‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 169 sur 178 · livre, ai LL · texte numérisé non relu

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DISCOURS. 613 C'est l'observation qu'un esprit d'équité et un goût de raison demandent qu'on fasse du moins en passant. D'abord il fut abusif de les étendre aux pes du Nord, ainsi qu'aux hérétiques; puisque la conversion doit être ‘ouvrage de la persuasion, et non pas de la contrainte, on ne pouvoit légitimement que se tenir sur la défensive, avec ces voisins indépendants ; et tandis qu'ils demeuroient tranquilles, il étoit injuste d'entrer de vive force dans leurs domaines, et beaucoup plus encore, de les leur ravir sous prétexte de religion. Que penser donc, nonobstant la donation pontificale et tout l'appareil imposant de la croisade, que penser des conquêtes de l'ordre teutonique sur les Prussiens, les Livoniens et les Curlandois? Mais on n'avoit pas même ce vain prétexte de l'infidélité, ni celui de l'hérésie, pour combattre en Italie, par exemple, les princes et les républiques contre lesquels cependant on marehoit sous l'étendard de la croix, comme on auroît pu faire contre les ennemis déclarés du christianisme #.

Reprenons notre objet : le seul exemple des papes fixés hors de Rome, portoit un coup mortel à la résidence pastorale. Souvent ils renvoyérent les évêques et les autres bénéficiers à leurs églises ; ils leur faisoient des exhortations pathétiques , ils portoient des décrets rigoureux, pour les obliger à y demeurer : mais qu'avoient-ils à leur dire, que leur conduite ne démentit, et qu'on ne pût leur répliquer à eux-mêmes? Leurs adulateurs et les exagérateurs intéressés de leur pouvoir avoient beau leur faire entendre que, leur juridiction s'étendant sur toute l'Eglise, en quelque endroit qu'ils fissent leur séjour, ils ne pouvoient enfreindre la loi sacrée de la résidence®*: les primats au moins et les archevèques, tout en gardant un silence politique se flattoient, à proportion du premier pasteur, qu'en quelque partie de l'état qu'ils habitassent , ils ne sortoient pas des .termes de leur juridiction. Ainsi les archevêques de Lyon et de Sens cédérent quelquefois sans scrupule aux attraits que le séjour de la capitale offrit de tout temps à l'ambition ou à la dissipation de certains prélats. Mais pour nourrir ces passions, est-il besoin d'analogies si justes, d'inductions si conséquentes ? L'exemple seul, bien ou mal appliqué, suffisoit pour entraîner le torrent des pasteurs ainsi que des ouailles.

Les papes d'Avignon, pour prolonger leur séjour sur ces bords chéris, prétextant la commodité plus grande où ils y étoient de travailler à la pacification des princes chrétiens (V. seulement le récit, tome 7, p. 312), particuliérement des rois de France et d'Angleterre pendant le règne orageux de Charles V ; les évêques imaginérent à leur tour que les soins politiques, et quelquefois les exploits militaires pouvoient leur tenir lieu des saints travaux du sacerdoce, ou du moins qu'il leur étoit permis de se partager entre des fonctions si inconciliables ; et la balance ne manqua point de pencher du côté qui paroissoit le plus estimable aux yeux de la chair et du sang. Que sont en effet. pour un politique la lecture et la méditation des livres

(*) Dans tout ce que l'auteur vient d= dire sur ces sujets de contestations , il a oublié de se reporler aux époques où tont cela se passoit, ei il a raisonné toujours comme si ces évènement avuient eu lieu de son temps. La plupart des faits qu'il indique, sont d'ailleurs inexacts dans son livre, ainsi que nous l'avons moniré par des notes que nous ne pouvons répéter ici.

C Voir pour juger entre l’auteur et ceux qu'il accuse gratuitement , le discours qui précède

de 37 liv. de l'hist, de l'égl. gall.; et voir aussi les notes que nous avons dunnées, t. 7: p 78 et suiv.

Gi4 DISCOURS.

saints, l'exercice de la prédication , si propre néanmoins des premiers pasteurs, la célébration des divins offices , et tout ce qui concerne le culte sacré? Ce ne sont là pour lui que des amusements puérils, ou des occupations plus dignes du cloître que de la prélature : d’où il arriva, au temps dont nous parlons , que les frères mineurs et prêcheurs prirent un ascendant si extra ordinaire dans l'administration des choses saintes. Du reste les premiers prélats commettoient leur pouvoir spirituel à quelques vicaires, ou à quelques suffragants, choisis entre des sujets obscurs: et ils se réservoient le gouvernement temporel auquel ils associoient encore les talents distingués entre leurs subalternes , qu'ils n’imaginoient pas pouvoir exercer plus dignement. Ainsi la résidence même de ces coopérateurs, occupés; accablés des affaires du siècle, n'étoit plus qu'une résidence indifférente et nulle par rapport aux devoirs ecclésiastiques. Telle fut une partie des scandales qu'entraîna l'étrange déplacement du siége apostolique.

