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roi Clovis IL, et d'Erchinoald, maire du palais, l'aceueil que les Français avoient coutume de faire aux étrangers de son mérite, et surtout aux saints. Erchinoald lui donna la terre de Lagni-sur-Marne, où Fursi fonda un monastère qui a subsisté jusqu'à nos jours. 1] mourut comme il vouloit repasser la mer, et son corps fut transféré à Péronne, du domaine d'Erchinoald, qui y faisoit bâtir une église magnifique pour le temps.
Clovis IT, roi de Neustrie et de Bourgogne, étoit frère de Sigebert 11, établi roi d'Austrasie du vivant de Dagobert leur père commun, fils et successeur de Clotaire. Le grand nombre de saints personnages qui illustrèrent le règne de Dagobert, ne rendirent pas ce prince plus vertueux. À l'exception de quelques œuvres extéricures qui ne génoient pas son incontinence, il parut dans ses mœurs plus mahométan que chrétien. On lui vit trois femmes à la fois avec le titre de reines, et des cuncubines en si grand nombre, qu'on n'a pas daigné les compter. La rédaction qu'il fit des lois de tous les peuples barbares de son obéissance, où le sacrilége et le meurtre des prêtres, comme tous les crimes qui n'attaquoient point l'état, ne sont punis que par des amendes pécuniaires, montre le peu d'avantage que les ministres de la religion avoient à se promettre des puissances du siècle, pour l'établissement du règne de Dieu sur la ruine ae celui des vices et du démon. Il mourut le 19 janvier de l’année 638, la seizième de son règne, à compter depuis que son père lui avoit donné le royaume d’Austrasie , et la dixième depuis la mort de Clotaire. Ce fut le premier de nos rois qui fut enterré à Saint-Denis , dont toutefois il n’est pas le fondateur. L'église et le monastère en subsistoient dès l'an 627; mais il y fit de grandes largesses, et y établit la psalmodie perpétuelle, à l'exemple du monastère d'Agaune. Depuis le roi Dagobert, la plupart de ses successeurs se choisirent la même sépullure.
Entre les grands hommes dont la vertu édifia la cour de Dagobert, saint Eloi et saint Ouen, aussi liés par l'amitié que par la piété, sont des plus mémorables. Eloi, plus ägé, étoit né près de Limoges d'une famille romaine, comme le prouve encore mieux que son nom ct que celui de son père Eucher;
DE L'ÉGLISE. (Av 642) 509 la longue suite d'aïeux chrétiens qu'elle se glorifioit de coin ter:. Îl exerçoit la profession d'ortèvre, alors fort honorable, et dass laquelle il s'acquit une grande rés: ‘ation d'habileté ct de probité. Dès le temps de Clotaire, ce prince voulant faire faire un siége où l'art pût le disputer à l'or et aux pierreries qui en faisaient la matière, ne trouve qu'Eloi qui saisit son dessein. Jl fut encore plus content de l'exécution, et lui donna unc récompense digne du maitre et de l'artiste. Alors Eloi lui présenta un second siége aussi fini et aussi riche que le premier, et dit qu’il l’avoit fait de l'or qui en étoit resté. Le roi commença là-dessus à juger de l'homme rare qui paroissoit à sa cour, apprit de jour en jour à le mieux connoître, le trouva ca pable des plus grandes choses, ct lui donna, avec la charge di grand monétaire, une des meilleures parts à sa confiance. On trouve encore le nom d'Eloi sur plusieurs pièces d’or frappées à Paris sous Dagobert et son fils Clovis.
La faveur du saint ne fit qu'augmenter sous le successeur de Clotaire, et lui attira quelquefois l'envie des méchants, auxquels il se montra toujours opposé, car il fut constamment homme de bien, sans être d'abord tout-à-fait indifférent aux vanités du siècle. Il étoit fort avantagé des dons de la nature, de grande taille, la tête belle, et une belle chevelure qui n'étoil pas moins prisée parmi les Francs, le teint vif, le regard pénétrant, et un front où se peignoit la prudence. Il étoit d'ailleurs naturellement enclin à la magnificence, Avec ce goût ct tous ces avantages extérieurs, les pompes du monde eurent quelques attraits pour lui.Il portoit ordinairement des vêtements somptueux, et quelquefois tout de soie, quoiqu'ils fussent encore très-rares ; des chemises brodées en or à la manière du temps, des ceintures garnics d'or et de pierreries; muis parvenu à un âge mûr, pour mettre sa conscience en repos, il commença par confesser devant un prêtre toutes les fautes yénéralement qu'il avoit commises depuis sa jeunesse, C'est le premier exemple de confession générale qu'on trouve dans l'antiquité, I] se défit, au profit des pauvres, de tous ses ornements précieux. Il ne paroissoit plus habillé que négligemment, ct
5 Sut. ad 1 Decembr. Spicileg. p. 147. Vi. per S. Aled.
Euo (AN 6j, HISTOIRE dans soa particulier, on le trouvoit souvent ceint d'une corde. Le roi le surprenant ainsi, lui donnoit quelquefois son habit et sa ceinture ; mais il distribuoit aux pauvres tout ce qu'il avoit, et tout ce qu'il recevoit du monarque. C'était un prodige que l'abondance de ses aumûnes. Sa maison paroissoit piutôt celle de tous les nécessiteux, que la sienne propre. Si quelque étranger le demandoit, on se contentoit de lui dire : Allez en une telle rue, à l'endroit où vous trouverez les pauvres. Tous les jours il en nourrissoit des troupes chez lui, les servoit de ses propres mains, et mangeoit leurs restes avec une humilité religieuse ; encore en trauvoit-il une partie trop délicate, car en leur donnant du vin et de la viande, ii n'en usoit pas luimême. Quelquefois il passoit deux ou trois jours de suite sans rien prendre.
Il avoit un goût particulier à racheter les captifs, barbares et païens pour la plupart, tels que les Saxons et les Sclaves, qu'il déroboit tout à la fois aux infortunes de cette vie et à leur perte éternelle. Après les avoir instruits, il leur donnoit le choix de retourner chez eux, de rester chez lui, ou d'entrer dans des monastères. Il en fonda un d'hommes et un de filles pour ce pieux dessein. Il mit celui de Solignac, près de Limoges, sous la règle et l'inspection de l’abbé de Luxeu , et fit venir une colonie de ces solitaires renommés, que lui amena saint Remacle, depuis évêque de Mastricht. Il établit celui de filles à Paris, au livu qu'occupoient naguère les Barnabites, dans une maison que le saint tenoit des bienfaits du roi. Sainte Aure en fut la première abbesse , et vit saus sa direction jusqu'à trois cents filles tant captives rachetées que nobles françaises , qui se faisaient gloire de se réduire ainsi sous le joug de leur libérateur commun, Ce généreux fondateur, qui dans ses bonnes œuvres n’avoit rien perdu de son goût porté au grand, pourvut à tout avec une libéralité maguifique ; en sorte que l'église du cimetière qu'il fit faire hors de la ville pour ces religieuses, est devenue une des meilleures paraisses de Paris, sous son premier litre de Saint-Paul.
Les captifs et les pauvres qu'il retenoit chez lui y trouvoient une école de vertu , où plusieurs parvinrent à une haute sainteté, Tels furent, entre peaucoup d'autres, Villon, esclave saxon,
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DE L'ÉGLISE. (An 642.) 60:
honoré sous le nom de saint l'eau; Bauderic , affranchi d'Eloi; Tituen, sun valet de chambre, qui étoit de la nation des Suèves et devint martyr; Buchin, qui avoit été païen , et fut abbé de Ferrières, André, Martin et Jean, qui embrassèrent et honorérent l'état elérical : aussi le logis du saint paroissoit-il plutôt un monastère que l'hôtel d’un homme de cour. Autour de sa chambre on voyoit quantité de livres sur des tablettes, principalement de la sainte écriture, avec les commentaires des saints docteurs : au milieu étoient suspendues des reliques de plusieurs saints, devant lesquelles il se prosternoitsurun cilice, et passoit quelquefois toute la nuit en oraison, Après quoi son délassement consistoit dans le chant de psaumes; puis il reprenoit la lecture, qui n'était qu'une autre sorte de prière entrecoupée de saints élancements des yeux et de l'âme vers le ciel, accompagnée de soupirs et d’une grande abondance de larmes : car sa dévotion étoit extrêmement tendre, et ses gens n’en pouvoient êlre les témoins assidus, sans prendre Îles mêmes sentiments. Il s’acquittoit régulièrement de l'office canonial aux heures accuutumées de la nuit aussi-bien que du jour , et bon nombre de ses domestiques le chantoieni avec lui.
Ouen , le meilleur ami d'Eloi, fils d’un grand seïgneur français , et lui-même grandréférendaire ou chancelier du royaume, comme il est constant par des actes originaux souscrits de «a main en cette qualité, conçut, à l'exemple de son ami, le même détachement du monde. Il avoit avec lui à lacour son frère Adon , qui exécuta le premier la résolution qu'ils avoient prise ensemble de quitter le siècle:, Celui-ci fonda dans les forêts de Brie le monastère de Jouarre, oùil se retira, et qu'on croit justement avoir été double, quoiqu'il ne restât plus en dernier lieu que celui de filles, äont sainte Théodéchilde, sœur desaint Agilbert de Paris, fut la première abbesse. Ouen fonda lui-même dans les forêts de la même province, le monastère de Rebais, où il prétendoit embrasser la vie monastique ; mais le roi et les grands n'y voulurent pas consentir. 1] ne laissa pas de se trouver, avec son cher Eloi , à la consécration de l'église
u Act. Bened, 1.2. p. 475.
de ce monastère, dont la cérémenic se fit par deux saints évéques, Faron et Amand. Ce fut par le conseil du premier qu’il jeta les yeux sur saint Agile, disciple de saint Colomban, pour gouverner celte communauté déjà très-nombreuse dès sa paissance ; mais le monastère de Luxeu connoissoit tout le mérite du sujet qu’on lui dcmandoit, et le vouloit faire son propre abbé, tandis que les villes de Metz, de Langres et de Besançon se disputoient à qui l'auroit pour évêque. Il ne falloit pas moins que le crédit d'Ouen et l'autorité du roi, pour le placer à Rebais, dont il fut établi abbé par un concile tenu à Clichi le premier jour de mai 636. On dit quesaint Ouen avoit encore un autre frère nommé Radon, qui fonda dans le même canton de la Brie le monastère appelé de son nom Reuil , en latin Radolium , au bord de la Marne.
Saint Ouen et saint Eloi étoient trop propres à servir essentiellement l'Eglise, pour n'être point appelés à ses premiers ministères : ils ne s'en croyoient pas moinsindignes. Le peuple et le clergé, interprètes plus équitables des desseins du ciel, en jugérent tout autrement. Saint Romain, l'un des plus saints et des plus illustres évêques de Rouen, et saint Achairde Noyon, étant venus à mourir, on crut ne pouvoir donner des succes- ‘ seurs plus ressemblants à ces grands modéèles, qu'Ouen et J
Eloi. Quand ils virent qu'ils ne pouvoient tenir contre l'ordre ar d'en-haut, ils vou‘urent du moins observer les règles, et ne cu passer à l'épiscopat que par les différents degrés de la cléri- Ach: cature , et qu'après en avoir exercé les fonctions durant quel- Gan. que temps. Enfin , le dimanche avant les rogations de l’année die 640, la troisième du règne de Clovis IT, ils reçurent tous deux end la consécration épiscopale dans la ville de Rouen. A
Les diocèses de Noyon et de Tournai étoient sous la con- Lin duite d’un seul prélat depuis saint Médard, et la Flandre, ee qui s'y trouvoit comprise, témoignoit encore une aversion àS barbare pour l'Evangile. C’étoit là sans doute une carrière ini proportionnée à la charité d'Eloi. 11 ne tarda point à visiter ce an
vaste champ semé d'épines et de périls sans nombre. Antuer- Knf pions ou habitants d'Anvers, Frisons, Suèves établis près de
PAud. vit. S, Elig. L 11. c, 2
Sattmi ToË ue D une @Dte ae Eh de-ne-dèés + iv D. Vi di dé)
DE L'EGLISF. (AN 642.) 603 Courtrai, et bien d'autres peuplades encore demi-sauvages répandues jusqu'à la mer, qu'on prenoit encore pour le terme du munde habitable, parurent d'abord comme des bêtes féroces prêtes à le mettre en pièces; mais l'ascendant naturelde la vertu excita premièrement leur respect; puis sa douceur et sa bonté les gagnèrent entièrement. Ils accouroient en foule pour se faire instruire, Tous les ans , à Pâques, il en baptisoit des troupes innombrables. 11 en engagea plusieurs de l’un et de l’autre sexe dans les observances de la vie religicuse et dans les pratiques les plus relevées de la perfection.
