‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 47 sur 146 · RE A · texte numérisé non relu

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DE L'ÉGLISE. (AN 444) 143 qui prenoient le plus grand soin de s'y tenir cachés. Ils étoient

. venus d'Afrique, la sentine de tous les vices, dit Salvien , ainsi

que la retraite de tous les monstres, quand les Vandales se rendirent également redoutables à cette province par leur férocité et par leur horreur de ses impuretés. Le zélé pontife voulut confondre publiquement ces hérétiques des infamies exécrables dont on les accusoit, afin d'en imprimer à tout le monde le mépris et l'aversion convenables. On trouva moyen d’en tirerl’aveude plusieurs points de leurs dogmes sacriléges, et des honteuses cérémonies de leurs mystères. Une jeune fille qui n'avoit pas plus de dix ans, deux femmes qui l’avoient instruite au crime, son corrupteur même, et l’évêque manichéen qui avoit présidé à l’infamie, confessèrentunanimement, quoique séparément, des choses si détestables , que les assistants frémissoient d'horreur. On usa contre ces pernicieux sectaires d'une vigilance et d’une rigueur proportionnées aux désordres qu'ils introduisoient dans la société.

Les observances même des manichéens servoient à les faire connoître. Ils jeünoient le dimanche ; et par un culte idoâtrique envers le soleil, ils se tournoient vers l'Orient ,à son iever, pour faire leur prière. Jusque-là en bâtissant les églises, on en avoit toujours placé le chœur à l'Orient ; mais ce nouvel abus fit déroger à l’ancienne coutume ; et depuis ce temps-là, on bâtit indifféremment les églises sous toutes les expositions. On reconnoissoit encore ces hérétiques à l'usage de l’eucharistie qu'ils ne prenoient jamais sous l'espèce du vin : ce qui prouve que dès lors la communion sous les deux espèces n’étoit pas regardée comme indispensablement nécessaire, puisque les manichéens ne laissoient pas de passer extérieurement pour catholiques, en rerecevant à la communion que le pain consacré.

Pour porter le dernier coup à l’impiété, après qu'on en eut si bien dévoilé toutes les horreurs, l’empereur Valentinien donna un rescrit qui déclaroit ces sectaires infâmes et inca-

ables de contracter en aucune manière dans la société civile: sévérité salutaire à ceux même qui en furent les objets, et dont plusieurs se convertirent ; mais plus utile encore à l'Italie, que les obstinés abardonnèrent et délivrèrent ainsi de tous les

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144 (Au 444.) HISTOIRE périls de la contagion. Toutefois l'Espagne, en quelques-unes de ses provinces les plus septentrionales , se trouva peu après infectée d’une hérésie tonte semblable, c'est-à-dire d’un levain de priscillianisme , qu’on avoit cru totalement étouffé , et qui, après avoir fermenté dans les ténèbres, se reproduisit hardiment à la faveur des troubles etde la négligence qu’occasionna l'invasion des Barbares. Turibius, évêque d'Astorge en Galice, en écrivit au pape Léon , le priant detout peser, detout examiner et de condamner ce qu'il trouveroit contraire à la foi, avec ceux de ses frères que son zèle et sa prudence voudroient s'associer. Le pape répondit avec la distinction qui étoit due aux vertus éminentes d'un évêque compté depuis au nombre des saints. {1 rappela d'abordlesouvenir des traitements cruels exercéscontre les premiers priscillianistes par l'évêque Ithace, qui les avoit poursuivis autrefois jusqu'à l’effusion du sang : ce que l'Eglise désapprouve tellement, dit-il, qu'elle a mis cesanguinaire prélat au nombre des sectaires. Cependant, ajoute-t-il, elle ne laisse pas d’être aidée par les lois séculières contre ces ennemis de toute puissance; et la crainte des peines corporelles ena fait recourir plu üeurs avec fruit aux remèdes spirituels. Mais depuis que les calamités publiques ont empêché tant l'exécution des lois que la célébration des conciles, l'erreur cachée et fortifiée dans les ténèbres a corrompu quelques pasteurs après les brebis. Il conclut en ordonnant qu’on tint un concile, leplusnombreux qu'il se pourroit; maisla Galice obéissant aux Suèves, et les autres provinces aux Goths, il n’y eut pas moyen de rassembler en un même lieu les évêques de ces dominations si différentes et si jalouses.

