‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 30 sur 178 · A IN NE RER · texte numérisé non relu

A IN NE RER

4 PIE ARTE Le

| DE L'ÉGLISE. (An 1680.) 4 gues de leur traite. Le capitaine surpris, et en quelque sorte confus de ne pas trouver sa nièce avec eux, leur tint quelques propos indifférents, puis retourna sur ses pas, persuadé qu'il avoit cru légèrement un faux bruit. Les deux néophytes reprirent ensuite leur route avec Catherine, et arrivèrent heureusement tous les trois à la mission du Saut.

Catherine y fut logée, comme l'étoient déjà sa sœur et son beau-frère, dans la cabane de l’une des anciennes et des plus dignes chrétiennes de la mission. Elle se nommoit Anastasie, et avoit charge d'instruire les personnes de son sexe qu'on disposoit au baptême. Ses instructions, et plus encore ses exemples, charmèrent Catherine, dont la joie fut portée à son comble par la ferveur générale de tous les fidèles qui composoient cette chrétienté naissante. Elle comparoit leur conduite exemplaire, à la vie licencieuse qu'elle avoit vu mener à plusieurs d'entre eux dans les lieux de leur origine, et reconnoissoit avec ravissement que tel qui peu auparavant ne respiroit

ue le sang et la fange, que le meurtre et l’inipudicité, étoit un modèle de la pudeur et de la douceur évangélique. Péné-

: trée de reconnoïissance envers le Dieu de bonté qui l'avoit

conduite dans cette terre de bénédiction, elle prit la résolution , invariable à jamais, de se donner à lui sans réserve; et dès ce moment elle montra tant de ferveur, que les missionnaires lui permirent peu après de faire sa première communion. C'est une grâce qui ne s'accordoit aux Iroquois transfuges, qu'après des années d'épreuves : mais on crut devoir passer pour elle sur les règles conimunes , et la suite montra bien qu'on ne s'étoit pas trompé. Bientôt l'on reconnut dans cette jeune personne, non pas simplement une pieuse néophyte, mais l'une de ces âmes privilégiées que le ciel veut élever, dans la carrière même de la vie parfaite, au-dessus de la classe ordinaire.

Ses propres vertus cependant formèrent un nouvel obstacle au dessein qu'elle avoit de demeurer vierge. L'intérêt est un mobile bien fort pour toutes sortes de personnes même vertueuses, La sœur de Cathcrine se persuadant qu'il n'y auroit point de jeune homme dans la mission du Saut, qui n’aspirât au bonheur d'épouser une fille si vertueuse, et qu'ayant à

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ge

42 (An 1680.) HISTOIRE choisir dans toute l'habitation , elle auroit pour mari quelque habile chasseur qui porteroit l'abondance dans toute la famille, elle se mit en tête de l'obliger à se marier. Elle la prit en particulier, et avec celte éloquence que l'intérêt propre donne aux sauvages, autant qu'à toute autre nation, elle lui parla du mariage, comme du moyen le plus sûr, tant pour prévenir les occasions du péché, que pour obvier aux extrémités de l’indigence, qui ne'sont pas moins dangereuses pour le salut. La vertueuse transfuge ne s'attendoit point à trouver des tentations dans l'asile même de la vertu ; mais elle sut faire usage de toute la prudence évangélique. Sans trop marquer sa surprise, elle répondit que l'affaire étoit de première importance, et qu'elle y penseroit mûrement. La sœur entrevoyant qu'il ne lui seroit pas facile, au moins seule, de la déterminer, trouva moyen dese faire appuyer par la respectable Anastasie, qu'elles regardoient l’une et l’autre comme leur mère. Ces dernières instances ne réussirent pas mieux que les premières. Anastasie, qui avoit trouvé jusque-là dans Catherine une docilité sans réserve, fut si étonnée de sa résistance, qu'elle lui en fit des reproches amers, et la menaça d'en porter ses plaintes au missionnaire leur pasteur et leur oracle.

Catherine la prévint : après avoir raconté au père les combats qu'on lui avoit livrés, et qu'on lui livroit encore journellement, elle lui déclara qu'elle étoit résolue à n'avoir jamais d'autre époux que Jésus-Christ, et le conjura de l'aider de tout son pouvoir à consommer le sacrifice qu'elle méditoit depuis long-temps. Le missionnaire, tout en louant sa résolu tion, ne parut pas tout-à-fait se rendre à ses désirs. Pour l’éprouver sans doute, il appuya sur les raisons qui pouvoient la faire pencher vers le mariage. « Ah ! mon père, s'écria-t-elle, je me suis donnée tout entière à Jésus-Christ ; il ne m'est pas possible de me partager entre deux maîtres. Pour la pauvreté, dont on veut me faire peur, ce danger ne me regarde point; il faut si peu de chose pour me nourrir, que mon travail y suffira toujours, et toujours je trouverai quelque haillon pour me couvrir.» Le missionnaire la congédia, en lui disant que la chose méritoit qu'elle y fit une attention sérieuse ; qu'elle se consultât bien elle-même, et qu'il lui donnoit trois jours pour

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DE L'EGLISE. (an 1630.) 45 y penser devant Dieu. Elle acquiesça d'abord à cette proposition ; mais peu de moments après, elle revint, et dit : C'en est fait, mon père, il n’est plus question de dthibérer ; non jamais je n'aurai d'autre époux que J ésus-Cbrist. Le sage pasteur ne s’opposa pas davantage à une résolution si vraisemblablement inspirée par le Saint-Esprit. Catherine se consacra irrévocablement au Seigneur par le vœu de virginité, et le missionnaire lui promit de prendre sa défense contre tous ceux qui voudroient l’inquiéter à l'avenir. Anastasie vint cependant lui porter ses plaintes contre l'indocilité prétendue de Catherine. 11 l’interrompit, en lui témoignant sa surprise de ce qu'une chrétienne, assez éclairée pour instruire les autres, ne comprit pas mieux le prix de la virginité, le prix d'une vertu qui rend l'homme semblable aux anges. À ces mots, la bonne Anastasie revint comme d’un profond assoupissement, se condamna ellemême, et ne pensa plus désormais qu’à fortifier la nouvelle épouse de Jésus-Christ dans ses dispositions angéliques.

La vierge iroquoise, depuis sa consécration, sembla ne plus tenir à la terre, et déjà partager le sort des esprits célestes, Elle ne trouvoit de plaisir qu'au pied des autels, ou dans le

* saint calme de la solitude. Sa conversation étoit presque uni-

quement dans le ciel. Celle des hommes ne lui étoit supportable qu'autant qu'ils lui parloient de Dieu. Elle le voyoit, le sentoit, pour ainsi dire, et l'entretenoit partout. Sa prière étoit contiruelle, même au plus fort de son travail, qui toutefois n'en fut jamais ralenti; mais la meilleure partie de ses nuits se

| passoit uniquement dans l'intimité de ses tendres communi-

cations avec le divin époux. Ses jeûnes aussi-bien que ses veilles, ses austérités de toute espèce, redoublèrent à légal de sa piété.

Pénétrée de la foi et de la reconnoissance la plus vive pour un Dieu qui l’avoit et rachetée, et dotée de son sang, elle étoit ingénieuse à imaginer en toute rencontre des manières nouvelles de crucifier sa chair. Quand elle alloit au bois pendant l'hiver, elle suivoit de loin ses compagnes, ôtoit sa chaussure, el marchoit nu-pied dans Îles glaces et les neiges. La douleur du froid ne lui paroissant point assez forte, un jour elle s appliqua sous les pieds des tisons ardents. Une autrefois, elle

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