11 fut secondé dans la conversion des Pays-Bas, par saint Amand et par saint Omer, qui évangélisoient dans le voisinaget, Amand étoit né en Aquitaine, c’est-à-dire, dans le style du temps, par delà la Loire , ‘car il étoit d'Herbauge près de Nantes en Bretagne. Il suivit, dès sa première jeunesse, les observances de Ja vie monastique, qui étoit alors regardée comme la route presque unique de la vertu ; maisilse persuada bientôt que le Seigneur demandoit de lui qu'il passât ses jours sans demeure fixe. 11 fut partout comme étranger, et voyagea beaucoup ; ce qui ne l'empêcha pas, contre l’effet ordinaire de cette instabilité , de devenir un grand saint. 1] poussa si loin celte inclination, que les deux puissances s’unissant pour le faire évêque, il n’occeptal'épiscopat qu'à condition de n'avoir point de siége déterminé. C’est avec le caractère épiscopal recu de la sorte, qu'il commença à prêcher, de l’aveu de saint Achair, prédécesseur de saint Eloi, dans les territoires de Gand et de Tournai, puis daus le Brabant. Il se munit encore d’une ordonnance du roi, fort singulière, si elle est bien rendue, puisqu'elle porte que l’on contraindra les idolâtres à recevoir le baptême, Il ne laissa pas de souffrir des peines incroyables. Les risées et les outrages étoient les plus légères. Souvent il fut battu cruellement, traîné dans la boue, jeté dans es rivières : il eut mille occasions semblables de se rappeler la maxime de saint Grégoire le Grand , que les conversions doivent être l'effet de la persuasion et non de la contrainte. Enfin son invincible patience et ses miracles firent ce que
8 Vit. S. Amand. t. 2, Act, Bened.
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n'avoit pu la crainte, ni le poids de l'autorité. Les idolâtres les plus obstinés ne trouvoient point de réplique à la résurrection des morts. L'un d’entr’'eux qui venoit d’être justicié publiquement pour ses brigandages , leur ayant été rendu plein de vie par le saint évêque, ils détruisirent aussitôt les temples de leurs propres mains, et vinrent en foule le supplier de les fair chrétiens sans retardement.
Ges succès l'engagèrent à en aller tenter de nouveaux dans le Germanie , et jusqu'au delà du Danube, où les Sclaves, nouvellement sortis des forêts du Nord, s’étoient répandus de toutes parts. Il y fit peu de fruits, et revint en Belgique. Il alla pour la seconde fois à Rome, où il avoit été avant d’être évêque, et d’où saint Pierre, qui lui apparut, l'avoit exhorté à retourner prècher dans les Gaules. Il étoit encore sorti du royaume, pour évangéliser dans les régions lointaines, quand le roi Dagobert, qu'il avertissoit de son inconduite avec la liberté d’un apôtre, le chassa de sa présence et de ses états : mais ce prince, qui, avec des mœurs fort débordées, avoit une foi vive à différents égards, le fit ensuite rechercher de tous côtés, pour venir baptiser le premier enfant qu’il eûtencore eu detoutesses fenimes. Il vouloit même que pourattirer la bénédiction du ciel sur le jeune prince, Amand le priît pour son fils spirituel. Le saint homme se refusa à cette offre honorable; mais il administra le sacrement de la régénération à l'enfant, qui fut nommé Sigebert , et qui par la suite fit éclater sur le trône d’Aus! “asie des vertus qui lui ont mérité un culte public. On dit que personne ne répondant , comme on lui donnoit la bénédiction des catéchumènes, l'enfant, qui n'avoit que quatre jours, répondit très-distinctement Æmen.
Ge fut ce prince qui, parvenu à la couronne, vainquit enfin la répugnance qu'avoit le saint évêque à se charger d'aucune église particulière, et qui, avec les prélats et une multitude de peuple, l’établit sur le siége de T'ongres, transféré à Mastricht , depuis que cette première ville avoit été ruinée par les Huns, vers le milieu du cinquième siècle; mais, au bout de trois ans , il reprit sa méthode accoutumée de travailler à la conversion des infidèles , sans être attaché à aucun siége. Ainsi pratiqua-t-il encore fort long-temps la vic apostolique, ajrès
res les ection liquede vie leurs chré-
: dans aves, lus de Il alla êque, tourme, i Dad'un ince, ive à pour es ses ciel . Le dmimmé “asie que tion urs,
nfin une tude Tasr les t de à la insi L'rès
DE L'EGLISE. (AN 642.) 605 en avoir obtenu la permission du souverain pontife, 1] fut enterré près de Tournaÿ, dans le monastère d Elnon qu'il avoit fondé , et qui a porté son nom jusqu’à nos jours,
Ilenavoit établi deux autres à Gand, dont l’un conservoit le nom de saint Bavon son disciple, et l’autre celui du Muni. Blandin sur lequel il étoit bâti, Tous deux eurent pour premier abbé saint Florbert, qui y donna retraite ausaintévèque Livin, venu d'Hibe aie pour prêcher dans la Belgique, où il obtint la couronne du martyre,
Le roi Sigebert, par les conseils de saint Remacle, tiré de Solignac pour remplacer saint Amand sur le siége de Mastricht, fonda encore les monastères de Staveloes et de Malmédi dans la forêt des Ardennes. T'elle étoit alors la dévotion dominante , que la Providence ramenoit aux vues de sa sagesse, en ménageant de nombreux asiles à la pureté de la doctrine et des mœurs ; préservatifs plus nécessaires que jamais contre l'ignorance et la dépravation , que l’amas confus de tant de Barbares ne pouvoit manquer de produire. Ainsi furent encore fondées dans les Pays-Das, l’abbaye de saint Guillain, disciple de saint Amand; l'abbaye de Marchiennes, dont le premier abbé fut Jonas, autre disciple de saint Amand! ; l’abbaye de Nivelle, bâtie par ses conseils en faveur de sainte Gertrude, fille de l'illustre Pépin de Landen, maire du palais. Cette dernière fondation donna lieu à celle de plusieurs autres monastères ou hospices que l'on établit pour de pieux hibernois, tels que les saints Ultan et Foïllan, frères de saint Fursi2. Gertrude crut beaucoup profiter à ses filles en Jésus-Christ, en attirant près d'elles des guides habiles dans la conduite de la vie intérieure. Elle étoit abbesse dés l'âge de vingt ans, et mourut à l'âge de trente-trois. Sa nièce qui lui succéda étoit comme elle âgée de vingt ans seulement quard elle fut instituée abbesse. Ici l’on peut remarquer à quel point varioit, selon Îcs temps et les lieux, l'observance, ou peut-être l'intelligence des canons, qui n'accordoient le voile aux vierges qu’à l'âge de quarante
ans.
Saint Omer ne se rendit pas moins utile que saint Amand
(l l'oll. 17 Mart, 1 Conc, Gal, (TANT r°. 1832.
606 (An 642) HISTOIRE
aux peuples de laBelgique !. Geux de Boulogne et de Térouane convertis dès le troisième siècle, mais retombés pour la plupart dans l'idolâtrie, avoient hesoin d'un apôtre pour évêque. Le roi Dagobert, par le conseil de saint Achair de Noyon, qui avoit été instruit comme Omer à Luxeu d’où il étoit sorti le premier, l'en fit tirer à son tour pour l'élever sur le siége de Térouane, en 637.
Quelque temps après, trois autres élèves de l'abbé Eustase vinrent partager les travaux apostoliques du nouvel évêque. Ils se nommoient Mommolin, Ebertran et Bertin, tous trois compatriates , nés , ainsi qu'Omer , au pays de Constance, tous trois prêtres, et tous trois très-versés dans les sciences ecclésiastiques. Un seigneur converti par saint Omer lui donna la terre de Sithiu, où ce pasteur zélé bâtit un monastère à ces dignes coopérateurs. Saint Mommolin en fut quelque temps abbé avant de monter sur le siége épiscopal de Noyon, puis saint Bertin, qui laissa son nom à cet abbaye ; saint Ebertran le fut du monastère de Saint-Quentin en Vermandois.
Les disciples de saint Ouen fondèrent de leur côté un si grand nombre de monastères, que nousn'en pouvons marquer que les principaux. T'els furent ceux de Saint-Vandrille, nommé d’abord Fontenelle, de Jumiége , au même diocèse de Rouen; de Saint-Germer, dans le diocèse de Beauvais. Ils eurent tous trois des fondateurs illustres devant Dieu et devant les hommes, prisés même à la cour, où ils avoient exercé des ministères considérables, et contracté amitié avec saint Ouen. 1l y en a deux qui portoient le nom de leurssaints instituteurs. Celui de Saint-Vondrille eut en peu de temps jusqu’à trois cents moines 2. ]l y avoit quatre églises en dedans et quelques oratoires au dehors. Quoique le saint abbé travaillât de ses mains pour montrer l'exemple, même dans sa vieillesse, qui alla jusqu’à quatre-vingt-seize ans , il s’occupoit aussi du salut des âmes, et de la conversion des idolâtres qui restoient encore dans le pays de Caux. ]l eut à son tour d'illustres disciples, entre lesquels on remarque surtout les saints Lambert, Ansbert et Ercombert:. Les deux preniere
0 Vit. Audum. ap. Mabil, in Annal. — 3 Act, Bened. t. 2. p. 514. :- 3 ]bid, p. bu+.
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DE L'EGLISE. (AN 645.) 6o7 furent successivement abbés après Vandrille, puis archevèques, Lambert de Lyon, et Ansbert de Rouen. Ercombert, ayant élé fait évêque de Toulouse dans un âge déjà avancé, revint douze ans après, cassé de vicillesse , terminer paisible ment sa sainte carrière dans son abbaye. Jumiége eut pour fondateur saint Philibert, lié aussi d'amitié avec saint Ouen, et retiré de la cour, à la fleur de son âge, dans son monastère de Rebais. Il se rendit profond dans la scicnce de la vie régulière, par la lecture assidue des meilleurs ascétiques, particulié rement des règles de saint Macaire et de saint Basile, et par son séjour dans les monastères de Luxeu , de Bobio, et de tous ceux qui avoient le plus de réputation en France et en Italie. Il bâtitenfin à trois lieues de Fontenelle ou Saint-Vandrille, son abbaye de Jumiége, dans la terre qu'il obtint à cet effet, du roi Clovis et delareinesainte Batilde. 1] y mit d'abord soixantedix moines, qui se virent bientôt accrus jusqu’au nombre de près de cinq cents.
Saint Maxi:+ ‘ Grèce, puis en Afrique, ne faisoit pas moins honorer :: :: religieux par ses vertus et sa profonde
doctrine, et surtout par une modestie qui donnoit un relief
admirable à ses qualités supérieurest. Né à Constantinople de parents illustres qui voyoient peu de grands au-dessus d'eux, parvenu lui-même au rang de premiersecrétaire d'état, il quitta la cour impériale, et se retira dans le monastère de Chrysopolis près de Chalcédoine, où bientôt on le fit abbé. Les ravages des Barbares, vraisemblablement des Perses, qui occupérent long-temps les environs de Constantinople tenue comme bloquée, le firent passer en Afrique. Ce fut le premier théâtre de ses travaux éclatants contre l'hérésie des monothélites.
Le patriarche de Constantinople, Pyrrhus, successeur de Sergius, s'y rencontra avec lui, lorsqu'après la mort de l'empereur Héraclius, ce prélat disgrâcié ne trouvoit de sûreté qu’en fuyant loin de son siége , auquel toutefois il ne renonça point. Il est peu d'égarements dont l'adversité n'inspire quelques remords, Pyrrhus avoit été tiré du monastère de Chryso-
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polis, où ilavoit connu toute la droiture etla capacité de saint Maxime. Il accepta volontiers une conférence proposée par le patrice Grégoire, gouverneur de la province, qui voulut y assister lui-même avec plusieurs évêques et plusieurs autres personnes de distinction.
