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448 (ax 1714.) HISTOIRE
Ait, qu'autant que vivroit le comte Roger, zélé pour l'Eglise, ou qu'il resteroit quelqu'un de ses héritiers, successeur de son zèle :.
Durant cés embarras, causés à Clément XI par la chicane de Sicike, et avant même qu'ils eussent r:1s fin, toutes les universités de France, sans exception, avoient suivi l'exemple de la Sorbonne pour l'acceptation de la bulle Unigenitus ; et à l'exemple du parlement de la capitale, tous les parlements de province l'avoient enregistré. Peu satisfaits de la recevoir euxmêmes purement et simplement, sans aucune distinction ni explication, en déclarant que tous les fidèles étoient obligés de s'unir dans cette même foi, sous peine de schisme et d’hérésie, les théologiens de Douay avoient écriten corps, le 22 juin 1714, à la faculté de Louvain, pour l’exhorter à confondre les novateurs qui publioient en France qu'elle avoit rejeté la constitution. Le 8 du mois suivant, les lovanistes répondirent qu'ils étoient persuadés que tout s’étoit fait selon le droit et l’ordre légitime, dans la poursuite du livre des Réflexions morales, que toutes et chacune des propositions condamnées y étoient vraiment condamnables , et avoient été légitimement proscrites. Quoique ce témoignage public fût bien suffisant, ils acceptèrent ensuite la bulle d’une manière formelle et la plus authentique.
Tous les docteurs et les prélats étrangers qui pouvoient s'en tenir à une acceptation tacite, ou se borner à ne point réclamer, crurent néanmoins qu'eu égard à l'éclat qu'on faisoit en France, ils devoient l'accepter d'une manière expresse ; et ils le firent sous un terme plus ou moins brief, selon qu'ils étoient plus ou moins à portée d'apprendre ce qui s’y passoit. L'évêque de Namur en ordonna la publication dès le 5 de février 1714; et avant la fin du mois de juillet suivant, elle fut publiée dans tous les Pays-Bas, excepté le diocèse d'Arras, et dans les trois électorats ecclésiastiques. La faculté de théologie de Cologne, en son particulier, la reçut authentiquement le 11 janvier 1715. Quoique les erreurs du temps n'eussent jamais pénétré en Lorraine, l'université de cette province
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ne se contenta point de la recevoir le 16 juillet 1916; mais elle déclara que c’étoit un jugement irréfragable de l'Eglise, une règle dogmatique absolument immuable, et dressa un formulaire de soumission que devoient souscrire tous les docteurs et les membres de la faculté. Déjà elle avoit été reçue dans les évêchés de Liége, d'Hildesheim, de Spire, de Wurtzbourg, de Ratisbonne, et bien d’autres de la même région ; le sénat de Chambéry avoit enregistré le mandement de l'évêque de Grenoble, qui publioit la même décision, et le vicaire général du saint office de T'urin avoit donné son ordonnance pour la notifier à tous les fidèles. L'université de Coimbre en Portugal, après l'avoir reçue avec la soumission la plus religieuse le 4 février 1717, établit, pour la maintenir, un serment que devoient prêter les professeurs et tous les membres des facultés de théologie, de droit, de médecine, et les colléges divers qui lui sont agrégés. Il étoit conçu en ces termes : « Je me soumets en tout à la constitution apostolique du 8 septembre 1713. Je rejette, condamne, anathématise toutes les propositions qui y sont condamnées, et dans le sens qu'elles sont condamnées. » Ce formulaire fut juré et souscrit par cent trois docteurs ou professeurs en théologie, douze professeurs en droit canon, dix professeurs en droit civil, sept professeurs en médecine, et neuf députés des colléges, sans qu'on vit là, comme chez nous, quelque maître de syntaxe s'élever contre les théologiens. L'acceptation fut unanime, et la docilité universelle.
