‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 48 sur 146 · PE 2 LES · texte numérisé non relu

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148 (An. 445.) HISTOIRE tents, d’un ton extrêmement pathétique, la rigueur des jugements de Dieu, et l'horreur des plaies que le péché faità nos âmes , jusque dans les replis les plus cachés des consciences. Quoiqu'il ait été suspecté de prévention en faveur des erreurs

. serui-pélagiennes , avant qu’elles eussent essuyé une condam- : nation authentique, les ennemis de l'Eglise ne sauroient tirer . aucun avantage de sa conduite avec le souverain pontife, . dans une affaire aussi étrangère au dogme que l'examen des

prérogatives d'une église particulière, Les méprises et les vivaités en ce gente, sont de ces fautes où Dieu permet que les aints tombent quelquefois, pour les rendre plus humbles et plus circonspects.

Tel fut l'effet que produisit dans le saint archevêque d'Ares la fermeté, ou si l’on veut, la sévérité dont usa le saint pape Léon, au moins dans la nouvelle occasion qu'on lui en donna. Tandis que l'impression fâcheuse qu'Hilaire avoit laissée de lui par l’âpreté de ses manières étoit toute récente à Rome, où l'on se piquoit de plus de réserve et de politesse, on examina l'affaire de l'évêque Project dont on ignore le siége.

‘Ilse plaignoit qu'étaut malade, l'archevêque d'Arles avoit

accouru et ordonné un nouvel évêque, du vivant du premier, L'ordination fut cassée , défense faite à Hilaire d'entreprendre sur les droits d'autrui, lui-même privé de l'autorité dont jouissoit son église sur la province Viennoise , retranché de la communion du saint Siége, et humilié jusqu'à s'entendre déclarer qu'on lui faisoit grâce en ne le déposant pas, 1l paroît que l'église d'Arles vouloit s’arroger le droit de primatie, même au-delà de la Narbonnoise, Le pape proposa d'accorder ce droit à l'évêque le plus ancien, comme il étoit d'usage en Afrique, sans prétendre cependant rien faire là-dessus, que du consentement des évêques, qui ne jugèrent pas à propos d'admettre ce point nouveau de discipline. Mais le siége d'Arles desneura privé de la prérogative que le pape Zozime avoit accordée à l'évêque Patrocle.

Les expressions de saint Léon, dans la lettre qu'il écrivit à ce sujet aux évêques de la province de Vienne, ne sont pas moins mortifiantes pour saint Hilaire que les effets réels de la sévérité pontificale : Vous savez comme nous, leur dit ce

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des erreurs ne condamroient tirer in pontife, examen des et les vivamet que les humbles et

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DE L'ÉGLISE. (AN 446.) 1497 grand pape! , que les évêques de votre province ont référé une . infinité d’affaires au Siége apostolique, et que ces causes lui étant portées par appel, selon l’ancienne coutume, il confirmoit, ou annuloit les jugements qui avoient été rendus, Mais Hilaire, troublant l’ordre établi dans les églises et la paix de l’épiscopat , a quitté cette route que nos ancêtres ont toujours tenuc, et qu'ils ont si sagement ordonné de tenir ; et tandis qu'il prétend vous soumettre à sa puissance, il se soustrait à celle de Pierre. Telle fut néanmoins l’économie de la religion instituée par le Fils de Lieu ; afin que la vérité du salut parvint plus facilement à tous les peuples, il l'a fait annoncer par ses différents apôtres : mais en même temps qu'il a voulu que ce ministère appartint à eux tous, il en a fait le principal dépositaire, Pierre le premier d’entr'eux, pour que les dons du salut se répandissent en quelque sorte de la tête sur le corps entier. C'est ainsi que le pape rappeloit aux grands principes de l'union entre les différents successeurs des apôtres. La puissance impériale, de son côté, trouva la conduite de l'é. vêque d'Arles si extraordinaire, que dans un rescrit donné à cette occasion par Valentinien, il est traité d'homme inquiet et séditieux , qui a offensé la majesté de l'empire et la dignité du saint Siége, en sorte que la seule clémence du pape lui laissoit encore la qualité d'évêque; la sentence même, ajoute-t-il, avoit force dans les Gaules sans la sanction impériale : car est-il un droit que l'autorité d'un tel pontife n'ait sur les églises ? Si nous y joignons notre ordonnance, c'est uniquement pour défendre, soit à Hilaire, que la seule bonté du pontife permet encore de nommer évêque, soit à tout autre de méler les armes aux affaires écclésiastiques ou de résister aux ordres du pontife romain. Enfin, pour prévenir les moindres troubles dans les églises nous défendons aux évêques gallicans, ainsi qu'à ceux des autres provinces, de jamais se permettre, contre l’ancienne coutume, de rien entreprendre sans l'autorité du vénérable pape. de la ville éternelle. a contraire , que tout ce que l'autorité du Siége apostolique à décrété ou décrétera , soit une loi pour cux tous. Ainsi, que tout évêque, cité à ce tribunal et refusant d'y

