WEBSTER, NY
Sciences
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Comme 1l avoit fait connoissance à Antioche avec Nestorius, et qu'il s’étoit même lié d’une étroite amitié avec lui, le patriarche Jean employa son nom en écrivant au novateur, afin de le ramener plus facilement. Il ne fut pas question dans cette lettre des anathèmes de saint Cyrille, dont ni Jean, ni Théodoret n’avoient alors connoissance , et que ious deux blâämèrent par la suite avec tant de scandale. Mais pour le fond de l’hérésie de Nestorius, il paroît qu'ils en eurent toujours horreur, Au moins dans cette première exhortation à l'hérésiarque , ils s’employérent avec les vues les plus droites à le faire penser et parler comme le reste de l'Eglise.
Tout fut inutile : exhortations amicales, monitions des conciles , rien ne fléchit un orgueil qui ne voyoit point d’extrémité plus affreuse que de convenir de ses torts. Les quatre évêques députés d'Alexandrie, lui rendirent dans son église, en présence du clergé et du peuple, la lettre synodale du concile d'Egypte avec la lettre du paper. Il dit froidement qu’on vint le trouver le lendemain. Les députés se présentèrent en effet; mais on leur refusa la porte, et on ne leur fit faire aucune réponse. Nestorius monta peu après en chaire, prêcha sa doctrine accoutumée, avec un peu plus de dissimulation néanmoins ; mais il s emporta avec aigreur contre saint Cyrille qu'il ne nomma point, mais qu'il n'en désigna qu'avec plus de mépris, sous le nom de l'Egyptien. Ayant lu les douze anathèmes , il crut y trouver prise, et il accusa l’auteur d'y renouveler les erreurs d'Apollinaire. Ce fut avec cette qualification qu'il en fit passer une copie à Jean d'Antioche, qui, ne consultant que sa prédilection pour le novateur qu’au fond il désapprouvoit, trouva aussi l'apollinarisme dans la doctrine de Cyrille, En vain celui-ci expliqua-t-il les douze articles, de manière à effacer jusqu'à la moindre trace les indignes couleurs dont on les noircissoit ; l'amitié, plus persuasive que l’équité, surprit Théodoret même. Cet ami de Nestorius, avec toutes ses lumières et ses vertus, se laissa préoccuper par le désir de le justifier, ee charger son antagoniste d'une manière très-injurieuse. 1] l'attaqua de concert avec l'évêque
8 Cone. Eph, act, 1 p, 503.
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DE L'EGLISE. (An 430.) 8r d'Antioche, publia des écrits pleins de fiel et d'amertume contre les anathèmes , et Jean leur en opposa douze autres qui firent concevoir de sa propre croyance les soupçons les plus désavantageux et les plus difficiles à effacer par la suite. C'étoit prévenir assez adroitement les esprits contre tout ce
. que Cyrille:pourroit faire, que de l'accuser lui-même d'hé-
résie et d’une espèce d'idolâtrie qui rendoit à la seule humanité de Jésus-Christ l’adoration due à la personne du Verbe. Mais si la plupart des prélats se tinrent sur leurs gardes , on réussit à le décrier auprès de l'empereur , prévenu de longue main et dès l'origine de cette malheureuse affaire. Il reste une lettre fort dure de Théodose à saint Cyrille, qu'il accuse de calomnier ses confrères et d’exciter l’animosité et la discorde. C'est à cet esprit de zizanie , qu'il attribue les lettres particulières que le saint avoit écrites à l'impératrice Eudoxie, et surtout à la princesse Pulchérie : lettre où la matière étoit en effet plus approfondie que dans les autres , à cause de la supeniorité d’esprit de cette princesse , reconnue dans tout l'empire.
Le mal étant à ce point, il ne restoit de remède que le concile général, non pour proscrire l'erreur qui l'étoit suffisamment, mais pour confirmer de plus en plus la foi de l'Eglise, et pour donner à la proscription tout l'éclat et toute l’authenticité convenables contre les dangers de la séduction. Les évêques et le peuple catholique, mais surtout le clergé de Constantinople, avec les moines et leurs archimandrites, prièrent instamment l'empereur de procurer ce secours à l'Eglise, dans le péril extrême où elle se trouvoit. Instruits des intentions du pape et de Cyrille son réprésentant, auxquels ils étoient tout dévoués!, ils présentèrent à Théodose un mémoire circonstancié , où ils retracèrent les impiétés scandaleuses de Nestorius, avec les violences qu'il avoit déjà exercées contre plusieurs d'entr'eux ; ils conjurèrent le prince de faire assembler un concile œcuménique, pour empêcher que le venin de l’hérésie ne s'étendit davantage, s'exprimant dans les termes les plus énergiques, citant l'empereur au tribunal du Monarque suprême , et protestant de leur innocence après ces
t Part. Conc. Eph, ce. 30
82 (AN 430.) HISTOIRE poursuites, si elles demeuroient sans effetr. T'héodose aimoît sincèrement la religion : il comprit à ces alarmes de tous les gens du bien, qu'elle se trouvoit en danger, donna les mains à la célébration d'un concile universel, et lui-même en indiqua l'assemblée selon le vœu du pape et des évêques.
