‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 127 sur 146 · LA · texte numérisé non relu

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2 à = LE 7-4

À ce reproche, qui ne partoit que d'une âme fausse, et ne pouvoit faire illusion à celui même quile formoit: «Malheureux! s'écria Eustase d'un ton de prophète, puisque tu censures, contre ta conscience, la conduite d'un saint, c’est au jugement de Dieu que je te cite pour plaider cette année même ta cause avec lui.» Toute l'assemblée trembla. Agrestin futeffrayé luimême, et donna des signes de conversion, mais il ne marchoit pas avec droiture devant le Seigneur. Il recommença bientôt à troubler tous les monastères, et il trompa pour un temps saint Amé, aussi-bien que saint Romaric. Sainte Fare, qu'il alla trouver pour la surprendre à son tour, le repoussa avec une vigueur et une habileté qu'on avoit moins lieu d'attendre de son sexe, et le renvoya tout confus à Remiremont. Bientôt la vengeance divine y éclata sur ceux qui favorisoient le parti du rebelle : deux furent déchirés par des loups enragés, qui entrèrent de nuit dans le monastère; un troisième se pendit ; la foudre tombant sur la maison, en écrasa vingt autres. Il en mourut encore davantage de frayeur, le toutau nombre decinquante personnes. Enfin le perturbateur licencieux , qui ajoutoit l'impudicité à ses autres crimes, abusant de la femme de son valet, fut massacré d’un coup de hache, par ce mari furieux, un mois avant la fin de l’année où saint Eustase l'avoit cité au jugement de Dieu, Son saint abbé le suivit de près.

On élut pour lui succéder saint Valdebert, son disciple, qui gouverna le monastère de Luxeu, avec une grande édification pendant quarante ans. Il sortit des écoles de saint Colomban plusieurs autres saints abbés, et même des fondateurs de monastères nouveaux et d'illustres évêques. Saint Valéri, natif d'Auvergne, obtint du roi Clotaire la terre de Leucone au territoire d'Amiens, où il commença un pelit monastère dans lequel il mourut. On observe qu'il disoit deux offices, le gallican, et celui de saint Colomban.

Quelque temps après sa mort on persécuta ses disciples, qui se virent contraints d'abandonner cette fondation. Saint Blimond, l’un d’entr'eux, se retira jusqu'à Bobio , sous saint Attale; d'où par la suite il revint en France, se rétablit à Leucone par la protection de Clotaire, et abolit les restes du paganisme, qu'on présume avoir occasioné la persécution. Il

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DE L'ÉGLISE. (AN 637.) 570 rétablit enfin lr monastère, qui a subsisté jusqu'à nous sous le nom de Saint-Valéri. Les évêques tirés de Luxeu, dans ces premiers temps, sont saint Chagnoald de Laon, saint Achair de Noyon et de Tournai , saint Omer de Térouane et de Boulogne, saint Ragnacaire d'Augt et de Bâle, saint Donat de Besancon , fils du duc de la Bourgogne transjurane , et tenu sur les fonts de baptême par saint Colomban , aux prières de qui le ciel l’avoit accordét. Il fonda dans sa ville épiscopale le monastère de Saint-Paul, sous les régles de saint Benoît et de saint Colomban. Sa mère Flavie y en fonda un de filles, pour lesquellés ce saint évêque composa une règle tirée de celle de Césaire, ainsi que des institutions de saint Colomban ct de saint Benoit.

Le concile de Reims, tenu l’an:625, nous fait connoître un grand nombre d’autres saints prélats*; savoir, saint Sandoux ou Sindulphe de Vienne, saint Sulpice de Bourges, nômmé le Pieux, et distingué de saint Sulpice le Sévère, sassi archevêque de Bourges; et enfin saint Cunibert de Cologne, pour nous borner aux plus célèbres. Le roi Clotaire avoit demandé Sulpice, avant qu'il fût élevé à l'épiscopat, pour faire la fonction d'abbé dans ses armées; ce qui nous peint les mœurs du temps , et la façon de penser des grands mêmes, par rapport aux moines que les rois menoient à leur suite pour faire l'office divin. Ce concile de Reims enjoint principalement d'observer les canons de celui de Paris, célébré environ dix ans auparavant, et nommé de nouveau général, c’est-à-dire, national ; il défend aussi de tirer des églises ceux qui s’y seront réfugiés, à moins qu'on ne leur promette, avec serment, de les garantir de Ja mort, de la mutilation et des tortures : mais aussi le réfugié ne sera délivré qu'en promettant d'accomplir la pénitence canonique marquée pour son crime. S'il est coupable d'homicide volontaire, il demeurera excommunié toute sa vie ; et même en faisant pénitence, il ne recevra le viatique qu'à la mort. On enjoint encore de ne point ordonner d'évèque, qui ne soit natif du lieu pour lequel il est ordonné : règle déjà si bien en vigueur, que saînt Gal, quelques anntes

U Vit. S. Eustas n, 5, — 2 Tom, v, Conc, p. 1638.

580 (AS 6a7.) HISTOIRE auparavant, ne trouva point de meilleure raison que sa qualité d'étranger pour refuser l'évêché de Constance.

Versle même temps, saint Riquier fonda le célèbre monas- : tère de Centule, qui portoit le nom de son fondateurt. Il étoit | né en cet endroit du Ponthieu, d'une famille considérable par $

sa noblesse et son opulence; il dut sa vocation à deux saints A , . . , . . ,.

prêtres d'Hibernie, nommés Caidoc et Fricor, qu'il reçut chez

lui comme ils arrivoient en France. Sa manière de vivre futsi

austère , que regardant le pain d'orge romme une nourriture | ti

trop délicate, il le parsemoit de cendre, et ne mangeoit que

deux fois la semaine. Il fut ordonné prêtre, exerça la vie apo-

stolique nonobstant ses austérilés, et porta son zèle avec succès a jusque dans la Grande-Bretagne. d Tandis que la religion prenoit cet éclat parmi les Barbares C«

de l'Occident, les Perses lui causoient en Orient les plus mor- f

telles alarmesa. Après avoiremporté de force les vilies d'Apa-

mée, d'Edesse, de Césarée, de Jérusalena, de Damas, ils s’a- tr vancèrent sous la conduite de leur général Saën, jusqu'à la Chalcédoine, séparée seulement par un bras de mer étroit, du in continent d'Europe et de Constantinople, d'où l'on découvroit Vi toute leur armée. L'empereur Iléraclius alla lui-même le vo trouver, et l'engagea , à force de flatteries et de largesses, à se toi retirer. Il crut pouvoir réussir auprès du roi par des moyens av de même nature , et lui envoya des ambassadeurs : mais l'or- sc gueil de Gosroëès croissant autant que la majesté romaine s'a- pr baissoit, il leur répondit qu'il ne suspendroit point les effets de L' son indignation , que les Romains n'adorassent le soleil à la Jä place du crucifix. La religion releva le courage de l'empereur, da C'étoit l'année 622, au temps de Pâques : il commença par po la célébrer avec une piété attendrissante, et dès le lendemain il no partit pour la frontière de Perse. pr:

