‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 145 sur 178 · DA AT LPS LE · texte numérisé non relu

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DE L EGLISE. (AN 1715.) 457 donnât son consentement absolu ; il ne paroissoit plus que demander un peu de temps pour faire ses dernières réflexions : mais à la nouvelle des dispositions que prenoit le pontife, les prélats opposants ne furent plus les maîtres de cacher les leurs. Jusque-là ils avoient fait bonne contenance ; ils s étoient montrés les plus ardents à désirer le concile; et quand la convocation leur en parut certaine par les mesures que le prince et le

clergé prenoient tout publiquemert, nd ils se virent à la veille d’être jugés, ils se crurent perdus vurent dissimuler leur consternation. Les prélats \ tirèrent un bon augure pour le succès du con uelques-uns en donnèrent avis au pape, afin de l’engage: aner les mains.

Mais que les desseins du ciel sont impénéirables à l’homme ! que la paix de l'Eglise, en apparence si prochaine, étoit encore éloignée ! Le saint Père eut avis que depuis trois semaines la santé du roi se trouvoit considérablement altérée. À soixantedix-sept ans, tout est à craindre pour la vie. Le pontife en fit la réflexion avec amertume, et regrettant le temps qu'on avoit perdu en pourparlers et en contradictions : Tout seroit fini présentement, ajouta-t-il, si l'on avoit suivi mes idées, et je doute fort que le roi soit à temps pour exécuter les siennes ; mais il croit ses vues les meilleures, et j'y vais concourir de toutes mes forces. Sa Majesté reçut ensuite un courrier de Rome, et ne songea plus qu’à convoquer le concile national, comptant avec raison, comme on vient de le voir, que le pape y alloit donner son consentement.

Elle commenca par faire dresser une déclaration, où il étoit enjoint aux évêques opposants de se conformer à leurs collègues dans l’épiscopat, et d'accepter la cc ‘stitution de la même manière qu'ils l’avoient acceptée. Les principaux magistrats s’élevèrent hautement contre cette injonction : ils prétendoient qu'avant de regarder la bulle comme règle de foi, et loi dans l'état, il falloit attendre un certain cours d'années, pour juger du consentement au moins tacite de l'Eglise universelle; qu'il pouvoil se faire que la constitution ne fût point encorc parvenue à la connoissance de bien des églises ; et que jusqu'à ce que le temps eût appris qu'elles la connoissoient, et qu'elles ne réclamoient point, il seroit imprudent de le présumer. Les

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458 (An:7:35) ‘HISTOIRE mêmes magistrats, quelques années auparavant, n'avoient rien h opposé de semblable à la bulle qui condamnoit le livre des à Maximes des Saints. Sitôt qu'elle avoit paru, M. d’Aguesseau, | q pour lors avocat général, assuré des sentiments de sa compa- d

gnie, avoit dit sans balancer : Nous adhérons à cette doctrine ! p si pure que le chef de l'Eglise, le successeur de saint Pierre, le H P vicaire de Jésus-Christ, le père commun des fidèles, vient de j | confirmer par sa décision. Cette variation de principes ou de n conduite fit soupçonner au roi qu'on ne cherchoit qu’à éluder É te ses ordres. Pour obvier à toutes les manœuvres d’une partialité | a si suspecte, il résolut d'aller faire enregistrer lui-même sa st déclaration, et marqua le jour auquel il tiendroit son lit de se

justice, Tout étoit disposé pour cela ; il devoit le lendemain se v rendre au parlement, lorsqu'il fut arrêté par la maladie dont il d ne releva point. Alors, mais en vain, ceux des politiques et n des temporiseurs à qui la paix de l'Eglise n'étoit pas indif- n férente, gémirent de la voir désespérée, et le cœur de tous les l

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fidèles sincères, pour peu qu'ils eussent d'instruction, fut 0

inondé d'amertume. nm

Toujours les bruits funestes se répandent avec célérité. En | 0!

peu de temps, l'état du monarque très-chrétien fut connu de f q

| tout Rome, et tout y fut dans le même état, que si chaque ét

| fl famille y eût tremblé pour la vie de son père. On courut aux q

| 4 églises, de tous les quartiers. Le concours fut prodigieux, pi

np: surtout dans l'église nationale de Saint-Louis, où le saint | m

| # sacrement étoit exposé nuit et jour. Le sacré collége s'y trouva | pi Fi rassemblé presque tout entier, et le souverain pontife, au |

h: milieu d'eux, fondoit en larmes, et ne pouvoit contenir ses ta

|: sanglots. Des gens de toute condition, de tout âge et de tout n

| 4 climat, méloient leurs vœux et leurs pleurs à ceux du père r'e

| Hi commun : mais Ô profondeur des conseils ! des vœux qui re- di

I demandoient un protecteur si nécessaire à l'Eglise ne de- s”

