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l'attention dont il est capable , se faire aider encore par des personnes de capacité reconnue, mais ne se jamais décharger de ce soin sur les cooperateurs même les plus dignes de sa confiance. On a dà aussi admirer dans le concile de Lambeth, an plan tres-bien digéré du chef-d'œuvre de Trente en matiere de discipline, c'est-à-dire, de l'institution des séminaires, ce qui montre que Polus avoit été véritablement choisi de Dieu pour contribuer spécialement au succès de ce divin concile, où en effet il parut si dignement en qualité de légat. Ainsi en proportion du don que chaque prélat avoit reçu d'en haut, et de l'office qu'il avoit à remplir dans la hiérarchie, les églises diverses contribuoient, si l'on peut s'exprimer ainsi, à remplir le dépôt commun où l'Eglise en corps devoit puiser les lois dignes de recevoir leur sanction de l'Esprit saint.
Les papes, tout en pressant les évêques de travailler à la réformation, ou du moins de la préparer , s'en occupoient directement et tres-fortement eux-mêmes. Léon X, dés le concile de Latran( 1512 }), avoit porté un décret qui remédioit à différents abus concernant les commendes, et qui établissoit des régles, à l'effet de ne point conférer tant les évêchés que les abbayes à des sujets incapables, au moins à raison de leur trop grande jeunesse. Ce concile fit encore de sages réglements sur la déposition des prélats, sur la translation des bénéficiers, et l'union des bénéfices. Quant a la pluralité, on arrêta seulement qu'il ne seroit plus accordé de dispense pour posséder plus de deux bénéfices incompatibles : discipline, il est vrai, encore bien éloignée de celle de Trente, mais qui toujours y tendoit et yfrayoit la route.
On a vu ensuite Paul III charger quatre cardinaux et cinq autres prélats des mieux intentionnés, de dresser un mémoire des principaux articles qu'ils trouveroient à réformer dans sa propre cour. Le mémoire fut dressé, et les abus relevés, sans respect humain, au nombre de vingt-huit : mais les murmures que cette entreprise occasiona furent si vifs, qu'il yeut à craindre que tout le poids de la puissance pontificale, avant que le concile œcumenique eût prononcé, ne fût une digue trop foible contre le torrent de l'habivude. Cependant les connoissances que Paul III acquit par-lè, lui servirent à corrig: r insensiblement une partie des abus, dont il se déclaroit l'ennemi en toute rencontre. Lorsque ia secon:ie assemblée du saint concile eut été rompue, sans consommer encore la réformation, on vit Jules ILE entreprendre à son tour d'exécuter, par une congrégation créée à ce dessein, ce qui n’avoit pu l'être jusqu'alors à Trente : mais c'étoit à celieu marqué par le ciel qu'étoit reservée la pleine effusion de l'esprit sanctificateur. Quoique la congrégation du pape Jules fût composée des prélats les plus recommandables par leur vertu et par leur doctrine, il y eut une si grande diversité d'avis, qu'on ne put jamais parvenir à une conclusion pratique.
Qu'ils étoient donc étranges les obstacles que souffroit la réformation! C'est qu'il n'y avoit rien de plus propre que leur aplanissement à signaler le bras du Seigneur, qui s'en étoit réservé la gloire. Outre l'hérésie et la fausse politique, on avoit à surmonter les préventions, les appréhensions vagues, les repugnances aveugles ou lâches, les alarmes quelquelois plausi: bles, les idées et les vues particulieres, l'intérêt privé de bien des ecclésiastiques, et de plusieurs même des premiers prelats. Nous n'avons pas dissimulé que certains papes, par leurs leuteurs et par quelque sorte de
ergiversation, se firent accuser de préférer au bien général de l'Eglise
l'accroissement de leur puissance particuliere , et la défense de droits arbitraires, de maximes ou de préventions nationales et terrestres, au droit et aux maximes de la sainte antiquité : mais de quelque nature que fussent tous ces obstacles , de quelques puissances et de 1j::elques passions qu'ils provinssent , ils avançoient l'œuvre de Dieu, ou du moins la disposoient à sa maturité et à sa perfection, au lieu de la faire avorter. Comme cette réformation désirée si long-temps par tous ies ordres des fidèles, attendue avec tant d'empressement du concile de Pise, renvoyée au concile de Constance, et remise par le pape qu'on y avoit élu : comme elle paroissoit courir encore les mêmes risques au concile de Bâle, alors on perdit patience; tous les ménagements furent oubliés, et l'éclat porté jusqu'au schisme, qui consommoit en apparence le renversement.
Tout sembloit perdu, et par-là même, par ces voies alarmantes, tout s'acheminoit au rétablissement désiré. Sans le schisme de Bâle, peut-être se seroit-il encore écoulé des siècles sans qu'il ft question d'une réforme séricuse : mais à la vue du précipice où tant de détours avoient abouti, aux murmures des peuples et des princes même les plus religieux, qui, en abhorrant le schisme, louoient le zèle des ses auteurs pour la discipline, adoptoient les décrets de leur concile, et leur irnprimoient le caractere de lois nationales, Rome, et les prelats de tout pays, sentirent le danger d'un retardement plus long. Le saint concile de "Trente fut donc convoqué autant pour la réformation des mœurs que pour la conservation de la foi ; aussi dès ses premières séances( 1545 ), à la seule proposition que firent les légats de commencer , comme dans les anciens conciles, par les matières dogmatiques, ils trouvérent des oppositions si vives dans le torrent des Péres, qu'ils désespérérent absolument, et ne tentérent plus de les surmonter. On sait avec quelle liberté ils écrivirent en conséquence au pape, que tous les prélats accusoient ses prédécesseurs de n'avoir tant retardé le concile, que parce qu'ils appréhendoient la réformation , qu'ils disoient hautement que Paul III ne joueroit point le concile de Trente, comme Alexandre V avoit joué le concile de Pise, et Martin V celui de Constance : sur quoi Paul consentit que la réformation ne fût point séparée du dogme. On vit en effet ces deux choses marcher d'un pas égal dans toutes les sessions de Trente.
