MainuelComnène(1143- 1180) aux hospitalioEs de Jérusalem, et dont le supérieur portait ce titre : « frater flierosolim. bospitalis et prier B. Joannis CP. » C'est, probablement^ dans la chapslUi de est hoapice que fut inhumé Mathieu de Montmorency (■7).

Les. hospitaliers reçurent aussi deiBaudoio Thospice deSaiut-

{l)Diet,de> Saint», c

tyrotogium romauum Gre}{Orio XVI eàMa approhaiu, Halines (859, au 30 avril

el 23 soûl.

(!) Hiit. de femp. oUom. 111, *K>. Gf. docuur Deiliier, lll, 19, Selon ce s»TaDt, ceue église aurait été, du temps des Latins, ■ quasi ecclesia catliedralis liorum. "

(3) CPlis Chritliaia. IV, 89.

{i) Aeta grceca, lll, 7, SO, IDl, Cf. auesi Hiltiti;, t, If, 4S8, el ci-après chap. 11, 3 S. Michel, Doie.

(5) CfliÊ Chriêt. IV, 53.

(6) Selon le témolijnage qai m'est' roiimi par le savant' a rcbëologue Uellèae <léjï cité, panait ton Viachemôn, sUe à Balat, rue Aïazœa, aurait été bâtie sons Constantin, sur l'élu place ment d'une rontaine sacrée existant en cet endroit. Elle était en démoliiiuu du temps de Pierre Galles, puis devint une babilation turque et mËme un llbu de plaisir. Elle a été rendue au culte par snltan Uabinoud M. L'fgUse actuelle est petite; Vatasma restaurée parait èin l'objet principal du temple.

(7) CPiU ChrUt. IV; Ut; Bût. <b fevtp. d* CP. Partit 16S7, 3W.

Sli,nw9^ sis entre Sw^te-Soçjpdo «^t9aiiite-Iiî*tt%H>J?^t Ijitayce^ fut e^cljsL, 4çs sjUpmlfttiQps du twté gçéfiQngéftoie^ ^e, %%^^ I^ re^taur^iÂQû byi5aAtine,à l^q.ueUç,l^;QéflQi*»^WWtdw^ le»K *ppui^ ii,u W}m ipoi?al, p^ le trai^- <te l?59l^p8^«5fé wteo» ç,u^ et Micl]i;çl PaJéologue, ^upa^ilj ipÎA le& preroieye; «p, po3iie»5iw, 4fi$. ^t^lisjseweptsi politiqmes, et i;eUgiw2^ des VéqitiejçMS^ im'^ rivaux : a L'empereur, dit ce docum^t^ r^Q^t^tr^i b^^^ G^lQ^^t Xéfflm d^JScdvie-MGrie^, q^ctReJtei^^n;^ ^ux, palQS^ des» ¥éi)iftk|is, et ift cin^etièrç y attenant (2), » A. (^yi^^ mligiosjir U, diBi9a^ry^fc«E^ ^ cette ^lise fqVeU^ dQAPéf» p^r^ m^% d^ ces. é^y4»(werj^tft% Cf>mm^ celle des Fr^res^ P^)i^urs.dAÇP., d^pejid ^HWW ^QtujftJr liment 4ç. \^ priroace. de, Gjèn^^», il ^rt à pré^^upw q^'^le furt dohnée aux dominicains, léi^q^eb* d'^l^iupç,^ d^s le: t^^gips QH^e» 4e. lewr \Bm^^ foiç4at(çii^, s'étawpk étafcfe d, Çpwstaptiwjpfe^Tcvit^foiis , te noinbre. tçoj^ oQj^sifWraJ)!^ d^t içe^ npnye^iiw.^Wé^^ ^^wM évei^^^atMt^o^d^lfempeJ?c|Ulp,p€i^t-ôtçe,^JI^IW,lPABerai^^ ci enjoigpjt l?jieiî*Mi 8WS. G^pis (1.^4} de» sq çetiç^ t^iW-^w (Péra), 3UIÎ les co1^ivë|§. de Mata ; p*w,. qu^lcju^s;. «pn^s a^)?!^ v<)idawt éjljBibJir u^ soute, ^équilibr^^ efc ^m. b^spin,,!?^. ç^^^i^l^ mi appui parnw leyrç rixauj^, remp<ajf€w^ restJAiii^i a^ui^ YéjwtieiwK daps, ÇP.^ lyi c^l:t^^.^ombre de i»w«qn^ aijiisi qu'^Wi 0* dw* ^Usiefs. Le hirçyeti wp^ml QQfl.t^A8mt> Q«/3 di*lWli*iQWj ^ «wd* pSLç Mictbel.P^léçJiQgu^ ei^ ^^7„ dit ei^r^épt^nli (g^ ^ l?Q»pen reiw? dQ»p^ av!x Véqilïijens rfew;ç ^U^ei» d^W CR«. îj oettc^ d#t lu teè^-s^nJte,Mèiî^ d^ Weu (^* perqilç^ Th^QtQCQu)^ et;c^^d^Swg;s <br<?. [o (^ïos MOircQs) [Z)^ » Les au^uri^ q^. ppup ifWOB», pij^ im^ splt^ ne parlQQjb powt d'un^. ég^isie? spé<}î|ilQ< spu^ c% der^iar vocablei il, efst permis d^.suppp^er^que cette. déno^OH][aAk>Qi étaijli eipployéedan/? le.peuple^et pafî métQiîy|[iiQ,.poiw d^sig^wï^tfse sur laquelle, au;ç, jours de solennité, flottç^t^te pit^villouid^ Saiii^ Marc (*), en un» npypt, l'église Sçtirtferllf/am des Vénitimsjk Wiie