L'i voient pas être exaucés. d

: A Louis, dit le Grand à tant de titres divers, parut tel surtout ; di

à: au lit de la mort. Jamais prince peut-être ne vit la fin de sa vie | cl

et de son empire avec plus de grandeur d'âme. Les grands | de

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sentiments de religion qu’il avoit conservés dans l'emportement des passions mêmes qui créent de nos jours les blasphé-

ent rien ivre des uesseau, compadoctrine ierre, le vient de :s ou de à éluder arlialité nême sa n lit de emain se > dont :l iques et s indiftous les ion, fut

rité. En onnu de chaque rut aux digieux, le saint y trouva tife, au enir ses de tout du père qui rene de-

surtout le sa vie

grands mportelasphé-

DE LÉGLISE. (An:715.) 499

mateurs et les impies, et la piété solide qu'il signala dans un âge plus avancé, furent la base principale de cette force d'âme, qui n’eut jamais rien de l’ostentation ni du stoïcisme, et qui se déploya tout entière à l'heure de la mort. Les faits en vont préseuter la preuve complète; la matière est trop édifiante, pour que le précis exact en puisse paroître long. Le 24 d'août, après le souper du prince, le danger de sa maladie se déclara par de grandes douleurs qu'il sentit dans tout le corps, et-par une foiblesse extrême :. On reconnut peu après, qu’une de ses jambes n’avoit presque plus de sensibilité ; sur quoi il demanda son confesseur vers les onze heures du soir. Le lendemain, jour de saint Louis, il se trouva mieux, et voulut que les courtisans assistassent au dîner qui lui fut servi dans sa chambre. Comme c'étoit le jour de sa fête, les instruments militaires vinrent le saluer sous ses fenêtres, et se tinrent néanmoins à une certaine distance, de peur que le bruit ne l'incommodät ; mais il voulut qu'on les fit approcher. Le soir, on alloit encore donner dans sa chambre un concert, qui ne manqua que parce qu'il s'endormit; mais quand il fut éveillé, on lui trouva le pouls fort mauvais, avec une absence d'esprit qui dura peu. Revenu à lui, et se jugeant lui-même dans ua état dangereux, il demanda le viatique, qu'il reçut, aussi-bien que l'extrême-onction, avec les plus grands sentiments de piété, et la plus parfaite liberté d'esprit. Il produisoit de luimême les actes des vertus chrétiennes, et répondoit à toutes les prières de l'Eglise.

Peu après, on regarda ses jambes, et l'on y trouva plusieurs taches qui annonçoient une gangrène intérieure. Comme il n'avoit pas souffert qu'on lui cachât rien, il comprit qu'il lui restoit peu de temps à vivre. Alors il donna ses derniers ordres, non pas comme un homme qui va mourir, mais comme s'il eût en pleine santé ordonné une expédition militaire, ou donné une instruction politique. Îl communiqua ses vues aux différents ministres, mit ordre à son porte-feuille avec le chancelier, fit la révision lui seul des papiers secrets renfermés dans une cassette à part, brûla les inutiles, sans en oublier

t Journ. hist, de la dernière maladie de Louis XIV. Mémoire de l'abbé de Choisy.

460 (ax 1715.) HISTOIRE quelques-uns qui étoient restés dans ses poches, et qui pouvoient brouiller deux de ses ministres. Le duc d'Orléans qu'il avoit appelé, étant entré dans sa chambre, il lui parla un bon quart-d'heure en particulier, et lui dit à voix haute : Mon neveu, je vous ai conservé par mon testament tous les droits que vous donne votre naissance, servez le dauphin aussi fidèlement que vous m'avez servi. J'ai fait les dispositions que j'ai cru les plus sages ; mais comme on ne sauroit tout prévoir, s il y a quelque article qui ne soit pas bien, on le pourra changer. Puis l’embrassant avec tendresse : sur toute chose, lui dit-il, aimez el protègez la religion; il n'y a que cela de solide. reçut ensuite les autres princes du sang. On ne sut pas ce qu'il leur avoit dit ; mais il leur parla d'une manière si touchante et si noble, que tous sortirent de sa chambre les yeux en larmes, et avec autant de signes d’'admiration que d'affliction.

Le lendemain, on jugea à propos de lui faire des incisions dans une jambe. L'opération fut longue ; et comme on travailloit dans les chairs vives, en plongeant jusqu'à l'os, il dut prodigieusement souffrir. Cependant sa fermeté fut telle, que le médecin qui tenoit le pouls n'y trouva pas la moindre altération. On reconnut, à n'en pouvoir douter, que la gangrène provenoit de l'intérieur, et que la maladie étoit incurable. L'auguste malade avoit exigé « les médecins s'expliquassent clairement. Tous ceux qui ent présents fondaient en larmes : lui seul n'étoit point du tout ému; il parloit de son état, comme s’il eût été question de toute autre personne, mais sans aucun air de contrainte, et avec toute la justesse qui lui étoit ordinaire.

Après l'opération, il demanda le dauphin. On le lui amena ;

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