‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 144 sur 178 · PITE · texte numérisé non relu

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452 (Ax 1714.) HISTOIRE

prosterné aux pieds de sa dévote en lui écrivant, proteste qu'il aime mieux lui découvrir la lèpre dont il est dévoré, que de laisser la moindre tache sur le visage de sa chère fille en Dieu, lui confesse ses foiblesses en général, et l’assure que son ingénuité iroit beaucoup plus loin, si pour son bonheur elle avoit, comme lui, le pouvoir des clefs : ; ici, c’est un factieux soulevé contre toutes les puissances, contre le pape et les évêques qu’il attaque, tantôt par les plus piquantes railleries, et tantôt par les imputations les plus infamantes,

Voici un suffrage qui, mieux que tout ce qu'on vient de lire, fera convenir certaines personnes du venin que renferme le Témoignage de la vérité. « L'infaillibilité de l'Eglise, dit l'avocat général Joly de Fleury en requérant la suppression de cet ouvrage, l'infaillibilité de l'Eglise, reconnue par l'auteur comme un des principaux fondements de la religion, comme Ja base, l'appui et la colonne de la vérité, ne seroit plus dans son effet qu'un fondement incertain, et toujours prêt à s’ébranler, dès qu'elle dépendroit d'une certitude appuyée sur le sentiment des peuples, sur une notoriété qui paroît souvent évidente aux uns, tandis que le contraire paroît évident aux autres ; dès que pour décider en faveur du plus grand ou du plus petit nombre, il faudroit consulter, comme la règle la plus sûre de la vérité, la notoriété des circonstances extérieures, que la disposition des différents esprits envisage presque toujours si différemment. Ainsi ce que chaque particulier trouveroit notoire et évident, décideroit de ce qui devroit être la règle de sa foi, et le témoignage infaillible de la vérité, qui doit être une dans l'Eglise, seroit soumis au jugement si faillible et si différent de chacun des fidèles. Par-là notre foi, dont le caractère est d’être établie sur la soumission, ne seroit plus fondée que sur une évidence arbitraire ; par-là nous n’aurions plus de règle sûre et invariable, et les peuples divisés dans leurs sentiments, suite presque inévitable de la division des évêques, quelque inégalité qu'il y ait dans le nombre de leurs suffrages, ne nous fourniroient plus rien qui pût nous déterminer. » L'avocat général ajouta que s’il s'agissoit d'un point

1 Lettres sur différents sujets de morale et de piété, pag. 191,213, 214, 258.

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DE L'ÉGLISE. (Anusi4) 453 de doctrine susceptible du moindre doute, les magistrats, avant de prononcer, devoient attendre que l'Eglise l’eût fait la première; mais que le système de l’auteur étant si ouvertement contraire à la doctrine de l'Eglise en général, et de l’église de France en particulier, il ne restoit rien à désirer pour proscrire un ouvrage également contraire à la paix de l'Eglise et à la tranquillité de l'état. Le parlement défendit le 23 février 1715, el le débit de ce libelle, et de rien écrire contre la constitution, ni en faveur des propositions qu'elle condamnoit.

Le clergé de France en corps porta le dernier coup à ce livre l'année suivante. Cependant Louis XIV n'étoit plus alors; grand nombre de personnes puissantes s'intéressoient pour l'auteur et pour sa doctrine. Un plus grand nombre encore d'intrigants et de cabaleurs firent jouer en sa faveur toutes les machines imaginables, avec un artifice et une persévérance que rien ne déconcertoit. Tout fut inutile. Enfin la censure fut prononcée au mois d'octobre, non-seulement contre le Témoignage de la vérité, mais contre les Hexaples, autre ouvrage de mêmé aloi, et presque aussi malheureusement célèbre. Celui-ci fut encore flétri par le parlement de Dijon, comme le premier l’avoit été par le parlement de Paris. L'auteur s'y étoit principalement étudié à mettre la bulle en opposition avec l'Ecriture et les Pères, à faire des apostilles propres à étouffer le respect et la soumission qui sont dus à la chaire de saint Pierre ; enfin, à justifier l'erreur aux dépens de tous ceux qui avoient contribué à sa proscription.

