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110 (An 1685.) ‘HISTOIRE faisoient courir ? la joie peinte sur leurs visages dans nos revers, et'leur affliction dans nos succès P»
La cour fut instruite en 1742, qu'ils entretenoient des in telligences avec les Anglais 1, Les ménagements qu'on eut d'abord à ce sujet n'ayant servi qu'à leur inspirer plus d’audace, et leurs assemblées dégénérant deux ans après en séditions et en soulèvements dans le Languedoc, on fit marcher les dragons à Montauban, afin de les contenir. Alors ils se révoltèrent ouvertement, coururent de toute part aux armes, livrèrent des combats, etil y eut plusieurs, tant dragons que huguenots, tués et blessés. En 1961, quelqu'un de leurs prédicants ayant été arrêté à Gaussade près de Montauban, ils prirent de nouveau les armes, et il y eut encore du sang répandu de part et d'autre.
Mais ils sont en petit nombre, et par conséquent peu à craindre : objection de mauvaise foi, et manifestement illusoire, comme le remarquent encore nos prélais ?. On les dit en petit nombre, ajoutent-ils, quand on veut calmer imprudemment les alarmes qui regardent la tranquillité publique; et quand on veut en donner d'autres, au sujet du commerce, par exemple, on porte ce nombre au-delà de toute vraisemblance. Ils sont en petit nombre : mais s'ils sont mauvais sujels, comme on l'a vu jusque dans ces derniers temps, ils sont toujours en trop grand nombre; pour peu qu'il y ait de mauvais sujets dans un empire, toujours y sont-ils fort à craindre ; et le peu d'avantages qu'on peut attendre de leur petit nombre, ne doit pas l'emporter sur desalarmes si justes. Ils sont en petit nombre : il ne faut donc pas les aider à se multiplier. Ils sont en petit nombre : mais ils étoient moins nombreux encore du temps d'Henri 11; et néanmoins dans l'espace de treize années qui suivirent sa mort, ils furent en état de livrer quatre batailles contre ses successeurs ; el après autant de défaites, ils se tronvèrent encore assez formidables pour arracher une paix qui les mit dans une situation plus avantageuse qu'avant la guerre.
Ts sont en aussi petit nombre qu'on voudra : mais leurs auxiliaires et leurs recrues, si l'on peut ainsi parler, sont tout
a Sentences capit. rendues à Montauban et à Touluuse, — 2 Lettre de M, d'Agon,
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gnons d'armes auront bientôt rempli tous leurs rangs. 11 est entre le calvinisme et l'impiété couverte du manteau de la philosophie, une confraternité que l'étourdissement ou la mauvaise foi peuvent seuls révoquer en doute. En suivant avec le clergé de France, la route lumineuse qu'à tracée le grand évêque de Meaux, tout œil observateur ne verra dans l'incrédulité moderne, qu’un rejeton de la réforme hérétique du siezième siècle. Qui ne verra, par exemple, dans les écrits du citoyen cynique de Genève, les maximes élémentaires du sombre Calvin, revêtues du coloris effronté de Bocace ? Du Juthéranisme, au moyen du sens particulier, ou de l’interprétation arbitraire des livres saints, sortirent d'abord le zuinglien, l'anabaptiste, et le calvinisme altier, qui affecla aussitôt la supériorité sur le zuinglisme qui lui avoit donné l'être, puis le donna lui-même au socinianisme ; et sans invoquer les titres d'une filiation si bien constatée, n'a-t-on pas vu l'école de Genève, vatican de l'hérétique réforme, donner en 1995, à l'Europe indignée, le scandaleux spectacle d’uncthèse publique et applaudie, où l’on ne rougissoit pas de mettre en problème la divinité de Jésus-Christ ?
Du socinianisme, comme l’avoit pressenti l'habile prélat que nous venons de citer, du socinianisme qui rejette une partie de la révélation , est né le déisme qui la sape tout entière, et ne s'en rapporte qu’à ce qu'il appelle raison; et nul contre-poids ne retenant plus cette raison superbe, elle s’est précipitée dans les abîmes du matérialisme, de l’athéisme, de ce monstrueux philosophisme qui ne distingue plus entre l'honnête et l’utile, entre la pudeur et l'impudence, entre le vice et la vertu; qui n'ayant pour principes de sa morale que l'impulsion de ses penchants brutaux, se vautre à plein corps dans l'obscénité, et la distille dans toutes ses productions 2. Rien de tout ceci qui ne porte sur les faits. 1] est de fait que le philosophisme transporté chez nous des îles britanniques , n'a pris naissance dans l'Angleterre, depuis long-temps infectée du schisme et de l'hé-
: Mémoire du clergé de France assemblé en 1780. — 2 Discours d'un minictre l'otridg, p. 223 et 224.