La nouvelle de cette convocation fit un plaisir inexprimable à tous les prélats orthodoxes2. Sitôt que le temps marqué pour s’assembler approcha, ils se mirent en route avec une célérité qui alarma l'hérésiarque et tous ses fauteurs. Ephèse fut choisie pour le lieu du concile, comme une ville de facile abord par terre et par mer , située d'ailleurs dans un pays sain et pourvu abondamment de toutes les choses nécessaires à la vie. On choisit de même pour le temps de la célébration, la saison la plus douce et la plus commode; l'ouverture ayant été fixée par les lettres de convocation à la fête de la Pentecôte, qui, cette année 431 , tombait le septième jour de juin. Ainsi les solennités de Pâques ne furent pas plutôt passées, que les prélats bien intentionnés se mirent en chemin. Saint Cyrille, accompagné de cinquante évêques qui faisoient à peu près la moitié de ceux d'Egypte, arriva à Ephèse quatre ou cinq
jours avant la Pentecôte, quoique la navigation eût été fort
difficile. Juvénal de Jérusalem arriva peu après avec ceux de la Palestine entre lesquels étoit Aspébète , nommé Pierre à son baptême, ce prince des Sarrasins converti autrefois par saint Euthymius, et devenu leur ‘ ue; on l’appeloit communément l’évêque des camps, ps : . que ces Sariasins ou Arabes du désert étoient perpétuellement campés. Flavien de Thessalonique, avec les évêques de Macédoine, comme ceux de la lupart des autres provinces, arrivèrent tous à temps. Il n'y eut point d'évêques africains , à cause du déplorable état où se trouvoient ces provinces par la guerre des Vandales. Tout ce qu'elles purent faire, ce fut d'envoyer le diacre Bessula, pour rendre témoignage de la croyance de ces églises, Nestorius , de son côté , partit de fort bonne heure avec dix évêques de son parti, tant pour marquer sa confiance, que dans l'espoir d'augmenter le nombre de ses partisans, à me-
4 Evagr av, Hit. ce, 7. —s Socr, vit, 34
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DE L'ÉGLISE. (An 430.) 83 sure que les Pères arriveroient. Il étoit accompagné des comtes Candidien et Irénée; celui ci, sans autre caractère que son amitié pour son évêque, l'autre avec le commandement des troupes qu'il conduisoit pour empêcher le tumulte, et en cas de besoin, pour prêter main-forte au conciler, Mais le patriarche d’Antioche, toujours protecteur de Nestorius , et les évêques syriens traînèrent tant qu'ils purent en longueur. On ajouta quinze jours au terme qu'avoit marqué l'empereur ; et au lieu du septième de juin, fête de la Pentecôte, où devoit se faire l'ouverture du concile, on la remit au vingt-deuxième. Les Syriens n'arrivèrent point encore. La mauvaise foi commençoït à se. manifester : on conçut des soupçons fâcheux de Jeur lenteur et de toute leur conduite, Cependant Jean d’Antioche n'étant plus qu'à cinq ou six journées de chemin, de trente qu'il en avoit eues à faire, écrivit à saint Cyrille une lettre pleine de témoignages d'amitié et d’empressement pour le joindre: Il fit même prendre les devants à deux prélats nommés Alexandre , l’un d'Apamée , et l’autre d'Hiéraples, tous deux métropolitains , avec charge de dire qu'on ne différât pas le concile à cause de lui et qu'on commençât, sans l'attendre, à faire ce qui convenoit.
