‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 168 sur 178 · KT ET · texte numérisé non relu

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nombre de génuflexions et flagellations, à la récitation de tant de psautiers, de tant d'offices nouveaux, comme de la croix, du Saint-Esprit, de la Vierge, des Anges, dévotions ajoutées à l'office canonial dés le temps de Pierre Damien; bien souvent sans doute le cœur étoit Join de Dieu, tandis qu'on l'honoroit des lèvres. Mais sur quel âge de l'Eglise ce reproche ne pourroitil pas tomber pareillement? Faut-il supprimer les observances extérieures,

parce qu'il est des hypocrites? Faut-il interdire aux chrétiens la prière vo-

cale, parce qu'il en est qui la font en pharisiens ? Il faut simplement ne pus donner à penser qu'elle peut tenir lieu de la conversion du cœur, et de l'amour de Dieu, dont elle n'est que l'expression. Or fut-il un temps où l'Eglise ait négligé d'instruire et de prévenir les fidèles à ce sujet ?

Rendons, rendons hommage à sa sagesse, sur l'objet même qui anime ici la maligne témérité de la censure. Remettons-nous en esprit dans les temps et les lieux où les prières vocales, les récitations du psautier, les offices de tant de formes différentes, et toutes les dévotions extérieures furent si fort multipliés. Etoient-elles bien propres à la méditation et à la contemplation, ces peuplades grossières et vagabondes, sans cesse en course, en guerre et en tumulte, à peine capables de réflexion et de pensées suivies ? Aujourd'hui qu'il est plus de calme dans les têtes et dans les mœurs, qu'une vie et une culture toutes différentes donnent plus d'aptitude à penser et à méditer ; qu'on reprenne, à la bonne heure , sur la longueur et la multiplicité de ces offices, pour donner à la lecture et à la méditation des livres saints. Aussi voyons-nous, cntre les premiers pasteurs, des hommes pleins de vues également saines et saintes, préférer le chant posé et réfléchi de l'office d'obligation , à ces longueurs de surérogation, trop souvent acquit tées avec une précipitation indécente.

Et long-temps auparavant, le corps même de l'Eglise, par l'organe de ses chefs, n'avoit-il pas frayé la route à une administration si sensée ? Ne lui vit-on pas approuver , dès le seizième siècle, un ordre célèbre, où la méditation et les autres exercices de la vie intérieure tenoient lieu du chœur et du chant? Et sur ce modéle, combien de congrégations et d'associations ecclésiastiques instituées depuis ce temps-là, libres de ces longueurs d'offices, de chants, de prière vocale! L'usage de la méditation, du recucillement, de la mortification intérieure ne les a rendues, ni moins édifiantes, ni moins utiles à l'Eglise, que les ordres les plus assidus au chœur , et les plus austéres.

Ainsi, dans tous les débordements du vice ou du relâchement, le reméde ou le correctif naquit presque aussitôt que le mal. C'est pour vous rendre plus sensible cette conduite de la Providence en faveur de l'Eglise, que nous en avons tiré les preuves et les exemples, des siècles même « : la pénitence ancienne éprouva les plus rudes attaques, c'est-à-dire, des temps si excessivement décriés sous le nom des siècles d'ignorance. Toutefois l'usage de la pénitence canonique s'est maintenu durant tout ce deuxième àge, et bien avant encore dans le troisième. Donc elle n'a pas trouvé sa ruine dans les rachats et les commutations, accrédités surtout depuis le milieu du huitième siècle jusqu'à la fin du onzième. Vouloir que la seule indulgence des croisades ait produit le relèchement que tant d'altérations ou de dispenses précédentes n'avoient point introduit , c'est une prétention trop manifestement suspecte, pour qu'il soit nécessaire de la combattre de front

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Laïssons sans crainte les âmes droites se décider elles-mêmes, et pressons-

nous d'indiquer les secours infinis dont l'Eglise fat prémunie contre ce genre particulier de relèchement.

