LIVRE QUATORZIÈME
DEPUIS LA DÉCADENCE DE L'EMPIRE D'OCCIDENT EN 429, JUSQU'A LA FIN DE SAINT AUGUSTIN EN 430.
ÎL est des révolutions et des affaires politiques qui ont tant de liaison avec les intérêts de l'Eglise, que nous ne pouvons nous dispenser de jeter au moins un coup d'œil rapide sur celles qui, dans les desseins de Dieu, ont une liaison plus marquée avec les objets d’un ordre supérieur. Telle est en particulier la chute de l'idolâtre et superbe Rome. Le plus sublime des écrivains évangéliques avoit tracé des images terribles de cette nouvelle Babylone, abandonnée à la fureur des nations, pour s'être enivrée du sang des saints : l'arrêt du ciel fut exécuté par le moyen des causes secondes, ef les premières secousses du colosse énorme de l'empire prirent leurs principes dans son propre sein.
Comme les rènes du gouvernement s’y étoient prodigieuse ment relâchées, en passant de la main du grand Théodose entre les mains foibles de deux enfants, les ministres et les généraux remplirent l'état de troubles, par leur ambition, leur rivalité et leurs vengeances. La patrie faisoit des pertes continuelles dans la multitude des vaillants guerriers et des habiles capitaines immolés à la jalousie des adulateurs , et même par la mort des ambitieux qui, pouvant servir utilement leur prince, et s'en voulant faire les tÿrans, en devenoient enfin les victimes : pertes ruineuses et toujours mal réparées, puisqu'il s'élevoit aussitôt de nouveaux factieux, en qui l'intérêt particulier ne manquoit pas de prévaloir sur la chose publique,