Il y avoit déjà plus de deux cents évêques à Ephèse, dont plusienrs peu riches et arrivés depuis long-temps, se trouvoient fort incommodés ; d’autres étoient tombés malades, et quelques-uns déjà morts, on murmuroit hautement contre le patriarche d’Antioche qui craignoit, disoit-on, de se trouver au concile, pour y entendre condamner un hérétique tiré de son église, On ajoutoit que depuis long-temps il seroit à Ephèse , s'il l'avoit voulu, puisqu'il étoit arrivé des évêques de plus loin; qu'en tout cas, s’il procédoit avec droiture, il n'auroit garde de trouver mauvais qu'on eût commencé sans Jui le concile, après y avoir été exhorté par les évêques , à qui il avoit fait prendre les devants. L'ouverture fut donc résolue pour le vingt-deux, et l’on s'assembla ce jour-là dans la grande église qui étoit dédiée à la sainte Vierge. La veille, quatre évêques avoient juridiquement averti Nestorius, et en même
1 Evagr. 1 ’ 3.
84 (An 43.) HISTOIRE temps cinq ou six prélats qui se trouvoient avec lui. Le parti fit une protestation en forme contre l'ouverture du concile avant l’arrivée de Jean d’Antioche, et elle fut souscrite par un nombre assez considérable d’évêques de l'Asie, de la Thrace et de la Syrie, parmi lesquels signèrent les deux métropolitains d'Hiéraples et d’Apamée, avec Théodoret, arrivé aussi avant le patriarche d’Antioche, |
Le comte Candidien fit de son côté tous les efforts possibles pour retarder la célébration, alléguant la volonté de l'empereur qu'il faisoit parler à sa fantaisie, Les Pères rassemblés suivant leur premier arrêté, demandèrent à voir la commission, et on leur refusa, Mais ils parlèrent si haut, et interpré-
‘tèrent si désavantageusement le mystère qu'on leur faisoit d'un ordre adressé à eux-mêmes, que le comte se vit forcé à le produire, Rien n’étoit plus religieux que ce que Théodose y marquoit. Il enjoignoit à Candidien d'assister au concile, précisément pour le favoriser et pour y empêcher le tumulte ; avec défense très-expresse de s'immiscer en aucune façon dans les délibérations des Pères; cela n'étant pas permis, disoit l'empereur, à un homme qui n'est pas du nombre des évêques.
, Du reste, il ne parloit point de délai, et ne dérngeoit nulle .
part aux lettres de convocation qui fixoient le jour de l’ouver-
‘ture. On vit dès-lors à quoi il falloit s'attendre de la part de Candidien, Mais les prélats s'armèrent d'une magnanimité vraiment épiscopale, et n'en furent que plus ardents à proscrire les nouveautés impies.
Le comte s'étant retiré mécontent , les évêques commencèrent la célébration du saint concile. Sur un trône érigé au milieu de l’église, à l'endroit où étoit le siége ordinaire de l'évêque, on plaça l'Evangile, pour représenter l'assistance de Jésus-Christ, qui a promis de se trouver au milieu des pasteurs assemblés en son nom : spectacle saint et imposant , dont le concile d'Ephèse a donné le modèle à tous les conciles postérieurs. Les évêques étoient assis aux deux côtés, suivant Ja dignité de leur rang. Il paroît qu'à cette première session où fut condamné Nestorius, le nombre des Pères montoit à
‘près de deux cents, puisque cent quätre-vingt-dix-huit sou-
‘scrivirent sa dépasition, comme présents. Après la session, il en
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DE L'EGLISE. (AN 41.) 85 arriva quelques-uns qui souscrivirent encore. Saint Cyrille . occupoit la première place, comme présidant au concile de la part du souverain pontife. C’est au moins la raison qu'en rendent les. actes, quoique ce premier rang convint d’ailleurs à la dignité du siége d'Alexandrie, puisque ce patriarche avoit le pas sur les autres, et que les légats du saint Siége n’étoient pas encore arrivés. Après saint Cyrille, étoient placés Juvénal de Jérusalem et Théodote d'Ancyre, orateurs ou avocats du concile; ensuite les autres Pères, selon la dignité de leurs siéges. Quand tous furent assis, Pierre, prêtre d'Alexandrie et premier des notaires, proposa l'accusation de l'hérésiarque en ces termes! : Nestorius, peu après son élection, a troublé la paix de l'Eglise par des dogmes erronés; sur quoi le très-pieux évêque d'Alexandrie lui a écrit plusieurs fois pour lé rappeler de ces écarts. Le très-saint pontife de l'Eglise romaine, Célestin lui a écrit pour lamême fin, après l'examen des ouvrages impies