‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 47 sur 178 · ES · texte numérisé non relu

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98 (An 1685.) HISTOIRE l'exportation plus difficile; et les milices forcées, les armées innombrables de Louis XIV , la multiplication meurtrière des batailles, qui moissonnèrent tant de travailleurs, ou occupérent du moins tant de bras nécessaires aux ateliers languissants. Pour ce qui est de l'émigration , elle porta si peu d'atteinte à la richesse, ainsi qu’à la population du royaume, que deux ans

après cette fuite, les revenus de l'état, loin d'éprouver une

diminution, furent augmentés par le bail de 1687, et la surcharge de l'impôt, si l’on peut la nommer ainsi, ne fut que d'un liard par tête.

Que si l’on imagine encore que le royaume se soit appauvri par la retraite des religionnaires, qu'on jette un coup d'œil sur ces amas de richesses qui se trouvent dans la capitale et dans toutes nos bonnes villes, richesses véritablement immenses, quoique mal réparties. Qu'on entre au hasard dans l'un des palais qui forment seuls de longues rues dans plusieurs de nos cités, qui dans Paris forment seuls de vastes quartiers, et l’on y verra l'or et l'azur étinceler jusque sous les portiques; on y verra plus de granit et de porphyre, qu'il n'y avoit de pierres appareillées chez nos aïeux ; plus de tableaux des grands maîtres, qu’ils n'avoient de marmousets; plus de trumeaux superbes, qu'ils n’avoient de miroirs de poche ou de toilette; plus de cristaux et de porcelaine, qu'ils n'avoient de poterie. Ontrouvera des tentures et des carosses de rechange chez ceux dont les pères n'avoient pour tapisserie qu'une triste bergame, et une mule pour équipage ; encore les attelages des fils sontils plus chamarrés que ne le fut aux plus grands jours de fête le pourpoint de leur père. J'en appelle à ces Français de l’autre siècle. Quediroient-ils, soit de la richesse, soit de l’appauvrissement de la France depuis l'émigration des religionnaires, s'ils voyoient ces lourdes masses d'argent ciselé, et ces monceaux de vaisselle plate, eux dont les cuillers étoient si minces, qu'on y apercevoit l'empreinte de la dent ? Que diroient nos mères à la vue de ces boisseaux de pierreries, de ces vastes écrins dont elles ne connoissoient pas l'usage, dont elles ignoroient peut-être le nom ? Que diroit la reine, mère de Louis XIV , si elle voyoit à une dame de compagnie, que disje? à une femme de service, des bracelets, des aigrettes, des

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DFE L'ÉGLISE. (AN 1685.) 99 girandoles, des rivières de diamants, elle à qui Louis XIII, dans sa plus grande inagnificence, ne donna que les minces diamants qui pouvoient entrer dans la garniture de douze ferrets d’aiguillettes ? Qu'on ne dise donc plus qu'avec les calvinistes fugitifs, la richesse et la prospérité ont fui de la France, et que la révocation de l’édit de Nantes en a tari la véritable source. Non, le prince qui le révoqua ne fut point entraîné par une dévotion mal entendue; il ne consulta pas moins sa prudence que sa religion.

Oublions toutefois pour un moment ce qui regarde la politique, qui après tout n'estici qu’un objet accessoire : au moins le monarque n’enfreignoit pas les lois de l'équité et de la rigide justice. Les sectaires, ilest vrai, avoient érigé les concessions forcées de ses prédécesseurs , et les contraventions même à ces réglements, en lois irrévocables et en obligations sacrées : à quoi, disoient-ils, on ne pouvoit plus désormais sans crime porter aucune atteinte. Mais Grotius , aussi versé dans le droit des gens, que peu suspect d'abonder dans le sens des catholiques, a parfaitement senti l'illusion de ces préjugés 1. « Que ceux qui prennent le nom de réformés, dit-il, n’oublient point que ces édits ne sont pas des traités d'alliance, mais de pures déclarations des rois, qui les ont portés en vue du bien public, et qui pourront les révoquer si le bien public le demande. » Ainsi, en quelques mots, cet habile publiciste établissoit-il le principe fondamental en cette matière. Les monarques français, en accordant à leurs sujets hérétiques et factieux, ce qu'ils n'étoient pas en situation de leur refuser, ne traitoient point ( circonstance à quoi surtout on doit faire attention), ne traitoient point avec des princes ou des états étrangers, mais avec des sujets que la rébellion seule autorisoit à s'arroger cette sorte d'égalité avec leurs souverains.

Qu'on se rappelle de quelle manière le calvinisme s’est établi en France, et les vains efforts qu'on y a faits jusqu'au règne de Louis le Grand, soit pour l'y étouffer d'abord, soit pour l'en bannir ensuite. L'hérésie forcenée s’y soutint malgré ses énormes pertes, et les catholiques cessèrent de voincre,

* Rivotian Apol. Discus, p. 22,

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