112 (An 1685.) HISTOIRE
résie, que sous la tyrannie de Cromwel, lorsque le puritanisme, ou un calvinisme fanatique y prévalut. Il est de même constant par l'histoire, qu'après la révolte des Provinces-unies, aussitôt que le calvinisme y devint la religion des révoltés, on y adopta le système de la tolérance absolue, c’est-à-dire, de l'indifférence entre toutes les espèces de cultes, sans en excepter le mahométisme ni le paganisme. Le grand principe de ce système est qu’on peut se sauver dans toutes les religions , ou pour dire plus vrai, qu'on ne doit s'embarrasser du salut dans aucune; de telle manière, que toutes les observancesdereligion n'ysont plus qu'une affaire de police, ou plutôt de néant.
Nous ne pouvons pas nous dissimuler que notre France, avec autant ou plus de scandale peut-être que la Hollande et J'Angleterre, n'ait donné dansl'impiété mal couverte du masque philosophique. On nous a même reproché, disent nos prélats, de lui avoir laissé faire plus de mal parmi nous, qu'elle n'en avoit commis dans tout l'univers depuis l'établissement du christianisme. Au moins n'a-t-elle jamais affiché autant d’impudence dans le sein même de l'idolâtrie. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer les écrits de trois ou quatre de nos blas phémateurs, appelés philosophes, avec ceux des écrivains les plus licencieux du paganisme. De là donc, quelle effroyable nuée de renforts tout prêts pour le calvinisme une fois légitime !Un impie, un athée fut dans tous les temps une espèce de monstre, un objet d'horreur pour toutes les nations; et quelle que soit l'impudence des nôtres, il en est peu jusqu'ici qui aient osé braver tout-à-fait l'exécration publique. Mais sitôt qu'à la faveur du nom de Calvin, ils pourront être impies d'une nanière légale, et en quelque sorte honorable, ou du moins sans déshonneur et sans infamie, balanceront-ils à professer au dehors une légère partie de ce qu'ils ont dans l'âme? D'un autre côté, les semi-calvinistes, gênés par la feinte éternelle qu'ils sont obligés de soutenir pour participer à la communiva catholique, ne déposeront-ils pas enfin ce personnage de duplicité, qui après tout répugne au premier sentiment de l'honneur, quand il ne leur en coûtera que de se réunir à des scctaires pius outrés, mais aussi plus sincères? Que si, entre tant de confédérés divers, il restoit quelque diversité de sentiment,
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DE L'ÉGLISE. (ar 1685.) 113 su même quelque sujet de dispute et d'altercation, au moins feroient-ils, comme les sectes les plus discordantes, cause et guerre commune contre le parti catholique; et peut-on se promettre qu’alors celui-ci soit encore le plus nombreux, ou que la catholicité soit encore dans le royaume très-chrétien la religion dominante ?
Il est du moinshorsdedoute queladissension y renaîtroit d'autant plus violente, que trois sectes liguées y voudroient venger à la fois leurs anciens affronts. Les animosités de religion, toujours et partout violentes, ne sont pas moins implacables : mais si la diversité de culte est dans tous les états le foyer éternel du schisme et de la discorde, le gouvernement monarchique de la France, le caractère ardent et mobile du Français, tout y rendroit le choc de la diversité plus orageux que partout ailleurs'. Qu'on se souvienne donc à jamais de ce qu'ont enseigné constamment, d'accord avec un protestant mal déguisé par la
hilosophie du jour, Calvin et tous les calvinistes de quelque célébrité, les ministres en particulier, etles ministres en synode, que, selon re huguenot travesti, un roi n'est qu'un magistrat, qu'un commis amovible au gré des peuples, et, suivant les termes de son insolence ironique, leur mandataire couronné; que, selon Calvin, l'exercice du pouvoir absolu, dans la main des rois, n’est qu'une licence effrénée ; que, selon du Rosier, il est Joisible de se défaire d’un souverain qui ne veut point obéir à la religion réformée, etsupporter le parti protestant ; que, selon Jurieu, on ne doit rien à un roi qui ne rend point à Dieu ce qu'il lui doit ; que, selon Milton, exalté par sa verve et son fanatisme, le prince étant comptable à ses sujets , ils peuvent le déposer et le mettre à mort. Au reste, ce ne sont pas là des égarements passagers : le dogme le plus sacré et le plus inviolable du calvinisme, c'est qu’on peut et qu'on doit prendre les armes contre le souverain, pour la défense de la religion; d'où ils ont eu le front d'inculper la conduite si constamment contraire des premiers chrétiens, et n'ont pas rougi de soutenir qu'elle ne provenoit que d'erreur et d'une morale mal
1 Mém, de l'ass. du clergé de 1780. — 2 Grotius in Cal. de jure paciset belli, Bb, 1, p.58. Biblioth. franç. page 173. Jurieu, Tabl. du Soc. liv. 9, p. 67. Mile ton, Droit des Rois et des Magistrats.