qu'il en avoit reçus. Voici les pièces justificatives, dont la simple lecture mettra le tout dans une parfaiteévidence. Avant cette lecture, reprit Théodote d'Ancyre, autre orateur du concile , il faut s'assurer qu'on a mis en œuvre les moyens de droit pour faire comparoître l'évêque Nestorius, Aussitôt les quatre évêques qu'on lui avoit députés la veille , attestèrent : qu'ils s’étoient acquittés de leur commission, On procéda surle-champ à une seconde monition où l'on feroit mention de la première, et l'on chargea d’autres évêques d'aller la signifier par écrit à l'accusé, Ils trouvèrent la maison où il étoit logé, environnée de gens de guerre qui avoient des bâtons en main. La porte leur fut insolemment refusée, sous prétexte qu'il reposoit. Cependant le tribun qui commandoit la troupe ayant paru, et ses procédés pouvant être d'une tout autre conséquence à la cour que ceux des simples soldats, il dit aux députés que lui-même n'avoit pu voir Nestorius , mais que ce pa triarche- lui avoit fait dire de répondre qu'il ne se trouveroit point au concile avant que tous les évêques y fussent arrivés ; ce que les députés rapportèrent mot pour mot. Sans perdre un moment , la troisième citation fut résolue et mise par écrit
1 Tom. 3, Conc, p. £a1 et s09,
dans la forme suivante : Le saint synode, en se conformant aux canons et en usant de douceur, vous cite pour la troisième fois. Ne refusez pas de vous présenter enfin, pour répondre à l'accusation d’hérésie intentée contre vous. Soyez certain que, si vous persévérez dans l’obstination, le saint concile, quoiqu'avec douleur et par nécessité, ne maiquera pas de prononcer contre vous, selon les décrets des Pères. Les députés chargés de ce nouvel avertissement ne furent pas mieux accueillis que ceux qui les avoient précédés. Ils trouvèrent pareillement le logis de Nestorius entouré de soldats qui même les repoussérent brutalement du portique, sans souffrir qu'ils s'y missent à l'abri d'une chaleur brülante. Nous sommes
évêques, dirent-ils sans perdre patience, et nous ne venons
pas pour faire injure au patriarche, mais pour l’inviter, suivant les lois, à venir prendre séance au concile, Et nous, repartirent les soldats, nous sommes ici de la part du très-pieux Nestorius , pour ne laisser entrer qui que ce soit de votre concile. Vous n'aurez point d'autre réponse, quand vous demeureriez jusqu’à la nuit,
Les évêques voyant qu'ils attendoient à pure perte, revinrent à l’église, et firent le rapport de la réception qu'on leur avoit faite. Tous les F ères témoignèrent une vive indignation. Cependant la vue des égarements de notre frère, reprit Juvénal de Jérusalem , doit nous inspirer encore plus de pitié que de sévérité : quoique les canons ne prescrivent que trois citations, nous en ferions volontiers une quatrième, ct mille autres démarches pour son salut ; mais puisqu'il fait garder sa porte pat des gens de guerre, c'est une triste preuve qu'ayant fermé l'oreille à la voix de sa conscience, il est beaucoup moins disposé à l'ouvrir à nos avertissements charitables. Il faut donc
‘passer outre puisque nous ne pouvons sauver notre frère ; mct-
tons en sûreté le dépôt de notre foi.
On commença par lire le symbole de Nicée , afin de partir d'un point fixe pour approuver ou condamner ce qui seroit conforme ou contraire. Ensuite le prêtre Pierre d'Alexandrie proposa de lire la lettre de saint Cyrille , tant pour en comparerda doctrine avec celle de Nicée, que pour s'assurer des
nformant * la troin, pour is. Soyez aint conra pas de députés ieux acrent paui même ir qu'ils sommes > venons , Suivant » repareux Nesconcile.
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DE L'ÉGLISE. (nn 431.) 87 eonseils. qu'il: avoit donnés à Nestorius, Après cette lecture, Juvénal de Jérusalem dit le premier que rien n'étoit plus conforme à la doctrine de Nicée; Firmin de Césarée en Cappadoce, Memnon d'Ephèse, ‘l'héodote d'Ancyre, Flavien de Philippes, tant en son nom qu'en celui de tous les évêques. de Y'Tlyrie, Acace de Mélitine, c'est-à-dire, les prélats les plus considérables , et grand nombre d'autres opinèrent chacun en particulier , jusqu'au nombre de cent six , exaltant à l'envi la profondeur et la pureté de la doctrine de Cyrille; et le reste du concile témoigna tout ensemble qu'il pensoit de même.