On y approfondit, dans toute son étendue, la question des volontés et desopér: ions en Jésus-Christ, ainsi que la manière dont il convenoit d'en exprimer l'enseignement d’après les saints Pèrest. L'artificieux Pyrrhus usa de tousles faux-fuyants
de l'erreur modifiée en cent manières différentes, avec la subtilité d’un grec exercé de longue main à la dispute; mais, forcé dans tous ses retranchements, il convint que celte question n'étoit rien moins qu'indifférente, que la foi s’y trouvoit essenticllement intéressée, et que les catholiques, après saint Sophrone, avoient eu raison dene pas consentir àne plus parler d'une ou de plusieurs opérations : indifférence pcrnicicuse qui donnoit aux sectaires l'avantage qu'ils avoient toujours tant désiré, de mettre l'enseignement constant de l'Eglise au niveau des nouveautés profanes ; et comme il objectoit cependant la lettre d'Honorius: «À qui faut-il s’en tenir sur le sens de cette lettre, demanda Maxime, si ce n'est au saint prètre Jean qui l'a écrite sous la dictée du pontife, lequel est encore vivant ct éclaire tout l'Occident de l'éclat de ses vertus et de sa science; et non pas à ceux qui ne vous dirent à Constantinople que ce qu'ils ont dans le cœur?.» C'est à celui aui l’a composée, dit Pyrrhus. Eh bien, reprend Maxime, voici ce que celui-là même a déclaré au nom du pape Jean IV (dont il fut aussi secrétaire ) à l'empereur Constantin, fils d'Héraclius : «Sergius ayant écrit que quelques-uns admettoient deux volontés contraires en Jésus-Christ, nous répondimes que ces deux vo lontés ne pouvoient être admises, c'est-à-dire, qu'il n'y avoit oint en Jésus-Christ une volonté de la chair et une volonté de l'esprit , COmine en nous qui sommes pécheurs, mais une seule volonté qui naturellement désignoit son humanité... Quelques personnes, interprétant ces paroles dans leur intérêt et le sens particulier, soupçonnèrent qu'Honorius avoit enseigné
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DE L'ÉGLISE. (AN 648.) 609 qu'il n'y a qu'"ne seule volonté dans la divinité et l'humanité réunie : mais ceeinterprétation est absolument fausser.» Pyrrhus confondu ne savoit plus que répondre; mais il avoit approuvé l'erreur dans une assemblée d'évêques, et il trembloit à la seule pensée de la flétrissure que sa rétractationimprimeroit à cette espèce de concile. » Comment, reprit Maxime qui nous apprend à cette occasion les formes nécessaires pour un concilenational, comment appelez-vous ainsi une assemblée faite contre toutesles règles ? Lalettre circulaire n’a point été écrite du consentement des patriarches ; ni le jour, ni le lieu n’ont été marqués : il n’y eut ni promoteur , ni accusateur ; les évêques qui composoient cette assemblée n'avoient point de pouvoir de leurs métropolitains, ni les métropolitains de leurspatriarches , et n’avoient envoyé ni lettres, ni députés. »
Enfin Pyrrhus parut sincèrement touché, abjura formellement ses nouveautés pernicieuses, prit le langage d’un humlile pénitent, et regarda comme une grâce d'aller à Rome, pré-. senter au souverain pontife, en présence du clergé et du peuple, le libelle de rétractation souscrit de sa main. Le pape Théodore , qui avoit succédé à Jean IV le 24 novembre 642, traita Pyrrhus comme vrai patriarche de Constantinople, parce qu’il n'avoit pas été déposé canoniquement : il lui fit mettre un siége près de l'autel , lui donna de l'argent pour fai:e des largesses au peuple, et lui fournit honorablement, ‘aux dépens de l'Eglise romaine, tout ce qui étoit nécessaire pour son entretien ; mais cet inconstant patriarche se rejeta bientôt dans le‘précipice d’où on l'avoit à peine tiré.
Auparavant , et par l'instigation de Paul, substitué à Pyrrhus pendant la disgrâce de celui-ci, l'empereur Constant qui régnoit depuis le mois d'octobre 641,rendit, sous le nom de type ou form'laire ,une ordonnance aussi pernicieuse que l'Ecthèse d’Héraclius qu’elle supprimoit. Comme il n'admettoit pas luimême la doctrine d’une seule opération, il ne fitqu augmenter le mal qu'il sembloit corriger. Tant il est vrai que-les palliatifs accumulés ne peuvent jamais tenir lieu de remèdes, et que l'indifférence, en matière de dogme, est souvent plus nuisible que l'erreur même.
s Ep. ad. Constant. Imperot.
610 (An 648.) HISTOIRE
« Nous défendons, disoit-ilt, à nos sujets catholiques de disputer à l'avenir, en quelque manière que c. soit, touchant une ou deux, soit opérations, soit volontés, sans préjudice de ce qui a été décidé par rapport à l’incarnation du Verbe. Nous voulons qu'on s'en tienne aux saintes Ecritures , aux cinq conciles généraux, et aux seuls passages des Pères, dont la doctrine est la règle de l'Eglise, sans addition ni suppression, sans les expliquer selon des sentiments particuliers ; mais qu'on demeure en l'état où l’on enétoit avant ces disputes, commesi elles ne s'étoient pas émues. » Il statue ensuite contre les transgresseurs , que s'ils sont évêques, ou dan: tout autre ordre de la eléricature, ils seront déposés ; les moines, excommuniés et chassés de leurs demeures ; les gens en charge destitués, les particuliers notables privés de leurs biens; les autres, châtiés corporellement et bannis.
Le pape Théodore, qui avoit déjà reçu beaucoup de plaintes contre Paul, qu'il avoit averti sans succès par ses lettres et par ses légats, crut ne devoir plus différer sa condamnation. On pense qu'elle se fit en même temps que ceile de Pyrrhus, qui, passant de Rome à Ravenne aussitôt après sa rétractation , professa de nouveau le monothélisme, séduit apparemment par l'exarque, sous l'espérance de rentrer dans le siége de Constantinople. Le pape indigné d'une rechute si prompte, et qui rendoit le coupable si raisonnablement suspect d'hypocrisie et de parjure, assembla dans l'église de Saint-Pierre les évêques et le clergé, et prononça la déposition de Pyrrhus, avec anathème *. Informé de plus par l'envoyé de saint Sophrone, Etienne de Dore, que le patriarche de Constantinople s'étoit arrogé, contre les canons, le vicariat du siége de Jérusalem, il usa de tout le pouvoir que lui donnoit sa primauté dans ces conjonctures, et fit Etienne même son vicaire en Palestine, avec pouvoir de déposer les évêques irrégulièrement ordonnés, si au moins ils n’abjuroient les nouveautés qui leur avoient procuré Jeur élévation illégitime.
Pour la condamnation de Pyrrhus, le pape Théodore se fit apporter le saint calice, souscrivit la sentence avec le sang de
! Act. S. Maxim, D: 36, t. VI US Conc. P:. 235. —!1 Conc. Later, sect, 2. P° 16, Che
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DE L'ÉGLISE, (An 648.) GE Jésus-Christ :. L'excommunié reporta aussitôt en Orient son ressentiment et sa fureur. Le patriarche Paul se montra peu sensible à l'affront de ce rival ; mais il ne se posséda plus quand il apprit sa propre déposition : il porta la violence jusqu’à renverser l'autcl que le souverain pontife avoit à Constantinople dans Îe palais de Placide, ct fit défendre aux légats d'y célébrer les saints mystères. 11 enveloppa dans cette persécution plusieurs évêques , et des laïques zélés, qui furent traités indignement, emprisonnés, déchirés de coups.
Le pape Théodore mourut peu après cet acte de vigueur, qui dut coûter à son caractère naturellement doux , affectueux et compatissant , d'une grande tendresse envers toute sorte de malheureux. 1l fut enterré à Saint-Pierre le 14 de mai 649. C'est le premier pape qu'on ait qualifié de souverain pontife, et peut-être aussi le dernier qu'un évêque, savoir Victor de Carthage, ait appelé frère. Après environ sept semaines de vacance, on ordonna, le 5 de juillet, Martin qui avoit été légat à Constantinople. Pendant plus de six ans de pontificat, il n'eut à essuyer que des atrocités et des perfidies de la part des nouveaux sectaires : mais s’il les connut trop bien pour ne pas les démasquer , il ne pénétra paint encore assez leur perfide noirceur, pour se préserver de la violence qui le fit mourir martyr: Incôntinent ajrès son ordination, à laquelle assista saint Maxime, il assenbla un concile de cent cina évêques dans l'église du palais de Latran2. La dépendance où leur naissance , ainsi que le territoire de leurs diocèses, les mettoit de l'empereur ( comme on Île remarque à leurs noms tous romains ), n’intimida point leur foi. Dans ce concile, qui eut cinq sessions , quelques-uns même de Grèce et d'Orient marquèrent la plus grande intrépidité et la plus sainte ardeur.
Théophylacte, chef des notaires , adressant d'abord la parole au souverain pontife, lui dit qu'ayant rossemblé tant de fidèles gardiens du troupeau de Jésus-Christ, lesquels révéroient dans son vicaire la plénitude de l'autorité apostolique. il appartenoit à sa sainteté de leur faire connoître ce qui s'était passé avec es novateurs, et en quel état se trouvoit cette af-
8 Thoop. an. 10, hær, p. 275. — 2 Tom. vr, Cone. p. 79, ete.
612 (Ax 649.) RISTOIRE faire, à l'effet de confirmer tous les prélats dans la foi de l'Eglise, et de les animer à la défendre. Le pape reprenant la parole : « J'ai cru nécessaire, dit-il, de vous convoquer, afin que tous ensemble, en présence de Dieu qui nous voit et qui nous juge , nous examinions ce qui regarde les erreurs et les faux docteurs, et pour que chacun dise, avec le secours du Seigneur, ce qu'il lui inspirera.Mais fidèle aux règles, ce sage et religieux pontife demanda des accusateurs en forme, et que la dénonciation se fit contre les accusés, ou par les parties intéressées, on par le primicier et les notaires de l'Eglise romaine, sur les pièces authentiques tirées de ses archives. On fournit abondamment les moyens des deux espèces , soit dans Ja personne d'Etienne de Dore, avoué par beaucoup d’autres évêques de l'Oriertt, sans compter une multitude d’abbés, de prêtres et de moines grecs , soit dans plusieurs requêtes présentées au saint Siége contre Cyrus, Sergius et leurs adhérents; sur quoi le pontife proposa d'examiner les écrits des accusés. Il est bon d'observer , à l'occasion d’une requête qui fut présentée par ces moines au nombre de trente-deux et de cinq abbés:, qu'ils demandent au pape de faire traduire en grec, avec toute l'exactitude possible, ce qu'il fait et décide présentement, afin qu'après en avoir pris connoïssance, ils y puissent donner leur consentement en pleine sûreté. Ces pieux solitaires, simples laïques, ou tout au plus diacres et prêtres, ne prétendoient certainement pas s'arroger le droit de juge ment en matière de foi à l'égard des premiers pasteurs ; autrement l'Eglise romaine, qui n’a jamais varié sur le fondement de l’infaillibilité qui n'appartient qu'aux vrais successeurs des apôtres, eût rejeté avec indignation leur téméraire suppliques mais ia question dont il s’agissoit ayant été décidée d'une ma. nière irrévocable, ils vouloient s'assurer indubitablement de la confirmation qu'on alloit faire de cette décision. La sûreté que demandoient ces Grecs de naissance, concemoit donc la fidélité grammaticale des traductions par rapport à leur langue. Rie ‘toit plus naturel que cette demande : il est de raison dan tcus les eas, qu’on entende bien ce qu'on veut souscrire,
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DE L'ÉGLISE, (AN 649.) 613 et pour cela, qu'on en prenne lecture dans une langue qui nous soit parfaitement intelligible. Ainsi la conduite des moines admis à ce concile, ne prouve nullement qu'ils aient eu pour suspecte la doctrine des évêques, ni celle du pape, qu'ils reconnoissent expressément , dès le commencement de leur requête , pour le chef de toutes les Eglises , de qui tuut le monde chrétien attendoit avec respect la réponse.
