‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 45 sur 178 · AN · texte numérisé non relu

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DE L'ÉGLISE. (An 1645.) g5 tiers et soixante mille ouvriers, en y comprenant les personnes occupées au dévidage, et qu'après la révocation, il ne s'y trouva plus que douze cents métiers, et quatre mille ouvriers. À la seule inspection de cette partie du rappory, la contradiction saute aux yeux, pour peu qu'on soit attentif, En supposant contre toute vérité et toute vraisemblance, les religion naires déserteurs de tout le royanme au nombre de trois millions , ils n’eussent fait cependant que la huitième partie des Français, dont le total monte à vingt-quatre millions. C'est donc manquer de pudeur ou de bon sens, que de réduire le commerce du royaume dans la proportion de quatre à soixante, ou de quatre mille ouvriers à soixante mille.

Autre fausseté palpable, et nouvelle contradiction dans ce même rapport. Il porte que le tarif de Tours, avant la révocation, montoit chaque année à dix millions de livres de soies; que cette manufacture employoit sept cents moulins, et quarante mille personnes pour le dévidage. D'abord rien de plus facile à confondre, que la fiction de cette énorme quantité de soie, qui réduite en balles ordinaires, en auroit formé soixantedeux mille cinq cents. Voici qui est précis et non contesté. l'outes les soies employées dans le royaume passoient forcément par la douane de Lyon!; or, le compte des soies, qui,

année commune, arrivoient alors à cette douane, ne montoit

qu'à trois mille balles. Quand donc tout ce qui en seroit entré dans le royaume aurait été pour Tours, quelle distance ne resteroit-il pas de ce total de trois mille, à la quantité prétendue de soixante-deux mille cinq cents? Quant aux sept cents moulins allégués, et aux quarante mille personnes employées au dévidage ; si cette allégation fut l'ouvrage d’un intendant, elle ne peut servir qu'à le convaincre, comme bien d’autres, d'une impéritie honteuse. Pour ouvrer les dix millions prétendus de livres de soie, déduction même faite du tiers qui est pour la chaîne, et qui arrivoit tout ouvré, au lieu de sept cents moulins il en auroit fallu, suivant le calcul des artistes les plus exacts, deux mille sept à huit cents; et au lieu des quarante mille dévideurs ou dévideuses, avant l'usage des rouets de Lyon,

1 Mémoire des marchands de Lyon, p. 102.

qui n'étaient pas encore inventés, il en auroit fallu plus ile

‘ soixante-six mille, sans même compter huit mille femmes ou

enfants occupés à mettre la trame sur les canettes.

Voilà quel fond l'on peut faire sur ces rapports ou mémoires, d'officiers publics, dont on ne relevoit pas les inepties sans risque. Il en est encore quatre ou cinq de même goût et de même valeur que celui-ci : mais son seul examen peut-être, tout nécessaire qu'ilétoit, n'a déjà paru que trop long. Tous les monuments invoqués d'ailleurs en faveur de la cause calvinienne, ne consistent qu'en recueils de plaintes et de clameurs vagues, où perce le chagrin, exagératif de sa nature, sujet aux visions, et quelquefois au délire. Quai de plus extravagant en effet, que d'attribuer, d’une manière exclusive , le génie du commerce et des arts aux sectateurs de Calvin, farouches destracteurs dès leur origine, et beaucoup plus propres à mettre en pièces nos vases et nos ornements sacrés, qu à préparer les matières qu’on y faisoit servir? Mais ignore-t-on, ou veut-on faire ignorer comment se trouvoient montés, avant la révocation de l'édit de Nantes, nos ateliers et nos manufactures ? On y croyoit les ouvriers calvinistes si peu nécessaires, qu'ils en étoient exclus presque généralement par autorité publique. Un arrêt du conseil, en date du 24 avril 1667, eu réduisit le nombre, pour le Languedoc, au tiers des autres ouvriers. Le parlement de Normandie allant plus loin, dés l'an 1667, fixa leur nombre à un seul sur quinze catholiques. Dans la capitale du royaume , il leur fut défendu, pour la mercerie, d'être plus de vingt sur trois cents, et il y avoit des communautés, tant d'arts que de métiers, où l’on n'en recevoit point du tout. Les fabricants d'Amiens, de Dijon et d'Autun, par exemple, n'en admettoient aucun dans aucune de leurs fabriques. En toute province, ils étoient généralement exclus des nouvelles manufactures. On pouvoit donc s’y passer d'eux. Ils n'avoient donc pas seuls le talent des arts et des métiers, et ils ne pouvoient pas même l'avoir en grand nombre. Ils n'ont donc porté, par leur désertion, ni grand avantage à l'industrie de l'étranger, ni grand préjudice à celle de la patrie.

Dans le fond, quel prix et quelle consistance avoit chez nous l'industrie en 1685 ? Nos plus beiles fabriques alors ne

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