On voulut comparer cette doctrine avec quelques écrits de Nestorius, et l’on choisit la seconde lettre à saint Cyrille où il expliquoit plus clairement ses erreurs. Elle est en tout contraire. à la foi de Nicée, s’écria Juvénal de Jérusalem. Anathème à ces erreurs impies ! Anathème à quiconque tient cette doctrine ! Ce n'est pas sans sujet, reprit l'évêque de Mélitine, homme de poids et d'un rare mérite;ce n'est pas sans sujet que Nestorius craint de comparoître, et fait environner sa maison de gens armés ; sa conscience est son premier accusateur : c'est en élouffant ses remords, qu'il s'éloigne tant des saintes Ecritures que de la tradition des Pères. Puis motivant son avis selon le contenu de la lettre même qu'il eondamnoit : la présomption, poursuit-il, avec laquelle il ose se vanter d’avoir ôté les ténèbres de nos mystères, le condamne suffisamment, puisqu'elle le fait convenir d'avoir employé des principes et un langage nouveau. ‘’rnathématise donc ces impiétés, et tous ceux qui les adoptent. Les autres Pères prononcérent le même anathème. Onlutenfin la lettre du pape Célestin à Nestorius , l'épitre synodale du concile d'Alexandrie ; et les évêques égyptiens qui en avoicnt été les. porteurs, ont compte du mépris qu'il en avoit fait.
Acace de Mélitine et T'héodote d'Ancyreavoient des Vitssné particulières avec Nestorius qui, les regardant comme amis, et comptant les séduire à leur arrivée à Ephèse, leur avoit parlé à cœur ouvert et sans rien déguiser. Ces tentatives avoient fait du bruit. Fidus de Joppé prenant ces deux prélats à à témoin : le novateur, dit-il, soutient les mêmes impiétés qu'autrefois ;
j'en atteste once et Théodote. Au now du Dieu de toute
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88 (An 431). HISTOIRE vérité, par les saints Evangiles ici présents, ct dont l'intégrité doit nous être plus chère que toutes les amitiés humaines ; qu'ils nous disent ce qu’ils ont entendu de la bouche de Nes. torius, même depuis trois jours. L'un de ces deux évêques avoit été sur le point de donner dans le piége ; mais il étoit bien ‘ revenu de sa prévention : tous deux ne cherchoient qu’à signaler leur attachement à la foi qu'on avoit voulu leur ravir. Tout le concile applaudit à la proposition de Fidus ; et les deux évêques, prenant ces vœux unanimes pour un commandement : si je suis attaché à mon ami, dit d’abord Théodote, l'intérêt de l'Eglise m’est encore plus cher. Quoi qu'il en coûte à mon amitié, je rendrai un témoignage fidèle à la vérité. Que l'on m’écoute avec assurance : Ce que Nestorius avoit dit plusieurs fois, ce qu'il avoit prêché publiquement et consigné 1 dans ses écrits, il l’a répété et soutenu dcpuis notre arrivée. F Nous lui avons ouï dire il y a péu de jours, et plusieurs autres personnes l’ont entendu avec nous, qu'il étoit messéant d’annoncer un Dieu né d'une vierge et nourri de son lait, un Dieu de deux ou trois mois.
À cette déposition de Théodote, Acace ajouta, qu'arrivé à Ephèse, son premier soin avoit été de travailler à fairechanger Nestorius qu'il y avoit trouvé en d'étranges sentiments, et que sur ses remontrances le patriarche s’étoit rétracté de bouche, Mais dans une autre conversation, poursuivit-il, lui et un évêque de sa suite ont proféré devant moi des blasphèmes à foire horreur, et qui m'ont banni entièrement de leur compagnie. Entr'autres choses, Nestorius a osé dire qu'autre étoit le Fils qui a été crucifié, autre le Verbe divin, et que le crime des bourreaux du Christ n'étoit qu'un simple homicide, '] n'ayant été commis que sur un homme et non sur un Dieu.
On lut après cela plusieurs É des Pères les plus ré-
‘vérés, au nombre de dix à douze, tels que saint Cyprien, saint Athanase, les saints papes Jules et Félix, saint Ambroise, saint Basile, les saints Grégoire de Nysse et de Nazianze. On les mit en opposition avec Îles propositions écrites et verbales de Nestorius. Puis tous les Pères du concile se récriant sur la témérité et l'impiété du novateur, on lui dit anathème. La sentence de
condamnation fut conçue en ces termes : Nestorius ayant re-
intégrité maines ; de Nes.
évêques toit bien qu'à siur ravir.
les deux imande- 1éodote, en coûte ité. Que dit pluconsigné arrivée.