Après la dénonciation, on examina les écrits des accusés, et on les confronta avec les passages des Pères et des conciles. L'opposition étoit palpable ; la doctrine des deux opérations et des deux volontés de l'Homme-Dieu ayant toujours été enseignée dans l'Eglise, ou en termes exprès par saint Athanase et quelques autres saints docteurs, ou dans les principes fondamentaux de la croyance catholique, d'où elle s'ensuit nécessairement et avec évidence; il n'y eut qu'une difficulté apparente pour le passage cité en faveur de l'opération théandrique par Cyrus d'Alexandrie, et que tout le monde croyoit alors de saint Denis l'Aréopagite; mais indépendamment de l'altération du texte, dont les novateurs furent convaincus, le pape prouva d'ailleurs que le mot de théandrique enferme nécessairement deux opérations , et que dans le saint docteur il n’est relatif qu’à l'union parfaite des opérations naturelles de Jésus-Christ, qui faisoit humainement les actions divines, et divinement les actions humaines ; qu'ainsi il avoit ce qui nous est naturel , d’une manière plus éminente , d'une manière surnaturelle à notre égard; et que c’est là ce quedit saint Léon, que chaque nature opère en lui ce qu'elle a de propre, mais avec la participation de l’iutre. L’habile pontife releva encore les contradictions qui résultoient des écrits mêmes des sectaires. Cyrus, dit-il, ayant prononcé anathème contre quiconque ne dit pas que Jésus-Christ agit par une seule opération, et Sergius avec Pyrrhus l'ayant approuvé, tous trois néanmoins approuvent l'Ecthèse qui défend de dire, soit une , soit deux opérations. Îls encourent donc leur propre anathème , et ils se contredisent, puisqu'il est contradictoire de dire une opération, et de ne le dire pas,
Sur la réquisition de Benoit, évêque d’Ajaccio dans l'île de Corse, on en vint à Paul, successeur de Sergius et de Pyr-
ro
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rhus dans l'hérésie, comme dans le siége de Constantinople, et plus coupable qu'eux par ses violences contre les catholiques. On examina une lettre fameuse qu'il avoit écrite au pape Théodore, puis le Type de l'empereur Constant, dont Paul étoit le véritable auteur. On établit la preuve de son obstination dans l'erreur, et du scandale avec lequel il se montroit incorrigible," nonobstant tous les avertissements qu'il avoit reçus par écrit, ou par des légats. Au sujet du Type, les Pères déclarérent unanimement que, sous une apparence de bien , il produisoit les effets les plus pernicieux. 1l est bon sans doute, dirent-ils, de faire cesser les disputes, mais il est ruineux de supprimer le bien avec le mal, la doctrine des Pères avec l'impiété des héréliques. C’est là perpétuer les disputes, plutôt que de les éteindre ; puisque les pasteurs ont reçu du maître suprême l'ordre d'enseigner, et que les ouailles fidèles, détestant l'hérésie, ne peuvent être indifférentes entre l'enseignement salutaire et la voix de la séduction. Il nous est commandé de fuirlemalet de fairelebien, etnon pas dercjeter l'un et l’autre. Le cri de la menace et de l'indignation ne doit donc pas s'adresser à ceux qui reconnoissent, avec les pasteurs catholiques, deux opérations et deux volontés en Jésus-Christ, mais à ceux-là seulement quine confessent pas ce queles Pères de l'Eglise ontconfessé. Le T'ypedéfend de parler tant de deux volontés que d'une seule : or, ne point confesser la volonté de l'humanité sainte de Jésus-Christ, c’est, selon saint Denis,
convenir qu'elle est sans volonté et sans opération, c'est-à-.
dire, qu'elle est sans substance et sans être ; c'est la détruire et l'anéantir : car le pape Denis enseigne clairement qu'une âme sans opération n'a point d'être stable, n'est aucune substance; qu'elle n'est rien du tout, puisque la nature n’est substance que par la vertu naturelle et essentielle d'opérer, qui en est inséparable. Ainsi donc, en louant la bonne intention de l'empereur, nous rejetons les dispositions de son Type, comme ne 8 accordant point avec la règle de l'Eglise, qui ne condamne au silence que ce qui est contraire à sa doctrine , et qui défend d'affirmer et de nier tout ensemble l'erreur et la vérité.
Après cet acte de fermeté contre un édit impérial, on n'eut garde de ménager les fourbes qui induisvicnt les maitres du
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monde en des abus si pernicieux de leur puissance. Après avoir dit anathème à quiconque n'admettroit pas en Jésus-Christ deux volontés et deux opérations, la divine et l’humaine, ou qui reeevroit l'Ecthèse et le Type qu'on déclare impies, on condamna nommément Théodore de Pharan, Cyrus d'Alexandrie, Sergius de Constantinople, avec ses successeurs Pyrrhus et Paul. La chosc est évidente, par la souscription même du souverain pontife, fidèlement transcrite du concile, et conçue en ces termes : Martin, par la grâce de Dieu, évêque de la sainte église catholique et apostolique de la ville deRome, j'ai souscrit comme juge à cette définition qui confirme la foi orthodoxe, et à la condamnation de Théodore, jadis évêque de Pharan, de Cyrus d'Alexandrie, de Sergius de Constantinople, de Pyrrhus et Paul ses successeurs, de leurs écrits hérétiques, de l'Ecthèse impie et du T ype qu’ils ont publiés. Suivent les souscriptions des autres évêques, au nombre de cent cinq!.
Les évêques d'Afrique avoient déjà condamné l’hérésie des monothélites, connue de bonne heure chez eux par la retraite de Pyrrhus, et ils avoient prié le siége apostolique d'étouffer cette impiété à sa naissance. Sergius , métropolitain de l'île de Chypre, avec plusieurs orientaux, écrivit à Rome dans le même sens, du vivant même du pape Théodore. Ils le nommoient très-saint , très-vertueux et très-honoré seigneur, Père des
sIl est utile de remarquer que,dansceconcile,où cent cinq évêques prononcent condamnation ceatre les chefs des monothélites, dénoncés et poursuivis publiquement par des moines, des prêtres et des évêques d'Orient et d'Occident, on ne parle point cu pape Honorius dont il sera question néanmoins au sixième concile général. D'où l'on doit conclure qu'alors , (11 ans après la mort d'Honorias) on étoit persuadé que ce pape n’avoit point enseigné l'erreur, et qu'ainsi il n'avoit point suivi en tout les sentiments de Sergius de Constantinople. Il étoit évident pour les Péres que ses réponses à ce dernier n’étoient pas infectées de l'hérésie, Aussi le pape sait Martin ne craint pas de dire dans la lettre encyclique de ce concile, adressée à tout l'univers, que es papes ses prédecesseurs n’ont cessé d’avertir et de reprendre Sergius et Pyrrhus pour les ramener de l'erreur à lu suine doctrine. Ce qui est au moins une forte présomption , que les actes du 6.e concile où l'on condamne Honorius en même temps que Sergius, ne nous sont point parvenus dans toute leur pureté. Voyez l'article ssonothelites dans le Dictionnaire Théologique de Fergier, édition de Besançon 1826, Le savant et laborieux éditeur répond solidement à toutes les objections possibles sur le fait d'Honorius,
PAR ITLN 2
Pères, archevêque et pape œcuménique, et ils lui rappeloient que le Verbe divin avoit établi le siége apostolique comme le fondement immobile et le phare radieux de la foi.
Le saint pape Martin n'hésita pas d'envoyer les actes du concile de Latran, non-seulement à tous les évêques de l’'Eglise catholique, mais même à l’empereur qui avoit donné le Type; il établit encore Jean de Philadelphie son vicaire par tout l'Orient proprement dit, c'est-à-dire, dans toutes les églises dépendantes d'Antioche, ainsi que de Jérusalem. Etienne de Dore l'avoit été du dernier pape, dans la Palestine; mais on avoit envoyé contre lui des plaintes à Rome, où, quoiqu'elles se fussent trouvées sans fondement , on craignoit que le préjugé seul rendiîtson ministère peu utile. «Nous vousétablissons notre vicaire, dit le pape saint Martin à Jean de Philadelphie, parce que nous savons que vous avez à cœur les vertus que l'Apôtre recommandeaux évêques. Hâtez-vous donc, dans le Seigneur, de corriger ce qui manque, d'établir des évêques, des prêtres et des diacres dans toutes les villes soumises aux siéges de Jérusalem et d'Antioche. Car c'est là ce que nous vous ordonnons absolument en vertu de cette autorité apostolique donnée par Jésus-Christ, àsaint Pierre prince des apôtres. Nous vous l’ordonnons à cause du malheur des temps et de l'oppression des nations, et de crainte que toute la beauté de l'ordre sacerdotal ne vienne à s’éclipser dans ces contrées. Mébprisez courageusement les réclamationsetles emportements du faux évêque d'Antioche, Macédonius. L'Eglise catholique ne le reconnoît pas pour évêque, non-seulement parce qu'il en usurpe le titre, contre Îles canons , dans un pays qui lui est étranger, sans consentement du peuple et sans décret, mais encore parce qu'il est uni aux hérétiques qui l'ont élu pour récompense de sa défection.» Il en est de même de Pierre, qu'ils prétendent avoir fait évêque d'Alexandrie.
Ces soins de la vigilance pontificale font voir et la sagesse des règles divines établies pour le bon gouvernement de l'Eglise universelle, et l’état déplorable où se trouvoient néanmoins les églises de l'Orient et de l'Egypte depuis les con-
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DE L'ÉGLISE. (An 653.) Gi quêtes des Musulmans. 1l importoit peu sans doute à ces avides usurpateurs quelle foi professassent les chrétiens leurs sujets ; mais ceux qui se maintenoient dans la communion de Rome et de Constantinople leur étoient les plus suspects, comme les plus affectionnés aux empereurs avec qui ils se trouvoient perpétuellement en guerre. Ainsi, outre les monothélites, tous les anciens hérétiques reprirent le dessus dans les terres de la domination musulmane. Les nestoriens se relevèrent en Syrie, les jacobites ou eutychiens en Egypte; et depuis cette triste époque, il n'est plus possible de trouver exactement la suite de tous les patriarches d'Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem.
La conduite de l'empereur Constant attira de plus en plus sur l'empire les coups vengeurs de la divine justice. Ce jeune prince, naturellement impérieux et dur , porté sur le trône dès son enfance, n'avoit jamais rencontré que des esclaves soumis à tous ses caprices, Il confondit avec ces âmes viles le vicaire de Jésus-Ghrist, et prit pour un outrage l'opposition du saint pape Martin à un rescrit qui renversoit les fondements du christianisme:. À force de mensonges, de déguisements, de protestations parjures ( manœuvres familières et faciles à la fourbe grecque ), il trouva moyen d'enlever de Rome le successeur de Pierre, et de se le faire amener à Constantinople. Le pontife, alors travaillé d’une maladie fort aiguë, éprouva tout ce que ce contre-temps pouvoit ajouter à la barbarie de ses ravisseurs , assurés qu ils ne pouvoient mieux faire leur cour que par les excès de leur malignité. Durant tout le voyage, qui fut de quinze mois, y compris les longs séjours de l'quipage en divers endroits, le saint pape fut étroitement enic:tné dans le vaisseau qui lui servoit de prison, quand même on accordoit le débarquement à tous les autres passagers comme un soulagement indispensable. Cependant il étoit cruellement tourmenté par la goutte, épuisé par un flux de ventre qui ne le quitta point, demi-nu et transi de froid, dépourvu généralement de toute chose, à l'exception d’un pot à boire, le seul effet qu'il eût eu la liberté d'emporter; et quand sur la route
8 Ey. 15
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G18 (an 654.) HISTOIRE
les évêques ou les fidèles fournissoient à ses besoins, aussitôt ses gardes pilloient tout en sa présence, l'accabloient d'injures, maltraitoient ses bienfaiteurs , et les menaçoient de J'indignation du prince.