Etant arrivé à son armée, il en rassembla toutes les légions: de puis tenant entre ses mains une image de Jésus-Christ que les la soldats regardoient comme leur plus sûre défense, et qui pas- rac soit pour n'avoir pas élé peinte de main d'horame, il leur jura me solennellement de combattre avec cux jusqu'à la mort ,; et de ave cris

8 Tom. a, Boll. p. -- 2 Theonh. an, 6, etc. Chron. Pasch. p. 886. l'lh

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Jeur demeurer inséparablement uni, comme un tendre père à ses dignes enfants. « Vous voyez, ajouta-t-il, commenos ennemis superbes se montrent encore plus ennemis de Dieu. Peu contents de faire des déserts de nos plus belles provinces, et de nos meilleures villes des amas effroyables de ruines, ils ne cessent de porter ke feu dans lessanctuaires , d'ensanglanter les autels destinés au sacrifice de la victime non sanglante, de profaner les lieux les plus saints par des impudicités monstrucuses. Soldats du Dieu trois fois saint, et seul tout-puissant, ne voyons dans nous que la noblesse de notre vocation, et méprisons des périls qu'il détournera ou fera tourner à notre avantage.» Les effets témoignèrent la vive impression que ce discours avoit faite surle cœur des troupes. Dès cette première campagne, les Romains reprirent leur ascendant , et les Perses furent battus en Arménie.

Les trois campagnes suivantes ne furent qu'une suite de triomphes. Héraclius pénétra dans le cœur de la Perse; il prit la ville de Gasac, aujourd'hui Tauris, réputée sainte parmi les intidèles , et où ils avoient leur fameux temple du feu : mais Y'impie Cosroës s'ÿ étoit érigé en divinité principale. On voyoit dans le palais sa statue assisesous un dôme quireprésentoit le ciel, et tout à l’entour, le soleil, la lune et les étoiles, avec des groupes d’anges ou génies , qui lui présentoient des sceptres pour lui faire hommage. Des machines habilement pratiquées y faisoient tomber la pluie et gronder la foudre. L'empereur dévoua aux flarnnmes tous ces munuments d'ido- Jätrie, ou plutôt d'athéisme; ensuite il purifia son armée pendant trois jours, et ouvrit au hasard le livre des Evangiles, pour consulter le ciel sur la marche qu'il avoit à tenir; d'où nous apprenons que la superstition du sort des saints étoit pratiquée par plusieurs chrétiens de l'Orient , aussi-bien que de l'Occident, Il eut bientôt occasion de reconnoître combien la tyrannie de Cosroës + odieuse à ses propres sujets. Héraclius ayant délivré cinqdante mille captifs persans qu'il emmenoit avec lui, et leur fournissant tous les secours nécessaires avec une charité bien nouvelle pour ce peuple idolâtre, mille cris de joié et de hénédiction s'élevèrent de toute part en l'honneur du prince chrétien. 1 demandoient, avec larmes,

582 (AN 627.) HISTOIRE qu'il fût le libérateur de la Perse, ct fit périr Cosroës qu'ils nommoient l'ennemi du genre humain.

Cette catastrophe n'étoit pas éloignée; mois elle devoit arriver d'une manière encore plus funeste qu'ils ne la concevoient. Avant de perdre la vie, le despote superbe eut à dévorer toutes les humiliations auxquelles ilétoitle plus sensible”. Dans une bataille qui dura onze heures, et ne coûta la vie qu'à soixante Romains , les Perscs furent mis en déroute, et totalement défaits. Leur meilleur général,nommé Sarbazara, traila ouvertement avec les Romains qui n’avoient que des vucs pacifiques, et se déclara sans ménagement contre son souverain. Alors Cosrots étant tombé malade, voulut-faire couronner son fils Médarsès, né de la plus chérie de ses femmes. Siroës son aîné se révolta , réussit à s'établir sur le trône, et fit la paix avec Héraclius. Cosroës fut arrêté, chargé de chaines, ct renferiné dans un donjon qu'on appeloit la maison de ténèbres, et qu'il avoit construit pour y garder ses trésors : là, le roi son fils voulant punir ce qu'il n'auroit dû que détester, Jui fit donner quelque peu de pain avec de l'eau , afin de lui rendre le tourment de la faim , et plus long, et plus sensible. « Qu'il mange, disoit-il, l'or qu'il a pris tant de soin d'accumuler en faisant languir de faim un si grand nombre d'innocents. « 11 envoya les satrapes ses anciens officiers, ceux surtout qui avoient le plus de sujet de le haïr, lui insulter de la manière la plus outragcante, jusqu'à cracher sur lui. Il fit égorger sous ses yeux le prince Médarsès, désigné son succcsseur, et tous ses autres enfants. On le traita avec cette barbarie cinq jours consécutifs, pendant lesquels on décochoit de temps en temps des flèches sur lui, pour lui faire endurer tous les genres de souffrances à la fois. Ainsi finit le cruel et malheureux Cosroës. Il avoit fait beaucoup de martyrs; entre autres, il avoit immolé à sa fureur impie unc troupe de soisante-dix chrétiens captifs , avecsaint Anastase, perse de naissance el mage de profession, qui s’étoit retiré sur les terres de l'empire, ct qui fut enlevé dans l'irruption des Perses en Palestine. 11 avoit dépouillé toutes les églises chrétiennes de ses

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1 Theoph. p. 150.