On s’assembla dans les deux états, et l'on dressa une profession de foi circonstancice, dont on exigea la souscription. Quelques sectaires signèrent tout ce qu'on voulut, aussitôt même que les lettres du pape étoient arrivées en Espagne, ils s’éloient soumis à ses décisions. Ce respect empressé n'étoit qu'apparent ; il fallut les recherches les plus exactes et la plus constante vigilance, pour arrêter les progrès du mal.

En Jilyrie Anastase, évêque de Thessalonique, voulut être confirmé comme ses prédécesseurs , dans l'autorité de vicaire du saint Siége. Le pontife, en souscrivant à sa demande, lui

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: DE L'ÉGLISE, (An. 444.) 145 recommanda instamment le choix des évêques. Qu'aucun d'eux, lui dit-il , ne soit institué sans votre approbation, après laquelle les métropolitains les ordonneront; et vous ordonnerez vous-mêmes les métropolitains, qu'il faut examiner avec encore plus d’attention que les prélats ordinaires ; comme étant préposés sur eux, et d’une importance très-grande pour l'Eglise de Dieu. Comme rien n'#st si avantageux que les conciles, que personine D'y manque de ceux qui auront été invités. Vous nous renverrez , suivant l'usage, etles appellations, etles causes majeures qui ne pourront se terminer sur les lieux.

Léon se vit bientôt après engagé dans la nécessité de faire de la peine à un saint. On lui manda l’entreprise de saint Hilaire d'Arles sur ses collègues. Cet évêque qui ne respiroit que la vertu, avoit la plus haute idée des prérogatives de son siége, Î] est vrai que depuis les concessions faites à Patrocle par le pape Zozime, l'évêque d'Arles étoit regardé commele premier métropolitain des provinces circonvoisines, sans le consentement duquel l’ordination d'un autre métropolitain étoitcensée illégitime . Soit pour cette cause, soit à raison de la splendeur et des priviléges de la ville d'Arles qu’on appeloit la Rome des Gaules, soit pour l'antiquité de sonéglise, fondée par saint Trophime, Hilaire s’attribuoit tous les droits de primatie, au moins celui d'ordonner et de déposer les évêques hors de sa province sans le conser tement de leurs propres métropolitains. Il avoit fait le premier essai de cette autorité dans un concile de Riez, où il présida et déposa Armentaire, évêque d'Embrun, ordonné par deux évêques seulement, tandis que les canons en exigeoient trois. Il paroît cependant que cette église d'Embrun n'étoit pas encore métropolitaine. Dans un concile d'Arles tenu peu d'années après, et où se trouva l’évêque de Lyon, il fit reconnoître que les conciles des Gaules ne devoient s’assembler que suivant la volonté de l’évêque d'Arles. La raison qui parut péremptoire, toute foible qu'elle est, c'est que sous le règne de Constantin, les évêques de toutes les parties du monde s'étoient rassemblés pour le grand concile d'Arles, à la voix de Marin , évêque de ce siége.

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H tint, l'an 441, un concile au territoire d'Orange , où nous ne voyons pas qu'il soit allé au-delà de ses droits. Nous y re- À marquons au confraire plusieurs points d'une discipline sage et très-propre à maintenir le bon ordre dans les églises. Entre les trente canons qu'on y fit, le troisième porte, que les pécheurs qui meurent dans l'état de la pénitence ne recevront pas l'imposition réconciliatoire des mains, c’est-à-dire, la réconciliation solennelle, mais seulement la communion ou l’absolution sacramentelle, qui suffit, dit le concile, pour la consolation des mourants, selon les définitions des Pères, par qui cette communion est nommée viatique. On faisoit allusion au troisième canon de Nicée, où il est défendu de refuser le viatique aux mourants bien disposés, c’est-à-dire, dans le sens de cet ancien concile comme dans le sens moderne, la participation de l'eucharistie. Ainsi paroît-il, qu'avec cette absolution sacramentelle, on administroit l’eucharistie aux pénitents qui se trouvoient en péril de mort. Le douzième canon d'Orange dit que celui qui perd subitement l'usage de la parole peut recevoir le baptême ou l’absolution, s'il témoigne par quelque signe, ou si l’on atteste qu'il l’a souhaité. On trouve le commencement du droit de patronage dans le dixième canon, où il est réglé que si un évêque bâtit une église dans Je diocèse d’un autre, la dédicace et le gouvernement de cette église regarderont l’évêque du lieu, mais que l’évêque fondateur aura droit de présenter des clercs pour la desservir.

