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44 (Ar 1680.) HISTOIRE
parsema d’épines la natte où elle couchoïit, s’y roula trois nuits de suite, et l'eût fait plus long-temps , si l’une de ses amies, frappée de l'altération de son visage et de son attitude génée, ne Jui eût arraché son secret, et fait scrupule de sa ferveur indiscrète. En effet, sa cumplexion n'étoit pas assez forte, au moins pour soutenir long-temps de pareilles macérations. Elle fut attaquée d'une maladie violente, et si elle en releva, il lui en resta une fièvre lente qui la consuma peu à peu, Bien loim cependant que la langueur du corps passât jusqu'à l'âme, plus elle approcha de son terme, plus on vit éclater l’'éminence des vertus qu’elle avoit pratiquées dans la plénitude de ses forces. Jamais il ne lui échappa un mot de plainte, ni un signe même involontaire d'impatience, quoique ses souffrances, durant les deux derniers mois de sa vie surtout, fussent excessives. Quand ses douleurs étoient les plus aiguës, c'étoit alors qu'elle paroissoit plus contente, se disant et s’estimant très-heureuse de vivre et de mourir sur la croix.
Elle se trouva aux prises avec la mort, dans le temps où les sauvages font leur grande chasse de provision, et que leurs femmes sont occupées depuis le matin jusqu'au soir aux travaux de la campagne. Les malades alors restent seuls pendant toute la journée, avec un plat de blé d'Inde et un vase d'eau qu'on met le matin auprès de leur natte. Ce fut dans cet abandon que Catherine passa tout le temps de sa dernière maladie ; et sa joie s’accrut autant que son mérite. Elle tourna sensiblement à la mort au commencement de la semaine sainte. Après avoir reçu les derniers sacrements avec une chaleur de sentiments qui ne se ressentoit en rien de son extrême foiblesse, elle entra le mercredi soir dans une douce agonie, où elle perdit l'usage de la parole, en conservant néanmoins une connoissance parfaite. Au bout d'une demi-heure, elle rendit le dernier soupir aussi tranquillement que si elle se füt endormie. Elle n'avoit pas vingt-quatre ans accomplis : mais le ciel faisant voir que dans l'ordre de la grâce et du mérite, elle avoit déjà fourni une longue carrière, son visage entièrement défiguré peu auparavant par les effets de la maladie, surajoutés à ceux de la pénitence, parut tont à coup si changé et si ravissant, que la voix du peuple, d'accord avec celle de Dieu, fit
la trois nuits le ses amies, titude gênée, le sa ferveur ssez forte, au érations. Elle releva, il lui eu. Bien loim à l'âme, plus éminence des deses forces.
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DE: L'ÉGLISE. (AN 1680.) 45 retentir ces mots de toute part : La sainte est morte, la sainte est passée au ciel. On eût dit qu'en effet un rayon de la gloire céleste réjaillissoit de son front.
Deux Français qui venoient des extrémités de la prairie de la Madeleine, la voyant si fraîche et si belle, étendue sur sa patte dans une cabane ouverte à tout le monde, ils se dirent l'un à l’autre : Voilà une jeune personne qui prend son sommeil avec bien de la sécurité. Mais quand ils eurent appris que
’étoit le corps de Catherine T'egacouita, morte le jour précélent, un sentiment religieux repoussa bien loin toute autre pensée ; ils se jetèrent à ses pieds, ils se recommandèrent à ses prières, et aussitôt après, ils commandèrent une châsse en forme de cercueil, afin d’honorer son corps comme de saintes reliques. Le ciel ne tarda point à honorer lui-même cet ange terrestre. Entre les guérisons miraculeuses qui s'opérèrent sans nombre à son tombeau, il seroit difficile à l’incrédulité même 1e contester plausiblement la guérison particulière d'un grand
icaire de Quebec, et celle d'un commandant du fort de Frontenac, qui furent attestées par eux-mêmes, et vérifiées dans les formes les plus rigoureuses et les plus authentiques. Et quoi
. de plus croyable, pour peu qu'on ait connoissance du premier
établissement de l'Evangile, quoi de moins incroyable que des merveilles si propres à manifester le pouvoir de la grâce sur le cœur des peuples même les plus barbares? Si Dieu est admirable dans ses saints , c’est principalement dans ceux qu'il forme parmi les Iroquois et les anthropuphages, c'est là qu'éclate sa gloire.
Catherine, quoique très-distinguée entre les chrétiens de la mission du Saut, y avoit néanmoins quantité d'imitateurs, jusque dans ses plus hautes vertus. L'esprit de pénitence en particulier , la haine de sa chair et l'amour de la croix, si essentiel à l'Evangile, y régnoient universellement. Les jeûnes rigoureux, les disciplines sanglantes, les ceintures garnies de pointes de fer, toutes les macérations des inonastères les plus pénitents , y étoient des observances communes. Les femmes ne se distinguoient des hommes, qu'en employant leur imagination plus vive à inventer des pratiques plus étranges pour crucifier leur chair. Plusieurs d'entre elles, lorsque le froid
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46 {AN 1680.) MISTUIRE
éloit le plus piquant, s'enfonçoient, s’ensevelissoient, pour ainsi dire, dans les neiges. D’autres presque entièrement nues, en des lieux écartés, demeuroient long-temps exposées au souffle tranchant d'un vent du nord, sur les bords d’unlac, ou d’une rivière glacée. Quelques-unes, après avoir rompu la glace d’un étang, s’y plongeoient jusqu'au cou, et y récitoient lentement leur chapelet tout entier. Une entre autre s’y enfonça trois nuits consécutives ; ce qui lui causa une fièvre si violente, qu'elle en pensa mourir. |
Par-là aussi les missionnaires furentinformés de ces ferveurs indiscrètes, que toute leur autcrité n'arrêta pas sans peine : mais la Providence avoitses vues jusque dans ces sortes d'excès; c'éloit par ces tourments volontaires que les saints néophytes du Saut, à la veille d'une persécution, se disposoient à braver pour la foi les plus affreux supplices.
La guerre s’étoit rallumée entre la France et l'Angleterre. Les Iroquois, également jaloux au fond des progrès de ces deux couronnes si près d2 leurs propres terres, penchoïent en cette rencontre pour les Anglais, qu'ils craignoient, non pas sans raison, de voir écrasés par la France. Dans les cinq cantons ou peuplades principales qui formaient la confédération iroquoîse, c'étoit un point de politique, aussi-bien suivi qu'on a peine à le croire de ces hordes grossières, de maintenir l'équilibre entre ces deux puissants voisins, comme Île préservatif unique de leur propre liberté. En effet, et ils le sentoient parfaitement, ils ne pouvoient que succomber sous celui des deux qui prendroit l’ascendant sur l’autre. Au premier bruit de la guerre, ces rusés barbares voulant recueillir toutes leurs forces, invitèrent leurs compatriotes de la colonie du Saut à revenir dans leurs cantons propres. Ceux-ci ne voyant dans cette réunion que des périls pour leur foi, malgré toutes les promesses du contraire, se refusèrent invinciblement à toutes les invitations et à tous les ordres ; sur quoi ils furent déclarés ennemis de la patrie, et incontinent poursuivis à toute outrance.
Un parti qui en surprit quelques-uns à la chasse, les ramena garrotés aux cantons , où ils furent brûlés à petit feu. Ces généreux martyrs, au milieu des brasiers, prêchoient Jésus-Christ à ceux qui les rôtissoient, les exhortant à se dérober,
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