Tout plioit sous le soufile qui courbe le cèdre comme le roseau , parce qu'on. touchoit au terme où il étoit décerné que l'Eglise reprendroit une assiette d'autant plus ferme, et un degré d'autant plus vif de splendeur, qu'elle sembloit pencher davantage à sa ruine. Sous ce dernier point de vue, c'est-à-dire, par rapport au rétablissement de la discipline ecclésiastique et des mœurs chrétiennes, le concile de Trente a des caractères frappants qui le distinguent de la plupart de ces augustes assemblées. En bien d'autres conciles sans doute, on avoit proscrit des abus, prescrit de bonnes règles, et porté des lois contre les transgressions : maïs soit que le débordement fût alors moins impétueux, ou la dépravation moins invélérée, soit que le relàchement provint des premières fougues de passions effrénées, et non pas encore de ce comble de dépravation qui érige le eri du vice en maxime,et
‘J'abus en loi, les Péres se contentoient le plus souvent de reprendre et d'exhorter , de rappeler aux régles anciennes, de réitérer les défenses et les anathèmes. Dans le concile de Trente, au contraire , on sentit que les tempset
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les mœurs demandoïent quelque chose de moins vague, ou de moins général, de moins relevé peut-être aussi, mais en même temps de plus pratiqué et de plus efficace.
On posa donc des règles simples, nettes et precises, à l'abri des fausses applications et de toute ambiguité; on décerna des peines tres-fixes tout à la fois et tres- diversifiées, selon l'espece des fautes et le degré plus ou moins grand de leur grièveté; on établit, pour la poursuite, des formes légales et stables, beaucoup moins compliquées et plus expédilives qu'auparavant. Ainsi fut-il réglé à Trente, pour la déposition canonique par exemple, qu'on ne requerroit plus ce grand nombrede témoins, ni tous ces juges de caractere éminent qui la rendoient comme impossible. Ainsi abolit-on ces tribunaux et ces appels multipliés à un tel excès, que bien souvent les accusés et les accusateurs atteignoient la fin de leur vie avant qu’on eût fait justice. Ce divin concile ne montra pas moins de sagesse dans la modération de son zele, dans sa longanimité et sa condescendance. Dépositaire de toute la puissance de l'Eglise, aussi-bien que les premiers conciles, il ne crut pas devoir en renouveler tous les canons, ou du moins en faire des lois rigoureuses. Inexorable à l'égard des abus, il n’astreignit point à la perfection, et se contenta du devoir, sans prétendre à un mieux, qui trop souvent fait manquer le bien.
Mais où sa marche sage et majestueuse paroît tout particuliérement, c'est dans son attachement à la vérité seule, dans son aversion pour l'erreur uniquement , dans son impartialité parfaite et son indifférence même entre les écoles diverses, dont il se fit constamment une maxime de n'épouser ni de réprouver les systèmes ou les opinions controversées parmi les orthodoxes. La foi, la foi seule, avec la conservation des mœurs, intéressa toujours uniquement ces dignes organes de l'Esprit saint. On n'aura pas vu sans admiration, ou du moins sans surprise, leur délicatesse à ce sujet poussée jusqu'à une sorte de scrupule dans leur décret touchant l'attrition. Qu'on se souvienne qu'ils rejetérent la formule dressée en premier lieu sur ce point de controverse, parce qu'elle portoit, contre le sentiment de diffé rents théologiens, que cette contrition imparfaite suffisuit pour le sacre ment de pénitence : ils déciderent simplement, contre Luther qui la disoit mauvaise, qu'elle disposoit à ce sacrement.
Libres de partialites et de préventions, ils ne parurent pas moins affranchis de crainte et de respect humain. Nous avons déjà rappelé le souvenir de la liberté et de la noble franchise avec laquelle ils adresserent des remontrances au souverain pontife , sur lasimple appréhension qu'on n'entreprit de gêner leurs suffrages. Les papes, de leur côté, usèrent de la plus grande réserve , lorsmême qu'en leur qualité de chefs du concile, ils en dirigeoient les opérations, et maintenoient l'harmonie qui doit régner entre le chef et les mernbres. Qu'il nous souvienne encore de la lettre touchante que le saint cardinal Borromée, de la part de Pie IV, écrivit là-drssus aux Péres, li leur mandoit, que le saint Pére vouloit qu'en toutes , oses le concile füt parfaitement libre ; qu'il n'avoit jamais défendu et ne défendoit point encore qu'on n'y décidàt rien sans l'avoir consulté; que si en certaines questions difficiles on avoit recouru à la chaire de Pierre, selon l'usage de tous les siécles et de tous les conciles, elle s'était bornée à éclaircir les doutes, sans obliger à suivre ses avis ; que s'il arrivoitencore quelaue chose de semblable,
le pontife continueroit à procéder de la même manière : mais que, dans l'in. tervalle, les Peres pourroient agir, avancer , conclure comme s'ils n’attendoient point de réponse, assurés qu'il auroit pour agréable tout ce qu'ils auroient décidé; :n un mot, que toute l'attention du pape étoit que les décisions se fissent, en bonne regle , à la pluralité des suffrages.
Dans le fait, la liberté du concile étoit si inviolablement observée, que bien des prélats en usèrent avec une aisance vraiment importune. Les légats avoient la complaisance d'écouter chaque évêque, même en particulier, sur la plupart des questivns qui s'agitoient , et quelquefois sur des choses minutieuses ; ils indiquoient de même des congrégations particuliéres à la premiere réquisition , pour peu qu’elle füt plausible ; on entendoit les ambassadeurs des princes avant de rien proposer, et souvent encore pour réformer ou rédiger les définitions. S'il ÿ en eut quelques-unes de gênées, ce fut par l'inquiétude de ces ministres, sans en excepter la matiere de la résidence, celle de toutes qui donna lieu aux débats les plus vifs. Tandis que les évêques d'Espagne demandoient avec la chaleur qu'on a vue, que la résidence episcopale fût déclarée de droit divin, l'ambassadeur de l’incompréhensible Philippe IE, s’opposoit formellement à ce qu’elle füt déclarée telle. Le pape, a la vérité, désiroit aussi que cette décision ne se fit pas, qu'on l'empéchât au moins tandis qu'elle se poursuivoit avec une hauteur injurieuse à la chaire pontificale. Au reste, il n'excédoit point ses droits ; comme chef et moderateur du concile, il le vouloit borner à l’objet pour lequel il avoit été convoqué, c'est-à-dire, à la condamnation des hérésies courantes, et à la réformation des mœurs. Or, jamais les protestants n'avoient touché au genre d'obligation, dont la résidence pouvoit être : quant à la reformation, s’il importoit infiniment d'en bien établir ce point essentiel , il étoit assez indifférent, par rapport à la pratique, de spécifier le genre de droit, soit divin, soit ecclésiastique, sur lequel il portoit. En ceci, le pape avoit pour modeles tous les anciens conciles, uniquement appliqués à représenter le devoir de la résidence comme un des plus importants en général, et à prendre des mesures efficaces pour le faire observer; ce qui n'empêcha point Pie IV d'abandonner enfin cette question à la prudence du concile. Si la résidence finalement ne fut pas décidée de droit divin , c'est que les Peres, comme l'atteste formellement l'ambassadeur de Venise, ne purent jamais s'accorder entre eux sur cet article.