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DE L'ÉGLISE. (An 628.) 584 états ; et pour causer tout le dépit imaginable à l'empereur, il avoit contraint,par unc malice infernale, tout ce qu'il avoitpu de chrétiens orientaux à embrasser la secte nestorienne, qui, depuis cette époque, s’est perpétuée jusqu'aujourd'hui dans ces régions. Et par une contradiction digne d'un despote qui s’arrogeoit le droit de commander à la volonté et à la conscience, il avoit autrefois forcé les habitants d'Edesse à se faire jacobites, c'est-à-dire eutychiens, hérésie toute covtraire.

Siroès, après la mort de son père, en 628, fit une paix solide avec Héraclius, et lui rendit tous les chrétiens captifs en Perse, en particulier Zacharie, patriarche deJérusalem, avec la vraic croixque Sarbazara en avoit enlevée quatorze ans auparavant. Durant tout ce temps-là , elle étoit demeurée dans son étui comme elle avoit été emportée , c'est-à-dire, en plusieurs pièces, puisqueles auteurs contemporains disent toujours , les bois de la croix, au plurielt. Le patriarche en reconnut les sceaux avec son clergé, en ouvrit l'étui avec la clef ordinaire, J'adora, et la fit adorer publiquement, puis la replaça avec honneur au lieu accoutumé. Les Latins célèbrent la mémoire de ce triomphe dela croix , le 14 de septembre ; mais les Grecs n y font mention que de l'apparition faite à Constantin, quoique les uns et les autres nomment cette fête l'Exaltation de la croix. Aureste, il est certain qu'elle se célébroit , sous le même nom et au même jour, long-temps avant Héraclius.

Cet empereur ne s'étoit conduit jusqu'ici que d'une manière à donner dela consolation à l'Eglise. Ayant même été contraint, pour la défendre contreles Barbares , de convertiren monnoie l’argenterie destinée au culte divin, il fit et continua religieusement au clergé de Constantinople une rente annuelle en paiement de’ sommes qu'il avoit prises pour les frais de la guerre. Dans la suite il ne se préserva point de l'écueil fatal À tous les princes qui ont voulu s'ériger en arbitres souverains de la religion, ainsi que de l'état. En prétendant régler ou expliquer la foi, il devint le fauteur de l'hérésie des monothelites, l’une des plus funestes à l'Eglise.

US, Nicepls Ulis, p. 13

Théodore, évêque de Pharan en Arabie, passe pour avoir réchauffé le premier ces erreurs surannécs1: mais Sergius, patriarche de Constantinople, né en Syrie de parents jacobites ou eutychiens, dont il n'avoit peut-être pas secoué toutes les préventions , leur fit prendre un crédit pernicieux par son imprudente condescendance à rapprocher le dogme catholique des opinions singulières qu'il auroit dû étouffer à leur naissance. Les eutychiens ayant toujours prétendu qu'il n’y avoit qu'une nature en Jésus-Christ, et l'évêque Théodore se contentant de soutenir qu'il n’y avoit qu'une opération ou une volonté, Sergius se flatta du vain espoir de concilier l'erreur ainsi déguisée, avec la doctrine invariable de l'Eglise. Il eut tant d’ardeur pour s’acquérir la gloire qu'il attachoit à ce succès imaginaire, qu'il envoya à Théodore un écrit prétendu de Mennas, ancien patriarche de Constantinople , contenant cette erreur , mais qui, à ce qu'on pense, n'eut jamais d'autre auteur que Sergius même 2, Il fit passer cet écrit, muni de l'approbation de Théodore, à Paul le Borgne, eutychien fameux de la secte des sévériens , apparemment encore dans l'espérance de le ramener à la communion catholique; il tenta même de réunir ainsi à l'Eglise les sectateurs de Paul de Samosate, qui ne croyoient Jésus-Christ qu'un pur homme, mais quipar-là même tomberoient volontiers d'accord de ne lui attribuer qu'une opération. C’est ainsi qu'en supprimant les termes que l'Eglise consacre à la profession de sa foi, et dont la sagesse mondaine censure si amèrement la rigoureuse exactitude, on allieroit les choses les plus inconciliables, les principes fondamentaux de la religion avec toutes les horreurs de l'impiété,

L'empereur Héraclius ne vit en cela que le calme enchanteur du moment, et sa politique bornée en fut la dupe. Dès ses campagnes de Perse, il avoit eu une conférence en Arménie avec le chef des hérétiques sévériens , où il crut voir qu'on pouvoit les gagner, en ne disant qu'une opération en Jésus- Christ. Dans le pays des Lazes, il proposa à Cyrus, métropolitan de Phaside, son plan de réunion , qu'il tenoit vraisem-

A Theoph. p. 274. — 2 Conc. V1, act. 14.

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u'une ntant onté , si dét tant uccès lu de Lcelte re aul'apmeux ‘rance me de e, qui par-là ibuer >s que agesse e,on S fonl'im-

chan- . Dès rméqu’on ésusoposemn-

DE L'ÉGLISE. (Ar 633.) 585 blablement de Sergius de Constantinople. Cyrus n’osa déplaire à l'empereut, et contre sa conscience,qui réclama d'abord, il : s'engagea insensiblement dans la même entreprise que ce prince. Il ne tarda point à obtenir pour récompense le patriarcat d'Alexandrie, vacant pat la mort de George qui l'avoit occupé quatorze ans.

Fidèle au plan d'Héraclius, il travailla, dès qu'il se viten place, à réunir les eutychiens d'Egypte, qui éloient en grand nombre, et qu'on nommoit Théodosiens. L'accord n'étoit pas difficile, sitôt qu'on offroit de ne reconnoître qu'une opération en Jésus-Christ. L'acte en fut dressé d’un commun consentement, en différents articles édifiants en apparence, et catholiques à la lettre, à l'exception du septième, où l'ondit que c'est le même Christ qui produit les mêmes opérations, tant humaines que divines, par une seule action théandrique, c'est-à-dire , humaine et divine tout ensemble, en sorte que la distinction qu'on y met n'est que dans notre entendement. Dans ces conjonctures le saint moine Sophrone, qui étoit devenu évêque de Damas, se trouvoit à Alexandrie; et comme il y jouissoit d'une grande réputation depuis l’épiscopat de saint Jean l'Aumônier, qui avoit marqué tant de confiance en ses lumières, le patriarche Cyrus lui communiqua les articles de la réunion. À la première lecture, Sophrone répandit un torrent de larmes, se jeta aux pieds du patriarche, et le conjura de ne pas publier une doctrine qu'il étoit impossible de concilier avec la foi de l'Eglise. Cyrus n'étoit pas homme à mécontenter les puissances pour les représentations d'un ancien solitaire. Peu de jours après , la réunion se fit avec solennité : c'étoit l’année 633. Les hérétiques justifèrent aussitôt les alarmes de saint Sophrone. Ils triomphoient avec insolence, et disoient publiquement qu'ils avoient moins reçu le concile de Chalcédoine, que le concile n’avoit adopté leur doctrine, puisqu’admettre une seule opération en Jésus-Christ , c'étoit n'y reconnoître qu'une nature.

