‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 100 sur 178 · TRE · texte numérisé non relu

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244 (AN 1699.) HISTOIRE à lui-même d'avoir confié l'éducation du prince qui devoit lui succéder , à un hérétique infâme, à un sectateur de l’affreux Molinos, à un hypocrite dont les mœurs n'étoient pas moins corrompues que la foi : car c’étoit sous ces couleurs que des courtisans jaloux et affamés de dépouilles, ne cessoient de lui représenter tant M. de Cambrai que ses proches et ses amis. 11 fut relégué dans son diocèse ( 1697). Ses parents furent dépouillés de leurs emplois. Entre ses amis, les uns furent contraints de quitter la cour; on en réduisit d’autres à se déclarer contre lui, et ceux à qui l’on ne put arracher un fond d'estime trop évidemment mérité, ne purent que gémir en secret, et garder au dehors un profond silence. Son auguste et généreux élève, le dauphin, auparavant duc de Bourgogne, qui lui demeura inviolablement attaché, fut réduit lui-méme à le plaindre en secret , en attendant le temps propre à le jusüfier aux yeux de l'univers. Personne n'osoit entretenir de comnerce avec lui, et il n'osoit se réclamer de personne, tant le danger étoit imminent pour quiconque eût encore paru son ami. En un mot, il ne manqua rien à son humiliation, ni au triomphe de son adversaire, si toutefois la ruine d'un rival tel que Fénélon put jamais être un sujet de triomphe. Cependant on parla de se mettre en mesure , tant pour arrêter Îles progrès du nouveau quiétisme, que pour rétablir la concorde entre les chefs des deux partis. M. de Noailles, ami de Bossuet et de Fénélon, travailla d'abord à les réconcilier, et garda la neutralité tandis qu'il eut quelques espérances d'y réussir ; mais quand il vit l'inutilité de ses efforts, il se déclara our M. de Meaux, qui n'oublia rien pour s'attacher encore M. des Marais, évêque de Chartres, prélat éclairé , très-pieux, et fort en crédit à raison de la confiance qu'avoit en lui madame de Maintenon, dont il dirigeoit la conscience. Ces deux prélats eurent pour M. de Carmbrai beaucoup plus d'égards personnels que Bossuet ; ils ne s'engagèrent pas même à sou tenir tout-à-fait la doctrine de celui-ci en motière ascétique, Au moins est-il constant qu'on n'accusa point M. de Chartres d'établir l'espérance sur les ruines de la charité, comme on l'avoit reproché à M. de Meaux. qui avoit nié d'abord la possibilité, non-seulement d'ue état fixe où l'on aimät Dieu pure-

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DE L'ÉGLISE. (An 1697.) 245 ment pour lui, mais encore des actes passagers du pur amour. C'est ce qu'on voit encore dans son Instruction sur les états d'oraison, où il prétend que la charité n’a point d'autre motif pour ses actes propres, que celui de l'espérance; en qui il fut abandonné de presque tous les théologiens, et de M. de Chartres en particulier, qui, dans sa lettre pastorale du 10 juin 1698, se montre bien éloigné de traiter de pieux excès et d'amoureuses extravagances, les sentiments et les expressions enflammés de tant d’âmes saintes qui ont trouvé Dieu assez aimable en soi, pour qu'on pôt l'aimer, au moins par intervalle, sans motif d'intérêt.

Bossuet lui-même prit ensuite un langage différent du premier : tant il est visible , non-seulement que la matière étoit difficile, mais qu'avec tout son génie, il n’étoit pas maître en toute matière. Dans son ouvrage latin, qui a pour titre, les Mystiques en sûreté, ces mystiques qu'il avoit regardés comme des visionnaires, il en parle avec autant de respect, ou peu s'en faut, que M. de Fénélon. Bien plus, le sacrifice conditionnel du salut, qu'il y passe aux âmes peinées, parut à bien des gens habiles retomber dans le sacrifice absolu, qui faisoit le grand crime de M. de Cambrai. Que ne pourroit-on pas y relever encore ? Mais laissons un examen qui nous engageroit en tant de discussions, que l'ennui en seroit le moindre inconvénient.

Que d'ouvrages en effet n'auroit-on pas à examiner, si l'on vouloit rendre compte de tout ce que produisit dans ce différend animé, la véhémence intarissable de M. de Meaux ? Outre des Etats d'oraison, la Relation sur le quiétisme, etles Mystiques en sûreté, sa plume enfanta l'Ecole en sûreté, \e Quiétisme ressuscité, le Sommaire de la doctrine de M. de Cambrai, sans compter une foule de mémoires, de lettres, d'écrits divers, et quelques préfaces qui équivalent à autant de traités. Dans toutes ces productions, il est vrai, on retrouve toujours le grand évêque de Meaux , sa manière grande et sublime, son raisonnement nerveux, la profondeur de ses vues, la justesse et la sagacité de ses réflexions, ces mouvements rapides qui étonnent et qui entrainent, son style énergique, lumineux, et non moins naturel, son éloquence mâle, abondante, soutenue, el presque toujours convenable au sujet. Dignes en un mot du

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nom de Bossuet, tant d'ouvrages divers ne laissent rien à désirer quant à la forme : mais au fond, et à mille égards, que de justes regrets ne font-ils pas naître ? Quelle énorme perte ne firent pas les lettres et la religion, privées, pour des productions qu'on ne lit plus, des fruits à jamais intéressants qu’eussent produits, au lieu de ces subtilités, les deux talents qui firent jamais le plus d'honneur à la prélature française !