Arrivéenfin à Constantinople, on le laissa au port , depuis le matin jusqu'à quatre heures du soir, étendu dans le naviresur un méchant grabat, en spectacle à toute la populace, en butte aux outrages desimpies et des païens, qui faisoient la plus grande partie de cette troupe insolente. Quand lesoleil fut couché ,on tira le pape du vaisseau, on le monta sur un brancard, ct on le transporta fort secrètement dans une prison : là, sans le laisser voir à personne, on le fit languir pendant trois mois , depuis le 17 septembre jusqu'au 15 décembre. Alors on le fit comparoître chez le grand saceilaire ou trésorier, en présence du sénat assemblé, où, sans nul égard à la dignité pontificale , ni à l'équité, tout en commençant son interrogatoire, on le traita comme un scélérat déjà convaincu. À l'imitation du pontife éternel arrété par les scribes et les pharisiens , son digne vicaire ne répondit pas un mot à toutesles insultes, 11 ne prit la parole que quand on fit entrer les témoins qu'on avoit apostés, et qu'on se mit en devoir de les faire jurer sur les Evangiles. Au nom de Dieu, s'écria-t-il alorst, épargnez-leur ce crime, et faites de moi tout ce qu'il vous plaira. On le mena dans une place proche du palais, à dessein d'animer l'audace du peuple, qu’on pressa de lui dire anathème; mais la plupart pénétrés de respect pour sa dignité :! sa sainteté, se retirèrent suffoqués de sanglots, et les yeux noyés de larmes. Les bourreaux lui arrachèrent son étole, le dépouillèrent du reste de ses vêtements, à l'exception d'une simple tunique, qu'ils déchirèrent méme des deux côtés, depuis le haut jusqu'en bas. Cependant quelques courtisans adulateurs triomphoient lâchement de son humiliation, et lui disoient : Reconnoïs que Dieu t'a livré entre nos mains. L'empereur regardant des fenêtres de sa chambre, à travers les jalousies, se repaissoit avec avidité de cette scène barbare, et goûtoit toute la satisfaction d'un tyran. Pour lui plaire encore davantage, on mit un carcan de fer au
Tom, 1v, Conc. p. 66, — à Ibid, p.68,
DE L'ÉGLISE (\n 655.) 6:19 cou du pontife , et on letraîna par toute la ville, précédé d'une épée qu'on portoit devant lui pour marquer sa condamnation.
Etant arrivé au prétoire, il fut chargé de chaînes, et jeté dans une nouvelle prison, où on le poussa si brutalement qu'il s'écorcha fortement les jambes, et ensanglanta tout l'escalier. En entrant dans le cachot , il tomba plusieurs fois de suite avee un tel épuisement, qu'il sembloit prêt à rendre l'âme. On le plaça sur un banc, où on le laissa enchaîné comme il étoit, presque nu et mourant de froid ; car c'étoit le quinze décembre de l'année 654, où la rigueur de l'hiver fut extrême. Gependant le préfet de Constantinople, touché d’une pieuse compassion , lui envoya son maître d'hôtel avec quelques nourritures ; et pour le consoler, il lui fit espérer qu'il ne mourroit pas ; mais la consolation du saint pontife étoit tout au contraire dans l'espérance du martyre. Il resta dans ce cachot pendant plus de trois mois, sans que sa fermeté parût jamais se démentir. On le pressoit de temps en temps de communiquer avec les novateurs de Constantinople. 11 répondit invariablement : « Faites de moi, sans tant de propos, ce que vous avez résolu ; ou si vous l’aimez mieux, tentez, importunez-moi, usez de tous les piéges et detouteslesviolences ; l'expériencene servira qu'à faire mieux éclater la force que Dieu donne à ses serviteurs. Quand vous me feriez hâcher par morceaux, comme vous m'en avez menacé, je ne communiquerai jamais avec les corrupteurs de votre église. »
Dans ces conjonctures, le patriarche Paul étant tombé ma- Jade à mort, l'empereur l'alla voir , et croyant lui faire plaisir, il lui raconta de quelle manière le pape avoit été traité. Paul poussa un profond soupir, et s'écria, en se tournant vers la muraille : Hélas ! c'est ce qui va mettre le sceau à ma condannation. Il mourut huit jours après ; et Pyrrhus rentra , non sans peine , dans le siége patriarcal l’année suivante : mais il jouit peu de temps du fruit de sa rechüte ; il mourut lui-même moins de cinq mois après son rétablissement.
L'empereur n'osant condamner à mort le saint pape, le relégua dans ia Chersonèse Taurique; on lui laissa même la
1 Tom, 1v , Cone. p. 68.
liberté de dire adieu à ceux qui lui étoient demeurés fidèles , etqui ne purent contenir leur douleur. Comme 1ls éclatoient en gémissements et en cris aigus, le généreux confesseur les regardant d'un visage serein , ct même riant, frappa doucement sur celui qui se trouvoitle plus proche, et lui dit : « Tout ceci. mon frère, m'est souverainement avantageux ; c'est pour moi le comble du bonheur : pourquoi me plaignez-vous au lieu de prendre part à ma joie P » Il ne laissa point de ressentir vivement la misère, et plus encore l'abandon, où quelque temps après ses amis de Rome et les élèves de son église le laissèrent dans uneterre inculte etbarbare. « J'espérois, écrivit-il à Constantinoplet , qu'on m'enverroit d'Italie quelque secours pour ma subsistance , dans un pays où nous ne pouvons absolument vivre sans cela , et où la famine est telle, qu'on y parle -ytant de pain qu'on yen voit peu. Qu'il ne m'arrive aucun soulagement , c'est 1ne chose aussi étonnante qu'elle est certaine ; mais j'en bénis le Seigneur , qui règle nos souffrances comme il lui plaît. J'admire le peu desensibilité de mes amis, et plus encore la pusillanimité des Romains, à qui la crainte des hommes fait négliger à mon égard le commandement du Seigneur , et qui ne veulent pas seulement savoir si je respire encure. Si saint Pierre nourrit si bien les étrangers , que dirai-ie de nous qui sommes ses serviteurs propres, qui l'avons du moins servi quelque peu, et qui nous trouvons dans une telle détresse? Je prie Dieu toutefois, par l'intercession du saint Apôtre, de les conserver inébranlables dans la foi orthodoxe, principalement le pasteur qui les gouverne à présent: , ( c'està-dire Eugène qui n'avoit été mis sur le saint Siége à l'enlèvement de Martin, que par l'ordre de l'empereur , mais que ce saint pape paroît avoir depuis avoué pour son vicaire, ) Cependant, de quoi suis-je en peine ? Le Dieu de miséricorde ne tardera point à terminer ma carrière.»
Le pape Martin pouvoit d'autant mieux réclamer la libéralité de l'Eglise romaine, qu'il en avoit dispensé les richesses avec plus de générosité. Comme on l'interrogeoit, de la part de l'empereur, sur la réception de Pyrrhus de Constantinople
1 Epist. 16. — 2 Epist. 17.
és.
DE L'ÉGLISE, (AN 655 ) 621 réfugié à Rome, et qu'on lui demandait d'où ce patriarche disgrâcié tiroit alors sa subsistance: «Sans doute, réponditil, du palais patriarcal de Rome. «Mais encore, poursuivit l'officier de l'empereur, quel pain lui donnoit-on ? » Vous ne connoissez pas l'Eglise romaine, répliqua Martin : apprenez que quiconque y a recours, quelque misérable qu'il soit, on lui fournit de tout abondamment. La charité de Pierre va jusqu'à la magnificence. On donnoit à Pyrrhus du pain très-blanc, et des vins de diverses sortes, non-seulemeat à lui, mais à tous les gens de sa suite. Jugez de là comment on doit traiter un évêque.»
Le saint pontife ne fut pas trompé dans son espérance ; il rendit saintement son âme à Dieu au bout de six mois d'exil, le 16 de septembre 655. Il avoit tenu le saint Siége, à compter depuis son ordination jusqu'à sa mort, six ans deux mois et douze jours. Ainsi l'on nc peut compter à Eugène, qui mourut le premier juin 657 , que deux ans huit mois et vingt-quatre jours de gouvernement, d’abord comme vicaire général, puis comme pasteur en titre de l'Eglise romaine. Saint Martin est honoré par l'église grecque en qualité de confesseur de la foi elen qualité de martyr par l'église latine. Le pape Eugëne, qui paroît avoir été nommé du consentement de ssint Martin ,et dans la crainte que l'Empereur n'imposâtde force un monothélite, ne se montra pas indigne de la place éminente et difficile où il fut élevé; si ses légats à Constantinople se laissérent éblonir un instant par les subtilités des hérétiques, il est certain qu'il ne reçut jamais le Type. À Eugène succéda Vitilien, ordonné le dernier jour de juillet, après que le siége eut vaqué deux mois.
L'abbé saint Maxime étoit , avec saint Martin pape, le plus puissant d''enseur de la foi catholique contre l'hérésie renaissante des eutychiens ; et il parut visiblement suscité de Dieu pour la combattre, tant par sa haute et magnanime vertu, que par la force et l'érudition de ses écrits, qui roulent presque tout entiers sur les erreurs de ce temps. L'année même de la mort du saint pape, il fut pris à son tour , et amené à Constautinople avec Anastase son disciple fidèle depuis trente-sept ans, et un autre Anastase qui avoit été apocrisiaire de l'Eglise ro-
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622 (An 655.) HISTOIRE
mainet. Sitôt qu'ils furent arrivés, dix soldats, avec deux officiers, les tirèrent du vaisseau, les séparèrent les uns des autres, et les jetérent déchaussés, et presque nus en différentes prisons, sans respect ni pitié pour ce vénérable vieillard de soixante-quinze ans. On leur fit subir différents interroga-
toires; on entra aussi souvent en conférence avec le savant .
abbé, on tenta par mille impostures de leur faire croire que leur constante n'étoit plus qu'une opiniâtreté démentie par toutes les églises. Les voies de la séduction et celles de la violence furent également inutiles. La défection même des légats du pape Eugène ne put faire douter le disciple Anastase , de la fidélité de l'Eglise romaine à soutenir invariablement les vérités définies par les Pères ct les conciles. Nonobstant les allégations de nos persécuteurs, écrivoit-il de sa prison aux moines de Cagliari en Sardaigne, nous ne cessons de croire fermement , en vertu de la promesse faite à Pierre, que la semence de la piété demeurera au moins dans l'Eglise romaine.
Maxime, de son côté, insistoit fortement sur la condamnavon des nouveautés profanes prononcée canoniquement au
concile de Rome3. On luiobjecta que ce concile n'étoit paslé- .
gitime, parce qu'il avoit été tenu sans ordre de l'empercur. «Mais, reprit Maxime instruit parfaitement des lois et des usages de l'Eglise , si ce sont les ordres de l'empereur qui confèrent aux conciles leur autorité, il faut donc recevoir ceux de Tyr, d'’Antioche, de Séleucie, de Sirmich, et tant d’autres que les empereurs surpris par les Ariens ont fait tenir contre la doctrine de la consubstantialité; et long-temps après encore on a dû révérer le brigandage d Ephèse, où se déploya toute la fureur impie de Dioscore. On rejettera , par le même principe , le saint concile qui déposa Paul de Samosate, et proscrivit l'impiété qui sapoit les fondements de la foi et des mœurs chrétiennes. Où sont les canons, ajouta-t-il , qui défendent d'approuver les cou. :les célébré; sans l'approbation de l'empereur, ou qui grescrivent de ne les assembler que par son ordre?» On convint du principe, et sur bien d'autres articles, quelques-uns des grands les plus attachés en apparence aux prétentions del'em-
à Niceph. chron. act. Max. p. 29. — *Hbid. p. 43. =-3 Tom. V1, Gone,
thélis ques expré
s To
DE L'ÉGLISE. (An 656.) 623 pereur en sentirent toute l'injustice, Le saint pénétrant ce qui se passoit dans leurs âmes, leur proposa d'engager Constant à imiter son aïeul, qui avoit enfin désavout sa fatale Ecthèse. lls réfléchirent quelque temps en silence et en témoignant leur embarras par divers mouvements de tête , et par leurs fréquents changements d'attitude; après quoi ils s'écrièrent : Tout est plein de difficultés insurmontables. Ils ne purent toutefois se défendre des impressions de respect que leur inspiroit le saint confessenr; en se séparant de lui, ils le saluèrent avec honnêteté.