Le zèle de Sophrone le conduisit d'Alexandrie à Constantinople ; mais il ne fit pas plus d'effet sur l'esprit de Sergius, auteur ou patron principal de ces nouveautés, qu'il n'en avoit fait sur celui du léger et foible Cyrus. I] reprit ensuite la route

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586 (An 634.) HISTOIRE

de l'Orient avee une douleur que ne put qu’augmenter (dans la triste perspective où il voyoit la religion ) la violence qu'on Jui fit pour le placer sur le siége de Jérusalem, vacant par la mort du patriarche Modeste.

Cependant Sergius pensa qu'il importoit à ses vues de prévenir le souverain pontife contre ce qu'il appréhendoit , tant des lumières et de la fermeté de Sophrone, que des autres dépositaires fidèles des anciens principes. Ce fut alors qu'il écrivit sa lettre insidieuse au pape Honorius qui ne sut pas se préserver de ce piége. Elle est fort longue, et remplie tout entière d'artifices, de déguisements et de mensonges formels. Il y proteste, dès le commencement, qu'il ne veut rien faire qu'en parfaite union avec le siége apostolique. Partout il cache habilement l'intérêt qu'il prend à la doctrine nouvelle, et ne dit pas un mot qui l'en puisse faire soupçonner auteur. Il ne respire en apparence que la conversion des hérétiques, et ne tend qu'à interdire l'usage des expressions qui la peuvent empêcher, et que les Pères, dit-il, n'ont pas jugées nécessaires à la profession de la foi. C’est pourquoi il demande qu'on ne parle plus, soit d'une, soit de deux opérations en Jésus-Christ, d'une ou de deux volontés. 1l avance que le terme d’une srÎe opération se trouve dans quelques-uns des Pères, et que celui des deux opérations ne se lit dans aucun; que plusieurs fidèles sont même scandalisés de cette dernière expression, comme donnant lieu à reconnoître deux volontés contraires dans l’'Homme-Dieu. Enfin il assure que saint Sophrone, dont il Joue artificieusement la vertu , asentile danger de ces disputes, et qu'il est convenu de ne plus parler ni d'unc, ni de deux volontés.

Le pape qui n'étoit pas au fait d’une intrigue si noire et si compliquée, n’avoit pas le premier sentiment de défiance. 1] fut ébloui par l'espoir de ramener au sein de l'unité les partis des jacobites, des sévériens, de Julien, de Théodose, et de tant d'autres qui formoient la secte entière et mal unie des eutychiens. 1] applaudit au zèle apparent de Sergius, et lui répondit en ces termes? : Nous avons reçu Ja lettre par laquelle vous

9 Conc, VI, act. 12, p. 617. — 2 Ibid. p. 928.

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DE L'ÉGLISE. (ax 634) 587 nous apprenez qu'il est une nouvelle question de mots introduite par Sophrone, jadis moine, et à présent évêque de Jérusalem , contre notre frère Cyrus, évêque d'Alexandrie, qui enseigne aux hérétiques convertis qu'il n'y a qu'une opération en Jésus-Christ; mais que Sophrone étant venu vers vous, s’étoit désisté deses plaintes, après avuir reçu vos instructions. (C'étoit ici un des mensonges de la lettre de Sergius au sujet de saint Sophrone, qui n’avoit jamais varié danssa foi. ) Nous vous louons , reprend le pontife, d'avoir arrêté celte nouveauté de paroles , capable de scandaliserlesfoibles. Pour nous,nous confessons une seule volonté en Jésus-Christ, parce que la divinité a pris non pas notre péché, mais bien notre nature telle qu'elle a été créée avant que le péché l'eët corrompue:. Nous ne

1 Ce qui duit s'entendre uniquement de la volonté humaine, laquelle en Jésus- Christ fut toujours conforme à la volonté divine ; excluant eette volonté charnelle qui est l'effet du péché d'Adam , et qui ne peut convenir qu'à notre nature dégradée. Aussi Bossuet ne,cite point ce seul passage d'Honorius où il soit question d'une seule volonté. Voici les paroles qu'il en rapporte : « Quant au dogme de l'Eglise, que » nous devons tenir et prêcher, il ne faut parler ni d’une ni de deux opérations, » à cause du peu d'intelligence des peuples, et afin d'éviier l'embarras dé plusieurs » questions interminables; mais nous devons enssigner que l'une et l'autre nature » en Jésus-Christ, opère dans un accord parfait avec l’autre ; que la nature divine » fait ce quiest divin, et la nature humaine ce qui appartient à l'humanité. » ( Defens. 2. p., liv. s2., c. 23.) On voit par là qu'Honorius enseignoït dans ses lettres le dugme catholique des deux opérations et, par suite, des deux volontés. S'il prescrit le silence, d'après les motifs que lui avoit allégués Seraius , ce silence ne tombe que sur la manière de s'exprimer ( le terme opération qu'il eroyoit dangereux dans là circonstance ). Car il ajoute : « Au lieu de dire qu'il y a une seule opération en Jésus-Christ, il faut » annoncer qu’il y a un seul Seigneur qui opêre réellement dans les deux natures; » et au lieu de deux opérations ( dont il faut éviter de prononcer le mot}, un duit » direavec nous que ces deux natures, li divine et l'humaine, operent sans » confusion et sans division , dans la seule personne du Fils de Dieu, chacune les » choses qui lui sont propres.» La faute de ce pape fut de recommander un silence, qui n'étoit pas conséquent à sa doctrine ; mais il ÿ a loin de là une à definition errunée. « Faire ce qui est catholique, dit Ballérini , est un péché d’ounission ; mais une » définition proprement dite est un acte clair et positif, tandis qu'une omission ne » sauroit jamais l'être. » Quand les Pères de Trente, sur les cris du cardinal de Lorraine, se sont abstenus de prononcer le décret déja dressé sur l'infaillibilité du chef de l'Eglise en matière de foi, ont-ils prétendu que cette réserve, celte indulgence, pouveroit la faillibilité? Non : ils ont cru aux protestations de foi, de fidélié, d'orthodovie, de dévodment : et par charité aussi pour les uibles, ils n'ont rien defini sur ce point, quoique la doctrine du saint concile ne fût pas douteuse, Pourquoi Honorius n'auroit-il pas pu avis des raisons 2 + pas ‘ ir? Est-ce