La publication de ces libelles, et bien d’autres sujets de scandale, joints aux exhortations du pape, firent prendre au roi la résolution de soumettre par autorité ceux que les voies de douceur et de persuasion ne pouvoient ramener au devoir. Quantité d'évêques uniquement zélés pour le bien de l'Eglise, furent de cet avis, et demandèrent qu’on procédât sans retard, par les voies canoniques, contre les opposants : mais il se rencontra aussi des prélats attentifs aux intérêts de l'homme, trop susceptibles d'attache naturelle et de respect humain, et d'ailleurs assez jaloux du renom d’habileté dans les négociations, pour qu'on ait appelé cette sourde ligue, le parti des négociateurs. De tout temps, et dans les affaires de premier

intérêt pour l'Eglise, ces sortes d'entremetteurs lui ont été plus nuisibles que ses ennemis déclarés. Ainsi commencérent ces négociations funestes, où le ménagement d'une part, et de l'autre le patelinage, traînèrent en longueur jusqu'à la mort de Louis XIV, exercèrent encore à pure perte la patience du régent, et grossirent assez le parti de l'erreur ou du schisme, pour qu'on n'y voie point encore de terme. On devoit bien sentir néanmoins par l'expérience de ce qui s'étoit passé, que les opposants ne recevroient jamais la bulle sans l'avoir expliquée à leur manière, c’est-à-dire, sans l'avoir assez restreinte, pour soustraire à la censure les propositions qu’elle condamne, et ne leur attribuer aucune erreur. En effet, ce fut toujours là comme un retranchement d'où il fut impossible de les tirer. Il est inutile, il seroit de mauvaise grâce, après avoir fait connoître suffisamment leur marche , d'exposer toute la suite de leurs dét rs et de leurs artifices ; supprimons tout ce qu'il est possible : : ces honteux détails, autrement nous ne finirions oint,

Clétier: X7 jugeant avec raison que les prélats opposants résisteroient peu, si une fois l’on avoit réduit le cardinal de Noailles, ordonna particulièrement à son nonce d'engager Louis XIV de consentir qu'il l'appelât à Rome, et le citât à son tribunal comme membre du sacré collége. Le cardinal eut vent de ce projet, et trembla. Il promit de donner un mandement d'acceptation ; il demanda du temps pour le faire, ei on lui en accorda tout ce qu'ilen voulut. Durant cet intervalle, les médiateurs interposérent leurs bons offices ; la négociation entraîna des longueurs nouvelles, et n'aboutit à rien. Le mandement parut néanmoins, mais toujours explicatif, et même restrictif de la bulle ; les prélats qui avoient charge de l’examiner, le trouvèrent insuffisant, et de plus insidieux. Le roi indigné s’expliqua d'une manière à redoubler la crainte. Le nonce pressa de nouveau Sa Majesté, pour qu’elle permit de traduire le cardinal à Rome. On suscita de nouvelles difficultés contre l'exécution de ce dessein ; on en revint aux conférences, et à des négociations qui n’eurent pas un meilleur succès que les premières. Il fut toutefois arrêté, que le cardinal feroit encore un mandement, dont jugeroit le pape même ; et Sa Majesté

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DE L'ÉGLISE. (Aw:7:5) 455 lui assigna un temps pour le faire, en ajoutant, avec cet air d'empire qu’elle savoit si bien prendre, que s'il ne satisfaisoit enfin, elle prendroit contre lui les mesures qu'elle jugeroit convenables. Le mand::1ent, qui ne vint que bien du temps aprés le terme donné, p{choit toujours, quoique moins visiblement , par le même endroit que le premier ; et les prélats éclairés à qui le monarque voulut sagement le communiquer avant de l'envoyer à Rome, ne le trouvèrent pas tel à beaucoup près, que le chef de l'Eglise dût s'en contenter. Sur ce rapport, Sa Majesté prit la résolution de convenir avec le saint Père des moyens canoniques qu'on pourroit employer pour réduire les opposants, et envoya le sieur Amelot à Rome pour traiter cette affaire.

