LIVRE QUATRE-VINGT-UNIÈME
DEPUIS LA RÉVOCATION DE L'ÉDIT DE NANTES EN 1685, sUSQU'AU RENOUVELLEMENT DU QUIÉTISME EN 1694.
ss bons exemples des princes sont rarement infructueux. Le zèle de Louis le Grand pour la foi de ses pères fut imité par le duc de Savoie. Victor-Amédée ne vit pas plustôt procéder en France à l'extinction de l'hérésie, qu’il résolut de la bannir pareillement des refuges qu'elle s’étoit pratiqués dans ses états. Les habitants des vallées de Luzerne, de la Pérouse, et de Saint- Martin, appellés communément vaudois, et passés des erreurs de Valdo à celles de Calvin, avoient méprisé toutes les instructions les plus propres à les tirer de leurs égarements. Leur opiniâtreté s’étoit accrue par leurs fréquents rapports avec les religionnaires de France, et leur insolence aussi-bien que leur nombre, par la multitude des réfugiés de ce royaume, qui venuient continuellement se joindre à eux. C'est ce qui engagea, dés le mois de novembre 1685, le duc de Savoie à donner un ordre qui obligeoit les étrangers à sortir des vallées dans quinze jours.
Cet ordre n'ayant pas remédié au mal, suivit un édit qui défendoit, sous peine de mort, de s’assembler pour l'exercice de la religion prétendue réformée, et d'en tenir des écoles, avec injonction nouvelle tant aux ministres qu'aux réfugiés qui n’abjureroient pas, de se retirer dans quinze jours. Les sectaires eurent d'abord recours aux supplications, qui furent inutiles; après quoi, suivant le génie et les principes de leur secte, ils prirent les armes pour la maintenir. Les troupes de Piémont, secondées par celles de France, s'avancèrent pour envelopper les rebelles, forcèrent leurs retranchements, en tuèrent environ trois mille au passage du Pré de la Tour, et plus de dix mille furent faits prisonniers en différents endroits. À la recommandation des cantons protestants de la ou le
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duc rendit la liberté à ceux-ci, en les obligeant néanmoins à sortir de ses états. Ils se retirèrent d’abord à Genève. Différents états protestants leur offrirent ensuite des retraites ; mais comme chacun d'eux n’en vouloit recevoir qu’une partie, et que les transfuges ne vouloient point se séparer, ils s’arrêtèrent dans la Suisse.
Enfin, comme on les croyoit sur le point de se répandre en Allemagne, on les vit se rassembler, et reprendre la route de leurs montagnes, en traversant avec assurance les terres de leur souverain. On conçut aisément que cela ne se faisoit pas sans sa participation. En effet, il venoit de prendre d'étroites liaisons avec le prince Guillaume d'Orange, dans la résolution où il étoit de rompre avec la France, et il ne voyoit point d’ennemis plus animés que les vaudois contre cette couronne. Il ne leur permit pas seulement de regagner leur patrie, mais il leur rendit tous les priviléges dont il les avoit dépouillés. Telle est trop souvent la prépondérance de l2 politique, mise en balance avec la religion, qui ne retira qu'un médiocre avantage de l'affoiblissement de ces hérétiques, si toutefois leur nouvelle animosité ne compensa pas même avec avantage la diminution de leur nombre.
Il n’en fut pas ainsi dans la Grande-Bretagne, où le roi Jacques Il, qui avoit succédé, le 16 defévrier 1685, à Charles IT son frère, fit céder à la religion toutes les considérations politiques. Après avoir cté presque déclaré juridiquement inhabile au trône, pour la foi romaine qu'il professoit, il y monta aux acclamations de tous ses sujets, etavec plus d’applaudissements que n’en avoient reçu la plupart de ses prédécesseurs. Les services réels égalèrent les signes d’attachement. Le duc de Monmouth, frère naturel du roi',etle comte d'Argyle son complice, s’étoient révoltés : ils furent poursuivis avec la plus grande vigueur, vaincus en bataille rangée, faits prisonniers, et livrés publiquement au dernier supplice. En un mot, le roi fut servi avec une rigidité qui fit souffrir sa clémence. Tout lui promettoit un règne heureux; et il l’eût été en effet, si l'Angleterre
1 Monmouth étoit fils naturel du roi Charles L:, et n’étoit ainsi que neveu illégitime du roi Jacques.
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DE L'ÉGLISE. (AN 1686.) 117 n’eût pointété hérétique, ou si le roi n’eût point été catholique; si même il n’eût point eu du tout de religion, ou s’il eût eu pour la sienne l'indifférence des princes qui n'en ont point : mais il crut pouvoir et devoir profiter des heureuses prémices de son règne, pour tirer ses sujets catholiques de l'oppression où ils gémissoient depuis si long-temps.