588 (AN 638.) HISTOIRE voyons point que l'Ecriture ni les conciles nous autorisent à enseigner une ou deux opérations ; si quelqu'un l’a fait, c'est en bégayant, et en s'accommodant aux foibles, ce qui ne doit pas être tourné en dogme ; car que le Sauveur soit un seul qui opère par la divinité et l'humanité, les livres saints sont remlis de cette doctrine; mais de savoir si, à cause des œuvres de la divinité et de l'humanité , on doit entendre etdire, soit une, soit deux opéralions, c’est ce qui ne doit point nous importer, et nous laissons cette question de mots aux grammairiens. Négligeons ces expressions nouvelles qui ne sont qu'un germe de scandale, de peur qu'en effet les simples ne nous croient nestoriens, si nous admettons deux opérations en Jésus-Christ ; et au contraire eutychiens, si nous n'en admettons qu'une. Tenez uniformément cette marche avec nous, comme nous vous la montrons par notre exemple.

Tels sont les principaux articles de la lettre d'Honorius, si malheureusement fameuse après tant de siècles. Toutefois l'erreur y est bien mieux enseignée, que l'intégrité de la saine. doctrine retenue captive. On peut voir par la seule inspection de la pièce, que ce qu'il y a de plus dur touchant l'unité de volonté qu’elle attribue à la personne de Jésus-Christ, ne signifie qu'unanimité ou conformité , afin d’exclure toute contrariété réelle entre les actes de sa volonté divine et ceux de sa volonté humaine : mais cette réponse du premier pasteur, quoiqu'il ne parlât que de son chef à un évêque particulier et sans rien définir, ne pouvoit avoir, vu l'état des choses, qu’une influence bien triste dans les affaires de l'église d'Orient. L'empereur Héraclius n’avoit pas attendu cette lettre, pour gêner l'enseignement public ; mais après l'avoir reçue, il s’arrogea bien plus généralement , et avec beaucoup plus d'assurance, le pouvoir de captiver la doctrine. L'an 639, il donna un édit (si l'on peut appeler ainsi une exposition de la foi ) composé sous son nom par le patriarche Sergius, pour empêcher qu'on

qu’on soutient nulle part que le pape ne peut être trompé pat de faux rapports... ? Ce qui, aux yeux d'une critique impartiale, doit le justifier pleinement sur le dogme, ce sont ces paroles à Sergius : « Gardez-vous bien de publier que nous definissons ni une ni deux opérations. » Nos ron oportct unam vel duas operationes definientes prædicare. ( Epise. 2. ad Serg.)

DE L'ÉGLISF, (An 638.) 58 n'enseignât le dogme des deux opérations en Jésus-Christ. C'est ce qu'on nomma l'Ecthèse d'Héraclius. Elle défendoit aussi de dire une seule opération , et d’agiter ces sortes de questionsen aucune manière; mais elle posoitdes principes, d'où l'unitéd'opération s'ensuivoit nécessairement. Enfin , après cette indifférence apparente, et déjà si scandaleuse entre le dogme et l'hérésie, elle donnoit pour article de foi, non-seulement qu'on ne pouvoit reconnoître en Jésus-Christ deux volontés contraires, mais qu'il n’avoit pas même deux volontés différentes. Elle va jusqu'à dire expressément qu'il n’a qu'une seule volonté. C’est ce qui constitue formellement l'hérésie des monothélites, ainsi appelés de deux mots grecs qui signifient cette volonté unique.

Saint Sophrone n'avoit pas attendu ces extrémités pour s’opposer fortement aux progrès de l’hérésie naissante, ou plutôt au rétablissement de ce que l’eutychianisme avoit de plus impie. Après une seconde lettre du pape, dont Sergius abusoit autant que de la première, (quoique Honorius Jui dit expressément de ne point publier qu'il eût rien défini sur une ni sur deux volontés, } le saint et savant patriarche se mit à faire des recherches dans les plus saints dépôts de ja tradition. Il recueillit en bon ordre jusqu’à six cents passages des Pères, qui formoient deux volumes, et ne laissoient rien à désirer sur ce point intéressant. 1l eût bien voulu pouvoir se transporter lui-même à Rome avec ces moyens triomphants de défense; mais il étoit retenu dans sa province par sa charité paternelle , son troupeau se trouvant exposé à des périls encore plus imminents de la part des Sarrasins qui , depuis leur sou lèvement sous Mahomet, avoient en peu d'années formé la puissance la plus redoutable de l'Orient. Il prit avec lui Etienne de Dore, le premier de ses suffragants, et le conduisant au Calvaire : « Vous rendrez compte, lui dit-il, à celui qui a consacré ce lieu par l'effusion de son sang, quand il descendra de nouveau pour juger les vivants et les morts, si vous négligez les intérêts pressants de la religion qui lui a coûté si cher. Faites ce que je ne puis faire en personne : allez vers le siége apostolique, qui est le fondement inébranlable de la foi; apprenez tout ce qui se trame ici, aux grands personnages qui l'hono-

rent par leur doctrine et par leurs vertus. Ne cessez point de les presser, qu'ils n'aient condamné dans les formes canoniques ces nouveautés impies.» Etienne ne put tenir contre unc exhortation si touchante, il se mit aussitôt en chemin. Son saint patriarche mourut peu après son départ.