Tout le fruit d’une confession si glorieuse fut l'exil du saint et de ses deux compagnons : iniquité qui fut suggérée à l’empereur par les ecclésiastiques infectés des opinions nouvelles, et effrayés de l'ascendant comme irrésistible d’un docteur vénérable que tous les catholiques regardoient comme leur père et Jeur guide. On conduisit les trois confesseurs, mais séparément, aux extrémités de la Thrace, dans les dernières places qu'y eussent les Romains sur les frontières des Barbares, sans aucune provision pour leur subsistance, et presque sans habits : là on fit de nouveau tenter Maxime par Théodose, évêque de Césarée en Bitbynie, qui en fut chargé l’année suivante par l'empereur et par le patriarche Pierre , monothélite aussi-bien que Paul son prédécesseur. Mais l’éloquence du saint docteur fit une impression plus admirable encore sur ce prélat tentateur, que sur les courtisans qui avoient été chargés de l'interrogatoire précédent :. En premier lieu, il le réduisit à convenir que le Type, destitué de toute autorité en matière de foi, n'étoit qu'un pur expédient de la politique, improuvé dès sa naissance par les orthodoxes, qui continuoient à le regarder comme l'instrument de la perte d'une infinité d'âmes; il le convainquit ensuite, avec une érudition prodigieuse, qu'une multiude de passages prétendus des Pères, dont le patriarche avoit muni Théodose en faveur du mcnothélisine, n'étoit qu'un ouvrage de faussaires, extrait des héiviiques les plus décrits; il l'obligea même à reconnaître, en termes exprès, les deux optrations et les deux volontés de Jésus-
s Tom, vi, Louc, n. 17,
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624 (AN 656.) HISTOIRE Christ, aussi-hien queles deux natures. En un mot, Théodose, intérieurement touché et sensiblement attendri, prit part aux afflictions du suint, ei lui donna quelque argent, avec deux habits, dont un autre évêque eut la bassesse de s'approprier une tunique ; mais la conversion même de l'évêque Théodos:, . quoique confirmée par une sorte de serment, c'est-à-dire, par l'attouchement dela croix et de l'Evangile, ne consistoit qu'en de simples velléités qui ne purent tenir contre la crainte de la disgrâce et l'espoir de la faveur,
On signifia néanmoins, de Ja part du prince, un nouvel ordre à Maxime , à l'effet de se rapprocher de la villeimpériale, et de sc loger au monastère de Rège, peu éloigné de Constantinople. L+ rescrit portoit que Maxime seroit traité avec ménagement et distinction, tant à cause de son âge et de ses infirmités, que pour Îc rang qu'il avoit tenu à la cour. On ne laissa pas de Jui prendre » liège, outre l'argent et les habits qu'on lui avoit donnés, t-nit le reste de ses pauvres meubles; et comme deux patrices survenus avec l'évêque Théodose, trouvèrent toujours dans le confesseur le même attachement à la vraie foi, ils s’emportèrent jusqu’à lui donner des coups de poing ; ils lui arrachèrent la barbe, et le couvrirent de crachats d'epuis les pieds jusqu’à la tête. L'évêque de Rège accourut, et les empêcha de pousser plus loin la brutalité, en leur représentant que les affaires ecclésiastiques ne se traitoient pas de la sorte ; inais ils continuérent à charger le saint vieillard d’injures ei de malédictions. « Oui , dit Epiphane, le plus emporté de ces deux patrices , sij’en suis cru, tu seras mené par la ville; on t'enchaïînera au milieu de Ja place; on fera venir les comédiens, les bouffons, les femmes publiques, avec la plus vile populace, pour tesoufflctter et te cracher au visage. » « Parla Trinité, reprit l'autre patrice nommé Troïle, pour peu de relâche que nous donnent les infidèles, nous t’associerons le pape qui s'en fait accroire, et tous les insolents discoureurs d'outr:-mer, pour les traiter, chacun à son tour comme Mar. tin a été traité, » C'est ainsi que l'envie et la présomption f:'soient fairc aux Grecs les premiers pas vers leur irrémédia
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schisme, et qu'à porportion, comme en punition de leur excès, leurs plus belles provinces passoïent sous le joug des Philistins de la loi nouvelle, c’est-à-dire des Musulmans, moins ennemis que ces Romains dégénérés, du culte et du non: btin.
Sitôt qu’on eut fait récit à l'empereur de la persévérance du saint 1bbé , il le condamna à un second exil. Le confesseur fut dépouillé de nouveau, tout indigent qu'il étoit, et remis, avec ses deux compagnons, entre les mains des soldats, qui le menèrent à Sélymbrie; on eut même la malignité d'animer contre lui l'srmée de cette frontière, parmi laquelle on répandit qu'il ne reconnoïssoit pas Marie pourmère de Dieu, et qu’il ne cessoit de blasphémer contre elle. Toutefois le commandant, touché de la grâce céleste, envoya au devant de lui les chefs des bandes et les drapeaux, avec les prêtres et les diacres qui suivoient les troupes chrétiennes pour y faire l'office en Orient comme en Occident. Saint Maxime semit à genoux àleur rencontre. Ils s’y mirent de leur côté, et l'on pria quelques moments : après quoi on le fit asseoir avec de grandes démonstrations derespectt. Alors quelqu'un de la troupe, moins pour se convaincre de la vérité que pour détruire l'imposture, lui dit d’un air et d'un ton fort respectueux : Mon père, on a voulu nous persuader que vous :efusiez à la Vicrge mère le nom de mère de Dieu; c'est pourquoi nous vous conjurons de lever ce scandale. À ces mots, le saint se jette à terre, verse un torrent de larmes, se relève en gémissant, et tendant les bras vers le ciel, il dit d’une voix forte , quoique entrecoupée de soupirs : « Quiconque ne confesse pas que Notre-Dame, la trèssainte Vierge, est la mère du Dieu créateur du ciel de la terre, qu'il soit anathème de par le Père, le Fils et le Saint-Esprit, de par toutes les vertus célestes et tous les saints, à présent ct
dans les siècles des siècles.» Les assistants s'écrièrent, en mêé- Jant leurs larmes anx siennes : On voustourmente étrangement, mon père ; Dieu soit »:-:re soutien et votre couronne! Ils continuèrent à s’entrc!ir avec lui de 'scours pieux. Les soldats eccouroient de ius côtés, et la troupe gros:issoit à chaque
8 Tom, vtr, Conc, n. 31.
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626 {An 659.) HISTOIRE
instant; mais quelques officiers ambitieux, dans la vue de plaire à la cour, le firent éloigner du camp de deux milles, puis emprisonner à Perbère, :
Comme la timide politique ne se rassuroit point encore, ôn le ramena de rechef à Constantinople, ainsi que les deux Anastase, dans la résolution de les perdre sans ressource; mais on observa toutes les formes apparentes de la justice, et l’on procéda avec cette circonspection pharisaïque, qui n’est jamais plus scrupuleuse que quand on la veut donner pour l'équité. On commença par les anathématiser dans un conciliabule, où l'on condamna également le pape saint Martin , saint Sophrone de Jérusalem, et tous leurs adhérents, c’est-à-dire tous les orthodoxes. Après ce jugement prétendu canonique, le sénat, conjointement avec le concile, les condamna à être battus de nerfs de bœuf, à avoir la main droite coupée et la langue arrachée iusqu'à la racine, à être ignominieusement promenés par les douze quartiers de la ville, puis bannis et emprisonnés pour le reste de leurs jours ; ce qui s'exécuta avec une cruauté qui enchérit sur celle du jugement t. On voulut encore une fois les dépouiller, et on ne leur trouva plus qu'un peu de fil et une aiguille, qu'on leur enleva. Le lieu de leur bannissement fut le pays sauvage des Lazes, près des cantonnements meurtriers des Alains. Il fallut transporter dans un brancard d'osier , «int Maxime mourant, et qui mourut en effet, excédé de maux et de fatigues, à l'âge de quatre-vingt-deux ans, le 13 août 662, C'étoit le jour qu'il avoit prédit comme le terme de ses souffrances, et c'est encore celui auquel l'Eglise
honore sa mémoire». Anastase sun disciple étoit mort un mois
: Tom. Vle Cone. n. 33.
2 Un pesage important, tiré des œuvres de saint Maxime, a été oublié par Fleury : c’est une raison de le placer dans notre édition. Le saint confésseur , en parlant de Pyrrhus, dit : Sedem romanam, id'est catholicam Ecclesiamanathematisat : « S'il ne veut pas être hérétique ni être regardé comme tel, il ne s'agit pas » de satisfaire celui-ci ou celui-là, qu'il s'empresse de satisfaire le siége de Rome, » et cela suffira pour que tous publient qu'il est orthodoxe, En vain il cherche à » surprendre mes égaux ; s'il ne satisfait pas le pape de l'Eglise romaine, c'est-à- » dire le siège apostolique, qui, selon l'expression des saints canons , a reçu du » Verbe incarné, de l'aveu de tous les conciles, l'empire, l'autorité et le pouvoir de w lier ct de délier sur toutes les églises qui sont dans le monde, en toute manière
re de plustôt. Anastase l’apocrisiaire, malgré des tourments excessifs, “' puis survécut quatre ans pendant lesquels il employa tous ses 4
; moments de relâche à soutenir la vérité, dont il s'estimoit ke >, Ôn heureux d’être la victime. 1l écrivit pour cela d’une manière É : \nas- qui parut tenir du prodige, ayant attaché au bout du bras ne: son dont on lui avoit coupé la main, deux petits bâtons qui ser- NE PRor roient la plume.
ité. L'année qui suivit la mort de saint Maxime, l'empereur
5 Constant fit le voyage d'Italie que son ressentiment lui avoit fait résoudre. 1] tenta de reprendre Bénévent surles Lombards,
+eon : mais il manqua son coup. Aussitôt après, il se rendit à Rome, ne où l’humiliation qu'il venoit d’essuyer modéra sa vengeance sénat, , + 9 + ss Il se contenta d'enlever, sous des prétextes spécieux;, toutl’aipu rain des églises, n'y ayant trouvé ni or ni argent ; il fit même 1e ar= . . e . , .
le catholique zélé, assista au saint sacrifice dans l'Eglise de nenés É 3 : ET PT
Saint Pierre, et y offrit un tapis d'or. Le pape Vitalien. suconnés ' F j i N te cesseur d'Eugène depuis le 30 Juillet 657, crut devo:r, pour LD le bien de la religion, se contenter pour un temps de ces cute foibles marques de catholicité : mais l'empereur ne resta que
is douze jours à Rome; après quoi, n’osant plusretourner à Con-
ne L stantinople où il n’étoit guère moins haï, il passa dar:s la Sicile, " Re et demeura quatre ans à Syracuse. Bourrelé de remords, il se diul trouva partout également malheureux. Un crime va rarement Ci seul dans les personnes qui sont assurées de l'impunité. Con- 0 ans, CN f, . . d l n d t ns le stant, s étant lait un jouet de la viedes martyrs, ne respecta pas di davantage les droits de la nature. Après avoir forcé son frère Li Théodose à se faire diacre, il se prépara une source intaris-
sable de tourments en le faisant mourir. Chaque nuit il s'imaginoit le voir dans les habits de son ordre, lui présenter un
‘ calice plein de sang, et lui dire: Bois, frère barbare. Enfin, il fut assassiné dans le bain à Syracuse, sur la fin de septembre 668. La foi prospéroit au contraire dans Îa plupart des contrées ravies aux empereurs, chez ces peuples toujours appelés Bar-
» (in omnibus et per omnia); s'il ne satisfait que les autres et ne recourt pas av pape, » il ressemble à celui qui, accusé d'homicide, voudroit se justifier auprès deceux » qui ne peuvent l'absouA-<, :: a’auroit pas recours à celui qui, selon les lois, andré » a l'outorité pour le juger { ‘2, Biblioth. PP, p. 76. } »
UTheoph. an. 27, p. 2ÿ2.
628 (An 663.) HISTOIRE
bares par ceux qui conservoient en Orient le vain nom de Romains. Parmi les Goths en Espagne, l'Église de Tolède lcur capitale, déclarée métropole de toute la province de Carthagène dès l'an 610, s’appliqua, pendant tout le septième siècle, à régler sa discipline dx. m::ière à pouvoir servir de modèle aux églises nombreuses &< :: dépendance. On y tint jusqu’à dix-huit conciles, dont plusieurs nationaux, et dont les bornes de notre plan ne nous permettent de relever que les articles qui importent à l'intérêt général de l'Eglise, aussibien qu’à cette nation particulière,
On voit, dans celui de 633, ce qu’on uxc irouve nulle part ailleurs touchant les formes précises que l’on suivoit dans la célébration des conciles, ct qui ne pouvoient émaner que d’une ancienne traditiont. Dès la pointe du jour, avant le lever du soleil, on faisoit sortir tout le monde de l'église, que l'on fermoit ensuite.ll étoit enjoint à tous les portiers de se tenir à la porte où devoient se présenter les évêques, qui entroient tous ensemble, et prenoient séance suivant le rang de leur ordination, Après les évêques, on appeloit les prêtres, puis les diacres qu'on avoit quelque raison de faire entrer.