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150 (An 448). HISTOIRE comparoître, y soit forcé par le gouverneur de la province.

Saint Hilaire n’attendit pas qu'on en vint à ces extrémités contre lui; ilse mit en devoir d’apaiser le souverain pontife. Sans renoncer tout-à-fait à ses droits prétendus, il les défendit avec la modestie et la douceur convenables, envoya ses mé-: moires à Rome par les évêques de Digne et d'Uzez, et recommanda l'affaire au préfet auxiliaire qui étoit sur les licux.

Quelle que fût la vénération de ce seigneur pour les vertus du saint archevêque, il ne put approuver une constance qui avoit quelque apparence d’opiniâtreté. Il ne l'attribua point à l'arrogance, parce qu il connoissoit la candeur et la simplicité des mœurs de son saint ami ; mais cette sorte de franchise lui dit-il en répondant, n'est pas du goût de tous les hommes ; et Jes oreilles des Romains ont je ne sais quoi de plus délicat encore et de plus susceptible que les autres. Faites-moi le plaisir de vous y prêter un peu davantage; vous y gagnerez beaucoup. 11 y a toute apparence qu'Hilaire suivit ce sage conseil, du moins il n'est plus question après cela, dans son histoire, que des fruits d’un zèle paisible et d'autant plus efficace, qu'il se concentra dans le troupeau commis à ses soins. La mort qui l'enleva peu d'années après, dans la quarante-huitième de son âge, excita les regreis les plus vifs, et fut suivie des éloges de tous les écrivains ecclésiastiques,

Les prétentions passagères du saint évêque d'Arles ne troublèrent point dans les Gaules la bonne harmonie qui doit ré gner entre le chef etles membres de l'Eglise, Mais bientôt après, la barque de Pierre fut battue, en Orient, d'unsi furieux orage, que toute l'habileté de Léon parut à peine suffisante pour la gouverner. Eutychès, abbé d'un monastère près de Constantinople, et fort avancé en âge, du sein de sa retraite -‘ de son obscurité mit l'Eglise tout en feu. Son zèle ardent contre l'hérésie de Nestorius lui avoit acquis l'amitié de saint Cyrille, comme de tous les plus illustres prélats , et avoit porté sa réputation jusqu'à Rome, d'où le pape Léon le regardoit comme un des principaux soutiens de la doctrine orthadoxe dans l'Orient:, Eusèbe Ge Dorylée en Phrygie, le même qui,

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DE L'ÉGLISE. (AN 445.) 151 p’étant qu’avocat, avoit interrompu publiquement Nestorius, quand celui-ci commença à prêcher ses erreurs, et que cet amour de la religion avoit fait élever à l'épiscopat, s’étoit lié avec Eutychès d'une amitié fort étroite, par la conformité des mêmes sentiments contre les nestoriens, Mais il s'aperçut dansses fréquents entretiens avec lui, que le zèle de l’austère vieillard provenoit moins d’un amour ardent pour la vérité, quede l'amertume emportée de sontempérament ; qu’en évitant unprécipice , il donnoit aveuglément dans le précipice opposé ; et qu'il renouveloit, avec l'hérésie d'Apollinaire, les impiétés même de Valentin'. Long-tempsil s’efforça de le ramener à la bonne voie. Le trouvant toujours d’une roideur inflexible, non.seulement il rompit avec cet ami dangereux, mais il ne vit plus.en lui que l’ennemide l'Eglise, etse rendit son accusateur. Tout ceci se passoit en l'an 448. Comme il étoit survenu dans le même temps quelquesdifférends entre des évêques de Lydie, on tint un concile à Constantinople afin de les terminer, L'évêque de Dorylée profita de la conjoncture pour faire sa dénonciation,