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arrivé à
DE L'EGLISE. (AN 437.) 89 fasé, non-seulement d'obéir à la citation qu'on lui a faite de notre part, mais même de recevoir les vénérables évêques nos députés, nous n'avons pu nous dispenser d'examiner ses sentiments impies. Comme nous avons été convaincus de sa manière de parler et d'enseigner, tant par la lecture publique de ses lettres et de ses autres écrits que par les discours qu'il a tenus depuis peu en cette ville, et qui nous ont été rapportés par destémoignages légitimes ; forcés, comme nous le sommes, par les. canons et par la lettre de notre très-saint père Célestin, évêque de l'Eglise romaine, nous avons rendu et prononçons, les larmes aux yeux, le jugement qui suit : Notre-Seigneur Jésus-Christ, outragé par les blasphèmes de Nestorius, a défini par ce saint concile, que ledit Nestorius est privé de la
dignité épiscopale, retranché de toute société et de toute
assemblée ecclésiastique. La signification de la sentence se fit
en ces termes encore plus énergiques que les précédents : À ‘ Nestorius, nouveau Judas, de la part du saint concile assemblé par la grâce de Dieu à Ephèse, suivant les ordres de notre
religieux empereur : Sachez que pour vos enseignements impies.et votre résistance indomptable à l'autorité des canons, vous avez été déposé par le saint concile, suivant les lois de l'Eglise, et que vous êtes déchu de tout grade ecclésiastique, le vingt-deuxième jour du présent mois de juin.
Telle fut la première session qui occupa les Pères depuis le
-matin jusqu'à la nuit fermée, quoiqu'on fût dans les plus
longs jours. Tout le peuple d'Ephèse, plein de zèle pour la gloire de la mère de Dieu, attendit à la porte pendant tout ce temps. Quand il eut appris le triomphe de la Vierge mère, et
Ja dévosition de son ennemi, il fit de grands cris de joie, et
combla de bénédictions les Pères du concile, Les citoyens les plus distingués reconduisirent les évêques à leurs logis, avec des flambeaux allumés ; les femmes brûlèrent des parfums devant eux; on fit des illuminations par toute la ville, chaque rue retentissant du nom et des éloges de Marie mère de Dieu; toute l'Asie , tout le monde chrétien s’empressèrent à l’hanorer avec un redoublement de zèle et de ferveur. Dès le lendemain de la condamnation, la sentence en fut affichée dans toutes les places de la ville, et publiée dans toutes les rues par les crieurs
90 (Av. 431.) HISTOIRE publics. Saint Cyrille écrivit sans délai à ceux de ses ecclésiastiques qu'il avoit laissés à Constantinople, pour veiller de leur côté au bien de la religion, et il adressa une lettre particulière à saint Dalmace.
Personne ne méritoit micux cette distinction que cet illustre abbé, le plus renommé de tous ceux de la ville impériale, tant pour sa sainteté que pour mille autres avantages 1. Il avoit servi sous Théodose le grand, dans la troupe de ses gardes, et dès-lors il se distingua par sa piété ; mais aspirant à une vie plus parfaite il quitta de concert sa femme et ses enfants, excepté un de ses fils, nommé Fauste, avec lequel il alla se mettre sous la conduite de l’albé Isaac. Il ne pensoit qu'à se sanctifier dans Ja plus profonde obscurité, lorsqu'Isaac, se voyant près de sa fin, et ne trouvant personne aussi digne que Dalmace de lui succéder, l'établit hégumène, c'est-à-dire supérieur du monastère sous l’évêque. C'étoit en effet un prodige d'abstinence et de détachement des.choses d'ici-bas que le nouvel abbé. Mais moins il aimoit le monde et son faux éclat, plusles grands de l'empire, les sénateurs et l'empereur même qui le visitoit souvent lui donnoient des marques éclatantes de confianee et de vénération. On attribua à sa personne, et en sa considération à ses successeurs, le titre d’archimandrite, ou chef de tous les monastères de Constantinople. T'el étoit le saint ami, que, à raison de son zèle extrême contre les nouveautés impies, Cyrille jugea digne d’être le premier instruit de leur condamnation.
Le concile écrivit de plus au clergé et au peuple de Constantinople, fort éloignés des impiétés de leur évêque ; et sitôt que les actes de la dépusition eurent été mis au net, on les envoya à l'empereur, avec une lettre synodale touchant la conduite des Pères, l'obstination du patriarche déposé, et les raisons qu'on avoit eues de le juger sans attendre les Orientaux au-delà du terme prescrit. Les évêques du concile, pour écarter les préventions de l'empereur, ne manquèrent pas de lui dire que le pape avoit déjà condamné les erreurs de Nestorius, et porté contre lui sa sentence. Ils supplièrent aussi
3 Menol. 3. Aug.
cclésiasr de leur ticulière
t lustre ale, tant Il avoit ardes, et vie plus excepté tre sous fier dans rès de sa e de lui du mostinence el abbé.