Les évêques étoient assis en rond, les prêtres assis derrière eux, et les diacres debout devant les évêques; venoient ensuite les laïques que les Pères jugeoient à propos d'admettre, On faisoit aussi entrer les notaires pour lire et pour écrire ce qu'il conviendroit. L'archidiacre avertissoit aussitôt de prier : tous se prosternoient, un des plus anciens évêques demeurant levé pour réciter la prière à voix haute. On se relevoit de même à la parole de l’archidiacre ; »près quoi, tout le monde gardant un profond silence, un diacre er cube apportoit au milieu de l'assemblée le livre des canons, puis le métropolitain faisoit proposer les affai:es, dont on expédioit toujours la première avant de passer à une autre. Si quelqu'un du dehors, ecclésiastique ou laïque, avoit recours ::: concile, c'étoit par le moyen de l'archidiacre de ’ métropole qu'il se
faisoit annoncer. Aucun évêque ne dev. . sortir d'une assemblée avant la fin de la session, et ne quitter le lieu du concile que tout ::: fût terminé, etqu'il n'eût souscrit.
4 Tom. vw, Conc. p. 1702.
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DE L'ÉGLISE. (An 663.) 629
On doit encore observer que ce concile de Tolède est le premier où J'on ait vu les évêques entrer dans le gouvernement temporel; mais il faut se souvenir que le royaume des Goths étoit électif, et que:les prélats, comme seigneurs notables, avoient droit à l'élection. Il paroît d’ailleurs que le but principal du ru: Sisenand, qui procura la célébration de ce nombreux concile, fut d'établir solidement sa puissance, dans laquelle il avoit été subrogé au rei Suintila solennellement déposé, et encore vivant. Tous ses décrets furent confirmés sous Chintila, frère et successeur de Sisenand, dans le sixième concile de Tolède, national comme le cinquième. On ajouta un canon pour empêcher que le roi régnant venant à mourir, sa postérité ne fût maltraitée par son successeur : triste monument et de la foiblesse du gouvernement goth, et des inconvénients qu'entraîne en général le système des rois électifs.
Dans le septième concile, on fit encore de terribles défenses de conjurer contre le prince, et beaucoup de vœux pour sa conservation1: preuves nouvelles de la fragilité de sa puissance. On y ordonna de son consentement et de celui des grands, :1'aucun roi désormais ne monteroit sur letrône, sans promettre de conserver la foi catholique. Au sujet de la pénitence publique, il est statué que ceux qui la quitteroient après l'avoir reçue, seroient arrêtés par l'évêque, et contraints à la faire dans des monastères. C'est le premier exemple de ces pénitences forcées. On trouve dans le huitième concile de T'olède, l'origine des prêtres assistants, établis pour suppléer au défaut du célébrant qui viendroit à tomber malade en consacrant les saints mystères : accidents communs alors, surtout les jours de jeûne, à cause de la longueur de la liturgie, et du grand âge de la plupart des. évêques. On voit encore l'usage des visites épiscopales dans la défense faite aux évêques de se rendre à charge en, séjournant plus d'un jour dans chaque église, d'en exiger plus de deux sous d’or, et d'aller à plus grand train que de cinquante chevaux, selon quelques exemplaires, et qu'il faut très-vraisemblablement réduire à cinq.
s Tom, v. Conc. p. 1740.
630 (ax 663.) HISTOIBE
Les conciles neuvième et dixième furent tenus sous le roi Recesvinde, à deux années de distance l'un de l’autre t. On y voit tout le mauvais goût du temps dans le style, si diffus et si figuré, qu’il est presque inintelligible. L'incontinence, abolie avec peine parmi le clergé des Goths élevés dans l'arianisme, commençoit à sc rétablir dans ces mêmes églises, et déjà les sous-diacres en particulier prétendoient pouvoir se marier après leur ordination. C’est ce que réprime le neuvième concile. Le dixième règle la puissance de tester dans les évêques, qui nela pourront exercer que dans le cas où ils auroient possédé des biens avant de parvenir à l'épiscopat, et seulement à proportion de ces biens propres. Il donne ou confirme aux fondateurs des églises et des monastères, le droit de présenter à l’évêque des prêtres pour les desservir, etsans qu'il puisse y en mettre d’autres à leur préjudice, ce qui établit le droit de patronage. Le onzième , tenu sous le même règne de Recesvinde, en 656, nous apprend qu'il y avoit encore dans l'Eglise un état de veuves consacrées à Dieu. On leur défend de quitter leur profession, sous peine d'être excommuniées et renfermées dans des monastères pour le reste de leurs jours. En signe de leur consécration, elles portoient sur la tête une espèce de manteau ou long voile, soit noir, soit violet, tel que l’avoient les vierges du temps de saint Jean Chrysostôme. |
L'Espagne étoit abondamment pourvue de prélats capables de faire fleurir cette discipline, On exalte surtout saint Eugène de Tolède, saint Iidefonse son successeur, et saint Fructueux de Bragance, tous trois portés, malgré eux, sur le siége épiscopal, de l'obscurité de la vie monastique d'où l'ontiroitalors les plus grands évêques2, Eugène eut autant d'autorité que de zèle, nonobstant le désavantage de sa figure et la foiblesse de sa complexion. Il s’est illustré par différents écrits en vers et en prose, mais spécialement par un traité de la Trinité qu'il crut encore nécessaire contre les restes de l'arianisme en Espagne. Les écrits de saint Ildefonse ne lui acquirent pas moins de réputation. Outre la suite du catalogue des hommes illustres, entrepris par saint Isidore, il laissa beaucoup d’autres
2 Tom. vi. Conc, p. 45 et 304. — 2 Lidef, de illust, cap. ulte
OUVrFERCS nité de 1 reste.
Saint mière je retraite!
père, ils sage, ou les rédu pieux rec possessio méme de bre de se son instit neur de ne restât familles e filles, acc Aucun de de haute mariage à ment, qu elle fut e:
Fructt même au l'en emp gue qui 1 apparenc sur celle de pratic dessein !
Brague.
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‘ Act. B
VE L'ÉGLISE. (An 663:) 631 ouvrages divisés en quatre parties, dont le traité de la virginité de la mère de Dieu fait beaucoup regretter la perte du reste.
Saint Fructueux, issu de la racc royale, marqua dès sa première jeunesse un goût décidé peur les saintes douceurs de la retraite 1. Quand il se trouvoit dans les bellesterres de son père, il se montroit peu sensible aux charmes même du paysage, ou à l'abondance des productions, et ne cherchoit que les réduits obscurs et abandonnés, comme plus propres au pieux recueillement des solitaires. 1] ne se vit pas plus tôt en possession de ces grands biens, qu'il surpassa la plupart même des zélateurs de la vie cénobitique, par le grand nombre de ses fondations. On compte jusqu'à sept monastères de son institution, et quelques-uns si nombreux, que le gouverneur de la province s'en plaignit au roi, dans la crainte qu'il ne restât plus personne pour les autres fonctions de l’état. Les familles entières, les pères avec leurs fils , les mères avec leurs filles, accouroient par troupes aux divers asiles de leur sexe. Aucun de ces exemples ne fit plus d'éclat que celui d’une fille de haute extraction, nommée Bénédicte, qui déjà promise cn mariage à un des plus grands scigneurs , s’échappa si secrètement, qu'on n'eut connoissance de sa résolution que quand elle fut exécutée sans retour.
Fructueux voulut passer er Orient pour se dérober luimême aux distractions et aux grandeurs du sièele; mais le roi l'en empêcha. On le fit enfin évêque du Dume, puis de Brague qui n’en est qu'à trois milles, c’est-à dire, selon toutes les apparences, que ces deux titres furent mais sur sa tête, comme sur celle de ses successeurs. Ïl ne cessa point dans l’épiscopat, de pratiquer les exercices de la vie monastique, et ce fut à ce dessein qu’alors il fonda l’abbaye de Montel entre Dume et Brague. Nous avons la règle de ce saint presque toute semblable à celle de‘saint Benoît, et faite directement pour le monastère qu'il nomma Complut, comme étant dédié aux saints Just et Pasteur, martyrs de cette ville, dont il est néanmoins fort éloigné. On peut se convaincre de ce qui a été dit de
3 Act. Ben. t. 3. P. 581.
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632 (An 663.) HISTOIRE
l'émigration des familles entières vers les monastères de saint Fructueux par sa règle qui contient plusieurs observations de prudence, au regard des hommes, des femmes, et des cuitants de tous les âges.
Nous avons vu que la discipline ecclésiastique et cénobitique florissoit de même en France, et dans la Germanie toujours soumise aux princes Français. Saint Eloi de Noyon, et tant d’autres dignes coopérateurs de son temps, avançoient dans leur carrière; mais le Scigneur avoit préparé des ouvriers en état de perpétuer leurs grandes entreprises. De concert avec saint Ouen surtout, il avoit porté le coup mortel à la simonie, monstre déchaîné lors de son avénement à l'épiscopat, et qui menaçoit d'une ruine entière le bercail de Jésus-Christ. Peu content de le voir flétri au concile de Chàilons, où il assista vers l'an 644, il en communiqua toute son horreur à la reine Batilde, devenue toute-puissante dans le royaume l'an 656, c'est-à-dire, depuis la mort de son mari Clovis IT, qui ne laissoit que des enfants en bas âge.
Les Français reconnurent son fils aîné Clotaire III, pour rai de Neustric, de Bourgogne, puis d'Austrasie ; et ils laissèrent le gouvernement de tous ces états à la reine mère, avec une déférence qui ne put avoir pour principe que ses qualités porsonnelles et ses vertus 1. Elle n’étoit entrée en France que sur le pied d’esclave, quoique issue de la race royale des Anglo- Saxons. Vendue à Erchinoald, maire du palais, ce fut une fortune pour clle d’être admise au service de sa chambre, et un honneur de lui verser à boire. Bientôt Erchinoald , devenu veuf, voulut épouser sa captive; mais elle se cacha si bien, que toutes les recherches furent inutiles. Son inclination la portoit à la retraite, et la Providence la vouloit sur le trône. Le roi l'épousa enfin; mais elle parut moins une souveraine qu'une modeste religieuse. Elle révéroit les évêques comme ses pères , chérissoit les pauvres comme ses enfants, ne se consoloit de son élévation que par les facilités qu'elle lui procuroit de faire le bien. Quand elle se vit maîtresse absolue dans le royaume, elle s’appliqua principalement à en bannir la si-
! Frodeg. Conc. 1. ce. 99, etc. Vit. S. Batild. t, a. Act, Den,
DE L'ÉGLISE. (An 663.) 633 monie, el à y faire cesser les exactions barbares qui réduisoient souvent les pères à vendre leurs enfants. Elle fonda Chelles et Corbie, deux monastères autrefois des plus renommés du monde chrétien. Enfin son second fils Childéric ayant été déclaré roi d'Austrasie, et Clotaire sc trouvant en âge de gouverner le reste de ses états, elle se retira dans son monastère de Chelles : là, elle se fit simple religieuse, se soumit, comme la dernière des sœurs à l’abbesse Bertile qu’elle avoit tirée de l'abbaye de Jouare , servoit à la cuisine, à tous les offices les plus abjects, et goûtoit un bonheur infiniment plus pur et plus
réel, qu’elle n’en avoit jamais ressenti au milieu des grandeurs
et des hommages de la cour. Plus heureuse encore si les rois ses fils, peu dignes d’une mère si véritablement grande, et la ferme forte de son temps, en abandonnant les rênes de l’empire aux maires du palais, et en ne laissant à leur postérité que le surnom de rois fainéants, n’eussent occasioné dans tous les ordres de l’état des mouvements ruineux , dont l'Eglise ne ressentit que trop de funestes contre-coups!
Batilde gouvernoit encore quand saint Eloi mourut l'an 659, le premier jour de décembre où l'Eglise honore sa mémoire. Sur la nouvelle de sa maladie, elle partit de Paris en diligence, avec ses enfants et une cour fort nombreuset, Ellen’arriva cependant que quelques heures après que le saint évêque eut rendu l'esprit. Inconsolable den'avoir pu recueillir ses dernières paroles, elle se prosterna près du corps, et l'arrosa d'un torrent de larmes. Elle demanda qu'il fût transféré à son abbaye de Chelles; plusieurs seigneurs, de leur côté, le demandèrent pour la capitale, qu ils trouvoient seule digne de posséder des reliques si précieuses ; un troisième parti, et celui qui l'emporta, fut le peuple de Noyon, qui se montra prêt à tout tenter, et marqua tant d'attachement pour un pasteur, ou plutôt pour un père si chéri, qu'on craignit de pousser à bout des orphelins désespérés de leur perte.
