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pour ne pas consommer la ruine du royaume. Telle fut l’unique sanction des édits de tolérance ou de pacification rendus par Charles IX, par Henri IIT, et par Henri IV lui-même, qui ne fut guère moins inquiété que ses prédécesseurs par les factieux sectaires, dont il ne fut l'idole qu'autant qu'il en fut le soutien. Louis XIII, contraint par leurs soulèvementsinterminables à reprendre les armes, leur enleva leurs places de sûrelé, et les dépouilla de leur monstrueuse puissance : mais quelle que fût la hauteur et la force du génie de son ministre , Richelieu n'osa toucher à leur capital, à leurs temples, à leur exercice de religion. Content de les avoir réduits au rang des sujets, il ne crut pas encore possible de les soumettre au joug de la foi; il ne leur ôta pas même tout ce qu'ils avoient usurpé au-delà des concessions : tant il paroissoit dangereux de rappeler à la règle des gens accoutumés, sous le moindre prétexte, à se porter aux derniers excès !
La cour n'en étoit pas moins convaincue que ce qu'elle toléroit n’étoit pas tolérable, et qu'il nuisoit infiniment à la monarchie ainsi qu'à la religion. Cependant le premier devoir du prince, devoir indispensable, imprescriptible , à jamais inviolable, c'est de procurer sans relâche le bien de la religion, ainsi que de l’état, et d'en réparer les dommages, dès qu'il peut écarter les périls qui suspendoient la réparation. T'ous les édits qu'il à pu rendre, s'ils contreviennent à cette règle immuable posée de la main de Dieu , et non pas de l'homme, ne peuvent être que conditionnels, en quelques termes qu'ils soient conçus : la même raison de nécessité qui les a fait rendre, en détermine essentiellement la durée. Ainsi Louis le Grand a pu et a dû imiter le grand Constantin, le grand Théodose, et tant de monarques religieux, que la crainte de manquer à ce genre d'engagement contracté par eux ou par leurs prédécesseurs n'empêcha point de révoquer des grâces forcées el pernicieuses, qui ne servoient qu'à nourrir l'hérésie et la discorde dans le sein de l’état.
Mais de quel front les injustes et parjures sectateurs, soit de Calvin, soit de Luther, réelament-ils les engagements, quels qu'ils puissent être, eux qui canonisent les infractions faites en faveur de nouveautés qui devoient au moins leur être sus-
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DE L'ÉGLISE. (Ar 1685.) 101 pectes, à des promesses incontestablement sacrées ? Les princes et les magistrats, qui, en Allemagne, en Angleterre, en Hollande, en Suède, en Danemarck, ont établi le nouvel Evangile sur les ruines de l'ancienne croyance, n’avoient-ils pas sucé celle-ci avec le lait, et juré solennellement de la maintenir? Les Hollandais surtout se montrèrent-ils bien rigides observateurs des promesses jurées, des traités et des conventions patriotiques , revêtus des formes les plus solennelles et les plus religieuses, lorsqu’après l'union d'Utrecht et la pacification de Gand , ils bannirent des Provinces-Unies la foi dont ils venoient de jurer la conservation P
Non, non, la probité la plus sévère n’a rien à reprendre dans une opération où Louis XIV , sans violer aucun engagement légitime ni réel, a fait pour le rétablissement de la religion de ses pères, ce que des puissances hérétiques et parjures avoient osé faire pour son extinction. Il ne reste quelque ombre de doute qu'au sujet de la politique, que nous avons déjà touché, mais que nous avons craint d'approfondir, comme de notre chef : car enfin, nous ne disconvenons pas que la désertion de nos religionnaires, quoique infiniment moins considérable qu'on ne voudroit le persuader, n’ait porté quelque préjudice aux manufactures et au commerce du royaume ; au moins leur a-t-elle nui, selon la porportion du nombre des fugitifs avec la totalité des habitants de la France: mais quelle est la proportion de soixante et quelques mille âmes, à