‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 130 sur 178 · ME · texte numérisé non relu

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DE L'ÉGLISE. (An ay) 421 rapport aux usages du royaume se trouvoit ponctuellement observé. Après un examen très-exact, on reconnut qu’il n’y avoit pas un seul terme qui pût faire ombrage. Ainsi le monarque, en répondant au bref du saint Père, lui témoigna toute la satisfaction avec laquelle il s'étoit convaincu que jamais Rome p'avoit plus judicieusement ménagé ses termes. Le marquis de Torcy, ministre des affaires étrangères, s’empressa, de son côté, à féliciter le cardinal de la Trémouille, de l'honneur qu'il s'étoit. acquis dans la manière dont la bulle avoit été dressée.

La cour ensuite ne songea plus qu’à procéder à l’acceptation d’une bulle si désirée. Il fut d'abord question de l’envoyer à tous les métropolitains du royaume, avec injonction de former, chacun avec ses suffragants, des assemblées provinciales, où ils conviendroient entre eux de la manière dont se feroit l'acceptation ; mais en faisant ainsi procéder chaque province séparément, sans être auparavant convenu dans l'épiscopat ® . formule d'acceptation commune pour tous les évéque. : “toit à craindre que tant de formules différentes ne fournissent quelques subterfuges à l'erreur dans un parti qu'on savoit attentif à s’accrocher à tout. Dans cette appréhension, le roi fit rassembler à Paris, le 16 octobre 1713, un grand nombre d’évêques : on établit le cardinal de Noailles président de cette assemblée , et on lui laissa de plus le choix des commissaires, en lui marquant simplement le désir du prince pour que le cardinal de Rohan füt le chef de la commission. Comme la plupart des prélats étoient fort unis de sentiments, l'affaire eût été bientôt amenée à une heureuse conclusion, si le prélat qui avoit dit autrefois pour la condamnation des Maximes des saints, Pierre a parlé par la bouche d'Innocent, eût voulu dire encore, Pierre a parlé par la bouche de Clément ; mais soit suggestions nouvelles, soit nouvel intérêt, M. de Noailles ne jugea point à propos de s'en tenir au jugement de ses collègues. Il reconnut toutefois dans quelques-unes des conférences, que sa simplicité avoit été surprise dans l'approbation qu'il avoit donnée aux Réflexions morales, Ce fut encore là que, parcourant les propositions condamnées dans cet ouvrage, il s'écria, en parlant de l'auteur : Le misé-

422 (An 1713.) HISTOIRE

rable! il veut étre hérétique à toute force! Avec tout cela, il ne put vaincre sa répugnance à revenir sur ses pas, et il fut absolument impossible pour lors de le ramener à l'unanimité, ainsi que MM. de Tours, de Saint-Malo, de Sénez , de Bayonne, de Boulogne, de Châlons-sur-Marne et de Verdun. Tous ces nrélats lui demeurèrent constamment attachés; et avant l'acceptation de la bulle par l'assemblée, ils signèrent le 11 janvier 1714, un projet de protestation contre ce qu'elle alloit faire, en déclarant néanmoins qu'ils étoient fort éloignés de vouloir favoriser le livre des Réflexions, et qu'ils étoient au contraire résolus de le proscrire dans leurs diocèses.

Depuis l'ouverture de l'assemblée, jusqu'à ce qu'elle souscrivît la constitution, c'est-à-dire, pendant plus de trois mois, il n'est point de machines que ne fit jouer le cardinal de Noailles, ou son parti , pour éluder, et même pour faire tomber dans le décri la décision du siége apostolique. Comme ils n’osoient pas la dire ouvertement contraire à la vérité, ils vouloient du moins donner à entendre qu'elie étoit ambiguë, captieuse, et capable d'induire en erreur. À cette fin, sous prétexte de prémunir les fidèles contre les fausses interprétations que des personnes mal intentionnées pourroient lui donner, ils proposèrent de mettre à la formule d'acceptation un préambule qui répondit aux principales difficultés qu'on pourroit élever contre la bulle. Cette proposition se fit avec tant de finesse, avec tant de marques d'égard pour le pape, et des modifications si spécieuses, que le cardinal de Rohan et l'évêque de Meaux, depuis cardinal de Bissy, catholiques des plus renommés dans cette affaire, y furent pris pour quelques moments! ; mais M. le Normand, évêque d'Evreux , fut d'avis, et fit même avertir le roi, qu’en plaçant l'acceptation à la suite d'un préambule, on auroit tout l'air d’établirune relation entre l'un et l’autre, de restreindre le sens de la constitution à celui du préambule, et qu'ainsi rien ne devoit précéder l'acceptation. On suivit ce sage conseil.