Saint Ouen nous a conservé, dans la vie de son ami, l’abrégé inestimable de la doctrine vraiment évangélique qu'Eloi avoit annoncée de vive voix avec tant de persévérance et tant
1S, Aud, lib, 14 vit.e. 33, cle.
Ce mens ne sn Sn ce nt + are mes > tune ce RS D Sd de sn de ouecue De + = ee
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de succès. On y présente les principaux devoirs du ebrétien dans un style simple, mais touchant, tendre et paternel, qui couserve toute l'empreinte du sentiment et de la franchise engagcante de nos pères. Les homélies qui portent le nom de saint Eloi, et qui ne sont pas de la même authenticité que sa doctrine, ne laissent pas de contenir de bons restes de la discipline primitive, et même des traits saillants de pathétisme que la saine éloquence ne dédaignera en aucun temps. On s'aperçoit qu'il avoit beaucoup lu les sermons de saint Césaire d'Arles, composés en cffet pour la commodité des évêques, et où leur simplicité modeste ne se faisoit aucune peine de puiser. On vante aussi plusieurs monuments du premier art de saint Eloi, tels que les châsses de saint Germain de Paris, de sainte Geneviève, de saint Séverain, de saint Quentin en Vermandois; mais surtout de saint Denis, apôtre de la nation, et du grand saint Martin. C’est pourquoi la reine Batilde employa toute sa magnificence à décorer la sépulture d’un saint qui s’étoit empressé à rendre les mêmes honneurs à tant d’autres. Il avoit fait un grand nombre de miracles pendant sa vie, ct il n'en fit pas moins depuis sa mort.
Les asiles de la piété continuèrent à se multiplier sous la protection de la sainte reine. Vaningue, seigneur des plus illustres de la cour, où il jouissoit de toute la confiance due à ses vertus, fonda dans son gouvernement du pays de Caux, le monastère de Fécamp, qui fut d'abord une communauté de filles. Ebroïn, bicn différent de Vaningue, et qui se montrera bientôt le scélérat le plus odieux de son temps , homme sans principes ct sans caractère, bizarre, emporté, mais intrigant et fourbe, sut à la mort d'Erchinoald se faire conférer la dignité de maire du palais. Ce méchant homme ne laissa pas de donner quelque chose à la dévotion du temps ; il établit et rendit très-florissante, par les soins de saint Drausin, évêque de Soissons, l'abbaye de Notre-Dame de cette ville. Alors furent encore fondées la fameuse abbaye de Lobbes sur la Sambre, et trois autres moins considérables, par saint Landelin; celle d'Haumont, par un seigneur nommé Maldégar,
8 Act Benod. t. 2, passim,
D: L'ÉGLISE. (AN 663.) 635 qui s’y rendit moine; celle de Mons, qui a donné commencement à la ville de ce nom, par Valdetrude, femme de Maldégar et parente du roi; celle de Maubeuge, par sa sœur sainte Aldegonde; celle de Saint-Josse dans le Ponthieu, par saint Judoc, vulgairement Josse, frère de Judicaël , roi de la petite Bretagne, qui sc retirant lui-même dans la solitude, ne put engager Judoc à prendre la couronne; celle de Saint-Fiacre, au diocèse de Meaux, par un saint hibernois de même nom, et une infinité d'autres qui rempliroicnt seules une vaste histoire. On vit une multitude de saints évêques quitter l'épiscopat pour l’austère obscurité de la vie monastique. T'els furent saint Gombert , archevêque de Sens, qui du nom de sa patrie fonda l'abbaye de Sénones dans les montagnes des Vosges ; saint Déodat de Nevers, fondateur de saint-Dié; saint Hidulfe, bavarois d'origine , qui d’abord fut disciple de l'abbé Déodat , devint son successeur, puis archevêque de Trèves, d'où il retourna au désert des Vosges, et fonda Moyen-Moutier; saint Claude, archevêque de Besançon, qui, retiré au monastère de Condat, rendit sa personne et sa retraile si célèbres, que son nom est devenu celui de l’abbaye, et l'abbaye ville épiscopale,
Ge haut crédit de la vie cénobitique lui acquit de rares priviléges. Lérins, Agaune , Luxeu, Saint-Denis, Saint-Germain de Paris, Saint-Martin de Tours, Saint-Médard de Soissons, Corbie et tai d'autres eurent part à ces immunités. Roi et grands évêques, souverains pontifes, tous concouroient à l'envi à ce qu'ils n'envisageoient que comme un moyen propre à faire servir le Seigneur plus librement et plus parfaitement. Enfin ces exemptions prirent une face si imposante, qu'elles remplissent une partie de l'ouvrage alors réputé fort intéressant, et connu sous le titre des formules de Marculfe,
Le privilége de Saint-Denis, rapporté par ce moine érudit et contemporain , est d’une conformité parfaite avec l'original qu’en conservoit l'abbaye, et qui est écrit en papier d'Egypter. Les caractères, l'orthographe, le style, tout prouve : yalement l'authenticité de cette pièce, et la barbarie du siècie. Le
1 Mabil. Dip!. 1 ‘, tit b, LUE 0
636 (ax 663.) HISTOIRE
roi ClovisIl y déclare que Landri, évêque de Paris, à aecordé un privilége à ce monastères , afin que les moines y prient plus en repos; qu'il défend en conséquence qu'aucun évêque ni autre personne puisse rien diminuer des terres ou scrfs du monastère, même à titre d'échange, sans le consentement de Ja communauté, et la permission du roi, ni enlever les calices, les croix, les ornements &’autel, les livres et les autres mcubles , ou les emporter à la ville, à la charge que la psalmodie perpétuelle y sera célébrée jour et nuit, comme elle y a été instituée du temps du roi Dagobert, et comme elle se fait à Saint-Maurice d’'Agaune. Ce privilége est souscrit par le roi, par son référendaire ou chancelier, et par vingt-quatre évêques assemblés pour cela en concile.
mil
Marculfe rapporte un privilége encore plus étendut. Il cst deu accordé à un monastère par l'évêque diocésain , qui promet de tem) donner les ordres aux sujets que l'abbé et la communauté lui | fir présenteront, afin d'en exercer les fonctions dans le monas- don tère. Il promet encore d'y bénir un autel, d'envoyer tous les ans le saint chrême aux moines, s'ils le demandent, et de leur plus donner pour abbé celui qu’ils auront choisi, le tout gratuite- dan: ment. L'évêque, les archidiacres , ni les autres administrateurs lesq de l'église, n'auront aucun autre pouvoir sur le monastère, entr sur les biens qui lui appartiennent, meubles ou immeubles, . prél ni sur les offrandes de l'autel. L'évêque n’entrera dans le mo- l'im nastère qu'à la demande de l'abbé et des moines, pour l’o- bles raison seulement , et après les saints mystères, il se retirera, de de I: peur de troubler la communauté. Les moines, suivant la règle, leur seront corrigés par l'abbé seul, s’il le peut faire, et l’évêque mod l'appuyera seulement au besoin. On doit observer ici que ces de t priviléges tendoient moins à exempter les moines de la juridic- moœæ tion épiscopale, qu'à les soustraire à l'incxpérience de quel- | et ce ques évêques peu versés dans la connoissance des voies inté- 4 pass rieures , et si l’on veut, au danger de suivre les maximes et les | tiers exemples des prélats vicieux qui commençoient à n'être plus si : soin rares dans l'Eglise. T'elle est toutefois l'origine des exemptions Ê tion en général. On voit même dansla vie desaint Bertulfe, abbé de ; d'hc
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DE L'ÉGLISE. (An 670) 637 Bobio , un privilége qu'il obtint du pape Honorius , afin que nul évêque n’entreprit d'exercer aucune domination sur ce monastère.
On ne peut manquer d'entendre avec intérêt ce que dit encore Marculfe touchant les ordinations ou élections d’évêéquest. 1] nous apprend qu'on dressoit pour cela trois actes différents : les deux premiers, pour signifier le vœu ou la présentation du roi, de l'avis et par le moyen des évêques; le troisième, pour déclarer l'acceptation et le consentement du peupie. Il est vrai que le roi exprimoit son désir par le terme d'ordre ou précepte : et les désirs de ces princes établis par droits de conquête, et jaloux d'exercer un gouvernement tout militaire, n'équivaloit que trop souvent en effet à un commandement absolu. Mais, d’un autre côté, il nous reste de ces temps-là une multitude de décrets rendus en concile, et confirmés par les ordonnances des rois, en faveur des élections dont ils constatent la liberté habituelle.
Saint Léger d'Autun fut un des p'élats qui soutint avec le plus de succès les droits et la gloire de l'Eglise 2. Il réunissoit dans sa personne toutes les qualités propres à y réussir, parmi lesquelles où compte en premier lieu sa sagesse à ménager entre 1: sacerdoce et l'empire cette bonne intelligence dont les prélats les plus vertueux et les plus instruits ont le mieux conçu l'importance, dans tous les âges. Il étoit de la première noblesse du royaume, naturalisé aux usages du grand monde et de la cour où ses parents l’avoient mis dès son enfance; d'ailleurs grand et bien fait, discret, éloquent , mais surtout d’une modestie et d'une douceur de mœurs qui captivoient l'amitié de tous ceux qui entroient dans sa société, La pureté de ses mœurs, sa piété, sa maturité, égaloient ses qualités naturelles ; et ces fruits de bénédiction furent si précoces, qu'à peine eut-il passé l’âge de vingt ans, que son oncle Didon , évêque de Poitiers, qui l'avoit instruit dans les lettres, lui commit le premier soin de tor.i:s 158 affaires de son diocèse, à la grande satisfaction et à l'édification de tout ie monde. Léger s'y fit tant d'honneur, que bientôt après on lui donna le gouvernement
tLibu,ce.3,6,7. — 2 Leodeg. Vit, t. a, Act. Ben. p.681, ct.
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638 (An 670.) HISTOIRE de l’abbaye de Saint-Maixent, Lesiége épiscopal d’Autun étant encore venu à vaquer, et la cupidité effrénée des prétendants, portée jusqu'au meurtre, ayant causé autant de désordre que de scandale, on ne trouva personne plus capable que Léger d’éteindre la division et de consoler cette Eglise, qui en effet recouvra bientôt toute la splendeur qu’elle avoit eue sous ses plus illustres prélats.
Il la gouvernoit dans la paix la plus profonde, quand les troubles de l'état le jctèrent dans des embarras qui ne finirent plus, et qui, apiès mille tourments, lui procurèrent une mort appelée justement martyre, puisqu'elle eut pour principe l’une des vertus les plus indispensables, c'est-à-dire, la fidélité à son prince. Après la mort du jeune roi Clotaire IT, arrivée en 676, son frère Childeric IT, qui régnoit déjà en Austrasie, f: reconnu par tous les grands pour seul roi de France; L'hierri, le second de ses frères, déjà porté par Ebroïn sur le trône de \eustrie et de Bourgogne, et devenu aussitôt après généralement odieux par la tyrannie de ce maire avare et cruel, fut rasé et renfermé dans le monastère de Saint-Denis. On eût fait mourir Ebroïn, sans la puissante médiation de saint Léger, qui ne se souvint plus de l'innnitié déclarée qu'il ne s’étoit attirée de la part de ce méchant horime, qu'en blâr:ant ses injustices. On lui accorda la vie. Il se fit tondre , et alla se rendre moine à Luxeu. Trois ans après, saint Léger ayant perdu Îles bonnc: grâces du roi Childéric qu'il avoit si bien servi, et s'étant réfugié dans la même abbaye qu'Ebruïn, ils y vécurent ensemble comme s'ils n’avoient jaraais rien eu à déméler. Le jeune roi, en démentant les bonnes espérances qu'il Le cessa de donner tandis qu’il écouta Léger, et en s'abandonnant aux conseils de quelques adulateurs jaloux, s’étoit insensiblement aigri contre le saint évêque, qui ne cessoit de le rappeler à la verlu,
Cette haine sombre et long-temps couverte éclata d'une manière assez favorable à l'honneur du monarque, dans un différend qui survint entre Léger et Préject de Clermont, doués l'un et l’autre des vertus qui font les saints, et qui n'empêchent pas toujours la diversité de sentiments et de prétenlions. Childéric périt l'an 674, peu après avoir donné gain de