(1) Id. id. éd. de 1826, f . 41 Selon le rapportjlu P. Helyot {loc. laud. U, 827), Tordre de* Saint-Samson de GP* qtde Coipiithe, q^i.^taUTaiiasi hospitalier, fuli^éuni k celui de Saint- Jean de Jérusalem, sous la grandemaltrifli^ dA^jiHaret^

(2) MilUtz, Ih h 86. PeppiQg, 11» ^9* Vi9mpt*reu]r\ d(mac9«iL ^ laj comipanâ géi^ofse (( eçclesiam^iS. Hariœ qusjfi modo tenenti Venetlci ciimlogiis quaEtii^r^ Ipgai» eoelep sis^m, et.cimiterci ipsius atque solum ca^r; Venetorupi quod^estin ip3ibCi^tiite«,Mji> Texte du trMté de 1258, rapporté daQi^.rédit dQ,Z'j?#«(i)ir«;(^ Vempkfi^da^CP^ pai) Buchon, 1826, p. 248 et suiv.

(3) Cf. 4c(A*M CfKBCOi 111, 89i; p. ll,.il:e^tfai^meQMon ^^\\é^\m Us-iB^wi^u Tlheotçcou ecclicif^ tU I^iSy^t^ d9^ la, tal)l^.«.e(K)l«sîa metrQpolitaoa Pittoorura. » On lit aussi dans le même index : « o ot'os Marcos, e^le&ia>V/%9^M^9m Cl^lît. ».

(4) Cr. Miltitz, II, 1, 1», 25, et, ci-après S S. BenoU et 5^i?f(«r0/.

semblable métonymie s'est reproduite plus tard, à l'égard de Saint-Paul, de Galata, désignée dans certains documents sous le nom de Saint-Dominique, par la seule raison qu'elle était desservie par les pères dominicains (1). Il paraîtrait donc résulter du texte précité, que les Vénitiens furent remis en possession de leur église de Saint-Marc, et qu'on leur en donna aussi une autre, celle de Saint-Pierre.

Dans le principe, l'église Sainte-Marie était desservie par les Frères Mineurs de Saint-François ; elle était placée sous la protection vénitienne, comme plus tard, les églises desservies par ces mêmes réguliers, sous le même vocable, taut à Galata qu'à Péra, ont été placées elles-mômes sous la protection de Venise, puis, ultérieurement, sous celle de l'Autriche.

Une autre dénomination : Santa Maria délie Grazie, qu'on retrouve comme désignant une église latine de Constantinople, parait devoir s'appliquer encore au même édifice religieux (2).

