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2 (AN 4223.) HISTOIRE comme l'appât du souverain pouvoir sur le péril de l’usurper.
Peu contents d’épuiser les provinces, et surtout l'Italie, qui étoit, pour ainsi dire, la partie noble du corps de l’état, peu contents de causer par leur brigandage et leufs violences , des émigrations innombrables, aussi funestes à l'Occident qu'on abandonnoit, qu'onéreuses à l'Orient où l’on cherchoit un asile, ils attiroient, à la place des Romains naturels, les ennemis jurés du nom et de la grandeur de Rome. Depuis longtemps on avoit vu ces nations barbares et sauvages faire quelques irruptions sur les frontières, soit pour subvenir à leur indigence par le pillage, soit pour étendre les limites des contrées stériles où on les tenoit resserrées. Mais quand les Romains eux-mêmes leur eurent ôté le respect du nom romain, quand ils eurent une fois perdu cette crainte révérentielle et presque religieuse ; tels alors qu'un torrent qui a rompu ses digues, et franchissant sans retour les barrières qu’on les avoit enhardis à forcer, ils portèrent le ravage et la désolation dans les plus florissants apanages et jusqu'au sein de l'empire. Les Allemands, peuple particulier de la Germanie, éternisèrent dans toutes ces contrées leur nom et leur naissance. Les Francs et les Bourguignons inondèrent les Gaules ; les Pictes se jetèrent dans la Grande-Bretagne; les Goths occidentaux, les
Suèves, les Vandales, après avoir fait gémir les Gaules, sub-
juguèrent les différentes contrées de l'Espagne ; les Hérules et les Ostrogoths pénétrèrent en Italie, et se rendirent successivement les maîtres de Rome. Il n'y eut pas jusqu'aux Lombards, qui, avec d'autres hordes également obscures, ne voulussent à leur tour insulter à l'aigle expirante des Césars
Valentinien IIL, qui n’avoit que six ans quand il succéda à son oncle Honorius, n'apportoit pas les qualités propres à soutenir, en des conjonctures si difficiles, l'empire chancelant. 1] étoit fils de la princesse Placidie, sœur du dernier empereur, et de Constance,honoré de la pourpre, qu'il avoit méritée en défaisant le tyran Constanti:, et que la mort lui avoit enlevée au bout de six mois. Comme Placidie, peu avant la mort d'Honorius, avoit été obligée de se réfugier à Constantinople avec son fils, à cause de ses intelligences en Occident avec
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DE L'ÉGLISE. (AN 423.) 3 les ennemis de l'empire, le primicier des notaires, c'est-à-dire le premier secrétaire d'état, profita de cet éloignement pour s'srroger la souveraine puissance. Il se fit proclamer empereur à Ravenne, où il se soutint un an et demi. Jean, c'étoit le nom de cet ambitieux secrétaire, soutenu en [üalie par Castin, maître de la milice, voulut aussi se faire couronner en Afrique. Le conte Boniface y commandoit 1. Il étoit alors grand ami du saint évêque d'Hippone ; il se signaloit par une piété digne de cette liaison, et conséquemment par une grande fidélité à son prince et à tous ses devoirs. 1] avoit d’ailleurs en aversion l’arrogante fierté de Castin, et des sujets particuliers de mécontentement contre lui. 11 se déclara courageusement pour Placidie, et fit reconnoître Valentinien. Théodose soutint le parti du jeune empereur,son cousin-germain, et envoya une armée à sun secours.