Observons cependant que tous les papes d'Avignon ne sont pas, du moins au même degré, comptables de ces désordres. Ce déplacement une fois exécuté et quelque temps soutenu, imposa une sorte de nécessité aux papes suivants. Les grands et les peuples se brouillérent en Italie; les Gibelins se releverent ; les revenus Ae l'Eglise furent distraits, ses officiers chassés où maltraités, ses domaines usurpés: les Romains se mutinérent, ils multi plierent les partis, les cabales, les périls, et leur pontife enfin ne put plus se promettre de tranquillité ni de sûreté parmi eux. D'un autre côté, des princes puissants, à qui la proximité du père commun des fidèles paroissoit un titre efficace de prédilection à leur égard, firent jouer toutes sortes de machines, pour le fixer dans l'enceinte de leurs états. Souvenez-vous des difficultés qu'ils firent, par l'organe du docteur Orème, au pape Urbain V, qui se disposoit à rétablir le siége romain dans Rome. On alla jusqu’à lui faire scrupule de son détachement pour les lieux qui l’avoient vu naître : on osa mettre sa conduite en opposition avec celle du fils de Fhieu, qui avoit toujours résidé dans sa patrie. Quand Grégoire XI, à jamais vénérable pour l'exécution de cette grande œuvre , fut au moment de la consommer, le roi Charles V employa des moyens plus puissants encore pour la faire échouer. Le propre frère du monarque, Louis, duc d'Anjou, se rendit à Avignon ; et tant par lui que par les cardinaux, ilourdit une cabale siterrible, que la célérité seule put la déconcerter. Avant cette heureuse exécution, au départ d'Urbain V, dejà l'amour aveugle de la patrie avoit excité parmi ces prélats , des murmures qui firent appréhender une révolte formelle.

La sainte magnanimité de ce pontife, et de ceux qui luiressemblérent, ne témoigna que du mépris pour cestrames coupables. Tout ce qu'on vit de papes distingués par leur vertu durant le séjour d'Avignon, Benoît XII, Innocent VI, Urbain V, Grégoire XI, soupirèrent constamment après la vraie patrie des successeurs de Pierre. Tous veillérent uniformément à ce que la prolongation forcée d’un scandale , presque irréparable, ne fût pas contagieux à la résidence épiscopale ; tous renvoyérent avec fermeté les évêques et les autres bénéficiers à leurs bénéfices; tous firent des lois séveres, pour les obliger à y résider. Jean XXII et Clément VI eux-mêmes convinrent de l'obligation oùils étoient de retourner à Rome, feignirent toujours d'entrer dans les vues des Romains qui les invitérent au retour par différentes am-

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bassades, et ne s'en dispensérent qu'au moyen destermes donnés et toujours manqués, des appréhensions affectées, et sous mille autres prétextes dont ils prenoient srin de couvrir leur foible pitoyable pour le lieu de leur naissance.

Cependant les vrais principes demeuroient profondément gravés jusque dans l'esprit des fideles de l'ordre le plus commun. De simples religieux, des femmes et des vierges timides sortirent de leurs retraites, entreprirent de longs voyages, et vinrent courageusement avertir de leur devoir les chets de l'Eglise. Qu'il nous souvienne de l'infant Pierre d'Aragon, cet homme à révélations et à miracles, qui avoit quitté toutes les grandeurs de la cour pour embrasser l'humble pauvreté de saint François, et qui fi: exprès le voyage d'Avignon, pour presser le pape Urbain V de reporter la chaire pontificale en Italie. Voyant ensuite ce pontife prêt à repasser de Rome en France, il lui adressa, sur le danger du schisme, ces remontrances sages, que la suite des événements ne fit que trop reconnoître pour yrophétiques.

Animée d'un zèle égal, sainte Brigite venue du fond de la Suède à Rome, avertit le même pape du sort qui le menaçoit, s'il retournoit à Avignon. Il ne laissa poïnit de partir : il arriva dans ce lieu fatal le vingt-quatrième de sept mbre, et y mourut le dix-neuvième de décembre suivant; ce qui fit sur le cardinal de Beaufort cette vive impression qui eut tout son effet quand il devint pape sous le nom de Grégoire XI. On sait qu'il étoit entré dans la confidence particulière de la sainte; qu'elle lui avoit 4onné sa prédiction par écrit pour la passer à Urbain, et que, si le respect humain l’empêcha de remplir sa commission, il ne lui ôta rien de sa persuasion. Aussi ne fit-il aucune difficulte de se rendre aux conseils de sainte Catherine de Sienne, qui le pressa lui-même, quand il fut élevé sur la chaire de saint Pierre, de ne plus tarder à essuyer les larmes de l'église romaine. La stabilité du souverain pontife dans sa propre église, et la loi de la résidence en général dans le temps même où elles furent enfreintes avec le moins de réserve, ne souffrirent donc aucune éciipse ; su moins les saines maximes prévalurent constamment sur le scandale de l'exernple.

Enfin l'auteur et le conservateur éternel de l'Eglise voulut donner à ce sujet une @e ces leçons formidables qui sont réservées aux scandales de premier ordre. Par le schisme affreux qu'il permit pour venger l'église romaine de son long veuvage, on put reconnoître le crime de cet abandon; et l'on en conçut eu effet une horreur éternelle. Aprés ces abus et ces relà-. chements du troisième àge, tous les vœux et toute l'activité des fidèles se portérent vers la réforme, avec un concert et une persévérance, qu'il fut désormais moins nécessaire d'aiguillonner , que de diriger ct de modérer. L'histoire de l'âge suivant, dès sa première période, en fournira d'amples preuves.

L'ignorance, le relâchement , les abus et les désordres de tout genre, tous les obstacles apparents ne sauroient arrêter, que dis-je, ne peuvent qu'avancer les desseins du Seigneur sur le corps de l'Eglise et sur chacun de ses membres. La toute-puissance du Dieu trois fois saint se manifeste surtout en sauvant l'homme malgré sa corruption. Les difficultés plus grandes servent à former les plus grands saints. Des circonstances plus calmes, et en apparence plus favorables à la vertu , n'eussent pas offert les mêmes combats

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