Outre ce débat violent, le long cours du concile de Trente fournit quelques autres scènes également propresà faire sentir que les organes du Saint-Esprit ne cessoient pas d'être des hommes. On vit un évêque, dans le feu de la dispute, s oublier jusqu'à frapper un autre évêque : vérification bien triste de l'oracle pror.oncé touchant la nécessité où la fatalité du scandale ? Mais l'infaillibilite de l'Eglise portant sur les promesses du Seigneur , et non pas sur les vertus de l’homme, plus ses ministres sont foibles , où même vicieux, plus la merveille de sa conservation sous leur régime est manifestement divine.
Et qui pourroit la méconnoître cette direction céleste, dans un rétablisgeiment si inesperé de la discipline et ds mœurs? Il faudrait exposer de nouveau et approfondir tous les décrets de Trente, pour faire connoitre en plein l'étendue des avantages que ce concile a procurés an monde chrétien. Dans les bornes étroites d'un discuurs nous ne pouvons qu'en reproduire
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quelques points capitaux, et mettre généralement en paraïeie r4 face de l'Eglise telle qu'elle fut peu apres ce saint concile, la décence du clergé , la vigueur des lois qui la maintiennent, et la flétrissure imprimée aux vices contraires, avec ces temps malheureux où le concubinage des clercs, par exemple, n'étant plus noté, à beaucoup près, de toute l’infamie qu'il mérite, ne les privoit pas du ministère honorable des autels, ni de la libre jouissance de leurs revenus. A ce trait seul, qui ne reconnoîtroit que Jesus- Christ n'abandonne point son épouse en l'éprouvant; que si, par l'instabilité de la nature humaine, le temps peut altérer les mœurs du prêtre, et ternir la splendeur de quelque portion du clergé, au moins il ne flétrit pas la beauté de l'Eglise même ; qu'il n'imprime ni rides, ni taches sur son front , et que la sainteté est un de ses attributs aussi durable que la vérile ?
La simonie, autre monstre comparable, pour ses ravages, à l’incontinence, fut pareillement étouffée à Trente, ou du moins réduite à s’envelopper de palliatifs qui génerent prodigieusement ses manœuvres, et qui lui en firent abandonner sans retour un grand nombre. Ses pactes sordides sont absolument inconnus aujourd'hui dans la collation des ordres sacrés. Si la cupidité, plus vivement amorcée par les bénéfices, n’en a pas de même abandonné le sacrilége trafic , il est marqué d'une flétrissure si infamante, qu'il n'est plus que des fronts incapables de rougir, que des âmes radicalement avilies, qui puissent se mettre au hasard de l’encourir. À la rigueur des peines , on a égalé celle des formes et des procédures. Telleest la voie du dévolu ouverte à quiconque et en tout temps contre le simoniaque, nonobstant la plus tranquille possession ; telle est,encore la poursuite sur un simple commencement de preuve par écrit, au lieu de ces preuves complètes et j"esque impossibles que l'on requéroit autrefois. Non-seulement toute paction simoniaque, mais toute exaction intéressée, toute rétribution qui ne seroit pas purement volontaire, fût interdite pour l'administration des sacrements, qui est devenue parfaitement gratuite. On peut se souvenir avec quelle rigueur furent encore proscrits, et la dispensation des indulgences commises à des quêteurs qui s’en rendoient comme les fermiers, et l'office même de ces quêteurs mercenaires.
Quant aux benéfices, d'où l’on bannit la faveur aussi-bien que la vénalité, iln'y eut plus que le mérite personnel, la vertu et la capacité qui pussent y prétendre ,apres de fréquents et rigoureux examens. Il ne suffit plus même, pour les obtenir, d'en être simplement digne ; on fit une loi formelle de ne les conférer qu'au plus digne des concurrents ; et l'exercice de cette concurrence, autrement dit concours, devint un point de droit commun pour la plupart des nations chrétiennes , dans le régime ecclésiastique. La pluralité des bénéfices incompatibles, des évêchés en particulier , qu'on avoit vusentassés auparavant jusqu'au nombre de dix sur une même tête , fut mise, au moins sous la plupart des dominations, au nombre de ces abus criants que les deux puissances devoient poursuivre avec une égale sévérité. Pour les commendes , qui échappérent aux coups de la réforme, -onnbstant des réclamations tres-vives, et pour tous les bénéfices simples sans nulle exception, la pluralité en fut condamnée nettement pour tous les cas où un seul suffroit à l'entretien modeste et sévèrement clérical de son possesseur. L'usage de tous les biens d'Eglise en génerai fut si clairement décidé, qu'à
peine la fausse conscience , tout ingénieuse que la rend là cu pidité, put desormais se faire illusion.