Avec le temps, il n'y eut pas une seule université en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Pologne, en un mot hors de France, ou l'on ne pensât de même sur la bulle. On ne sauroit trop inculquer ce point de faii, honteux, il est vrai, pour le royaume très-chrétien, mais qui lui peut être salu‘iire. Une autre observation qui peut encore devenir utile, c'est que la constitution trouva beaucoup plus de contradicteurs, que les Réflexions morales n'avoient de partisans, puisque les prélats opposants eux-mêmes se déclarèrent tous contre cet ouvrage. C'est néanmoins sur le préjugé contraire qu'est fondée l'estime que bien des personnes font encore de £e m.iheureux livre; et ceux qui en veulent perpétuer les erreurs, ont grand soin
d'entretenir une prévention si favorable à leurs vues. ER 24
Quoique la bulle ne fût contredite qu'en France, et par le plus petit nombre assurément des Français, quoique toute l'Europe catholique, ou l’eut déjà reçue, ou se montrât sincèrement disposée à la : .cevoir, on la vit attaquer par un sophiste inconséquent, mais éblouissant, qui dans son livre pompeux du Témoignage de la vérité, osoit alléguer enntre elle le cri public, ou la réclamation des peuples. Jamais on ne trouva plus de feu et d'imagination que dans cet ouvrage; jamais aussi moins de suite, moins de solidité et moins de jugement. Sans examiner le fond du système de l'auteur, qui n’est autre que le principe de Marc-Antoine de Dominis, et originairement celui de Luther et de Calvin, qui subordonne les jugements des évêques à celui du corps des fidèles, et rend le peuple arbitre souverain de la vraie croyance, qu'on voie du premier coup d'œil si l'application en est plus heureuse. On a déjà vu que la bulle n’avoit point rencontré de contradicteurs hors de France, et qu'en France même elle avoit pour elle presque tous les évêques, les docteurs, les curés, les communautés séculières et régulières, et la plus grande partie des peuples. 1] faut donc que notre raisonneur restreigne le terme des fidèles à ceux de son parti ; et alors à quoi se réduit son raisonnement, sinon à ce parallogisme pitoyable : Le cri de peuple est la règle de la foi : or, nous crions, nous autres quesnélistes, contre la constitution ; donc la constitution est contraire à la règle de la foi. Mais est-il une secte, quelques impiétés qu’elle professe, qui ne puisse tourner ainsi le cri public en sa faveur, et se mettre à l'abri de tous les anathèmes ?
Voilà ce qui saute aux yeux de tous ceux qui lisent avec un œil sain le prétendu Témoigaage de la vérité, et ce qui les convainc que l'auteur n'est pas meilleur logicien dans ses ouvrages de parti, qu'il n'est théologien dans la plupart des autres. Ce qu'il y avance encore avec une hardiesse qui lui tient lieu de raison, c’est que les évêques, en acceptant la bulle, y ont été forcés par la crainte qu'ils avoient du roi. Mais ici, pour convaincre de mensonge ce témoin soi-disant de la vérité, on n'a besoin que du témoignage plus sincère des protestants. Ïl faut dire les choses comme elles sont, dit le savant Basnage dans un écrit publié contre la constitution
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DF L'ÉGLISE. (An 1714.) 451 même! : on n'a point vu à Paris l'autorité royale plus dominante qu'à Nicée : Si l'on veut que le roi, en déclarant ses intentions, a fait un excès de violence qui a Ôté si visiblement la liberté aux prélats, qu'ils ne pouvoient se soutenir sans miracle, on pourra dire la même chose de Constantin à Nicée. Au reste, l’auteur du Z'émoignage prête aux premiers prélats de son parti ure plainte qu'aucun d'eux n’a jamais formée. On sait que le cardinal de Noailles, dans le cours des délibérations, assura tout le contraire ; et ce n’étoit pas un propos de pure honnêteté. Le cardinal étoit fondé dans cette assurance, sur une lettre où le chancelier Voisin la lui donnoit ministériellement par ordre de Sa Majesté, et qu'on peut encore voir dans la préface des Hexaples, un autre ouvrage du parti. Aussi son éminence et ses adhérents n'ont jamais dit qu'on les eût contraints, pas même dans la protestation secrète qu'ils firent peu après, et dans laquelle il étoit si naturel d'insérer un article de cette importance, s’il n'eût pas été chimérique. Enfin, après la mort de Lonis XIV, on fut libre sans doute, et on ne le montra que trop. Cependant les prélats qui avoient accepté la bulle, sollicités de s'expliquer en feveur de M. de Noailles, devenu maire des grâces, ont soutenu, ont confirmé leur acceptation, malgré les contradictions de toute espèce, et les outrage même que plusieurs d'entr'eux eurent à essuyer.
On s'étonne avec raison, et si l'on ne réfléchissoit à ques point le zèle de secte peut dépraver le meilleur esprit, il seroit impossible de croire que l'auteur de l'Ouvrage des six jours, des Caractères de la charité, et de plusieurs autres livres semblables, le fût aussi du Témoignage de la vérité. Là, c’est l'aménité et la religion de concert qui semblent parler; ici, c’est la plus violente passion, qui s'exhale en termes injurieux et en reproches outrageants. Là, c’est le fidèle écho du disciple bien-aimé, qui retrace les plus touchantes leçons de la charité, de la douceur et de la patience chrétienne; ici c'estun lion ru-
issant, qui déchire et met en pièces tout ce qu'il rencontre. Là, c'est un confesseur compatissant et humble à l'excès, qui,
1 L'Fglise et la vérité renversées par la eonct. p. 78.
2 ]l ést aujourd'hui bien reconnu que cet ouvrage n'est point de l'abbé Duguet,
mais du P, La Borde, oratorien.