Ce min tre avoit quelques projets à nroposer, et plusieurs à discuter ei à combattre. De ce dernier nombre étoit ce que le pape désiroit sur toute chose, ce que le roi lui-même avoit goûté d’abord, mais qu'on lui avoit peint depuis de couleurs odieuses ; savoir, de citer le cardinal au tribunal apostolique. Telle étoit encore la proposition de nommer des commissaires en France, pour instruire et faire le procès des évêques opposants ; comme aussi d'autoriser Je nonce à les sommer de recevoir la bulle, et à les déclarer, en cas de refus , déposés de leurs siéges : mais la seule chose que devoit poursuivre sérieusement le ministre du roi, c'étoit l'agrément d:: pontife pour la célébration d’un concile national en Franc:, et pour l'y amener, on alloit au- devant de toutes ses appréhensions. On devoit l'assurer queses légats y seroient reçus avec toute Ja distinction possible ; que ce seroient eux qui proposeroient les matières ; qu'il marqueroit lui-même le nombre des sessions, qu'il prescriroit le point qu’on y pourroit discuter, et qu'il lui serait parfaitement libre de refuser son approbation à tout ce qu'on auroit pu y entreprendre sans son consentement. Le roi promettoit de tenir la main à l'exécution, et d'y employer au besoin toute son autorité.

Clément XI qui connoissoit la religion et toute la probité de Louis XIV, avec qui d’ailleurs il étoit et fuc toujours lié d’une amitié qui alloit jusqu'à la tendresse, n'eut certainement aucune appréhension sur la franchise de ce prince; il ne put

456 (AN 1715.) HISTOIRE toutefvis goûter le projet d’un concile. Outre bien des inconvénients indépendants du monarque, il voyoit les longueurs qu'alloit entraîne: la voie du concile, et il craignit que l'âge avancé du roi ne lui en laissât pas voir la fin. Sans toucher ce motif, toujours dur à l'oreille des princes, il répondit généralement, qu'il trouvoit la voie du concile trop longue, et dès là sujette aux inconvénients les plus fâcheux. Il ajouta, que puisque les autorités pontificale et royale suffisoient pour soumettre les opposants, il voudroit qu'on se servit de cette voie beaucoup plus expéditive ; que voulant bien cependant user de condescendance, il offroit d'envoyer pour le cardinal deux brefs, l’un de douceur et l’autre de rigueur, dont l'on feroit usage selon les circonstances. Il devoit, par le premier, l'exhorter avec bonté à se réunir à ses confrères, en acceptant la bulle; mais on ne devoit le lui remettre que dans le cac où on le trouveroit disposé à cette acceptation, et qu'il en donneroit des assurances positives. Par l’autre bref, il lui enjoignoit d'accepter la bulle purement et simplement, sous peine d’être dégradé du cardinalat, et traité ensuite selon toute la rigueur &es canons, et l'on devoit le lui présenter, au cas qu'il fût toujours opposé à l'acceptation. Ces différents projets du pape et du roi occuy#rent long-temps les deux cours : le monarque revenoit tou;our. à la convocation du concile; et le pontife y marquoit d'auiant plus de répugnance, que le sieur Amelot, qui la sollicitoit à Rome, s'étoit rendu suspect à Sa Sainteté. Elle avoit lieu de croire que ce solliciteur, en apparence trèsvif, ne la vouloit pas lui-même, parce qu'il ne tendoit qu’à épargner au cardinal de Noailles tous les coups d'autorité, et qu’à celte fin il étoit entré dans le projet du lazariste Philopald, qui conseilloit au cardinal d’accepter la bulle en conséquence du bref de douceur, où l’on pourroit dire avec quelque apparence de raison que la bulle se trouvoit expliquée ; ce qui favorisoit l'obstination des opposants à vouloir infirmer la bulle par des explications et des restrictions. Aussi Philopald fut-il chassé de Ftome dans les vingt-quatre heures, et toutes les sollicitations d'Amelot devinrent suspectes.

Cependant le saint Père fut si fortement pressé par le roi pour la convocation du concile. qu'il s’en fallut peu qu'il n'y

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