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e Conet sitôt les enla con-
et les
DE L'ÉGLISE. (An, 431.) UE Théodose de prêter son secours pour extirper de toutes les églises la nouvelle hérésie, de faire brûler les écrits de l’hérésiarque partout où ils se trouveroient, et de charger de son indignation quiconque mépriseroit ce qui avoit été statué, Tel est l'ordre des puissances, consacré par l'usage de la plus vénérable antiquité : l'Eglise prononce sur la doctrine, indique et censure les écrits pernicieux qui la contiennent ; les protecteurs temporels soutiennent les décrets de leur pouvoir, et les font mettre à exécution.
Cependant le comte Candidien fit garder tous les passages par terre et par mer, pour empêcher que les lettres du concile ne parvinssent à la cour 1. Dès le lendemain de la session, il protesta contre ce qui y avoit été fait. De concert avec Nestorius , il envoya à l'empereur une fausse relation, où noircissant les prélats en général, et particulièrement saint Cyrille, on osoit avancer que toutes leurs opérations et leur conduite n'avoient élé que précipitation, cabale, tumulte et violence ; qu'une multitude d'évêques arrivés à Ephèse n’avoient pas été admis au concile, et qu'il y avoit eu beaucoup de division parmi ceux-mêmes qui s y trouvoient ; que les zélateursavoient cherché à exciter une sédition, en répandant dans la ville des soldats de leur parti, pour courir autour des maisons de ceux qu'ils présumoient ne penser pas comme eux, et pour leur faire des menaces effrayantes ; que l'évêque d'Ephèse, chef de la sédition, avoit fermé les églises, afin que ceux qui seroient poursuivis, n'eussent pas où se réfugier. C'est ainsi qu'ils empoisonnoient la sage conduite de Memnon et des Ephésiens, qui, ne voulant donner ni facilité ni ressource au schisme, avoient refusé une église à part pour l'assemblée des nestoriens.
Pour revêtir leur requête des apparences de la franchise et de la vérité, les ennemis du concile disoient à l'empereur en finissant leur lettre : Nous vous conjurons, seigneur, puisque nous sommes venus ici par vos ordres, de pourvoir à notre sûreté ; car il y va de notre vie; et de faire ensorte que nous puissions au moins retourner chez nous sans péril. Que si vous
1 Belur. Synod. e, 4.
92 (An 431.) - HISTOIRE
voulez absolument que le concile se célébre, ordonnez, trèsreligieux empereur, qu'il se tienne dans l'exactitude des règles ; que ni prêtre ni évêque n'y paroisse sans être invité nommément; qu'il n y entre que deux évêques de chaque province avec le métropolitain, et que ceux-ci mêmes soient au fait des questions que l'on doit traiter.
Cette dernière clause étoit pleine d'artifice : on excluoit par-là le très-grand nombre des évêques d'Egypte, oùil y avoit peu de métropolitans, et ceux par conséquent qui étoient les plus redoutables à l'hérésiarque, à cause de leurs rapports avec Cyrille leur patriarche. Sous prétexte de n’admettre que des évêques qui fussent au fait des questions agitées, on se ménageoit encore une ressource contre le choix et le jugement des prélats, quels qu'ils puissent être. Cette lettre fut souscrite par onze évêques, dont Fritilas d'Héraclée, Hellade de Tharse, Hymenius de Nicomédie, et les deux Alexandre d'Apamée et d'Hiéraples, étoient les plus distingués.
Tandis que les hérétiques se plaignoient ainsi à la cour des prétendues violences commises par les orthodoxes, Candidien leur fauteur, qui avoit la force en main, exerçoit lui-même une véritable persécution contre les Pères du concile. fl les faisoit insulter publiquement par ses soldats et par les nombreux satellites que Nestorius entretenoit autour de lui ; il les privoit des commodités dé la vie, empêchoit même qu'on ne leur apportôt les choses nécessaires. Ce fut bien pis quand, cinq jours après la première session, c'est-à-dire le 27 de juin, Jean, patriarche d'Antioche, arriva à Ephèse avec les évêques de sa suite, Les catholiques n'avoient pas imaginé qu'il pût ne point applaudir à leur jugement, ou les blâmer d'autre chose que d'avoir encore trop différé à le rendre. Ils envoyèrent audevant de lui une députation nombreuse de clercs et d'évéques, tant pour faire honneur à son rang, que pour l'avertir de ne plus communiquer avec Nestorius déjà condamné. Mais on s'abusoit étrangement. Jean fit écarter avec hauteur les députés qui le suivirent néanmoins jusqu'à son logis, où après les avoir fait attendre long-temps à la porte, on les introduisit enfin, et l'on écouta ce qu'ils avoient à dire de la part du concile.