Selon le rapport de la Storia universale délie missione francescane (3), les Frères Mineurs et Prêcheurs qui, de l'agrément de l'empereur, avaient acquis un terrain pour y bâtir un couvent, eurent bientôt à souffrir de nouveaux ressentiments : peu après la mort de Michel Paléologue, le patriarche Athanase fit, de son autorité privée, raser le couvent, et attribuer à un usage profane le local où l'on avait déjà célébré les saints mystères et inhumé les morts. L'empereur, qui d'ailleurs voulait lui-même l'éloignement des religieux, leur offrit une indemnité que ceux-ci refusèrent; et, finalement, ils furent chassés de cet endroit et durent se réfugier dans une église de Saint-Pierre [h). Ceci se passait en iSOT, sous Andronic U Paléologue, dit le Vieux.

Longtemps après, en 13i0, Narbonne obtint d' Andronic III Paléologue, dit le Jeune, des privilèges identiques à ceux qu'avaient obtenu les autres nationalités méditerranéennes (5); cette

I] Une mf^tonjoiie du même genre existe (

Benoît (V. ci-aprËs chap, 11.)

i) A la reprise de CoroD par les Vénitiens,

•M en Enlise, et la placèrent sous l'invoi

immer, loc. laud. XII, 151, 330], La paroisse

' les Mineurs obr.. porte le même litre (Cron

3| Home, 1859, III, i8«.

i) Cette dernière église était-elle ï CP., o

nt-Pierre, déjà ciieê, ou

a parlé au cbapitra suivai

S) Depping, II, 68, BS.

:e, daus le peuple, b propos de

-cl chaneérenl la grunde mosde Sanla-Maria délie Grasw Bournabat, b Smyrnc, desservie [rancescana, lS6f).

commune eut sans doute aussi ses établissements religieux dans Gonstantinople (1). >

Dans une lettre adressée par le pape Martin Y, en 1427, à Tévéque Spinola, visiteur de Chypre, Chio, Péra et Caffa, il est fait mention a d'un luogo nella citta di CP. delPordine minoritico^ val quanto a dire convento, chiesa, etc. (2) ; x> mais on ne saurait inférer de ce passage que ce couvent existât dans la ville même de CP. ou de l'autre côté, à Péra; ou enfin qu'il soit question ici de l'église Sainte-Marie, laquelle, après avoir été cédée aux Prêcheurs, aurait pu faire retour aux Mineurs observantins; nous inclinons tout d'abord à écarter cette dernière supposition, car la construction presque contemporaine d'un couvent par les Mineurs dans CP. semble indiquer que ceux-ci en étaient alors dépourvus. En effet, le pape Eugène IV envoya, en 1441, un commissaire chargé d'y diriger l'édification d'une église placée sous le vocable de Sanf Antonio degli cypressi (3). L'emplacement de la nouvelle église fut-il celui de Tancien couvent du même ordre, rasé par le patriarche Athanase? Il ne serait pas hors de raison de supposer que les Mineurs finirent par obtenir la reconnaissance de leurs droits et leur réintégration dans leur ancienne propriété. Selon le témoignage de la tradition, ce couvent aurait été bâti près des murs ,de la ville,. du côté du port, non loin des jardins du Serai'. Terminé en 1451, deux ans seulement avant la conquête ottomane, ce couvent aurait été détruit pendant ou après le siège, et les religieux qui l'habitaient auraient été ou massacrés ou réduits en esclavage (4). On lit, à ce sujet, dans la Cronaca di Bologna^ (5) : «c Âlquanti frati dell'osservanza di San-Francesco , che furono presi nella. detta citta

(de CP.) vennero a Bologna e dissero tali novita, x> touchant

la mort de l'empereur^ la vente comme esclaves des moines, prêtres et religieux, parmi lesquels le cardinal Isidore, qui parvint à s'échapper et à gagner Rome, «c tutte le chiese furono rubate, violate, vituperate, etc. »

L'église Sainte-Marie^ quoique ayant Joué un certain rôle dans

(1) Un privilège, accordé plus tard k la même commune par Jean Paléologue,. est rapporté dans les Acta.„grœca.