Non, jamais il n’y eut plus d’asiles ouverts à la pénitence, qu'à l'époque #onnée par de faux zélateurs pour celle de son dépérissement. Que de pénitents et de pénitentes de toute espèce établis publiquement et sous l'autorité de l'Eglise, dans la multitude et la variété presque infinie des ordres religieux qui furent institués durant le douzième , le treizième et le quatorzième siècle ? C’est alors que parurent ces solitaires , aussi mortifiés et plus dépendants que ceux de la Thébaïde, sous l'étendard de Bruno; ces anges terrestres qui firent un entier divorce avec le monde , et ne vécurent plus que pour le ciel, sous les livrées ou la règle d'Augustin ; ces nouveaux enfants des prophètes, ces pieux habitants du Carmel, dont la conversation, romme celle de leur pére Elie, étoit tout entière dans les cieux; ces anachorètes plus extraordinaires encore, inconnus à l'antiquité la plus lumineuse , et si justement renommés sous le nom de reclus, dans les temps les plus déplorables de la décadence des mœurs, ces émulateurs de la sainte pauvreté des apôtres et de Jésus-Christ même, à la suite de François: ces prédicateurs et ces modèles de la pénitence, disciples soit de François, soit de Dominique; ces chanoines réguliers, dignes de leur état et du nom de Norbert leur chef ; ces sauveurs des corps et des âmes tout ensemble, suscités par Jean de Math: : ? -imond de Pegnafort, pour la consolation de la chrétienté, dans ses jou: lus malheureux; enfin, ces chevaliers religieux, ces héros pénite. - : jours prêts as'immoler pour le salut de leurs frères, et comme une digue inébranlable, opposés à l'impiété barbare, en Palestine, en Espagne, et jusque dans les habitations les plus sauvages des nations teutoniques. Ajoutons que le régime de tous ces grands corps, au moyen de leurs agrégations respectives et de la célébration régulière des chapitres généraux, acquit un degré de vigueur et de consistance, où ce genre de vie n'avoit pas atteint dans les plus beaux jours de l'antiquité. Or, pouvoit-on fournir des moyens de pénitence plus efficaces que ceux-ci, plus abondants, mieux assortis à la diversité des goûts et des forces, plus propres à détacher le cœur du péché , à désarmer la divine justice, à prévenir la rechute, à acquérir la charité, l'humilité, la mortification des sens et des passions, toutes les vertus en un mot dont la pénitence doit être le germe.

Dans les temps où la pénitence publique étoit le plus en vigueur , il y eut, nous le savons , et nous ne vous l'avons pas laissé ignorer ; quantité de solitaires, et des ordres entiers de cénobites : mais la priére et le travail des mains faisoient leur seule occupation; et cette uniformité paisible, pour des hommes aussi différenciés par leurs goûts que par leurs visages , offroit peu d'attraits à bien des penchants, qui ne sont pas néanmoins incompatibles avec la sincère conversion du cœur. Cette réflexion plaira peu sans doute à ces critiques chagrins des études et de tous les travaux monastiques, à l'exception de ceux où le corps seul agit. Mais que n'ont-ils pas censuré en ce genre ? L'approbation solennelle des papes et des conciles n'a pu soustraire à leurtemérité, ni l'institution des religieux militaires, ni l'institution même des ordres mendiants, renforts si visiblement suscités par le ciel en faveur: de l'Eglise militante , qu'ils ont si essentiellement service dans tous les siècles suivants. Pour nous, qui craignons de nous perdre dans ces vues profondes

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eu vagues qui vont plus loin que celles de l'Eglise, et qui nous sommes fait un principe d'éviter cette sagesse intempérante que réprouve l'apôtre, nous ne pouvons que bénir le Seigneur d'avoir présenté, dans les institutions religieuses de chevalerie , des moyens de pénitence et de salut à la partie même des fidèles qui étoit la plus éloignée du royaume de Dieu. Après tout, le Dieu des armées n'est-il pas aussi le Dieu et le Sauveur des guerriers? et les exerc'"es de la guerre, pour être unis à ceux de la religion, en deviennentils plus iliegitirnes ? En général , parmi les institutions diverses du troisième âge , dans ces différentes demeures de la maison de Dieu, combien de facilités nouvelles pour la conversion et la sanctification des fideles de tous les rangs, de tous les goûts, de tous les caracteres! Tiers-ordres, filles chrétiennes nommées béguines , frères convers, oblats, donnés; tous ces grades, aussi multipliés que les dispositions naturelles et les attraits de la grâce, ouvroient etune lice à la pénitence, et an refuge à l'innocence, pour les savants et les ignorants, pour les nobles et les serfs, pour les vierges et les personnes engagées dans les liens du mariage, pour tout ce qui n’avoit pas fait du crime son élément fixe. Or cette vie pénitente du cloître, loin de pouvoir être accusée de relèchement , en comparaison même de l'ancienne rigueur des canons, fut quelquefois portée à des excès que les deux puissances crurent devoir l'une et l’autre concourir à modérer. Toujours elle fut réputée si rigoureuse, qu'on ne l'imposa jamais , même pour les plus grands crimes.