La résidence, si long-temps et si vainement recommandée, fut alors
cornmandée en rigueur , et sous les peines les plus graves : hors les cas nettement énoncés d'une dispense légitime, il fallut, ou se fixer dans son église, ou s’en bannir sans retour. Onalla jusqu'à tracer la marche de la procédure qui se feroit contre les réfractaires ; marche facile, dégagée des formes sans nombre, et de toutes les entraves du vieux style. Il ne fallut plus que rappeler à la porte de son église le titulaire errant ; après quoi, et quelque délai spécifié au juste, nonobstant qu'il en prétextât cause d'ignorance, son bénéfice devenoit de plein droit vacant et impétrable. Ici les deux puissances se préiant encore la main, tous les évêchés, toutes les cures, tons les bénéfices à charge d’àmes, furent soigneusement remplis.Non-seulement on ne vit plus, comme auparavant, les églises de premier ordre abandonnées et ruinées durant des épiscopats entiers d'absence et de brigandages, mais on prit la méthode de pourvoir les évêchés de nouveaux pasteurs aussitôt qu'ils venoient à vaquer. Nos religieux monarques en particulier, loin de prolonger la vacance dont un droit ancien leur attribuoit les fruits, prirent au contraire la généreuse coutume de reverser dans l'église les fruits de la vacance , quelle qu'elle eût été. Et qui pourroit dire en combien d’autres maniéres ils signalerent la générosité de leur zèle, en combien de rencontres ils se montrerent les protecteurs du clergé?
Par tout le monde chrétien, bientôt on ne retrouva presque plus de vestiges de ces conflits scandaleux qui avoient régné si long-temps entre l'empire et le sacerdoce. Les papes, réduisant presque tous les effets de leur double glaive à quelques formules de style suranné, cessèrent d'entreprendre réellement sur les droitstemporels des princes. Les princes à leur tour rendirent de sincères hommages à l'autorité spirituelle des papes, et marquéerent un intérêt tout nouveau à leur assurer même le patrimoine temporel de l'Eglise. Qu'on y fasse attention : c'est depuis le concile de Trente que la bonne harmonie s'est rétablie solidement , et d’une maniere à peu prés inaltérable, ente les papes et les rois. Si, dans les convulsions de la ligue, on a revu quelques restes malheureux des anciens préjugés, on y a dû voir aussi qu'ils étoient moins l'ouvrage des papes, et du fameux Sixte V en particulier, que de quelques légats plus asservis à la routine que fideles à leurs instructions. On a dû remarquer encore, que Fiome, au ce nmencement du règne de Henri IV, croyant le parti de ce prince ruiné sans ressource, ne faisoit qu'abandonner le sort de la France aux Français, trop agitésd'ailleurs pour recevoir d’autres impressions.
La bonne intelligence, la confiance réciproque fut de même rétablie à Trente entre le successeur de Pierre et ceux des autres apotres. Les évêques dégoûtés de la résidence et des fonctions épiscopales par des atteintes portées en tout genre à leur autorité, par les exemptions sans nombre, par les expectatives qui ne leur laissoient l: disposition d'aucun bénéfice tant soit pen considérable, par l'abus des appellations, aliment des désordres aussi-bien que de l'audace et de l'impunité, par la témérité des réguliers mêmes, qui prétendoient diriger les ouailles sans l'aveu du pasteur; grand nombre d'entre eux reprirent du goût pour leur ministere, et les autres rougirent de ne pas les imiter, quand ils virent réprimer efficacement ces abus ; quaud
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iis virent en particulier Île pape Pie IV remettre sous la juridiction et la pleine dépendance de l'ordinaire, quantité d'institutions vraiment indépendantes à titre d’exemption, et procéder encore à la réforme de la daterie, de la chancellerie, de la chambre apostolique, de la pénitencerie même, de tous lestribunaux de la cour pontificale. La voix de l'évêque se fit entendre aux habitants de la cité, transportés de joie ainsi que d'admiration. De l'Eglise mére, la parole du salut, au moyen de l'exemple et de l'émulation, se répandit dans toutes les paroisses, jusque dans les habitations champêtres les plus écartées. Les sermons dans les villes, les prônes dans les campagnes , partout les catéchismes ét les instructions convenables, devinrent des exercices habituels, au moins pour les jours de fêtes. La coutume prit insensiblement force de loi, elle en reçut enfin la sanction permanente, et l'on ne peut encore la transgresser dans bien des diocèses, sans encourir les censures ecclésiastiques
Une œuvre peut-être encore plus importante, une œuvre qui fit répandre
aux Pères de Trente des larmes de joie, et qui leur parut elle seuleun ample dédommagement de tous les travaux du concile, ce fut l'institution des séminaires, seule capable en effet de réparer par les fondements l'ordre hiérarchique , et, par une suite nécessaire, tous les ordres des fidéles. C'est par ce moyen qu'on vit renaître, qu'on vit refleurir de toute part l'esprit principal du sacerdoce, cette solide piété qui est utile à tout, ou dont procède toute utilité, cette vertu enracinée à loisir dans une terre de hénédiction, mürie lentement à l'ombre du sanctuaire, éclairée par des maîtres habiles et expérimentés, également éloignée de la puérilité superstitieuse, de la ferveur indiscrete, et d'une lâche pusillanimité. C'est là qu'au moyer des exercices assidus, la jeunesse acquit en peu de temps l'expérience des anciens ; qu'un zèle naïssant se forma aux saintes industries et à tous les procédés savants de l’art divin de conduire les âmes : écoles angéliques, où tout prèche aux yeux mêmes, la piéte, la pureté, la décence ecclésiastique. Sous la couronne et l’habit clérical, on apprit à jamais qu'on avoit choisi le Seigneur pour unique héritage ; qu'on ne pouvoit sans ridicule ainsi que sans crime, retourner aux parures et aux manières mondaines, paroître aux lieux de licence ou de tumulte, aux théâtres, aux tavernes, au milieu des cercles et des plaisirs contagieux du siècle. Que dirai-je du renouvellement de la continuité, de la perfection des ctudes ecclésiastiques cultivées avec des succès tout nouveaux dans le calme solitaire de ces pieux asiles? Théologie profonde , théologie morale et pratique, règles pour la conduite des âmes, pour l'observance des rites et des cérémonies sacrées, pour tout ce qui peut conserver à nos mystères adorables l'air de majesté qui leur convient, ce sont là autant de matières dont la simple indication doit nous inspirer une reconnoissance éternelle pour les instituteurs visiblement inspirés des lieux de bénédiction où elles se cultivent,.