(î) Sioria universale délie missione francesc. If, 472.

(3) M. le docteur Paspati nous fait remarquer qu'il existe )i Psammatla, quartier de CP., une ancienne église byzantine, dite Saint Georges des Cyprès (tis kipariçou),

(À) Wadding, Annales minorum et Storia universale franceseanay IV, 641.

(5) Muratori êeriptores, p. 701 ; communication de H. le docteur Dethier.

1«8 6v4a«m«tils ctralempbrftins, »« partagea p^ le triste âMt ■âe Sanf Antonio. Selon Pusculus (1), un conseil de laeomiAutM tënîtieooe aurait été tenu, durtint le siège de GP., dans l'église de Saint-Pierre Claviger (?), Serait-ce l'ancienne église métropolitaine des Pisans, donnée aux Vénitiens en 1277; et celle-ci seraitelle devenùG la principale église des Vénitiens î Dans ces conditions, aarait-elle conservé parmi le peuple son ancien nom? ou bien Sainte-Marie adrail-elle été désignée ainsi par ce motif que 1«B anciens desserrants de Saint-Pierre seraient passés à la desservance de cette dernière église? Jusqu'à plus ample information, on ne peut faire, à, cet égard, que de simples Conjecturée.

En ce qui concerne Sainte-Marie, Nicolas Barbaro (2) fournit les témoignages suivants :

« El conseio di dodexe, ma pet essere cosa importantissima, si trovasemo vinli do zentilhomeni, » fut convoqué « in la giezia dl Sto Marco (3) di CPli, « le jeudi 14 décembre 1452, « per el nobel bomo magniSco Misser Geroiamo Minoto , per il serenissimo ducal, de gno bailo di CP., o à l'effet de statuer sur la demande faite par u lo serenissimo imperador in la giexia di Santa Sofia, a la preaentia di messir bailo, n de retenir à CP. divers navires vénitiens, en vue de contribuer à la défense de la capitale contre les Turcs. Le conseil adhéra à cette reqUÈte (4).

Le même conseil des douze se réunit encore le 11 avril 1453, in giexia de Santa Maria di CPli, » et il décida, dans cette séance, l'incendie de la flotte turque qui se trouvait « dentro dal navarchio » de Pera (5).

Le 10 mai suivant, le a. coDsei» de dodexe » se réunit de nouveau " in la giexia uxada de Santa Maria di CP (G), » et nomma le

(1) Publié et anootè par H. le docteur Detbier, loe. laud. livre IV.

ii)Giomal» delVatsedii di CP. 14S3; VleiiDe, 1896; communiquË par M. le dooleur Deihier.

(3) Diie, plus bas, • Saaia Maria. >

HiGiomaU p. 6, 8, 11.

(3)id.p. U.

(6) Il ressort de ces diverses citations que, cl)ez les La lias comme chez les Grecs, les assemblËkïB politiques se leuaientctatM les églises. La version latine du privilège accordé par Aletts aux Vénitiens, et rapporté, d'après Marin, par Millitz {1, it, 304), emploie plusieurs Tois te tertne eccleiia Venetoruni, pour déEL(;ner ie siège officiel de la Juridiction Vénitienne, b CP; n «ce l«t la répond au terme basilique, u'esl-à-dire le lieu oli siégeaient les maglatriis; l'antiqnilâ n'a vaH rien de plus augusteii(Ozanaiu,OEunr« comptèlei. Varia, l882,loiBe 1,p. 49. On peut retrouver Ik l'origine des ius»mbléei nalionaies, ou réunion des notables des colonies fi'ançaises du Levant ( Cf. k cet égard Férâud Giraud, delà Juridicl. française dont les écneiles du Ltvant, il, 68; et sur lei devoirs pour en faire partie, td. I, 93.)

icapHaine A&nvîxe Diédo, ^onunandsnt «q i^ef «des ioftsw itt«ri^ times Téiinies dans ie port (1) .

LATunrÉ DE GONSTAirrnropLiB "sous les sultans .