M. de Noailles en fut mortifié : mais il retourna, ou on lui f ! retourner le leurre dans un autre sens. Le parti vouloit ab-

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DE L'EGLISE. (AN 1714.) 423 sol:ment que dans le mandement de publication qui devoit être commun aux évêques de l'assemblée, on mît avant l’acceptation de la bulle quelque espèce de préliminaire qui eût l'air d'explications, et qui marquêt, ou du moins supposât de l'obscurité dans la décision pontificale. Au défaut du préambule qui fut rejeté, M. de Noailles demanda qu’on mît à la tête du mandement le rapport que les commissaires devoient faire à l'assemblée de leurs observations sur la bulle. Il supposoit que dans ce rapport on expliqueroit quelques endroits de la bulle, afin de prévenir les interprétations des personnes mal intentionnées ; d’où l’on pourroit conclure que la bulle ayant besoin de ces éclaircissements , il falloit qu'elle fût ambiguë par elle-même. Ce n’étoit là qu’abandonner un piége pour en tendre un autre. Celui-ci ayant encore été reconnu, on en tendit un troisième. M. de Noailles demanda qu'on fit au moins un précis du rapport, et qu'on insérât dans ce précis les sens bons et mauvais des propositions condamnées. C'eût été convenir que ces propositions avoient un sens orthodoxe, comme elles en avoient un mauvais; aussi le cardinal de Noailles prétendoitil, non-seulement qu'elles compcrtoient ces deux sens, mais qu'elles étoient moins susceptibles du mauvais sens que du sens catholique. Bien éloignés de penser ainsi, les commissaires ne voulurent jamais entendre à rien qui pût justifier les pro positions en aucun sens. Ils voyoient trop qu’en accordant que les propositions condamnées avoient un bon sens et un mauvais, le parti ne manqueroit pas d'en conclure que le pape n’avoit pu les proscrire, sans confondre par ses censures la vérité avec l'erreur : d’où l'on concluroit, à plus forte raison, que la bulle avoit besoin d'être expliquée ; qu'elle étoit ambiguë, et jetoit les fidèles dans la perplexité.

L'assemblée usa néanmoins de toute la condescendance possible, et chercha autant qu'il se pouvoit, sans blesser la foi, à satisfaire le cardinal. On crut pouvoir y réussir, en dressant une instruction pastorale où l'on expliqueroit les propositions contestées par les quesnélistes. Elle devoit être commune à tous les prélats de l'assemblée, et ceux-ci devoient l'envoyer, avec le résultat de leurs délibérations, à tous les évêques restés dans les provinces. Ce proïet causa d'abord

quelque alarme à une partie de prél-ts décidés pour la bonne cause ; ils craignoient de paroître vouloir juger le jugement même du pape; et pour mieux marquer une acceptation pure et simple, ils vouloient qu'on rejetât, sans exception, toute sorte d'éclaircissement. On leurfitnéanmoins sentir que pourvu qu'on acceptât la bulle avant de l'expliquer, il n'y avoit personne qui püt les soupconner de ne l'avoir pas acceptée pure-

‘ment et simplement. Quant aux partisans de l'archevêque de

Paris, ils s'assemblèrent chez ce prélat au nombre de huit ou neuf, et résolurent de n'acqu.-scer à l'instruction pastorale, comme à l'acceptation de la bulle, qu'aux deux conditions suivantes : la première, que l'instruction seroit condamnée ; la

. seconde, que l'acceptation seroit invisiblement s<lative à l'in-

struction, et restrictive aux seuls sens qu'on y auroit expliqués : ce qui formoit un piége nouveau, ou plutôt une nouvelle manière de déguiser le premier. Par-là, ils auroient limité leur acceptation, ou à quelques-uns seulement des sens de la bulle, ou même à des sens étrangers qu'ils auroient tâché de substituer à ses vrais sens. Ainsi en revenoit-on à la distinction, tant de fois anathématisée, du fait et du droit, au moyen de laquelle

. on eût soustrait à l’anathème le livre et l’hérésie de Quesnel.

