‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 110 sur 178 · RP AST · texte numérisé non relu

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que par la hauteur et le fracas. » Mais avec toute la science de

la cour et du monachisme, ses combinaisons se trouvèrent en

défaut : l'insolence et le fracas ne purent être plus grands: et Rome s'étonna si peu, que sa froide gravité surtout, et sa marche égale, intriguèrent bientôt ceux qui avoient cru lui imposer.

Le provicaire Van-Hussen , qui tenoit en Hollande la place et le parti de M. Codde, fut interdit à son tour. Cette sentence le mit au moins en de grands soucis. Il consulta le père Quesnel, qui, plus aguerri, répondit le 8 janvier 1703, qu'il falloit aller son chemin, sans s'inquiéter de ce qui s’étoit fait à Rome. La raison tranchante qu'il en donnoit, c’est que l'archevêque de Sébaste se trouvoit suffisamment justifié par ses défenses ; qu'il avoit été condamné contre les règles par un tribunal incompétent, et qu il appartenoit aux états généraux de connoître deson affaire. Comme cette décision n’étoit pas toutà-fait conforme aux idées communes , on s’appliqua, sur les principes de l’apostat Driot, à soutenir le peuple, par des écrits vigoureux, contre la terreur des foudres du Vatican'. On avoit pour cela d'excellents modèles dans le pays. Les prédicants, en Hollande aussi-bien qu'en France, n'avoient point trouvé de moyen plus efficace pour détacher à jamais les peuples du centre d'unité, que de leur rebattre sans cesse que le pape étoit l’antechrist. À leur exemple, l’augustinien Van- Hamme, par une lettre aussi vigoureuse qu’on püt la souhaiter, insinua d'abord que la cour de Rome s’occupoit beaucoup plus de sa domination que de la religion ; puis il certifia que l’antechrist seroit un Romain. Il est vrai qu'il ne dit pas formellement que ce seroit un pape; mais il n’y avoit que le mot d'omis

et tout concouroit à le suppléer.

Cependant le parti se flattoit toujours que le pape ne tiendroit pas contre tant de vigueur, et qu'il seroit forcé de renvoyer M. de Sébaste avec ses premiers pouvoirs, ou du moins de les lui rendre bientôt après son retour. C’est ce qu'on voit par une lettre de l’apostat nommé plus haut2, qui se persuada mème que le saint Père n'étoit plus arrêlé que par la honte

t Lettre du 8 mars 1703, — 2 Lett, de Driot, du 19 avril 1703.

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DE L'ÉGLISE. (AN 1703.) 305 de revenir sur ses pas; sur quoi il fait cette exclamation bien digne d’un tel orateur : bon Dieu! qu’un aveu de foibles: coûte à un pape, qui en est autant pétri qu'aucun autre humain! Le voyant se fourvoya néanmoins : le pontife, informé des procédés scandaleux du clergé hollandais, écrivit aux catholiques des Provinces-Unies et des pays voisins, pour les tenir en garde contre les guides qui les égaroient. «Ce sont des brouillons, leur disoit-il, ce sont des aveugles; et fasse le ciel que leur malignité ne soit pas le principe de leur aveuglement! Ce sont des pasteurs intrus, dont le dessein n'est pas de garder le troupeau, mais de le diviser et de l'égorger. Ils affectent la réforme et le rigorisme : ils sont bien aises de passer pour les docteurs de la morale sévère : mais tout homme sage pénétrera sans peine leurs vrais sentiments et leur malheureux desseins. » Le pontife ajouta qu'il renvoyoit l'archevêque de Sébaste en Hollande, maissans espérance dele rétablir jamais dans l'exercice du vicariat apostolique. Le bref mit les partisans de l'archevêque dans une véritable fureur; et l'on peut imaginer, sans que nous en souillions le papier, quelle fut l’énergie de leur style outrageux. Ils déférèrent le bref aux étatsgénéraux, comme un libelle séditieux, comme une pièce infâme, et ils en sollicitèrent vivement la suppression.