Tout en ayant opéré la restauration byzantine sur les ruines de Fempire latin, Mictiel Paléologue, selon la politique df équilibre qu^il s'efEorçait de pratiquer, comprenant, comme certains de ses prédécesseurs, que, bientôtpent-ètre, son pays pourrait avoir besoin de rOccident, ne voulut pas rompre entièrement *avec la latinité; peu d^années après sa restauration, il se rendit lui-même, en 1274, au concile de Lyon, où la réunion des deux Églises fut prononcée ; le théologien qui,avecrempereur, avait été l'agent de cette réunion, fut élevé au patriarcat; mais il dut, en 1279, se démettre de sa dignité, et se retirer dans un monastère. La période qui suivit, entre ce concile et celui de Florence (i&'SS), est signalée par les efforts tentés par les partisans de l'union, comme, en sens inverse par ceux des opposants (2) ; à cette époque, l'empereur Jean Paléologue, pressé par les Turcs qui, peu à peu, Tenserraient de tous côtés par leurs conquêtes en Servie, en Ya* lachie et en Bulgarie (3), conclut un traité avec le pape Urbain V, dans l'espoir que quelques concessions faites à l'Église latine lui assureraient la protection de l'Occident. Il se rendit à Rome,reconnut la primauté pontificale, la procession du Saint- Esprit, et admit la consécration du pain azyme; mais, à son retour, Marc d'Ëphèse,le seul des Grecs qui ^ùt refusé de souscrire aux décisions du concile (4), renouvela le schisme, auquel d'ailleurs les divisions nées dans le sein même de la famille impériale donnèrent une nouvelle force ; et bien qu'un simulacre de réunion eût eu lieu dans Sainte-Sophie, le 1& septembre 1452, en vue d'intéresser l'Europe & la question (T Orient et, par ce moyen, d'obtenir son appui (5), l'animosité était à son comble : le clergé de la cour, les chapelains et les diacres assistaient, avec

(1) Nicola Barbaro, p. 38.

li) On peut consulter k ce sujet les Acta grœca^ où se trouvent consignées de nombreuses sentences synodales prononcées contre la latinité^ et de non moins nombreux actes d'abjuration en faveur de la grécité.

(3) Hammer, loc. laud, II, 292.

(4) Art at vérifier les dates^ 380.

(5) Hammer, II, 396.

l'empereur au service catholique, célébrépar le cardinal Isidore, tiudis que les abbés, les arcbimandrites et les moines s'en éloignaient, et ne quittaient pas le cloître du Pantocrator, l'ancien quartier géoérul des Latins, dans lequel avait été confiné Gennadius, présent et adhérent au concile de Florence, mais rallié depuis au parti de Marc d'Ephèse. De sa retraite, ce prélat lançait ses foudres contre les azymites et dénonçait le décret de réunion commeun acte impie. Ses paroles, qu'envenimait encore la haine implacable du grund-amiral LucasNotaras, l'homme le plus puissant de la cour, contre les cathohques, entraînaient une multitude passionnée. Cependant, et contrairement au propos de personnage : « plutôt le turbau des Turcs que le chapeau d'un cardinal {I), » le peuple moins fanatique, et, cette fois, plus éclairé sur ses véritables intérêts, déclarait que, s'il fallait opter,il préférait le joug des Latins à celui des musulmans, puisque les premiers croyaient au Christ et à la Vierge Marie. Mais, au heu de s'entendre. Grecs et Latins se fuyaient; la passion l'emporta sur la question de salut public, et, par la chute de Constantinopl l'œuvre de la séparation fut définitivement consommée !

On sait le concours que les Latins prêtèrent à la défense de la capitale et le sort qui échut au couvent des Observantins, SanC Antonio degli cypressi. Outre cet établissement, y avait-il, dans Constantinople, d'autres églises que Saint-Nicolas et Sainte-Marie? Ces deux dernières églises, qui furent laissées, après la conquête, à la latinité de Péra-Galata, furent-elles comprises virtuellement dans la capitulation signée par celle-ci avec sultan Mehemmed ie Conquérant ? Ou bien, restant fermées durant les premiers temps qui suivirent la conquête, ne furent-elles rendues au culte qu'un peu plus tard ? Le défaut de renseignements ne permet paJ de résoudre ces questions. Nous savons seulement que, malgré la part active nrise par Venise à la défense de Constantinople, et le supplice infligé à son représentant, la sérénissime République ouvrit bientôt avec l'empereur ottoman des négociations qui aboutirent au privilège obtenu par elle le 15 avril 1454 (2). Nicolas Barbaro donne le projet de cet acte ; on y lit, article 6 : « procuraretur omnibus modis quod consul iturus in CPlim habent domum