Par rapport aux réglements des mœurs cléricales, il fut statué qu'on n'ordonneroit plus de diacres mariés, qu'ils n’eussent voué d'une manière expresse la continence, qui toutefois s’observoit auparavant, tant par des lois formelles que par l'ancienne coutume ; que tous ceux qui depuis leur ordination auroient eu commerce avec leurs femmes seroient exclus du ministère , et qu’on n'ordonneroit plus de diaconesses. Pour le sous-diaconat, ce n’est point une raison d'exclusion que la bigamie : ce qui étoit contraire à la discipline de l'Eglise romaine, ainsi que le quatrième canon qui accordoit la pénitence publique aux clercs.

Enfin, l'an 444, l'évêque d'Arles étendant son zèle jusque dans le pays des Séquaniens, et visitant l’église de Besançon, il

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DE L'ÉGLISE. (AN 445.) 147 rassembla les prélats voisins en.concile, et déposa l'évêque Célidoine, qu'on accusoit de bigamie et de quelques autres irrégularités. Célidoine en appela au saint Siége, et se transporta lui-même à Rome pour défendre sa cause, Hilaire l'ayant appris, l'y suivit à pied, quoiqu'au cœur del’hiver. Là, en présence des parties , la cause fut examinée en concile; on trouva que le zèle du saint archevêque l’avoit porté trop loin : il ne put détruire les témoignages qui justifioient Célidoine, et la sentence de déposition fut cassée, Hilaire avoit trouvé mauvais qu'on soupçonnât seulement sa manière d'agir, il s'étoit expliqué avec une sécheresse qu'on avoit prise pour hauteur, Dès qu'il vit une sentence contraire à la sienne, il repartit brusquement, sans prendre congé du souverain pontife, n'acquiesça point au jugement j:ontifical, et en continuant de soutenir ses prétentions, "onvainc:it entièrement les Romains, qu'avec beaucoup de sainteté c:2 pouvoit avoir des torts.

On ne sauroit en effet s’empêche: ‘12 rendre justice à ses vertus éclatantes. Après avoir préfér ‘ la retraite et la pauvreté évangélique aux avantages d’une illustre naissance, il avoit conservé dans l'épiscopat toute l’austérité et l'abnégation d’un solitaire. Il étoit toujours nu-pieds chez lui, ne faisoit pas autrement ses plus longs voyages, portoit le même habit en toute saison. pratiquoit le travail des mains; et, pour suffire à toute l'étendue de ses devoirs ou de son zèle, on le voyoit souvent occupé de plusieurs choses à la fois, dictant une lettre ou parcourant un livre des yeux, tandis qu'il faisoit quelque ouvrage manuel, On lisoit toujours à sa table, et il en introduisit la coutume dans le r:ys. Dès le commencement de son épiscopat, ilétablit à Arles une communauté de religieux ou de clercs réguliers, Il bâtit plusieurs églises, marqua plus de zèle encore pourlestemples vivants du Saint-Esprit; ne faisant pas difficulté de vendre jusqu'aux vases sacrés pour le soulagement des pauvres et la rédemption des captifs. Il avoit un don particuliet pour annoncer la divine parole, Nous apprenons d'un auteur contemporain, que l’onction de ses discours triomphoit surtout dans l'administration du sacrement de

pénitence, où il peignoit en particulier à chacun de ses péni- 1,

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