Que n’aurions-nous point à dire encore sur tant de désordres arrêtés dans tous les états, la clandestinité du mariage, par exemple, toujours défendue et toujours usitée, jusqu'à ce que l'esprit de ressource et de manutention en eût fait à Trente un empéchement dirimant ? Que dire encore sur toutes ces institutions charitables, multipliées et diversifiées à l'égal des misères et des besoins de l'homme? Maisons d'éducation pour les deux sexes et pour tontes les conditions, écoles militaires écoles pour les fillesnobles etpeu fortunés,
écoles graluites pour les sciences et les arts, pour les professions même de dernier ordre ; pensions religicuses accommodées à tous les goûts, assorties à toutes les fortunes ; maisons de retraite, séminaires de missions, lieux de repos pour les prêtres hors de service; asiles pour les orphelins et les enfants trouvés ; refuges pour les pécheresses repentantes , hospices pour les soldats invalides, traitements gratuits pour les pauvres malades, sans compter les hôpitaux ordinaires, aussi nombreux, pour ainsi dire, que les inaladies, et dont l'acces n’est pas moins facile que celui de la maison de Dieu dont i!s portent le nom; enfin, subsides toujours prêts pour le commerce dans les monts de piété, défectueux peut-être à leur origine, mais susceptibles au moins du genre de perfection que donne l'expérience, voilà une partie seulement des avantages, car qui pourroit les nombrer tous? voilà quelquesuns des avantages innombrables qu'a procurés à l'Eglise et à la société cet esprit réparateur qui a dirigé, qui a préparé et suivi l’heureuse réforme de Trente.
Pour l'administration de la plupart de ces établissements, on vit de toute part s'élever avec eux une multitude presque égale de compagnies, de congrégations, d'associations religieuses animées de toute la ferveur que respirent les institutions récentes. Les pères de la Mission en France, les oratoriens en Fran: :t en Italie, les jésuites par toute l'Europe, dans les quatre parties du m «“e, les théatins, les barnabites, les sommasques, les peres de la doctrine :.‘étienne, les clercs réguliers du Bon Jésus, de la mere de Dicu, de la be mort, les frères des écoles pieuses, les frères de la charité; et, pour r'xatre sexe, les ursulines, la visitation , la congrégation de Notre-Dame, les sœurs grises, et tant d'autres hospitalieres; en un mot, les institutrices de toutes les sortes, car l’énumération même seroit interminable, tant de fils et de filles de la nouvelle Sion, saisis tout à coup de l'esprit prophétique ou apostolique, ct remplissant avec une émulation générale leurs fonctions respectives, reproduisirent, sous tous les climats, la charité, le zèle et les mœurs; la piété sincere, l’art d'adorer en esprit et en vérité, la méditation des véritéséternelles, la fréquentation des sacrements, l'usage des pieuses lectures et de l'examen habituel de 1: conscience. On vit moins d'austérités extraordinaires, moins de génutlexions et de prosternements; on récita moins souvent le psautier; les offices furent moins multipliés ou moins alongés, que dans les ordres établis lorsque les barbares passés nouvellement au christianisme, et conservant encore, sinon la dépravation du cœur, au moins la pesanteur d'esprit qui les rendoit peu capables des fonctions intellectuelles, n'avoient guère d'aptitude ou d’attrait que pour les observances extérieures : mais on s'appliqua sur toute chose au recueillement de l'esprit, à la mortification du cœur ; et si jusque-là on avoit dompté les passions de l'âme par les travaux du corps, on ne dompta pas moins efficacement désormais la chair par l'esprit.
Cependant cette riche variété qui fait l’un des plus beaux ornements de la fille de Sion, l'éclat que donnoit anciennement à l'Eglise la ferveur si diversement nuancée dans les ordres divers, bien loin de s'eteindre, reprit encore une vivacité nouvelle. Avant la convocation du concile de Trente, l'esprit d'édification ou de restauration, prêt à se déborder sur le corps de la prélature, portant déjà ses influences sur différents prélats et en différentes églises; la régularité, l'austérité primitive de l'ordre de saint François y
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Cut d'abord renouvelée en Espagne par le cardinal Ximénès, puis confirmée par saint Pierre d'Alcantara; en France, par le cardinal d'Amboise, qui remit de même en vigueur la règle de saint Dominique. On vit encore dans l'ordre de saint Françoi: :: {ormer en moins d'un siecle jusqu'à trois associations nouvelles, sous le i:om de récollets , de capucins et de pénitents du tiers-ordre : rameaux heureusement entés, qui, pleins de suc et de vigueur, s'étendirent dans tous les états chrétiens, où l'on recueillit avec admiration et avec une abondance toute nouvelle, les fruits du salut sur le tronc qu'ils avoient rajeuni. Le Carmel refleurit à son tour : les fils et les filles des praphètes antiques, également dociles à la Débora de Castille, reprirent l'esprit de leurs pères, et, au* macérations du corps, ils njoutérent la mortification du cœur , et la méditation assidue des vérités éternelles. On vit enfin cinq ou six grands ordres dans la seule église de France, les dominicains, les trinitaires, les prémontrés, les chanoînes réguliers, revenir tous ensemble, et comme à l'envi, sinon à la sévérité de la règle primitive, au moins à une observance où le religieux pût encore se distinguer avantageusement du pieux :xïque: {Îl n'y eut pas jusqu'aux solitaires comparables autrefois aux anges terrestres de Tabene et de Scêté, et comparés depuis aux faunes et aux satyres qui alarmoiïent au loin la pudeur: il n'y eut pas jusqu'aux enfants si monstrueusement dégénérés de la sainteté de leurs péres, qui ne bannissent au moins le scandale de leurs retraites, et ne reprissent une maniere de vivre à laquelle on n'eut à souhaiter que la persévérance.