(1) AlInsiOD au cardinal Iiidom. archevêque de Kiew, dit par certains a dinat de Russie, - et entojé i CP. par Paut V pour melire ^ eiécuiion les m concernant l'imioa des deux Églises.

(9)MilliU, II, I, 74.

cum lobia [logia ?) plateis et ecclesiis quos habebat baïalus noster tempore Iraecorum, ut nostri mercatores habeant reductum et ecclesias pro sepulturis suis (1). » Il ne fut fait droit qu'en partie à ces demandes: Santa Maria di CPli^ devenue propriété de l'Éfat, releva administrativenoent de la communauté de Péra, mais sous la protection de Venise ; et si les Frères Prêcheurs s'éloignèrent, momentanément, de cette église,|il est à présumer qu'ils en furent remis en possession depuis sa restitution au culte.

Sainte-Marie ou la Madone de Constantinople.

La dévotion à la Vierge a toujours été très-répandue à Constantinople; Ducange fournit la longue liste des temples qui lui furent consacrés dans cette capitale. Pietro délia Valle (2), qui visita cette ville au commencement de 1614, dit dans sa lettre de même anrée, datée de cette capitale : <c Noi altri latini dentro a CP abbiamo due sole chiesuole assai, piccole, amendue vicine, in una medesima contrada, una che si chiama S. Nicola, è l'altra à la Madona che in Italia e massimamente in Napoli^ è di tanta famosa divozione, a guardia délie quale vi sta un solo frate domenicano.... if> D'après ce témoignage, Santa Maria, malgré l'importance relative qu'elle peut avoir, était donc une petite église, desservie par la mission des Frères Prêcheurs ; les actes de la Comunità de Péra établissent, sous les années 1618-1627, que celleci était chargée de pourvoir à sa desservance.

En 1634, Redjeb-Pacha, lieutenant du grand-vizir, profitant des mésintelligences survenues entre l'ambassadeur de France et le résident impérial, au sujet du protectorat religieux, aurait fait fermer Véglise de la Vierge à Constantinople, en annonçant l'intention d'en faire une mosquée (3). Deux ans après, la Communita, par sa lettre de fin août 1636, informait le cardinal <c protettore di Levante, » qu'elle venait de perdre, <i il y a quarante jours, n) la miraculeuse église de la Madone de Constantinople. Il résulte du rapport du P, Giacinto, supérieur des dominicains, adressé au conseil de la Propagation de la foi, le 27 février 1843, que jusque-là, cette église aurait conservé la protection vénitienne.

(1) Giornale delVassedio^ p. 81.

(2) Viaggi di Pietro délia Valle, Turin, 1843, 1, 28.

(3) Hammer, IX, 283. Cf. aussi Jouannin, la Turquie, 234.

Dans cette église, selon Ih ihètù^ dobùmisiil, ^ ti^ouvait la célèbre image c( do la liladone de CP, » conservée^ de nos jours, dans l'église Saint-Piette de Galâta(l). DiVérlses ôpiûîônsrelati^ôà à cette image sont consignées dans lô MémoiH de l'abbé Giustiniani, imprimé à Rotne en 1656. Selon une relation du couvent de Saint-Pierre, cette Image aurait appartenu au monastère de Cafifa, d'où elle aurait été rapportée, lors de l'invasion tatare, par les religieux fugitifs, lesquels la déposèrent alors dans l'église qui, pour ce motif, reçut le titre de Madona di CPU. Quand leur église fù* tt^àûsfôrnlée ett tÀoSquëe, xilBS ]i^èligii6ux ayant perdu le tableau délia Madona, s'adressèrent au baile vénitien, ancien protecteur de l'église, )[>bttr en obtenir la restitution; et, après bien des démarches, l'image fut fiikalement recouvrée, et déposée dans âainl^-Pierre de Galata. Quoique protégée par la France, la sérénissime république entretenait cependant, dan$ cette dernière église, plusieurs religieux chargés de travailler à la propagation du culte de la sainte Vierge. De ùiëdae que l'ancienne église de CP. était dédiée à la très-saintè Vierge du Rosaire, ôU simplement Ste Marie du Rosaire^ Saint-Pierre de Galata, par suite de la translàtiou de l'image, fut dit à son tour chiesà délia B. Vergine delRosario ; et, à cette occasion, les papes reûrichireùl de Nombreuses indulgences.