Dans ces entrefaites, le vicaire interdit arriva de Rome; et il eut à peine le pied en Hollande, qu’on y eut nouvelle que sa suspense avoit été convertie en déposition absolue par un décret du 3 d'avril 1704, qu'on n’avoit rendu public à Rome qu'un mois après son départ. Ce fut un nouveau déluge de fiel et d'injure , de libelles audacieux et manifestement schismatiques, où l'on décidoit effrontément que le vicaire, nonobstant sa déposition prononcée par Clément XI, jouissoit de la pleine autorité attachée au vicariat qu’il tenoit d'Innocent XII ; et pour apprendre à tout le monde chrétien, qu'en dépit ‘du’ siége apostolique , on le tenoit pour vicaire du siége apostolique, on fit frapper une médaille, avec cette légende : Von sumit aut ponit honores , arbitrio popularis auræ : il ne prend: ni ne quitte les honneurs, au gré du caprice de la populace. On ne se contenta point, pour honorer M. Codde, des mo-

numents réservés aux grands hommes; on lui décerna les 12 20

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honneurs des saints, et on le canonisa tout vivant. C’est ce que marque une estampe où l'on voit saint Pierre l'introduire dans le ciel. L'image étoit ornée de quelques vers belgiques ou gothiques, et des plus énergiques, assurément, si la grossièreté peut s'appeler énergie. L'ignorante Rome, disoit le Virgile batave, croit que les jansénistes suivent la voie large, parce qu'ils mettent avec joie Ja sainte écriture entre les mains des laïques : mais les jansénistes sont sincères, et le pape est un bypocrite superbe. L'archevêque de Sébaste vécut encore six ans depuis ces scandales, et mourut sons les avoir réparés. On ignore comment saint Pierre l’accueillit à la porte du ciel ; mais on sait que Clément son successeur défendit de prier pour lui, comme étant mort dans un attachement opiniâtre et notoire pour le schisme.

Le père Quesnel avoit eu la plus grande influence dans la séduction des Hollandais catholiques , ainsi que dans l'obstination des jansénistes du reste des Pays-Bas , où il erroit depuis long-temps. Il s'étoit retiré d'abord à Bruxelles, où il demeura caché quelques années avec le docteur Arnaud. Tous deux ensuite, sur un décret d'expulsion donné par le gouvernement, se réfugièrent en Hollande, où ils ne furent pas longtemps, M. Sébaste ayant craint que s'ils venoient à être découverts, cela ne fit tort à la mission. On jugeoit d'ailleurs que leur présence n'y étoit pas nécessaire pour l'avantage de la cabale anti-romaine, qu'ils serviroient peut-être encore mieux s'ils n'en étoient pas si proches. Les circonstances les obligèrent à chercher un premier asile dans un château du pays de Liége, d'où ils retournèrent secrètement à Bruxelles. La solitude où ils y vécurent, occupés presque uniquement de leurs compositions clandestines, les fit jouir d'une assez grande tranquillité jusqu'à la mort du docteur ( 1694 ), que l'oratorien remplaça sur-le-champ en qualité de patriarche du jansénisme, Ainsi le parti ne s'aperçut presque point que son grand Arnaud fût mort.

Son successeur ne fut pas plus tôt investi de sa charge, qu'il remplit toutes les espérances qui la lui faisoient destiner depuis long-temps. Il entretint et forma des correspondances, nonseulement avec les catholiques équivoques des Provinces-

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| __ DE L'EGLISE. (An 1703.) 307 Unies et de tous les Pays-Bas, mais avec ceux des états divers de l'Europe, dans les cours et les capitales, dans les villes et les bourgades, dans les châteaux, les universités, les chapitres et les monastères, sans négliger ceux des filles. Il s’assura les anciens amis, il en acquit de nouveaux; il s'efforça d’attacher à sa personne ceux qu'il n’espéroit pas de gagner au parti; et s'il ne pouvoit pas s'en faire des partisans déclarés, il tâchoit au moins de les rendre neutres. Ce fut à cette fin qu'il révisa officieusement l’histoire des congrégations de Aurrilis, par le père Serry, et qu'il prêta sa plume à quelques zélateurs des missions étrangères, pour décrier les églises de Chine gouvernées par les confrères de ses antagonistes d'Europe. Des intérêts réciproques tinrent long-temps ce manége couvert d'ombres impénétrables ; et si le père Quesnel n'eût pas été enfin arrêté avec ses papiers, on eût à jamais ignoré à combien de sortes de personnes s'étendoient ses bons offices.