Pour couvrir cependant leurs vues , ils parurent goûter le projet d’une instruction pastorale; et l'un d'entr'eux, savoir, M. de Clermont-Tonnerre, évêque de Langres, du consentement de M. de Paris, travailla de concert avec M. le cardianal de Rohan et les autres commissaires, à dresser l’instruction pastorale. Cettepièceest un monument à jamaismémorable de la foi pure, du zèle éclairé et de la pénétration des prélats qui l'ont donnée. Leur soin fut d'expliquer les principes d° théologie que le livre des Réflexions morales attaquoit principalement, Îls examinèrent , ils approfondirent les sentiments de son auteur sur la grâce et la liberté, sur l'amour de Dieu, sur les autres vertus théologales et chrétiennes, sur les maximes de la morale, sur l'administration des sacrements, et sur les observances de la discipline. Ils y opposèrent la vraie doctrine de l'Eglise, établirent solidement son autorité, sa visibilité, l'obéissance qui est due àses commandements, et la juste crainte qu'on doit avoir de ses anathèmes; et suivant la bulle pied à

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DE L'ÉGLISE. (An 1714.) 425 pied, ils montrèrent qu'il n'y avoit pas une proposition condamnée dans les Réflexions, qui ne fût ou hérétique, ou erronée, ou captieuse, et qui par conséquent ne méritât quelqu’une des censures prononcées. Ils déclaroient enfin que leur but, en donnant cette instruction , étoit uniquement de faciliter aux fidèles l'intelligence de la bulle, etde les prémunir contre les mauvaises interprétations par lesquelles des personnes mal intentionnées tâchoient d'en obscurcir le vrai sens. C'est ainsi que l'assemblée s'en expliqua dans la lettre circulaire qu’elle écrivit ensuite aux évêques du royaume.

Quand l'instruction fut dressée , avant de la présenter à l’assemblée, oneut la déférence de la communiquer à M. de Paris : il demanda qu'elle fût examinée par quelques-uns de ses théo,

—logiens. Sa demande fut encore agréée, et on laissa la pièce

trois jours entre ses mains, Lui et ses conseils y firent toutes les remarques qu'ils voulurent : on y eut égard, on fit plusieurs changements , et ils s'en déclarèrent satisfaits. M. de Langres en particulier se déclara aussi content de l'instruction pastorale, qu'il étoit charmé de la condescendance des commissaires, et du rétablissement de la concorde, qu'il croyait infaillible : mais quel fut son étonnement, et celui de tous les prélats orthodoxes, quand il apprit que les opposants rassemblés sans lui chez M. de Noailles, avoient arrêté de déclarer aux agents du clergé, que leurs sentiments étoient entièrement contraires à ceux de l'assemblée, et qu'ils pensoient ne pouvoir plus assister à ses délibérations ? Indigné de tous les jeux et les détours qui avoient précédé ce dénoûment, M, de Langres abandonna pour toujours ce factieux parti.

D'un autre côté, M. deCaylus, évêque d'Auxerre, qui avoit été du complot, et qui en avoit ébruité la résolution, disparut sans prendre congé de personne, et s'enfuit dans son diocèse, apparemment dans la crainte de faire plus honteusement ce voyage. Le roi n'ordonna cependant aucune peine contre les prélats qui mettoient ainsi le trouble dans l'Eglise ; il leur fit enjoindre au contraire d'assister comme auparavant aux assemblées et aux délibérations, où ils auroient une pleine liberté d'exposer leurs sentiments : particularité si notoire, malgré tous les mensonges contraires qui se firent depuis, que M. de

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