Selon une autre version rapportée par doïn Calmet (2), (k cette image serait celle de Vkodighitria (conductrice), peinte pat» S. Luc, et rapportée de Jérusalem par Eudoxie, fetiatUe de Théodose le Jeune, en 450, qui en fit don à Ste Pulchérfe, sa bellesœur. L'image était, en grande vénération, non-seulement cheîs les Grecs, mais aussi dans le monde entier : à Rome, on lui érigea une archiconfrérie aux frais de la nation èiciliettUfe. A la conquête franque, cette image, dans laquelle les empereurs avaient mis leur confiance, tomba au pouvoir des Latins (3). » Les Vénitiens la déposèrent dans Féglise du très-saint Rosaire, et la confièrent aux Frères Prêcheurs, a les premiers, dit le rapport précité, qUi, sous le nom et Thabit des frères, portèrent à CP. una parola ed una prighiera : il vangelo èd il rosario. ».

(I) V. ei-après, chap. III.

. (â'i Rapport déjà cité du supérieur de Saint-Pierre.

(3) On lit dans H Devaataiio CPtana^\i. 91, que Murzufle ayant été blessé dans un combat contre Henri, frère du comte, perdit « omnià iftit>elrialia, cotonam scilicet et lanceam quandam ymagineih gloriosae Virginis, qu£ sèmper Solebat reges rsecedei'e in bello, totu defo aaro et lapidibus preciosis. »

D'tiprài.' DÉLcange (i)^ l'empereur Henri aurait fait tirer cette me^ de ht sainte chapelle du p&lais Bucoléon, où eltia aurait été pcM^tée, après la prise de la ville, pour la transporter à Sainte- Sophie; mais, à la demande des Véniiiene, il l'aurait donnée à ceuxci (2); le patriarche s'étant opposé k la translation, les Vénitiens auraient enfoncé les portes dti temçfle et enlevé l'image qu'ils auraient portée dans l'église du. Pantocrator^ d'où Michel Paléologue l'aurail; repHse ensuite, pour la restituera l'église de VHodège[S). Certains rapports prétendent trouver, dans la désignation turque d'une mosquée actuelle, dite Gui- djamici y Vemphicement de Sainte-Marie du Rosaire; mais ce temple, qui, sous les Grecs, fut l'église de Sainte-Théodosie, sise près Aîa capouçou^ «la porte de la Sainte^ n a tiré son nom de celui de Triacontafilo (&), propriétaire du terrain sur lequel l'empereur romain éleva cette égUse, placée sous le vocable d'Ala Maria Perivlepti, ce l'admirable Vierge Marie (5), et dite aussi^ du nom de l'ancien possesseur, Rodop. amarantoUj a Rose qui ne se fane pas. » Â la conquête ottomane, cette église, selon Hammer (6), fut enlevée aux Grecs par sultan Hehemmed, ainsi que sept autres temples chrétiens, et convertie en magasin de dépôt poui* l'arsenal; Selim II (1566-1574) eq fit une mosquée (7). D'après ces données, la mosquée actuelle Gul-djamici ne semble donc pas avoir été l'ancienne église latine; l'emplacement doit en être cherché ailleurs, Le P. Giacinto, dans son Rapport prédfé, dit qu'elle se trouvait au quartier de Balat; et comme^ selon Pietro délia Valle, elle étail dans la m^m^ contrada que celle de Saint-Nicolas, sise, d'après Carbognano, <îité ci -après, «t verso le mura délia citta, trà il palazzo di Cost^ntinp

(1) Eist. de Vemp. de ÇP. iS26, p. 94.

