‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 20 sur 178 · IS · texte numérisé non relu

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pénitences qu'elle s'étoit imposées. À neuf heures elle se retiroit dans la grotte qui lui tenoit lieu de cellule, et qu'enfin son directeur l’obligea de boiser à cause de l'humidité. Elle faisoit la prière du soir, et l'examen ordinaire de conscience, puis se couchoit pour reposer jusqu'à onze heures. Elle se relevoit alors pour dire les matines qu'elle savoit par cœur, et pour méditer ou contempler jusqu'à deux heures; elle se recouchoit ensuite jusqu'à cinq heures. Pour régler ainsi l'emploi de son temps, elle s’étoit fait une horloge dont le timbre même étoit de bois. Son habilité pour tous les ouvrages de main éloit prodigieuse.

Madame de Maintenon, qui avoit beaucoup d'estime pour le père de Bray, et qui s'adressoit quelquefois à lui pour Ja confession, en hérita un crucifix de bois de cormier, toui d'une pièce, que cette solitaire merveilleuse s'étoit plu à finir pour son directeur, et qui fit l'admiration des plus habiles ou vriers. Cette pièce inestimable à tant d'égards fut donnée aux capucins de Paris, où elle se voit encore (1789), avec letitre de son authenticité appliqué en caractères fort lisibles au revers de la croix. 11 n'en est pas ainsi des lettres de la solitaire, dont avoit pareillementhérité madame de Maintenon. Quelques recherches qu’on ait faites pour en découvrir les originaux, on n’y est point encore parvenu; mais on en a des copies qui portent presque en tout un caractère de vérité qui persuade les plus difficiles critiques, et que le plus habile imposteur n’auroit jamais pu contrefaire. Il falloit nécessairement avoir passé par les voies extraordinaires et sublimes qui sont expliquées dans ces lettres, pour les rendre avec l'onction et l'énergie, et tout à la fois l'exactitude et la simplicité qui s'y rencontrent. Nous avons mis quelque restriction, et le sunple bon sens suffit pour justifier ce point de critique. Et qui ne reconnoîtroit point l’imposture, et !: :2°1e même d'où part l'imposture, ou la supposition, dais !: :. rtinenc : qu'on fait écrire par une personne si sainie sur le compte du père Guilloré, jésuite, qui a joui de la plus haute réputation de sagesse et de vertu parmi tous les orthodoxes de son temps? Est-il moins contraire au bon sens, d'attribuer à une simple fille la longue lettre, qu'on pourroit appeler un traité dogmatique et

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: DE L'EGLISE. (AN 1676.) 13 critique, sur le trop fameux livre du tendre Fénélon, c’està-dire sur les profondeurs et les subtilités de la théolo ie la plus abstruse? Mais ce champ étoit propre à recéler juan moment d'éclater avec avantage, les éloges de quel 4 dé . rebelles à l'Eglise, et quelques assertions 8 ro —æ « sentent que trop les nouveautés proscriles, et que Faut . treprendrons pas de débrouiller. Ici l’on ne doit que no ve la piété du lecteur , qui attend avec impatience 1 yuite d'un article si propre à l'édifier. 2 ne

Outre le crucifix travaillé pour le père de Brar, la solitai en fit trois autres pour sa solitude : un petit de six cu qu elle portoit en tous lieux caché sur sa poit:ine ; un % trois pieds, qu elle avoit placé dans sa cellule pour faire à ses jeds ses exercices journaliers de dévotion, et un troisième bat de six pieds, fait du bois d’un tilleul que le tonnerre avoit abat | dans la forêt. Elle avoit érigé celui-ci sur une porn % vironnée de rochers, qui lui représentoient le calvaire ra reste de ses effets n'est pas moins intéressant, et l’on ne ‘ -

. roit guère douter que le dénombrement n’en soit duti-bion

à . + ‘ * reçu. Voici donc l'inventaire exact de ce pauvre et inappré-

! au dépositaire de toutes ses pensées : : Une Bible, avec un

ciable mobilier ; c'est le compte même que lasolitaireen rendit

4 abrégé de la vie des saints; une Imitation de Jésus-Christ . avec un petit livre intitulé l'Horloge du cœur, et quelques

: feuilles sur la dévotion au saint sacrement ; un bréviaire ro- . main qu elle récitoit habituellement, et qu'elle avoit la satis- . faction d'entendre, ayant appris le latin; un petit couteau, et

. un grand qui servoit de serpe ; deux ciseaux, deux gouges ?

deux villebrequins, deux terrières, deux rabots , une scie, un

| marteau et un établi; quelques cents d’épingles, des aiguilles LU

du fil blanc et du fil gris, une paire de ciseaux et un dé de | cuivre ; deux écuelles, un pot et un gobelet, le tout de bois; une haire, un cilice et deux disciplines. Voici la garderob . sept chemises de toile blanche, qu'elle ne ASE - ue ss sortir, deux chemises de toile d’étoupe, et une de pas + | : deux jupes, deux corps, un manteau, deux coiffes de teetas,

* Lettre HT au P. de Bray.

cheveux qui étoient fort longs, deux peignes et un petit mi-

; * le :

ol | à 14 (An 1676.) HISTOIRE ï | ts six coiffes blanches, six grandes cornettes, une paire de gants, . p | fl deux paires de bas gris, deux paires de souliers, cinq bonnets, À € | Al dont trois de toile, un de serge blanche, et un de cuir : elle d si ne portoit que celui-ci dans sa solitude, et y alloit toujours e | ki nu-pieds; un fichu noir, six mouchoirs de toile, un scapu- s | laire du tiers-ordre de saint François dont elle étoit; une lé | ï guimpe, un voile, quelques aunes de ruban de fil pour lier ses 7 |

son cœur de la jouissance même la plus innocente, permit que le lieu de sa retraite fût presque entièrement découvert. Ses apparitions dans les églises du voisinage, où on la voyoit absorbée toute en Dieu, et plus semblable à un ange qu’à une mortelle, avoient inspiré le plus vif désir de la connoître. Long-temps on l'avoit prise, tantôt pour une étrangère infortunée, et réduite à quitter son pays, tantôt pour une servante de quelque village voisin, tantôt pour une tourière de religieuses : mais le temps et les enquêtes avoient à la fin levé ces préventions. Plus le mystère devenoit obscur, plus la curiosité s’'augmentoit. On fit épier la sainte étrangère au sortir de sa forêt, et quand elle y rentroit. Comme elle alloit toujours par des chemins détournés, tantôt par l'un, tantôt par l'autre, elle échappa long-temps à l'espionnage. Enfin tant de gens s'en mélèrent, et les religieux de l’abbaye voisine, et les touik rières du monastère des filles, et tant de curieux , qu'on parà vint à découvrir, non pas sa demeure même, mais les rochers qui l’environnoïent, et on ne lelui dissimula point. 11 ne lui en fallut pas davantage pour prendre son parti.

Après avoir consulté le Seigneur au pied du crucifix, elle se | “l transporta poussée, dit-elle 1, par une force irrésistible, à trente licues de là, toujours dans les Pyrénées, près des terres d'Es-

| roir pour se coiffer quand elle devoit sortir. : L | l, Voilà toute sa fortune qu'elle préféroit à celle des rois, plus Fe rh jalouse de privations, que la mollesse et la cupidité ne sont " | il affamées de faux biens qui les tourmentent en les assouvissant. À 1: | ‘| Elle jouissoit de la pleine satisfaction de ses désirs dans la L de | vu sainte obscurité de sa solitude, quand le ciel, pour détacher ho !

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