Combien de ressources encore ne trouva point l'Eglise, quand la pénitence canonique commença de se relâcher, afin d'y suppléer autant qu'il étoit possible ? Vous savez le commandement précis que fit, au commencement dutreizième siècle, le quatrième concile de Latran , pour obliger tous les fidèles à se confesser au moins une fois l'an, et à s'acquitter de la pénitence qui leur seroit imposée : premier décret authentique qui ait fait une obligation générale dë la confession annuelle , et cela sous peine d'anathème et de privation de la sépulture chrétienne. Alors aussi on imprima aux péchés d’une certaine griéveté , tels que l'usure, l'adulière, le concubinage, une flétrissure légale qui a été perpétuée jusqu'à nos jours. On dévoua pareillement à l'anathème et à la diffamation, les histrions, les jongleurs, tous les fauteurs des passions d'ignominie, tous les corrupteurs des mœurs chrétiennes. Pour des égarements et des abus moins griefs, on eut encure soin de pourvoir à l'expiation et à la réparation convenable, en réservant le pouvoir d'en absoudre à des ministres choisis. Que dirai-je de l'humicide et des autres délits, dits ensuite privilegiés, pour lesquels la puissance temporelle n'infligea long-temps que des amendes pécuniaires, aussi insuffisantes que les peines canoniques? Pour arrêter ces désordres , quand cette insuffisance eut été reconnue, les pasteurs se bornèrent à sauver les âmes, et abandonnerent les corps au bras séculier. Eh qui niera que ce genre de crimes n'ait ‘ été réprimé par là beaucoup plus efficacement que par l'observance la plus littérale des anciens canons ? Je pourrois encore alléguer ici les jubilés, les missions , les retraites, les saints refuges ouverts en particulier aux péche resses publiques, et bien d'autres moyens de suppléer aux observances anciennes : mais nous en avons dit assez pour les fidèles sincères, à qui les idecs outrées de réforme ne peuvent qu'être suspectes. Il suffit de leur rapveler ce qu'ils ont lu des vaudois, des pauvres de Lyon, des fratricelles, et

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des nrécipices où conduisit tous ces faux pénitents la folle envie de renchérir sur i'Eglise. Passons au troisième chef des relàächements, qu'on reproche encore au troisième âge.

La lecture du septième volume de cette histoire a dû vous convaincre de

notre sincérité, de notre sévérité même à relever tout ce qu'il y eut d'irrégulier dans la marche des papes qui transportérent ou affermirent le siège apostolique hors des lieux consacrés par les sueurs et le sang des saints apôtres. (Sur ce point V. les notes t.7 p.78, 79, 114 et 227.) Nous n'avons rien à ajouter au tableau que nous vous avons présenté des maux et des abus sans nombre qu'entraîna cette transmigration à jamais déplorabie. Elle porta une atteinte mortelle à la résidence, le premier devoir de l'état pastoral et la base de tous les autres. Les prêtres et les prélats, comme le reste des fideles, entreprenoïent auparavant le voyage de Rome, sous prétexte de pélérinage : on fit aussi souvent celui d’A vignon, quoiqu'on n'eüt plus à se couvrir de ces couleurs de piété ; on alloit souvent , et l'on séjouruoit iong-temps à Rome, en conséquence des appellations, des citations et des procédures, déjà multipliées à l’excés : la foiblesse du gouvernement d'Avignon, gêné de toute part, contrarié sans fin, dépouillé chaque jour de quelqu'un de ses meilleurs domaines, destitué des ressources les plus ordinaires, fut réduit à prodiguer encore davantage ces actes de rigueur, dont

la multiplication est la preuve la plus sûre du déclin de l'autorité. Aussi jamais les interdits, les excommunications, tous les foudres du Vatican ne grondérent avec plus de bruit qu'alors, ni peut-être avec moins d'effet.

Les légations se multipliérent à l'égal des censures. Comme celles-ci tomboient souvent sur des personnes puissant: 3, et quelquefois sur des principautés et des républiques entieres qui s'en inquiétoient peu, il falloit en venir aux conférences et aux négociations, pour sauver au moins quelque chose de l'autorité compromise, ou plutôt pour en sauver la forme, au défaut de la réalité. Or, autant il y avoit de pareils traités à conclure, autant il falloit expédier de légats, depuis les colonnes d'Ilercule jusqu'à la zône glacée de l'Ours, Il est vrai que dans la plupart des régionsil y avoit des légats nés, c'est-à-dire, des évêques revêtus de la légation par la prérogative de leur siége : mais le pape prenoïit moins de confiance en eux , et dans les prélats même qu'il commettoit spécialement sur les lieux, que dans ceux qu'il envoyoit d'auprés de sa personne, et qu'on nommoit pour cela légats à latere. Ce qui aliéna souvent les prélats nationaux les plus qualifiés, dont on anéantissoit ainsi les droits locaux et la suréminence naturelle. (Voir, sur ces légations, la note, t. 5, p. 316. ) Les legats à lafere assembloient des conciles ; ils y présidoient, ils y décidoient presque souverainement, et les cvèques n’y donnoient le plus souvent qu'une approbation de cérémonie. Ainsi tomberent insensiblement les conciles provinciaux et l'antorité des métropolitains, qui n'en conservérent que le titre, avec le privilége stérile

de porter le pallium , et de se faire précéder d'une croix. De là vient aussi la préséance des cardinaux, non-seulement sur les évêques dont ils avoient communément le caractère, mais sur les archevèques et sur les primats, contre l'usage constant de l'antiquité.