11 eut cependant la douleur de voir prendre la ville sainte, au bout de deux années de siége, par les sectateurs déjà furt multipliés du faux prophète Mahomet. Cet imposteur , le plus fameux qui fut jamais, né dés le siècle précédent dans le cours de l'an 550, n'acquit une certaine célébrité que la vingtdeuxième année du septième siècle. Telle est la fameuse époque où commence le cours des années musulmanes , différentes encore des nôtres, en ce qu'elles ne sont que de 354 jours, ou douze lunes iévolits. Elle se nomme hégire, c'est-àdire, persécution, et se compte du 16 juillet, jour auquel Mahomet fut chassé, comme un perturbateur, de la ville de la Mecque située en Arabie , à douze lieues de la mer Rouge. Il y étoit né de la tribu des Corisiens, et se vantoit comme eux d'être descendu d'Abraham par son fils Ismaël, et de la branche aînée. Il se trouvoit néanmoins dans la misère, cherchant fortune en Syrie. 11 se fit facteur d’une riche trafiquante de Damas, qui étoit veuve et qui l'épousa âgé de vingt-cinq ans, quoiqu'elle en eût quarante. Il étoit sujet à l’épilepsie2. Après l'avoir cachée quelque temps à sa femme, cet homme doué de cette énergie de caractère et de cette habileté dans l'art de l’imposture qui présagent les révolutions funestes, entreprenant , intrépide, naturellement éloquent, d'un air noble, quoique d'une taille peu au-dessus de la médiocre, fit de son infirmité même la base de son élévation, et fit servir x la conquête d'immenses états, ce qui sembloit le rendre incapable des charges les plus vulgaires. 11 persuada premièrement à sa femme, cnsuite à son cousin Ali, puis à Aboubècre, considéré pour quelque sorte de vertu, mais beaucoup moins que pour ses richesses , et à quelques autres personnes au nombre de neuf, que les excès de son mal étoient autant d’extases où il s'entretenoit avec l'ange Gabriel, comme étant suscité de Dieu pour rétablir la religion.

D Elimac. ce, 1, Albuf ar, Dju, 0, p. 101, — 3 Theoph, ad Eler. p. 277

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DE LEGLISE. (An 638.) bg

À l'âge de quarante-quatre ans, il se donna hautement pour un prophète, et dogmatisa publiquement. Comme l'Arabie étoit partagée entre trois sortes de religions, la juive, la chrétienne et l’idolâtre, il accorda quelque chose à chacune, afin de s'acquérir plus facilement des sectateurs ; mais l'idolâtrie se trouvant la plus décriée par les progrès de la révélation dans toutes les parties du monde connu, et par la honte que le genre humain avoit enfin conçue de ses vieilles erreurs , il crut pouvoir se déclarer fortement contre ces extravagances spéculatives, en laissant à ses voluptueux Arabes la dissolution réelle de leurs mœurs, Il établit l'unité d'un Dieu souverainement parfait, créateur de l'univers, qui, à diverses époques, inspira des prophètes pour instruire les hommes. Il reconnoït comme tels, Noé, Abraham, Moïse, généralement tous ceux que révèrent les juifs, et il leur ajoute quelques Arabes. II déclare que le plus grand de tous les prophètes à été Jésus, fils de Marie ; il le dit né miraculeusement de cette vierge, sans nulle altération de sa virginité, il le nomme Verbe et Messie. 1] met pareillement au nombre des plus saints personnages, le précurseur du Verbe fait homme, ses apôtres et ses martyrs. Il donne la loi de Moïse et l'Evangile pour des livres divins. Mais les juifs et les chrétiens, ajoute-t-il, ont corrompu ces divins écrits, et Dieu m'a envoyé pour instruire ma nation d’une manière plus sûre. On ne doit pas se contenter de renoncer à l'idolâtrie ; il faut adorer un Dieu sans fils , et sans aucune autre personne qui partage le culte suprême qu'on ne doit rendre qu'à lui seul. IL faut m'écouter comme son prophète, croire la résurrection future, le jugement universel, l'enfer où les méchants brüleront à jamais , et le paradis où les bons, parmi des troupes de belles femmes, n'auront rien à refuser à leur cœur, de tout ce qui flattera éternellement leurs yeux.

Quant aux pratiques extérieures , il prescrit la prière cinq fois le jour, la circoncision, et beaucoup de purificatious corporelles, l’abstinence du vin, du sang et de la chair de porc, le jeùne du mois arabe Ramadam , la sanctification du vendredi entre les jours de la semaine, et le pélerinage de la Mecque au moins une fois dans la vie. Les Arabes y révéroient extrêmement le temple carré, dont ils rapportoient

la fondation à Abraham, quoiqu'on y adorât les idoles. Mahomet lui-même recommande fort d'y honorer une pierre noire qui s y trouve enchâssée dans le portail, et qui forme une figure indécente. 1] veut qu’on se tourne toujours vers ce temple pour faire la prière, en quelque lieu qu'on se rencontre. Les devoirs de justice, la pratique de l’aumône, le paiement même de la dîme, et quantité d'usages qui préviennent tous les hommes par leur rapport sensible au bien de la société, entrent dans le plan de sa législation ; mais il en marque sans facon l'établissement vicieux et tout humain, en ordonnant de prendre les armes pour sa propagation , d'immoler sans pitié tous ceux qui résisteront, en ne se soumettant pas à payer au moins le tribut. Il assure le paradis à tous ceux qui mourront en combattant pour elle. Afin de rendre plus intrépides ses inconsidérés sectateurs, il leur propose sans fin la prédestination comme une destinée fatale et inévitable, d'où leur est venu, sclon quelques auteurs, le nom de moslémins ou musulmans , c'est-à-dire, résignés d'une manière purement passive à la volonté de Dieu. Des observateurs qui nous paroissent plus exacts, entendent par là des hommes sauvés de la mort en se soumettant aux vainqueurs.

Tous ces articles sont lirés du fameux ouvrage de Mahomet, nommé ÂAlcoran , c'est-à-dire, la lecture ou le livre par excellence. Ils s’y trouvent confondus sans ordre et sans liaison, noyés dans les déclamations et les lieux communs, surchargés de redites sans nombre , et mêlés des traits de la plus grossière ignorance, Ainsi confond-il Marie, sœur de Moïse, avec la mère du Sauveur. La diction en est toutefois pure. On y trouve de l'âme et de la chaleur , une éloquence ou un enthousiasme capable de faire impression sur les peuples ardents de l'Arabie, région sans culture , et peu fréquentée des étrangers tant par la température meurtrière de ces terres brülantes, que par la difficulté de naviguer sur la mer rouge. Du temps de Mahomet, l'usage des lettres y étoit encore tout nouveau, et lui-même ne savoit ni lire ni écrire ; en sorte que l’Alcoran fut rédigé par une autre main. Nous n'en exposerons pas les fables et les extravagances, qu'on s'est encore plus vainement efforcé de tourner en allégoriesqne les dogmes desanciens mythologistes.