Le saint patriarche Flavien , du caractère le plus pacifique, fut affligé de la démarche d'Eusèbe, qu'il accusa de trop de vivaeité : et souvent il lui représenta le danger d’agiter de nouveau l'Eglise , et d'aliéner un des principaux ennemis deNestorius, tandis que le feu du nestorianisme couvoit encore sous la cendre ; que si Eutychès avoit des opinions dangereuses , il falloit le désabuser par des conférences privées, s:7: faire un éclat plus dangereux encore que la dissimulation et qui ne pouvoit manquer de causer un funeste scandale. Dan: le fond, le mal étoit trop grand pour être plus long-temps dissimulé, L'évêque de Dorylée, qui n'avoit pas moins de pénétration que d'ardeur, qui d'ailleurs avoit procédé par tous les degrés de la correction fraternelle, n'eut point de peine à faire sentir au patriarche tout ce qu'on risquoit par des délais et des tentatives inutiles. Eutychès fut donc cité ; mais avec tous les mépagements dus à son grand âge, ainsi qu'à sa réputation de zèle et de vertu. Le superbe vieillard ne montra que du dépit

LConc.. Cale, aet. 1, p. 256,

152 (AN 448.) . HISTOIRE et de l'aigreur ; il résista aux trois citations canoniques , sous prétexte qu’en se faisant moine il étoit entré dans son monastère comme dans son tombeau, pour n'en plus sortir,

Cependant il profita des moments pour grossir et lier sa partie ; envoya dans tous les monastères de Constantinople un. écrit à signer, contenant ses pernicieuses opinions : ne dissimula point qu'il s’agissoit de se liguer contre le patriarche, et d'empêcher qu'après avoir accablé un abbé, il ne tombât sur les autres. Mais ceux-ci, sans avoir la présomption ni la renc:mée de ce rigoriste séditieux, étoient beaucoup mieux fondés que lui dans les vrais principes de la religion ; ils refusèrent de signer, parce qu'il ne leur appartenoït pas, déclarèrent-ils, mais aux seuls évêques, de juger de la foi.

Du reste, Eutychès se retrancha, devant les députés du concile, sur les lieux communs et les moyens de défense les plus vagues : qu'il étoit surprenant qu'on attaquêt la foi d'un homme qui avoit combattu toute sa vie contre l'erreur ; qu'une pareille accusation se détruisoit par elle-même et par le nom de son auteur ; que c'étoit manifestement l'ouvrage de la haine et de toute l’animosité qui a coutume de succéder à l'amitié trahie ; qu'il étoit sincèrement attaché aux conciles de Nicée et d'Ephèse, et s’en tenoit à ce qu'avaient établi les Pères. Ce zélateur maladroit eut cependant l'imprudence d'en dire beaucoup plus qu'il ne vouloit, ou qu'il ne lui convenoit, Trompé par quelque espérance de faire goûter ses sentiments aux députés du concile, il s’expliqua sans trop de mystère au moins d’une manière indirecte : puis il dit nettement, que quand on lui feroit voir dans les saints docteurs quelque chose As semblable à ce qu'il rejetoit, il ne l'adopteroit pas pour cela; parce qu'il n'étudioit que les Ecritures, comme plus sûres que l'exposition des Pères même d'Ephèse et de Nivée.

Cet orgueilleux sectaire se sentoit prisé et protégé des grands. Outre les apparences dela sainteté, dont quelquefois ceux qui la pratiquent le moins sont le plus facilement la dupe, il avoit pour lui l'eunuque Chrysaphe, alors tout-puissant à la cour, et d'autant plus vif sur cette affaire, qu'il servoit tout à la fois, et son affection pour Eutychès son parrain, si ce titre en peut inspirer à de pareils fidèles, et son ressentiment