Ce fut surtout la résidence qui souffrit de cette administration arbitraire. Ces légats-évêques, perpétuellement en courses et en commissions, ne se montroient qu'en passant dans leurs diocesés ; plusieurs d'entre eux finis-

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soient leur vie avec leurs ambassades, s :s que le pasteur eût été vu de ses ouailles, ni qu'elles en eussent entendu la voix. Avoient-ils rempli une commission ? Il falloit en référer au souverain pontife, qui les faisoit aussitôt repartir pour une autre, ou qui les retenoit pour le conseil, quelquefois pour le seul appareil. Ilsse sonvenoient à peine des obligations naturelles qui les demandoient dansleur propre église. Evêques et cardinaux tout ensemble malgré l'énorme prépondérance de l’une de ces charges sur l’autre ; ce qui n'étoit que de l'institution des hommes, parut habituellement l'emporter sur le droit divin, durant la longue détention de l’église romaine hors de Rome. ( Voir la note, tome 7, p.187. ) L'usage avoit tellement prévalu pour les cardinaux, évêques ou libres , de résider à la cour d'Avignon, que le bienheureux Pierre de Luxembourg, modele d'innocence et de piété, alla s'y établir , quoique évêque de Metz, dès que le chapeau de cardinal lui eut été conféré. C'est de l'époque indubitable de cet établissement , queles critiques concluent à celle de sa promotion effective au cardinalat , pour lequel il avoit été désigné deux ans plustôt : tant l'usage étoit constant, au moins pour les cardinaux de Clément VIT, de résider à la cour pontiticale. Mais est-il encore besoin de preuve à ce sujet, aprés les manœuvres que vous avez vu pratiquer aux cardinaux français d'Avignon, pour empêcher le pape de retourner à Rome? Leur grand motif étoit la crainte de s'expatrier, à quoi les rédui-oit la nécessité d'accompagner le souverain pontife, et de n'avoir d'autre demeure que la sienne.

L'Italie seule, par la multitude des légats et des nonces, nécessaires pour administrer et défendre les doma' es qu'y conservoit le saint Siége, tenoit une foule d'évêques éloignés de leurs peuples. Et jamais fut-il nonciatures ou légations plus orageuses? Quels désordres et quels scandales n'occasiona point la légation du cardinal évèque d'Ostie à Bologne, où il se fit soupçonner de vouloir asservir les citoyens sous la puissance temporelle du saint Siége ? la seule entreprise des Vénitiens sur cette ville contre les prétentions politiques des papes et des légats, leur attira une bulle des plus foudroyantes qui fût encore partie du Vatican. (Voir sur ces faits les notes, t.7, p.83, et lap. 221. ) Pour tout dire en un mot, on les traita comme les ennemis les plus odieux du nom chrétien : le pape fit prêcher la croisade contre eux, et mit en campagne un cardinal-légat, revêtu de la commission, non plus de négociateur, mais de général, et suivi d'une armée qui enfla le Pà du sang des fidèles. On vit les Florentins et la plupart des républiques ou villes libres d'Italie, poussés avec la même violence, quoique avec un succes bien différent , par le cardinal Robert de Genève, depuis pape sous le nom de Clément VII. Les Visconti se rendant souverains à Milan , et ayant pen d'égard aux prétentions de l'église romaine ou des légats , le pape accorda toutes les indulgences de la Terre-Sainte à ceux qui marchoient en armes contre ces princes. (V.t.7, p. 294, et la note, p. 296 etc. ) Enfin, dans

les démélés interminables des maisons d'Aragon et d'Anjou, au sujet du

royaume de Sicile, ce furent encore de nouvelles croisades, suscitées tout à

la fois contre l'une et l’autre de ces races augustes, par les papes équivo-

ques, qui, pendant le grand schisme, partagerent les cours ainsi que les

églises.

S'il y eut de l'abus dans les croisades, ce que tout notre zèle ne nous em: pêche pas de reconnoître, il consista principalement à les multiplier ainsi.

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