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La contradiction s'y rend sensible dans mille traits différents, mais surtout dans le témoignage que cct inconséquent subor: neur rend à la mission du divin instituteur de l'Eglise.

11 trouva d'abord beaucoup de résistance, principalement de la part de sa tribu , qui fut encore assez sensée pour lui demander , en preuve de sa mission, les miracles qu'il ne pouvoit fournir. Il fut plus heureux à Médine , autre ville d'Arabie à soixante lieues de la Mecque, du côté de l'Egvpte et de la Syrie. 1] se fit une faction assez nombreuse pour défaire en plusieurs rencontres les juifs et les Gorisies; après quoi il fut reconnu pour souverain la sixième année de l'hégire, qui concourt avec une partie de l'an 6a7. Sa puissance , et par son origine toute militaire, et par le tour du génie oriental, devint très-absolue et tout-à-fait despotique ; mais il n’en abusoit point avec ses sujets; il vivait au contraire fort simplement, et souvent en camarade de ses soldats. Il fit des lois pour la discipline guerrière, et pour le partage du butin; objet capital pour un peuple de brigands, parmi lesquels cette conduite le

. en grande recommandation. Il se donna trois cadis ou juges, plusieurs secrétaires, un huissier et un capitaine des gardes. 11 prescrivit la bonne foi dans les contrats, régla les successions, pourvut à l'éducation des enfants, au soin des orphelins, ct abolit la coutume barbare de n'élever qu'un certain nombre de filles, et de faire périr les autres à leur naissance. Il maintint l'usage de la polygamie, la liberté de répudier les femmes et de les reprendre plusieurs fois. On lui en connut à lui-même jusqu'à quinre, dont toutefois il ne laissa d'autres enfants que sa fille Fatime, qui se trouvoit mariée à son cousin Ali, quand le faux prophète, après neuf années de règne, mourût l'an 632 de Jésus-Christ. 11 s'étoit rendu maître, deux ans auparavant, de la Merque et de tout le pays, sans cesser néanmoins de faire sa résidence à Médine.

Le jour même de sa mort, on élut pour luisuccéder , en sa double qualité de prince et de prophète, Aboubècre plus que sexagénaire , mais père d'Aicha la plus chérie de ses femmes. ne régna guère plus de deux ans , et ne laissa pas d'illustrer étonnamment le titre qu'il prit de calife, c'est-à-dire, vicaire ou lieutenant du prophète. Tous les vendredis, il distribuoit

594 (An658,) HISTOIRE aux musulmans l'argent du trésor public, et n’en 1éservoit pour lui que ce qui étoit nécessaire à sa défense journalière, c'est-à-dire, environ cinquante sous de notre monnoie. Il acheva de subjuguer la plupart des Arabes, tant sujets des Perses que des Romains.

Son sucresseur Omar, qui se fit gloire de marcher sur ses traces dans l’observance de la justice et du désintéressement, ajonta au titre de calife celui d'émir Almocumenin ou commandant des fidèles, qui passa à tous lessouverains musulmans.

. Ce fut lui qui prit sur les Romains , non-seulement Jérusalem “et la Palestine, mais toute la Syrie et l'Egypte, et qui ruina l'empire des Perses. L'empereur Héraclius , avant le débordement de ce torrent destructeur sur la ville sainte, en avoit prévu les désastres, et avoit eu soin qu'on transportât à Constantinoplela relique inestimable de la vraie croix. Ce fut alors que saint Sophrone, après avoir exhorté puissamment les fidèles à expier dans les souffrances les péchés par lesquels ils profanoïent eux-mêmes les lieux saints, fit partir l'évêque de Dore pour ailer démasquer les nouveaux hérétiques devant le souverain pontife,

Mais il paroît que ce digne envoyé du saint patriarche poursuivi, traversé de mille manières par les monothélites qui cherchoient à attenter à ses jours, n'arriva à Rome qu'après la mort d'Honorius. Ce pontife qu'en peut accuser, comme nous l'avons fait voir, de trop d'indulgence ct de honne foi, mais non pas d'hérésie, alla rendre compte au Dieu de justice et de charité de sa conduite et de sesintentions, qu'il seroit plus que téméraire de vouloir juger, Il mourut le ra octobre 638, agant occupé le saint Siége pendant près de treize ans. Heureux que beaucoup de grandes œuvres vraiment dignes du chef de l'Eglise, ou plutôt, que les bornes étroites de l'esprit humain puissent servir d'excuses à la surprise où l’engagèrent sa confiance en des hypocrites consomméset son zèle pour la réunion des sectateurs dissimulés d'Eutychès. Il est certain qu'il n’écrivit point à saint Sophrone pour condamner sa conduite. Il se montra magnifique dans la réparation de la construction des églises , auxquelles il donna jusqu'à trois mille livres romaines

d'argent. Il rendit un service beaucoup plus important encore”

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DE L'ÉGLISE. (an 640.) 595 à la religion, en faisant rentrer dans le sein de l'unité l'eglise d'Aquilée, ei toute l'Istrie, séparée depuis soixante-dix ans, par le schisme des trois chapitres.

Après une vacance de plus d’un an et demi, dont il est difficile d'assigner la cause, le siége apostolique fut rempli, le 28 ou le 29 mai 640, par Séverin, dont la douceur et la tendresse pour les pauvres et pour le clergé commencoient à consoler l'Eglise romaine d'un si long veuvage, quand il mourut au bout de deux mois et quatre jours. Après sa mort, l'Eglise pour près de cinq mois , se trouva sans premicr pasteur. Enfin dans les derniers jours de décembre 640, on élut et on ordonna Jean IV. Entre son élection ct son sacre, le clergé romain, selon l'usage reçu, répondit à une lettre qui avoit été adressée par les Hibernois au pape Séverin. Cette réponse porte les noms d'Hilaire, archiprêtre et vicaire du siége apostolique , de Jean diacre, d’un autre Jean primicier, aussi vicaire du saint Siége , et de Jean conseiller. On voit ici ceux qui avoient la principale autorité durant la vacance, savoir lés chefs des trois ordres du clergé, l'archiprètre, l'archidiacre, et le primicier pour les clercs inférienrs. C'esttout ce que cette pièce présente de remarquable, avec l’obstination des Hibernois dans leurs observances bizarres de la Pâque, et le renouvellement du pélagianisme dans les régions où il avoit pris naissance.