vingt-quatre, ou vingt-deux, ou vingt millions d'âmesP Elles en font tout au plus la centième partie. D’un autre côté, combien d'avantages une perte si médiocre ne procura-t-elle point? Combien de troubles et de calamités, ou du moins de périls et d'alarmes dont elle a tari la source P Au reste ces dommages et ces avantages furent mûrement contrebalancés dans le conseil de Louis, dit le Grand , autant pour la sagesse de sa politique que pour l'éclat de ses victoires. Eh ! qui done oseroit mieux présumer de ses propres lumières, que de celles qui ont porté au plus haut point la puissance et la splendeur de l'empire français ? Mais craignons jusqu'au faux air d'une témérité qui apprécieroit comparativement les conseils des
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103 (An 1685.) HISTOIRE dieux de la terre; il n'appartient qu'à l'un d'eux de présenter aux autres ses idées lumineuses,
Taisons-nous done, et laissons parler un prince dont le nom seul, après quatre générations, porte encore la persuasion avec le respect dans toutes les âmes qui font estime de la capacité et de la vertu réunies. Le duc de Bourgogne, formé par l’ha bile main de Fénélon, sous l'œil pénétrant de Louis XIV, a laissé, sur la révocation de l’édit de Nantes, un mémoire raisonné, qu'on ne sauroit trop répandre, au moins dans les conjonetures nù nous nous retrouvons. ]l y convient si parfaitement, qu'on le croiroit fait exprès, s’il n'avoit été transmis de mains en mains augustes jusqu'aux derniers descendants de son auguste auteur. Quoiqu il soit d’une étendue proportionnée à l'importance de la matière, nous ne craignons pas qu'il semble trop long à ceux des Français qui ont encore l'âme religieuse et les idées saines ; ainsi nous n'en retrancherons que très-peu de choses, devenues moins intéressantes par le cours des années et le changement de quelques légères circonstances. Le voici !.
« Je ne m'attacherai point à considérer les maux que l’hérésie a faits en Allemagne, dans les royaumes d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, dans les Provinces - Unies et ailleurs; c’est du royaume seul dont il est question. Je ne rappellerai pas même, dans le détail, cette chaîne de désordres consignés dans tant de monuments authentiques ; ces assemblées secrètes, ces serments d'association, ces ligues avec l’étranger, ces refus de payer les tailles, ces pillages de deniers publics, ces menaces séditieuses, ces conjurations ouvertes, ces guerres opiniâtres, ces sacs de villes, ces incendies, ces massacres réfléchis, ces attentats oontre les rois, ces sacriléges multipliés, et jusquelà inouïs : il me suffit de dire que depuis François I jusqu'à nos jours, c'est-à-dire, sous sept règnes différents, tous ces maux, et d'autres encore, ont désolé le royaume avec plus ou moins de fureur. Voilà le fait historique, que l'on peut charger de divers incidents, mais que l'on ne peut contester substantiellement et révoquer en doute; et c'est ce point capital
s Vie du duc de Bourg. depuis dauphin, tom 2, p. 98 et suiv.
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LE NCRETS 210
DE L'ÉGLISE. (AN 1685.) 103 qu'il faut toujours envisager dans l'examen politique de cette aftaire.
» Or, partant du fait notoire, il importe peu de discuter si tous les torts attribués aux huguenots furent uniquement de leur côté. Il est hors de doute que les catholiques auront eu aussi les leurs, et je leur en connois plus d'un dans l'excès de leurs représailles. 11 ne s'agit pas même de savoir si le conseil des rois a toujours bien vu et sagement opéré dans ces jours de confusion. Que l'hérésie ait été la cause directe, ou seulement l’occasion habituelle et toujours renaissante de ces différents désordres, toujours.est-il vrai de dire qu'ils n’auroient jamais eu lieu sans l'hérésie ; ce quisuffit pour faire comprendre combien il importoit à la sûreté de l’état qu'elle y fût éteinte pour toujours.
