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640 (Ax 674.) HISTOIRE
son palais ; et le cruel Ebroïn n’en fut que trop instruit. Alors il leva le masque, et montra par quel principe il avoit paru attaché à Thierri même. Il quitte l’habit de moine, reprend sa femme, amasse des troupes, marche contre le prince, et fait paroître un fils supposé de Clotaire IIT, comme pour le couronner. Chemin faisant, il fit massacrer Leudésie dans une conférence. Son rival abattu , il n'eut rien de plus pressé que la perte de celui qui le lui avoit fait ; et contraint de tourner luimême vers la Neustrie, il commit le soin de sa vengeance à Vaimer, duc de Champagne. Le peuple d'Autun qui aimoit tendrement son pasteur, étoit tout prêt à faire la plus vigoureuse défense ; mais le saint, assuré qu'on n'en vouloit qu’à lui, et ne se retraçant qu'avec horreur les extrémités auxquelles il exposoit les citoyens qu'il regardoit comme ses enfants, prit secrètement ses mesures, épia les moments, et se livra lui-même.
On lui arracha aussitôt I: eux; ce qu'il souffrit avec une fermeté inébranlable, sans ; être laissé lier les mains, sans pousser le moindre soupir, sans proférer une parole, ni faire un mouvement qui püût gêner ses bourreaux. Vaimer, content de sa proie, l'emmena en Champagne avec l'argent de l’église d'Autun, et quelques contributions de la ville. Ebroïn avoit enjoient de tenir Léger dans le fond d'un bois, de l'y laisser mourir de faim, et de faire ensuite courir le bruit qu'il s’étoit noyé. En effet, le saint évêque souffrit long-temps la faim : mais les cœurs les plus durs se défendoient avec peine des sentiments qu'il inspiroit. Le duc, touché de compassion, le fit ramener chez lui ; il fut même si attendri par ses discours, qu'il lui remit l'argent de l'église d’Autun ; et cette âme généreuse, au sein même de l’indigence, renvoya ces sommes à son peuple, pour être distribuées aux pauvres,
Ebroïn cependant abandonna son fantôme de roi, pour se concilier, ou plutôt pour asservir Thierri, en recouvrant, avec la charge de maire, la souveraine puissance sur toute la Neustrie et la Bourgogne. Il fit amener en présence du prince et des seigneurs, et Léger, et Gairin son frère, les chargea d'outrages, et ne rougit pas de leur imputer la mort du roi Childéric. Gairin fut aussitôt enlevé, attaché à un poteau, et lapidé, Les
DE L'ÉGLISE. (An 678.) 64x lois gênent étrangement ceux qui les méprisent le plus. Le furieux Ebroïn n'osa faire encore mourir le saint évêque, parce qu'il n'avoit pas été déposé; mais il le fit jeter et traîner dans une pièce d’eau où il y av:it des pierres aiguës et tranchantes qui lui déchirèrent jusqu'à la plante des pieds. Outre les yeux qu’on lui avoit arrachés, on lui coupa la langue et les lèvres ; ce qui ne l'empêcha point de parler depuis d’une manière qui passa pour miraculeuse. Il guérit même parfaitement de ses blessures à Fécamp, où le conduisoit le comte Vaningue à qui on l’avoit donné en garde, et qui, loin d'applaudir à ses persécuteurs, l'honora comme un martyr, et le fit très-bien traiter dans ce riche monastère de sa fondation.
Au bout de deux ans que le saint y passa, Ebroïn le fit ramener au palais pour être déposé par les évêques qui s'y rendirent en foule. Dans cette multitude empressée, il ne manqua point d'en trouver d'aussi complaisants qu'il lui en falloit. Après qu'ils eurent déchiré de haut en bas la tunique de Léger, en signe de déposition, suivant l'usage, on le remit à Chrodebert, comte du palais, avec ordre de le faire mourir; mais l’cdieux Ebroïn, lui enviant la gloire même d'être honoré comme un martyr, ordonna de chercher un puits ou un précipice au fond de quelque lieu sauvage, pour y jeter son corps. Chrodebert ne put se résoudre à le voir mourir, et se retira après en avoir laissé la charge à quatre de ses dom:s'iques. La femme du comte, réduite au désespoir, ne s’exprima:i que par des torrents de larmes, de profonds gémissements, et tant de lignes d'une douleur excessive, que le sai se vit obligé luimême de la consoler. Des quatre exécuteurs qui le menèrent dans la forêt Iveline, appelée depuis de son nom, trois se jetèrent à ses pieds en lui demandant pardon; mais le quatrième lui tranche brusquement la tête, sans se metire en peine des précautions ordonnées par le tyran contre la gloire du saint martyr. On dit que le meurtrier, saisi peu après du démon, se jeta dans un feu , où il périt.
La femme du comte Chrodebert fit enterrer honorablement le corps du saint prélat, et il se fit tant de miracles à son tombeau, qu'il y en eut pen en France d'aussi renommés, On regarda comme un châtiment céleste, l'assassinat d’Ebroïn,