Telle fut l'influence de la discipline de Trente, jusque dans les nations qui ne s'y étoient pas soumises, ou qui du moins ne l'avoient pas admise d'une manière légale. Mais quelle heureuse révolution n'opéra-t-elle point au centre de l'unité catholique, dans l’église romaine, dans la cour pontificale, qui à cette époque reprit un désintéressement, des procédés et des mœurs, au moins une décence et une dignité ou la censure hérétique et la malignité séculiére n'eurent plus à mordre : sur les artifices prétendus de sa politique, c'est-à-dire, sur les intentions ‘;ui sont connues de Dieu seul, et sur quelques défauts inséparables de l’haxanité? Quelle révolution n'a-t-elle pas opérée dans le restede l'Italie, qui ne se ressemble plus depuis cette régénération, qui au moins ne présente plus aucun trait des affreux tableaux que nous en ont transmis les premiers protestants? Quel changement à Milan en particulier, par les soins du brand Borromée son plus fidele interprète, par le moyen de ses admirables conciles, dont les décrets, précieusement recueillis par toutes les églises tant soit peu jalouses de leur vraie gloire, y ont acquisune autorité équivalente à celle des loïs nationales? en Portugal, par l'éclatante protection du pieux roi Sébastien, le plus empressé de tous les souverains à faire hommage au saint concile? en Espagne et jusqu'aux extrémités de l’autre hémisphere, par l'adhésion sincére et pratique des conciles provinciaux de Tolède, de Sarragosse, de Valence, de Salamanque, de Malines pour les Pays-Bas, du : lexique et de Lima pour les' deux moitiés du Nouveau Monde ? en Pologne , dns l'Allemagne, foyer de l'hérésie, ou du moins dans une grande partie ae l'Allemagne, au moyen des conciles de Mayence, de Trèves, de Cologne et d'Aushourg?
Enfin, quels fruits de bénédiction la réforme de Trente ne produisit-elle pas jusqu'en France, où, sans avoir été reçus juridiquement , elle se trouve mieux observée peut-être que chez les ni‘:ons : ii se prévalent avec le plus
de hauteur du mince avantage qui ne consiste que dans les formes de l'acceptation? Il ne faut que parcourir les conciles qui se tinrent à ce sujet à Reims, à Bordeaux, : T'oulouse, à Aix, à Bourges et à Tours, pour se convaincre du zèle des prélats français à mettre en vigueur «1 moins tous les points importants de la discipline de Trente. Quelles vives instances ne firent-ils pas encore auprés de la cour, et à vingt reprises différentes, afin de tirer l'église gallicane d'une exception qui leur parut toujours imprimer quelque espèce de tache à sa renommée? On a vu que n'en pouvant rieu obtenir, ils s'assemblérent au nombre de quarante-cinq évêques, sept ar chevêques et trois cardinaux, et s’obligérent, par serment, à garder et à faire garder toutes les ordonnances de Trente qui n’étoient pas contraires aux droits et aux usages légitimes du royaume. Les archevêques de Reims et de Bordeaux en particulier, c'est-à-dire, les cardinaux de la Rochefoucault et de Sourdis, surnommés les Borrcmées de la France, sans craindre la saisic de leur temporel, rassemblérent chacun le clergé de leur diocèse, et firent prononcer que désormais on seroit obligé en conscience d'observer en tout le saint concile de Trente, à la réserve ordinaire des usages du royaume.
Mais la cour elle-même en soutenant son refus, d'abord par la crainte d'animer davantage les rebelles hérétiques, et depuis par la difficulté qu'on trouve toujours à revenir sur ses pas; la cour même fit recevoir en France la plupart des décrets importants de la discipline de Trente, non pas en vertu des décisions de ce concile, qui n’y sont reconnues que pour le dogme, mais en conséquence des édits du prince, à compter de la célebre ordonnance de Blois, jusqu'à l'ordonnance plus essentielle encore de 1695, en conséquence ausi de bien des reglements faits par les évêques , et autorisés par les parlements. L'autorité du concile de Trente, en matière même de discipline, offnse si peu la politique française, que tous les ordres de l’état m'ont qu'app'audi aux nouveaux bréviaires , où la premiere heure du jour est souvent terimince par un canon de discipline tiré du concile de Trente, et revêtu de son nom.
Qui pourroit donc encore méconnoître l'abondance des bénédictions que le Seigneur dans le dernier âge, d'abord si déplorable, a répandue enfin sur son Eglise, malgré tant d'obstacles naturellement insurmontables, et par la voie même de ces obstacles, qui se changeoïent sous sa main en expédients et en ressources? Qui pourroit méconnoître l'ouvrage du ciel dans le concile de Trente, œuvre la plus visiblement divine, comme la plus contredite et la plus féconde en fruits de salut? Pour porter là-dessus la conviction à son comble, il ne faut plus que rapprocher les deux états où s'est trouvée l'Eglise, avant et aprés ce concile. Restreignons même, car il est temps de finir, restreignonsce contrasteau point capital de l'administration ecclésiastique. Avant la réformation de Trente, et jusqu'à ce qu'elle eût été mise à exécution; dans l'église de France en particulier , sous le règne du dernier des Valois, les églises particulières, comme il est dit dans les remontrances faites à ce prince par le clergé, les églises étoient sans pasteurs, les monastéres sans religieux, les prêtres et les moines sans discipline. Les abbayes, les collégiales , les évêchés étoient entre les mains d'officiers militaires, qui disoient rnon évéché, mon abbaye, mes prétres el mes moines, conune ils auroient pu dire, res chevaux el mes valels : renversement si
éloiy de n n'ajol mon alors core laïque O à l'éts sera-t glise, extrêr messes Cgal at l'Eglise de son Que nd lui seul des ter vons ?
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éloigné de ce que nous voyons dans l'état présent de l'Eglise, si éloigné mêm de nos idées, qu'il passeroit pour une hyperbole de déclamateur, si nous n'ajoutions un point de fait exact et précis. Mais il est notoire, par tous les monuments, qu'en prés de huit cents abbayes auxqueiles le roi nommoit alors, il n'y avoit pas cent abbés, tant commendataires que réguliers, encore la plupart d'entre eux ne faisoient que prèter leur nom à des seigneurs laïques, qui jouissoient en effet des revenus
Or, pour peu qu'on fasse attention à ce ontraste, c'est-à-dire, à l'état de l'Eglise du quatrième âge avant et : oncile de Trente, ne sera-t-on pas forcé de souscrire à ce que cé, que dans l'E-
glise, bien différente des institutions hum depérissement paroît extrême , plus le rétablissement est procha el, fidele à ses promesses, veut encore signaler son bras dans leu ion. Rétablissement cgal au dépérissement ; en sorte que depuis la rélorme de Trente, l’état de l'Eglise, à bien des égards, pourroit entrer en parallèle avec l’état florissant de son premier àge, ou du moins avec une bonne partie de ce preruier âge. Que ne dirions-nous pas tout de nouveau, si ce vaste sujet ne fournissoit lui seul la matière de bien des discours ? Que de saints illustres, et dignes des temps apostoliques, n’a-t-on pas comptés jusque dans l’âge où nous vivons? Que de fideles d’une haute vertu, d'une piété sincére, parfaits adorateurs en esprit et en vérité, rigides observateurs de tous les devoirs, émulateurs de tout bien, inébranlables au torrent de la perversion, et qui par l'exemple surtout fournissoient des préservatifs contre tous les scandales? Sans contredit, on les eût rangés au nombre des saints dans les temps où la voix des peuples se prenoit pour la voix de Dieu : vertus plus admirables, à certains égards, que celles des premiers siècles, fussent-elles moins éclatantes , parce qu’elles sont mises à de bien plus délicates épreuves. Telle est, pour me borner à la plussensible, la licencede l’impiété, tres-contrainte sous les empereurs et les premiers rois chrétiens, déchaînée sans conséquence sous les princes idolâtres, mais d'une conséquence fatale sous les gouvernements chrétiens d'aujourd'hui. Or, cette impiété, sous la rain qui tire le bien des plus grands maux, l’impiété chamarrée de philosophie et de quelques restes de christianisme, a contribué elle-même à ébaucher, pour ainsi dire, le rétablissement, en adoucissant les mœurs, en exaltant sans cesse l'humanité, la genérosité, l’intègre probité où elle n'at-ignoit qu'en parole, en mettant la charité en recommandation, sous le nom de sensibilité et de bienfaisance.