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DE L'ÉGLISE. (An 431.) 93
Jean les entendit avec une froidcur affectée, les congédia avec le même dédain, sans leur rien répondre, et les ahandonna à la fougue orientale de ses évêques et de ses clercs qui, par un procédé inconcevable dans nos mœurs, les battirent au point de mettre leur vie en périlr. Ils vinrent en faire le rapport aux Pères, et leur montrèrent leurs blessures, dont on dressa des actes qui ne se trouvent plus néanmoins parmi ceux du concile, quelque indubitable que soit ce fait. Mais ce n’est pas ici la seule preuve qu'on a perdu quelque partie des premiers monuments du concile d'Ephèse.
Aussitôt après ce début scandaleux, l’évêque d’Antioche,
en habit de campagne et tout poudreux encore, comme il étoit descendu de sa voiture, tint dans la maison où il étoit logé un conciliabule composé d'un assez grand nombre d'évêques, rassemblés tumultnairement, sans aucun choix, sans nul égard à la bieus‘ance, tout étant trouvé bon, jusqu'à ceux qui avoient été autrefois déposés pour crime, ou qui faisoient une profession ouverte de pélagianisme2. Il est difficile d'accorder un tel attentat avec la religion de Jean d’Antioche, et avec son attachement pour la sainte foi, qu’on lui verra marquer dans la suite par des démarches héroïques. Mais il étoit prévenu par les évêques nestoriens, par le comte Candidien qui, en allant à sa rencontre, avoit devancé les députés du concile : prélat d’ailleurs d’un esprit borné, plus ardent qu’éclairé, plus pieux que versé dans les affaires ou dans la connoissance des hommes, aussi facile à conduire que difficile à faire revenirsur le compte de ceux qui s'étoient une fois emparés de sa con-
fiance. T'el est au moins le jugement qu'a fait porter l'inconsé-
quence de sa conduite, Mais quelque génie qu'on ait, qu'il est dangereux, en matière de religion surtout, d'avoir fait d’abord une fausse démarche ! Les sectaires dont il étoit obsédé lui firent peur du fantôme de l'apollinarisme qu'ils ne cessoient de reprocher aux orthodoxes, et qu'ils lui faisoient voir principalement dans les anathèmes de saint Cyrille,
11 déposa dans son conciliabule l’évêque d'Alexandrie et Memnon d'Ephèse, un de ses plus zélés coopérateurs ; il sé-
3 Ep. Memn. t. 3, Conc. p. 761, — à Apol. Cyril. p. 405.
94 An 431.) HISTOIRE
para de sa communion les autres Pères, jusqu'à ce qu'ils eussent condamné la doctrine des douze articles ou des douze anathèmes '. Pour comble de prévention et d’égarement, au moins est-il bien difficile de le disculper sur cet article consigné dans les écrits de la plupart des historiens. Il rétablit les évêques déposés pour cause de pélagianisme, et fit une décision expresse contre la vérité du péché originel. Les hérétiques eurent ensuite l'adresse de la glisser dans les copies des vrais décrets d'Ephèse, comme saint Grégoire le grand le découvrit long-temps après2. Le concile nestorien fut souscrit par quarante-trois évêques, dont aucun n'’étonna davantage ÿ que lé pieux et savant Théodoret. Toutefois ils ne publièrent point leur sentence à Ephèse, où la publicité de l’imposture n'auroit servi qu'à les confondre ; mais ils l'envoyèrent à Constantinople, avec des lettres adressées aux princesses, au sénat, au peuple et au clergé. On imagine bien que le mensonge et les imputations n’y éloient pas épargnés ; mais comme l'empereur n’avoit pas encore vu les actes du vrai concile que Candidien empêchoit toujours de passer à Constantinople, il s'indisposa étrangement contre saint Cyrille et les autres prélats orthodoxes,
Les choses en étoient là, quand les légats du pape arrivèrent à Ephèse. Ils n’avoient pu venir à temps pour l'ouverture du concile, à cause des tempêtes qu'ils avoient essuyées en route. Le jour même de leur arrivée, qui etoit le dixième {l de juillet, le concile célébra sa seconde session dans la maison
| épiscopale d'Ephèse. Il paroît que saint Cyrille tint toujours le’
| premier rang, comme président constitué pour toute cette affaire ; après lui, étoit assis l’évêque Arcade, l'un des légats, puis les orateurs du concile, Juvénal et Théodote, et tout de suite, les deux autres légats, Project, aussi évêque, et Philippe, prêtre de l'Eglise romaine. Celui-ci parla le premier ; ct présentant les lettres pontificales dont il étoit le porteur, il | requit, avec ses deux collègues, qu'elles fussent lues et in- \: sérées dans les actes du concile. On rendit aussitôt en grec ce