» Cependant on faitgrand bruit, on crie à la tyrannie, et l’on demande si les princes ont droit de commander aux consciences, et d'employer la force pour le fait de la religion. Comme c'est de la part des huguenots que viennent ces clameurs, on pourroit, pour réponse, les renvoyer aux chefs de leur réforme. Luther pose pour principe, qu’il faut exterminer et jeter à la mer ceux qui ne sont pas de son avis, à commencer par le pape et les souverains qui le protégent ; et Calvin pense à cet égard comme Luther. Nos principes sont bien différents sans doute : mais sans donner au prince des droits qui ne lui sont pas dus, nous lui laissons ceux qu’on ne sauroit lui contester, et nous disons qu'il peut, qu’il doit même, comme père de son peuple, s'opposer à ce qu'on le corrompe par l'erreur; qu'il peut et qu'il doit, comme l'ont fait les plus grands princes de tous les temps, prêter son épée à la religion, non pas pour la propager, ce ne fut jamais l'esprit du christianisme, mais pour réprimer et châtier les méchants qui entreprennent de la détruire. Nous disons enfin, que s’il n'a pas le droit de commander aux consciences, il a celui de pourvoir à la sûreté de ses états, et d'enchaîner le fanatisme qui y jette le désordre et la confusion.
» Que les ministres huguenots comparent, s'ils le veulent, la conduite modérée qu'on a tenue à leur égard , avec la cruauté des premiers persécuteurs de la religion : j'almets la compa-
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raison , tout injuste qu'elle est, et je dis que les césars eussent été fondés à proscrire le christianisme, s'il eût porté ceux qui le professoient à jeter le trouble dans l'empire. Mais les chrétiens payoient fidèlement les charges de l'état ; ils servoient avec affection dans les armées : on les éloignoit des emplois publics, on les emprisonnoit, on en mettoit à mort des légions entières ; ils ne résistoient point, ils n'appeloient point les ennemis de l'état, ils ne crioient point qu'il falloit égorger les empereurs, et les jeter à la mer. Cependant ils avoient pour eux la justice et la vérité. Leur invincible patience annoncçoit la bonté de leur cause, comme les révolles et l'esprit sanguinaire des huguenots prouvent l'injustice de la leur.
» Ilest vrai qu'ils ont causé moins de désordres éclatants sous le règne actuel, que sous les précédents : mais c'étoit moins la volonté de remuer qui leur manquoit, que la puissance; encore se sont-ils rendus coupables de quelques violences, et d'une infinité de contraventions, dont quelques-unes ont été dissimulées, et les autres punies par la suppression de quelques priviléges. Malgré leurs protestations magnifiques de fidélité, et leur soumission en apparence la plus parfaite à l'autorité, le même esprit, inquietet factieux, subsistoit toujours, etsetrahissoit quelquefois. Dans le temps que le parti faisoit au roi des offres de services, et qu'il les réalisoit même, on apprenoit par des avis certains, qu'il remuoit sourdement dans les provinces éloignées, et qu’il entretenoit des intelligences avec l'ennemi du dehors. Nous avons en main les actes authentiques des synodes clandestins, dans lesquels ils arrétoient de se mettre sous la protection de Cromwel dans le temps où l'on pensoit le moins à les inquiéter; et les preuves de leurs liaisons criminelles avec le prince d'Orange, subsistent également.
» L’animosité entre les catholiques et les huguenots étoit aussi toujours la même. Les plus sages réglements ne pouvoient pacifier et rapprocher deux partis, dont l’un avoit tant de raisons de suspecter la droiture et les bonnes intentions de l’autre. On n'entendoit parler dans le conseil que de leurs démêlés particuliers. Les catholiques ne vouloient point admettre les huguenots aux assemblées de paroisse ; ceux-ci ne voulaient point contribuer aux charges de fabrique et de communauté,