Le mal cependant continue à prévaloir sur le bien , et le vice sur la vertu: mais fut-il autrement dans l'âge le plus vanté, à la seule exception peut-être des temps apostoliques? Aussitôt après la mort des premiers disciples qui avoient conversé avec le Verbe fait chair, et dont l'autorité servoit de frein à l'indocilité de l'esprit et des passions humaines, il s’éleva des essaims d'hérétiques ou de corrupteurs, nicolaïtes, ébionites, marcionites , cérinthiens, valentiniens, et, pour les nommer tous ensemble, gnostiques abominables aux yeux des païens même, dans l'esprit desquelsils ont fait naître des préventions si funestes aux vrais enfants de l'Eglise avec qui on les confondoit. Dans les plus beaux jours des martyrs, on voit, par les exhortations et les reproches de saint Cyprien à son peuple, que le danger prochain d’être traîné à l'échafaud ne préservoit pas à beaucoup présles fideles de toutes
les foiblesses ni de tous les excés. Dans les temps lumineux des Ambroise, des Jérôme, des Augustin, des Chrysostôme, que de cabales, que de viosences, que de manœuvres ténébreuses exercées n particulier contre le plus éloquent de ces Peres, par Théophile d'Alexandrie, et par un concile entier qu'il fit servir d'instrument à son jaloux orgueil! Dans les solitudes de la Syrie, comparables à ceiles de la Thébaïde, où la préoccupation générale ne voit germer que la vertu, on vit ces anges terrestres dont peu auparavant le monde n'étoit pas digne, transformés tout à coup en guerriers ou en meurtriers, et la laure du grand saint Sabas changée en une place d'armes, que ses disciples, assiégeants et assiégés, teignirent réciproquement de leur sang. Mais des l'origine de l'Eglise, n’a-t-on pas entendu l'apôtre des nations reprocher aux chrétiens de Corinthe des crimes inouïs parmi les infidéles, et en mille rencontres s'élever contre des faux-freres qui ne goûtoient que les choses terrestres, qui n'avoient d'autre dieu que leur ventre, ennemis déclarés de la croix de Jésus-Christ, et vrais apôtres de Satan? Plaintes si justes, qu’au rapport de saint Clément pape, ce furent ces frères perfides qui causerent la mort tant du prince des apôtres que de l'apôtre des nations.
Ce n'est pas que nous prétendions assimiler les derniers temps aux temps apostoliques, ni même faire une comparaison rigoureuse entre ce quatrième àge et aucun des précédents; rien de plus difficile et de plus hasardé, que ces appréciations comparatives tant du fond que des nuances infinies ues mœurs générales et des temps divers. Tout notre but est de tenir les simples en garde contre les déclamateurs de secte, qui, en exaltant avec affectation la pureté des temps primitifs, et en la faisant décroîtreensuite jusqu'a nos jours par des gradations aussi malignes qu'imaginaires, veulent donner à entendre, comme quelques-uns d'eux s'en sont exprimés crument , que l'Eglise catholique, ce fleuve autrefois si majestueux et si pur , au lieu de ses ondes salutaires, ne roule plus qu'une fange infecte.
Détestons à jamais ces principes des subversion, et tous les voiles perfides à la faveur desquels on s'efforce de les insinuer. Ne perdons pas un moment de vue les maximes fondamentales, les principes immuables de la foi chrétienne. Tous les hommes étoient morts en Adam, et les inclinations de l'homme, des son enfance, se précipitoient au mal : donc il a fallu dans tous les temps se faire violence pour emporter le royaume de Dieu; et celui qui est venu rhercher, non pas les justes, mais les pécheurs, nous enseigne en vingt mauières cette vérité. Outre les persécutions cet les violences, il a fallu que les fidèles soutinssent l'épreuve plus terrible encore des leçons et des exemples de séduction. En un mot, la vie du chrétien sur la terre est tellement une guerre sans relàche, que l'Eglise dont il est membre ne s'y qualifie pas autrement que de militante.
Durant le long cours des siècles où nous venons de la présenter dans toutes ses situations, c'est-à-dire, pendant plus de seize cents ans, on ne lui a ,u que livrer ou soutenir des combats, faire ies plus pénibles efforts, ou ssuyer les plus terribles assauts, pour s'établir, pour s'étendre, pour se
(°) Cette expression ne prouveroit-elle pas que l'auteur n'a poussé l'histoire de l'Eglise , que jusqu'à la naissance du jansénisme (1630 ), et que les derniers volumes de cet ouvrage, qui sont en clict d'un style si différent des premiers, sont d'unc autre main ? Dans le cas où ceux-ci eeruicnt bien de Bérault- Bercustel, on vois per-là que ce 4.° Discours doit être lu après le [NOR FE
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DISCOURS. 647 soutenir, pour réparer ses dommages. Durant trois stécles consécutifs, elle fut en butte à la puissance et à la violence des Romains, à l'orgueil insultant des faux sages de la Grèce, à l'antipathie eruelle des Perses impurs, à la barbarie cruelle des états informes, à qui l'ordre public n'étoit pas moins étranger que les mœurs. On fit couler de son sein des fleuves de sang, on immola ses enfants au nombre de douze millions, on diffama ses mysteres, on traita de chimère et d'extravagance la pureté sublime de sa morale, 1nais sa morale et ses mystères furent embrassés enfin par ces nations frémissantes, et encore étonnées de leur propre changement. Les sages de la Grèce et de l’aréopage se turent devant le corroyeur de Tarse, devant les pêcheurs de Tibériade; les césars courbérent leur front sous la croix qui avoit excité toute leur horreur, et le germe le plus fécond du christianisme fut le sang des martyrs, où il devoit être étouffé.