M. de Cambrai , ainsi que M. de Meaux qui ne lui donnoit point de relâche, parut sans fin dans la lice. Les instructions, les explications, les lettres spirituelles coulèrent presque aussi rapidement de sa plume que de celle de son antagoniste. 11 répandit sur les matières les plus sèches, l'aménité, l'onction de la piété, des grâces touchantes qui faisoient aimer l'écrit et l'écrivain tout ensemble. Un style ingénu, facile, enchanteur, embellissoit tout, et le ton ravissant de la persuasion remplaçoit avec avantage les arguments pressés et les plus forts moyens de la rigide logique. Il eut à peine publié quelques lettres, qu'on revint presque généralement des préventions répandues en premier lieu contre lui. On cria de toute part qu'il n'avoit que suivi les enseignements des mystiques les plus estimés ; qu'il n'étoit pas même allé aussi loia qu'eux ; qu'il avoit recüifé leurs idées, et adouci leurs sentiments en plusieurs articles. Cependant les personnes bien réfléchies et solidement instruites, jugeoient toujours qu'il s’étoit trop avancé dans le livre des Maximes , et souhaitoient qu'il y eût mis les correctifs qui se trouvoient dans ses défenses. Mais apré. tout, ajoutoient-elles, c'est un excès de charité qui fait tout son crime, et on pouvoit le redresser, sans tout l'opprobre dont on a tâché de Je couvrir

Persuadé cependant que l': vrage n'étoit pas près de finir, M. de Cambrai s'offrit à retoucher dans son livre des Maximes ce que l'on eroyoit en avoir besoin; mais il ne voulut point que M. de Meaux, qu'il regardoit comme sa partie advers*. et comme l'ennemi de tous les mystiques, fût du nombre de ses juges; et comme il n'éloit pas facile de l'en exclure dans un examen qui se feroit en France, ou du moins d'empêcher qu'il n'eût la plus grande influence dans le jugement qui s'y rendroit, attendu l'ascendant qu'il avoit sur tous ses

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DE L'ÉGLISF (AN 1697.) 247 collègues dans l’épiscopat, il proposa de s’en rapporter aux théologiens du pape, et, avec l'agrément du roi, il écrivit au saint Père. Il exposa dans sa lettre, qu'en traitant de l'amour contemplatif, il en condamnoit l'acte permanent, c’est-à-dire, qui n’a jamais besoin d'être réitéré; qu'il tenoit l’indispensable nécessité de l'exercice distinct de chaque vertu, et rejetoit une contemplation perpétuelle qui excluroit, soit cette distinction , soit les péchés véniels, soit les distractions involontaires ; qu'il rejetoit pareillement une oraison passive qui excluroit la coopération effective du libre arbitre dans les actes méritoires ; qu’il n'admettoit aucune autre quiétude que cette paix du Saint-Esprit, avec laquelle certaines âmes font leurs actes divers d'une manière si uniforme, que la diversité n'en est pas sensible aux personnes sans expérience en ce genre, qu’il prétendoit surtout établir, qu’à quelque degré de perfection qu'on soit parveou, il faut toujours conserver dans son cœur la vertu d'espérance, comme nécessaire pour être sauvé. Cette déclaration doit au moins faire convenir qu'il fallait être excessivement prévenu, pour confondre le quiétisme de Fénélon avec l'affreuse doctrine de Molinos. Cette lettre explicative fut suivie de près par une traduction latine du livre des Maximes, accompagnée d'un recueil manuscrit des sentiments, tant des Pères que des saints du dernier âge, sur le pur amour des contemplatifs. Tous ces correctifs et ces adoucissements mettoient hors d'atteinte le fond des sentiments de M. de Cambrai : mais il faut avouer au'ils venoient un peu tard, et s’accordoient peu avec le texte de son livre. Ce pouvoit être le sens personnel de l'auteur dont l'Eglise ne juge point; : ce n'étoit pas le sens du livre, ou celui qu'on appelle juridiquement sens de l’anteur ,et dont l'Eglise avoit à juger. Fénélon demanda au roi d'aller lui-même se justifier auprès du pape; n'ayant pu l'obtenir, il y envoya deux ecclésiastiques de confiance.

Bossuet, de san côté, écrivit à Rome, et se portant avec éclat pour partie adverse, il y envoya l'abbé Bossuet: son

1 « De simples motifs de curiosité, très-etrangers à l'affaire du quietisme , dit le cardinal de Bausset, avoieut conduit à Rome, prés d'un an avant la publication du livre dos Maximes des suints, V'abbe Bossuet neveu 4 Lesôque de Meaux, et

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