(2) a GxiY. Estoit Tymage de N. D., dit Robert de Clary, painte en une Uple^ Si estoit ctiis ymages si rikes que moult et eéloit tous carkies de rikes pieriries précieuses : si disoient li Griu que chou estoit li premiers ymages de N. D. qui onques fust fait ne pourtrais. En chel ymages si avoient li Griu si grant flanche que il raouroient seur toute rien, et si le portoient caseuu de mars a pourchession; siTaouroient li Oriu et donnoient lui moult grans dons. Ore oe vouloient nient li Venlcien souffrir que messire (Henri) fust empereurs, sMl n'eussent chel ymage; tant c*om leur donna chel ymage ; puis, si corona on monseigneur H(enri) a empereur. »

(3) Près S. Georges in manganis. Cf. Impertum orientale, plan de CP.; Hammer, II, 419, 431 Critoboulos (Vie de Mahomet), éditée et traduite par le D' Dethier, II, 98) rapporte que Timage fut portée processionnellement dans CP. pendant le siège des Turcs; et que, tombant des mains des porteurs, sans que ceui-ci, par suite de sa pesanteur miraculeuse, pussent la releyer, elle sembla présager ainsi le

malheur réservé à la ville.

(4) CPlis christiana, IV, 64.

(5) « Mater admirabilis. »

(6) Loc, laud, III, 429.

(V) Éadiqat uldjévami , 186, et fiammer, loc. laud. XVIII, 40.

e la porta d'Andernopoli, » c'est donc dans cette région qu^a dû exister V église de la Madone; enlevée à la latinité en 1636, sous le règne deHurad IV (1), elle a été conservée au culte durant une période de 183 ans après la conquête ottomane.

Saint-Nicolas.

Selon toute apparence, cette église fut la même que celle fondée antérieurement sous ce vocable, par Texilé de Hastings. Le voyageur Pietro délia Valle, dans le passage rapporté plus haut, dit que a Saint* Nicolas et Sainte-Harie étaient deux églises assez petites^ voisines Tune de l'autre, dans le même quartier; » et Carbognano (2) précise en ces termes la position de la première : « verso le mura délia citta, trà il palazzo di Costantino e la porta d'Andernopoli, si vede una picciola moschea, con due coupole di vaga e regolar architettura; ecco fu la chiesa di San- Nicolo, uffiziata dai padri domenicani. »

Mentionnée dans une lettre de 1616 ou 17, de la comunità di Fera, il résulte d'un procès-verbal de 1627 que le supérieur de Saint-Pierre de Galata réclamait, à cett3 date, de la communità, l'autorisation de recevoir du procureur de son église (Saint-Pierre) le remboursement des avances faites par lui et ses religieux pour l'entretien du desservant des deux églises de CP, Sainte-Marie et Saint-Nicolas. On a vu plus haut qu'en 1614, selon Pietro délia Valle, ti7i seul prêtre était chargé de la desservance de ces deux églises.

Selon les termes d'une lettre émanée des mêmes sources, et

adressée le 8 octobre 1636 «al cardinale protêt tore di Le van te

l'église de Saint-Nicolas aurait été perdue, dit ce document, depuis six ou sept ans, » soit en 1629 ou 1630 (3). Le rapport précité du supérieur des dominicains dit même qu'elle aurait été démoHe ; la comunità « regrettait en outre la perte, à cette occasion, de trécasali (hameaux) catholiques, situés hors la porte d'Andrinoplcy et dont les habitants étaient devenus, les uns musulmans, les autres grecs orthodoxes. » La population de ces villages étaitelle le fruit de l'évangélisation des desservants de Saint-Nicolas,

(1) Ce prince occupa le trône de 1623 à 1640.

|2) Descrizione topo grafica di CP. 1794. Cf. étçalemeni une lettre du supérieur des dominicaius au conseil de la Propagation de la toi, en date du 27 février 1843. Malgré mes recherches, je n'ai pu parvenir à retrouver cet emplacement.

(3) Cf. sur les c mis :s présumées de cet éYénement chap. II,ci-après, S S. Benott.

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