Pendant cinq à six siècles ensuite, l'Eglise eut à lutter contre des nuées de barbares vomis des extrémités du Nord et du Midi jusqu'au sein de ses apanages, et contre l'ignorance, suite inévitable du tumulte et des troubles qu'ils portérent partout, des alarmes uui se renouveloient chaque jour, d'une vie perpétuellement errante et fugitive, de l'anéantissement des lois, de l'infraction de tous les liens de la société : mais elle triompha des barbares qui avoient triomphé des maîtres du monde, et en fit ses plus zélés défenseurs; mais elle trouva des armes puissantes contre l'ignorance, dans le trésor de la tradition , où, comme dans un arsenal muni pour les jours de péril, si l’on peut s'exprimer ainsi, on avoit mis en réserve la surabondance des productions lumineuses de tant d'illustres docteurs qui avoient écrit durant le quatrième et le cinquième siecle, c'est-à-dire, immediatement avant le danger qui se présentoit. Quant à ses nouveaux enfants, ou aux barbares régenéerés, elle trouva des leçons assorties à leur foible capacité, dans les exemples d'une multitude extraordinaire de saints de tout état, qui leur parloient par les yeux, et qu'une providence marquée suscita principalement durant les ténebres du dixième siecle ; et dans les bornes même du génie de ces néophytes, elle trouva un préservatif si puissant contre l'hérésie, qu'il ne s'en éleva pas une seule pendant tout le cours de ce siècle, de tous le plus décrié, et le seul qui n'en ait point enfanté. Par un trait de providence également signalé, tant d'indignes pontifes qui dans le même temps remplirent la chaire de saint Pierre , ne lui firent rien perdre de son autorité. Plût à Dieu qu'alors on n'eût pas entrepris tout au contraire d'en étendre le pouvoir aux choses basses et terrestres, qui ne sont pas de son ressort, et qui l'affoiblirent ensuite au lieu de l'augmenter.
Dans les trois siècles qui suivirent l'âge de la barbarie, un relâchement léthargique, provenu de l'affaissement causé par tant de violentes secousses, une dépravation presque insensible dans ses progres successifs, et beaucoup
lus dangereuse que les fougues soudaines des passions effrénées, jointe à ‘instabilité si naturelle à l'homme, répandit le dégoût sur les pratiques les plus salutaires, et jusque sur les devoirs d'état les plus graves et les plus sacrés. On préféra les pélerinages, et surtout les pelerinages armés, aux œuvres humiliantes et aux canons rigoureux de la pénitence. La résidence épiscopale, base de toute la discipline, devint presque arbitraire pour les
lus grands siéges. Les successeurs même du prince des apôtres fixérent
leur demeure loin des lieux où il avoit elablisa chuire : de la, les murmures
et l’indocilité des peuples, les emportements et les invectives contre les teurs, les clameurs de la réforme contre la dépravation du chef et des membres de l'Eglise, les schismes enfin et les hérésies, et des hérésies d’un caractère de malignite tel qu'on n’en avoit point encore vu depuis la naissance du christianisme ; en un mot, ce péril extrême, où les portes de l'enfer ne pouvoient manquer de prévaloir, si l'extrémité du péril en ce genre, comme on l'a vu par toute la suite de cetie histoire, ainsi que de ce discours, n'annonçoit la proximité du rétablissement,
Voilà ce que nous avions promis dans l'exposition de notre dessein, qui par conséquent se trouve rempli. La meilleure apologie de la religion ne consiste pas dans les ouvrages polémiques et contentieux, qui bien souvent ne produisent que l’aigreur et l'opiniâtre dépit, mais dans la simple exposition des œuvres et des maximes, qui appartiennent véritablement à l'Eglise. L'Eglise toute seule, bien connue et bien présentée, fera toujours elle-même sa meilleure défense. Puissions-nous l'avoir peinte ainsi de ses couleurs naturelles, comme nuus uous y sommes uniquement appliqués durant tout le cours laborieux de cet ouvrage! Puisse aussi un spectacle si frappant faire sur chacun de nos lecteurs cette heureuse impression, qui laisse à peine le mérite de la foi à la claire persuasion où nous sommes, qu'une institution si sublime, et annoncée par des hommes si abjects, si contredite, et si généralement embrassée, si violemment ébranlée, mise à deux doigts de sa ruine, et tout à coup rappelée à sa première splendeur, ne peut être que l'œuvre de Dieu!
Char
FIN DES DISCOURS, Louis Louis
Charl Philif
Alpho Pierre Jean Y
Charle Jacque Mor (Jacqu Ron
TABLE
is sûl CHRONOLOGIQUE ET CRITIQUE, ars, 4 , / | DEPUIS L'AN 1676, JUSQU'A L'AN 17a1. 4 qui 4 1ne !
ent N tion 'E- PAPES. \ 1e sa !
atu— CCXXX VIS. Innocen XI, mort CCXXXIX. Innocent XII, it le le 12 août 1689. 12 juillet 1691.
faire CCXXXVIII. Alexandre VIII, 27 septembre 1700. ne le élu le 6 octobre 1689. COCXL. Clément XI, 23 nov. 1700. | tion 1er fevrier 1691. 19 mars 1724. $ | gé- “ le sa SOUVERAINS. ; EMPEREURS. Guillaume II, usurpe en 1689. 1 , et périt en 1702.
LéopoLp J, morten 1705. Ja reine Anne, 1714.
Joseph I, 1711 Georges 1er, 1727.
Charles VI, 1740. j