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DE L'ÉGLISE. (An 448.) 153 contre l'évêque Flavien, monté depuis pet sur la chaire patriarcale. Au moment de son exaltation, l’eunuque lui avoit fait demander de eulogies pour l’empereur ; et le patriarche avoit envoyé de ces pains bénits, qu'on appeloit communément eulogies. Ce n'étoit pas là le compte de cette âme vénale et sordide : il s’expliqua plus clairement, et dit que c’étoit de l'or qu’il falloit. Flavien ayant répondu qu'il n'avoit d’or que celui de l'Eglise, lequel étoit consacré au culte divin ou au besoin des pauvres, et s’en tenant là avec une invariable fermeté, Chrysaphe ne lui pardonna jamais. D'ailleurs le patriarche étoit attaché à la princesse Pulchérie qui venoit d’essuyer une disgrâce, et dont la retraite seule faisoit la puissance du nouveau favori. La princesse n'ayant pu, par tous ses reproches, corriger le prince son frère de son inapplication, elle voulut lui donner une leçon capable de faire impression, et n'y réussit que trop bien. Elle dressa, en bonne forme, un acte de vente de l’impératrice Eudoxie, et le présenta à Théodose qui signa sans lire selon la coutume. Aussitôt elle fit disparoître l'impératrice, sous quelque prétexte détourné. L’empereur, qui aimoit tendrement sa femme et ne pouvoit rester long-temps sans la voir, ne tarda point à la demander. Pulchérie fit réponse qu'elle n’étoit plus à lui, et produisit l'acte de sa vente bien signé. C'étoit là sans doute pousser un peu loin la plaisanterie. Elle piqua vivement l’empereur, et plus encore l’impératrice qui se crut méprisée. Théodose, dans le premier emportement, manda le patriarche, et lui dit d’ordonner Pulchérie diaconesse, afin qu’elle ne se mélât plus du gouvernement. Mais Flavien Î: fit avertir à propos. Elle se retira dans une maison de campagne, au bord de la mer, où elle resta assez long-temps pour faire connoître Je besoin que l'empire avoit d'elle. L'évêque et l'Eglise sentirent encore mieux que Î* autres ordres de l'état le vie qu'elle faisoit à l cour.

Cependant la marche régulière et mesuré. #1 concile déconcertoit les protecteurs d'Eutychès. La cour lui fit dir: de comparoître, en lui promettant une escorte et tont cr ‘;ni conviendroit pour une pleine sûreté. C'est pourquoi, a la troisièmne citation, qui se fit un mercredi dix-sept de novembre,

154 (an 448.) HISTOIRE il prit le parti de demander un délai pour le reste de la semaine, ou jusqu'au lundi suivant. Dès le seize, il avrit envoyé quelques-uns de ses moines, pour faire une sorte d’:xcuse sur l'accablement de son chagris: et sa mauvaise santé, qui lui enlevoient, dit-on, le sommuil, et l’avoient particulièrement tourmenté la nuit précédente. Kiavien, comte président du concile, répondit d'une manière à faire couaoître toute la bonté de son âme et la pureté des intentions qui dirigeoient ses procédés.

Nous ne pressons pas, dit-il *, l’archimandrite au delà de ce que comportent ses forces ou sa foiblesse : nous ne sommes ni cruels ni déraisonnables. C’est à Dieu de donner ja sonté, et à nous d'attendre que votre abbé se porr: mieux, En venant ici, il trouvera dans nous autant de pères et de frères : il né nous est pas inconnu ; que dis-je P il est notre ami. S'il est venu au- À trefois pour confondre Nestorius, avec quel empressement ne à doit-il pas venir pour se disculper lui-même ? Nous sommes { hommes et sujets à l'erreur. Combien de grands personnages se sont trompés ! Il n’y a point de honte à quitter la voie mauvaise, il n'y en a qu'à y persévérer. Qu'il vienne avec confiance; nous excusons le passé. Je l'ai eonnu et chéri avant même que vous le connussiez, Qu'il nous assure, pour l'avenir, de se conformer aux sentiments des Pères et de ne plus les contredire : cette démarche est indispensable. Veux-je sa perte? Veux-je son avilissement? Dieu m'en garde! Mais vous connoissez le zèle de son accusateur, auprès de qui le feu même peut paroître froid. Dieu sait tout ce que j'ai fait pour le modérer ; que pouvois-je davantage P

On prit en effet le parti d'attendre, et Eutychès enfin ce- Jui de comparottre. Ainsi le lundi 22 novembre, jour de la septième et dernière session, il vint avec une troupe nombreuse de soldats, de moines, d'officiers du prétoire, sorts la conduite et la protection du patrice Florent, qui eut ordre exprès d'assister au concile à titre de d‘“fenseur de la foi. Quelque désagréable que cet appareil fût ::.: Pères, on ne laissa p23 de fire des acclamations pour le: ‘eur : ce qui montre qu'elles

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