Mais les libelles qui de jour en jour se répandoient avec plus d'abondance dans les Pays-Bas, engagèrent le métropolitain de ces provinces à prendre les mesures les mieux concertées pour arrêter ce désordre. Après avoir déféré sans effet à Rome le père Quesnel et le père Gerberon son plus digne émule, il eut recours à la puissance politique contre des schismatiques déterminés qui faisoient gloire de braver toute la hiérarchie, et que la force extérieure pouvoit seule réduire. Sa Majesté catholique expédia ses ordres au marquis de Bedmar, qui commandoit dans les Pays-Bas, à l'effet d'appréhender au corps ces perturbateurs. Ils reçurent des avis réitérés du danger qu'ils couroient ; mais ils ne prirent conseil que de leur enthousiasme ; et continuant à se croire en sûreté à Bruxelles, ils ne tardèrent point à être pris. Les officiers du roi, accompagnés de ceux de l'archevêque, prirent d’abord le père Gerberon dans son domicile ordinaire.

Ils allèrent incontinent au lieu nommé le refuge de Forêt, où le père Quesnel avoit un appartement presque ignoré : mais les gens de l'archevêque avoient le fil du labyrinthe; ils vont droit au gîte, ils frappent à la porte, et Brigode ouvre. C'était un frère servant, plus têtu que rusé. On lui demanda où étoit le maître. Il sentit alors sa bévue, et fit tant de bruit en répon-

dant , que le maître entendit l'éveil, et eut le moment de s'é-

308 (An 1703.) HISTOIRE vader : mais bientôt il éprouva de cruelles inquiétudes: il fit réflexion qu'il abandonnoit quantité de papiers qu'il lui importoit sur toutes choses de sauver. Il se rapprocha pour voir s'il n’y auroit pas moyen de le faire, vit qu'on emmenoit Brigode en prison, crut tous les gardes retirés, et rentra chez lui, Malheureusement quelques gens de l'archevêque étuient demeurés. Il alla se cacher derrière un tonneau que couvroit un paravent. On l'entendit sans doute, et on l’eut bientôt trouvé. Comme on avoit peine à le reconnoître sous l'habit séculier qu'il portoit, on lui demanda s’il n’étoit point le père Quesnel. Il répondit avec simplicité qu'il s'appeloit de Rebek. De Fresne, de Rebek, le père prieur, c'étoient là pour lui autant de noms de guerre et de pieux expédients pour éviter les restrictions mentales et l'abominable équivoque. On ne laissa pas de saisir de Rebek, et on le conduisit à l'archevêché, où on le logea dans une chambre que l’on croyoit fort sûre ( 1703 ). Mais dès qu'il se vit seul, il détacha un petit plomb des vitres, et il crayonna le billet suivant : « Ne soyez point en peine pour moi, je suis logé en bel air sur la cour des écuries. Une fenêtre regarde sur le jardin d'une auberge qui est entre l'archevêché et les dominicains. Voilà tout ce que je puis vous dire, n'ayant ni plume, ni papier. Tout à vous. » L'adresse étoit à M. Ernest, chanoine de Sainte-Gudule. Ce billet ne fut pas rendu, puisqu'on le trouva dans un coin des draps du prisonnier : mais l'industrie du reclus ne laisse pas douter qu'il en ait fait tenir quelque autre de même fabrique, quoiqu'il ait protesté, en plusieurs rencontres, qu'il avoit été délivré par une espèce de miracle, sans avoir eu la moindre part au complot formé pour cela. Un gentilhomme français réduit à la misère, et plein d'espoir en la boîte qui vaut la pierre philosophale, fut l'ange qui délivra ce nouveau Céphas. La nuit du r1 au 12 septembre, il commenca, lui deuxième, à percer un mur de l’archevêché; et tous deux poussèrent le travail avec tant d'activité, que la nuit suivante, à une heure, l'oiseau n'étoit plus en cage. Mais la joie ne fut qu'imparfaite ; ses papiers qu'on ne lui avoit pas laissés en garde, ses lettres, ses libelles, ses minutes de toute espèce, demeurèrent en otage. Le premier fruit de sa liberté fut un nouveau libelle intitulé,

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