Le pape Jean condamna l'Ecthèse d'Héraclius, qui reçut cet affront plus doucement qu'on ne devoit s’y attendre. Il étoit souverainement humilié par les conquêtes des musulmans, qui, après la Syrie, venoient de Ini enlever l'Egypte. La superbe bibliothèque d'Alexandrie, par leur stupide fanatisme, devint la proie des flammes, et servit à chauffer, pendant six mois , les bains de cette ville immense , qui en comptoit quatre mille. Si ce que ces volumes contiennent, disoient-ils, s'accorde avec l'Alcoran, ce livre divin nous suffit ; et s'ils contiennent quelque chose d'opposé, ils nous sont plusqu'inutiles. Soit foiblesse et abattement de la part d'Héraclius, soit droiture et repentir sincère, cet empereur, au sujet de son Ecthèse, écrivit au pape en ces termes :

« La pièce n'est point de moi : je ne l'ai ni dictée, ni commandée; mais mon évêque Sergius l'ayant M Sa “ou ans

avant mon retour d'Orient, il me pria, quand je fus à Constantinople, de la faire publier en mon nom et avec ma souscription; ce que j'accordai à ses instances. Voyant aujourd’hui que c’est un sujet de dispute et de trouble, je déclare à tout le monde que jen'en suis pas l’auteur:,» Le cours des murmures et des scandales ne fut point arrêté par-là, Aucun des partis n’étoit content. Les sévériens insultant aux catholiques sur les carrefours et dans les cabarets, disoient que les chalcédoniens avoient paru désabusés du nestorianisme, el qu'après avoir confessé une seule opération, et par conséquent une seule natute en Jésus-Christ, ils se repentoient de la bonne œuvre, et l’anéantissoient en ne confessant plus ni une, ni deux volontés. Héraclius mourut enfin le onzième jour de février de l'année 641 , la soixante-sixième de sa vie, et de son règne la trentième.

Constantin son fils aîné, qui lui succéda, ne survécut qu'environ {rois mois. On crut qu'il avoit été empoisonné par Martine sa belle-mère, qui régna quelques mois avec son fils Héraclius ou Héracléonas. Ils furent bientôt obligés de s'associer le fils de Constantin, nommé comme son père, mais plus connu sous le nom de Constant. Le sénat ayant peu de temps après fait couper la langue à Martine, et le nez à Héracléonas, Constant demeura seul empereur, et fournit pendant vingtsept ans un règne encore détesté de nos jours. Dans la seconde année de son empire, mourut le pape Jean IV, qui fut enterré à Saint-Pierre le 12 d'octobre. Aussitôt après la mort d'Héraclius, il avoit écrit au jeune Constantin pour l'engager à supprimer l'Ecthèse : Nous souhaitons, lui disoit-il, que Dieu vous inspire , comme au défenseur de la foi, de faire ôter et déchirer cet écrit qui a été affiché publiquement ; car tous les Occidentaux, et le peuple même de Constantinople, en ont été scandalisés. Faites ce présent à l'Eglise votre mère, au commencemen de votre règne. C’est dans ces lettres qu'il venge la mémoire d'Honorius, qu'il nomme Père catholique de sainte mémoire, dont /es sentiments furent tout-à-fait élrangers à ce que le patriarche Pyrrhus a publié de lui après sa mort ?.

4 Act. S, Maximen, 11, p. 38. — 2 Ep. 2. ad Imperat. Const,

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DE L'ÉGLISE. (AN 642.) 597 Théodore, né à Jérusalem , et fils d'un évêque de ce nom fut ordonné après la mort de Jean IV, le 24 novembre de la même année 642 1. Alors saint Osouald, roi de Northumbre en Angleterre, fut tué dans une bataille par Penda, roi des Merciens, le même qui avoit tué saint Edouïn nenf ans auparavant. Osouald , âgé de trente-huit ans seulement, étoit parvenu à une éminente sainteté, Il ne se bornoit pas aux vertus assorties en quelque sorte à son état , telles que la charité envers les pauvres, et la tendresse pour les malades qu'il soulageoit souvent de ses propres ma’ns; mais il étoit d'une assiduité à la prière, d'un recueillement et d’une vivacité de foi qu’on eût admirés dans les plus fervents solitaires. Au moment d'expirer de ses blessures, voyant ses gens tomber en foule autour de lui, et beaucoup plus occupé de leur salut que du sien propre, il prioit avec tant de ferveur pour le repos de leurs âmes , qu'Osouald mourant et priant pour les morts, est passé en proverbe parmi les Anglais. 11 eut pour successeur son frère Osoui. Ebald , roi de Kent, mort dès l'an 640, fut remplacé par son fils Ercombert, prince non moins religieux que sou père , et le premier des rois anglais qui ordonna généralement par tous ses états, sous des peines rigoureuses , d'abattre les idoles et d'observer le carême. Fartongate sa fille, ct Adalberge, tante de Fartongate, se consacrèrent toutes les deux au Seigneur dans le monastère de Faremoûtier, où elles devinrent abbesses, et sont honorées comme saintes. Ce monastère, avec ceux de Chelles et d’Andely, étoient les plus renommés de la Gaule, pour l'éducation des jeunes personnes, qui y abordoient en foule des IlesBritanniques, si bien munies cependant de ces pieux asiles. | 11 sembloit qu’en France le climat eût une qualité plus propre à donner du ressort, ou du moins de l'aménité aux talents trop concentrés parmi ces insulaires2. Fursi, né en Irlande d’une famille illustre qui lui procura une éducation brillante, commença par exercer toutes les vertus solitaires et apostoliques dans la Grande-Bretagne ; il y établit mème plusieurs monastères. À la fin, il passa dans les Gaules, où il reçut du

Bed, 11, Mist. c. 9. — 2 Mabill. t, a Act, p. 300.

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