L'usurpateur avoit appelé ces troupes innombrables de Barbares qui de tous côtés menaçoient l'empire, et il ne paroissoit pas naturellement possible de résister à tant d'ennemis. Mais le bras du Tout-Puissant protégeoit les fidèles, qui triomphèrent par le concours d’une multitude d'incidents, trop singuliers et survenus trop à propos pour n'être pas les effets marqués d'une providence partieulière. Jean fut défait, surpris et massacré dans Ravenne. Pour grossir son parti, il avoit favorisé tous les ennemis de la religion : mais sitôl que Valentinien vainqueur fut en possession du pouvoir suprême, ou plutôt Placidie sous son nom, on bannit des villes tous les hérétiques et les schismatiques, et l'on cunfirma les priviléges de l'Eglise, spécialement celui qu'avoient les clercs, de n être pas poursuivis, sans distinction de cause, devant les tribunaux séculiers. us "1
Quand le calme fut rétabli en Occident, on vit porter d'Afrique à Rome une cause, encore célèbre aujourd'hui par ses suites, ou par la diversité de sentiments et de réflexions anxquels elle a donné lieu. C'est l'appel d'Antoine, évêque de Fussale, au saint Siége 2. Fussale étoit une petite ville à l'extrémité du diocèse d'Hippone, toute peuplée autrefois de schismatiques, ainsi que son terriloire ; mais que saint Au-
(] Philost, lib, IX, C. 13. 1 Aug, Epist, 209; al, EUTR
4 «AN 423.) HISTOIRE gustin, à force de périls, de travaux et de prières, avait réussi à ramener au sein de l'unité. Comme elle étoit à plus de treize lieues de distance d'Hippone, grande étendue en ces temps anciens pour un diocèse, et qu'elle avoit besoin d’une vigilance et d’une application toute particulière, il y fit ordonner, par le patriarche de Numidie, Antoine dont nous venons de parler, et qu'il jugeoit capable de bien remplir ce siége important. Il l'avoit élevé dès l'enfance dans son monastère. Mais les plus grands saints et les plus grands génies ne sont pas à l'abri des méprises, dont un bon cœur est la source. Anioine encore trop jeune, et passant du degré de simple lecteur à celui d'évêque, fit bientôt voir qu'il manquoit de cette solidité de vertu long-temps éprouvée, qui est requise pour l'épiscopat. Il se conduisit si mal, exerça une domination si insupportable, se rendit coupable de tant d'injustices, de violences, d’exactions même, qu'il fut dénoncé par son peuple aux évêques de la province; et loin d'être soutenu par saint Augustin, cet ancien patron se montra le plus zélé d’entr'eux pour la réparation d'un mal que la délicatesse de sa conscience lui reprochoit. Le jeune évêque fut déposé , mais avec ménagement, et à condition qu'on ne lui ôteroit que l'administration de son église, qui ne pouvoit plus le souffrir, et non le rang ni le titre d'évêque. |
Antoine se soumit, ou feignit de se soumettre; mais ayant trouvé moyen de gagner son primat, et d'en obtenir des lettres de recommandation pour le pape Boniface,qui vivoit encore, il appela au saint Siége. Le souverain pontife le renvoya en Afrique, avec des lettres pour le faire rétablir, supposé néanmoins, et la clause en étoit expresse, supposé qu'il eût fidèlement exposé les faits. Les choses en étoient là, à la mort de Boniface. Célestin lui ayant succédé, saint Augustin le pria de surseoir à la poursuite de cette affaire. Pour montrer que les lettres apostoliques de Boniface avoient été surprises contre la vérité des faits, il envoya tous les actes de la procédure.
Aux preuves des moyens, il joignit une justification directe de la sentence des Africains, que le coupable représentoit comme absurde et contradictoire. J'ai dù, disoit Antoine, ou conserver mon siége, ou être absolument déposé de l'épisco-
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DE L'EGLISE. (An 423.) ns pat ; et la sentence rendue contre moi se contredit elle-même : sur quoi saint Augustin fait sentir que le jugement qui punit un évêque, peut être équitable et sage, sans aller jusqu'à la déposition. Ses paroles sont remarquables et prouvent clairement que l'usage de recourir à Rome n'étoit pas nouveau pour le cas dont il s'agissoit. J'aurois à citer, dit-il, une infinité de sentences, ou rendues, ou confirmées par le siége apostolique ; mais pour ne pas rappeler ce qui est trop éloigné de notre âge, je me bornerai aux exemples récents. Outre Priscus et Victor, évêques dans la province césarienne, déchus, sans perdre leurs églises, du droit d'obtenir la primatie à leur tour suivant l'usage , Laurent,de la mème province, se trouve précisément dans le cas d'Antoine, ayant été privé de son siége sans être déposé de l’épiscopat ; et ces sentences, ajoutoit-il, ont été confirmées par le siége apostolique,
En parlant ailleurs de l'affaire de Cécilien de Carthage avec les donatistes, il dit que cet évêque auroit pu mébpriser la conspiration de cette multitude d'ennemis, étant en communion avec l'Eglise romaine où il étoit prêt à plaider sa cause, si ses ennemis eussent tenté de le faire priver de cette communion. Mais la conduite du saint évêque d'Hippone, dans la seule affaire d'Antoine de Fussale, prouve clairement sa déférence et son respect à l'égard du siége apostolique, même en cas d'appel, au moins pour la déposition des évêques, puisqu'il suivit lui-même celui d'Antoine. Il ne combattoit point le droit d'appeler à Rome, pris en soi; mais il se plaignoit de l'étendue extraordinaire et dangereuse qu'on paroissoit lui donner, et il s'opposoit principalement aux abus qui se commettoient quelquefois dans l'exécution.
C'est ce qui paroît par sa lettre au pape Célestin. Je vous
… conjure, lui dit-il, par la mémoire de saint Pierre, qui avertit
les prélats de ne pas user d’une domination violente à l'égard de leurs frères ; je vous conjure par le sang de Jésus-Christ, d'empêcher qu'un pasteur coupable et légitimement déposé, ne soit rétabli dans son siége et surtout qu'il ne le soit de la manière qu il en menace le pauvre peuple de Fussale, c’est-àdire, à main armée et par le bras séculier, Délivrez les infortunés Fussaliens de la frayeur où ils gémissent, et qu'il ne soit
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