Par la loi du test, il étoit défendu, sous des peines rigoureuses, à tout catholique romain d'exercer les charges, soit ecclésiastiques, soit civiles, sans avoir prêté un serment qui étoit pour eux un acte véritable d'apostasie. Jacques, après avoir consulté le tribunal du banc du roi, et les douze juges interprètes des lois, qui tous déclarèrent que le pouvoir dispensatif des lois pénales appartenoit incontestablement au roi, crut pouvoir en user, au moins pour conférer les charges publiques, à un petit nombre de ceux qui les avoient toutes possédées durant plus de douze siècles. Il croyoit d'ailleurs ne devoir pas se priver lui-même, ainsi que l’état, du service de ses sujets utiles et les plus fidèles. On ne laissa pas d'en murmurer; les prédicants s'emportèrent en quelques endroits, jusqu’à invectiver contre le prince et les catholiques avec une insolence que désapprouvérent les protestants sensés 1. Le monarque en réprima quelques-uns, méprisa les autres, et donna, l'an 1687, une déclaration qui accordoitla liberté de conscience, tant aux catholiques romains qu'aux anglicans non conformistes. Elle fut d'abord adressée au conseil privé d'Ecosse, qui la reçut d’une voix unanime, avec abrogation de tous les serments établis contre les catholiques. À cet exemple, le conseil
* Les contradictions qu'éprouvoit le zêle du roi Jacques, ne servoient qu'à l'enflammer. L'an 1686, il fait sacrer dans sa chapelle quatre évêques catholiques, qui sont envoyés par toute l'Angleterre, pour y exercer leurs fonctions , sous le titre de vicaires apostoliques. Il envoie le comte de Gastelmaine à Rome, avec titre d'ambassadeur , pour rendre obédience à Innocent XI et lui demander un nonce ; ce qui lui est accordé, mais non sans l’avertir de régler par la prudence l’ardeur qui l'animoit pour le rétablissement de la religion catholique. I! est certain, dit l'art de v. l. d. qu’Innocent XI, pontife judicieux, et ce qu'il y avoit de plus sensé dans le sacré collège, n'approuvoient pas les entreprises inconsidérées où le zéle entraînuit Jacques IT, etqu'ils en auguroient plus de mal que de bien pour la religion. Quelques cardinaux disoient même, en plaisantant, qu'il falloit excommunier ce prince, comme un homme qui alloit perdre le peu de catholicisme qui restoit en Angle terre. ( Article de Jacques II.)
privé d'Angleterre la reçut ensuite, sans néanmoins abroger les serments, mais en les suspendant, et en exemptant des lois pénales ceux qui, sans les avoir prêtés, étoient entrés ou entreroient dans les charges.
La part que les presbytériens avoient à cette grâce, leur fit recevoir la proclamation avec de grands témoignages de joie; mais le corps proprement dit de l'église anglicane, les épiscopaux en concurent un aigre chagrin; et quoi que pussent dire quelques-uns d'entre eux plus modérés que les autres, ils ne purent jamais leur faire approuver la déclaration. Les plus réservés étoient ceux oui ne témoignoient leur mécontentement que par leur chagrin et leur morne silence. Le roi n’avoit ce-
endant rien omis pour prévenir tous leurs ombrages. Outre qu'il étoit promis, par la déclaration, de maintenir l'église anglicane selon qu’elle étoit établie par les lois, on n’accordoit aux autres partis, même aux catholiques, qu'une simple permission de s’assembler dans les chapelles des particuliers , avec défense de s'emparer d'aucun temple, et assurance pour les
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en conserver l'entière et paisible possession : mais on vouloit tout pour la religion d'Henri VIT, ou d'Elisabeth, et rien pour celle de saint Edouard. Ni ces restrictions, ni ces explications, ne purent tempérer l'amertume des épiscopaux, d'autant plus enhardis, que le parlement de son côté refusoit d’abolir le test, et de confirmer la liberté de conscience par une loi stable, qui en Angleterre ne se fait par le roi qu'avec le concours de ce tribunal. Durant deux années d’instances et de sollicitations, le roi ne put jamais vaincre la résistance de cette compagnie. Comme il n’avoit pas besoin du parlement pour avoir un agent auprès du pape, il usa de sa liberté à ce sujet ; il reçut même un nonce avec le respect convenable à l'égard du ministre du vicaire de Jésus-Christ. On trouvoit bon qu'il eût un agent auprès du Turc, qu'il reçût honorablement les ambassadeurs qui lui vinrent alors de Maroc, et l'on s’indigna qu'il rendît dans sa maison quelques honneurs au nonce. Le duc Grafton qui l'introduisit, fut accusé d’un attentat que ne put expier son bannissement volontaire. Il est vrai que le nonce, Ferdinand Dada, fit son entrée au palais de Windsor en habite
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DE L'ÉGLISE. (An 1686.) 119 pontificaux, précédé de la croix, et suivi de plusieurs religieux en habit de leur ordre : spectacle d'autant plus déplacé dans ces conjonctures délicates, qu'il étoit inutile aux intérêts de la religion, et plus propre à irriter les esprits qu’à leur imposer (1687).
Peu de temps après, le roi, sollicité tant par les presbytériens que par les catholiques, ordonna aux évêques de faire publier dans leurs églises la liberté de conscience , avec la dispense du test, selon qu'il s’étoit pratiqué de tout temps pour ce genre d’édits en Angleterre comme dans les autres états chrétiens. Sept évêques refusèrent ouvertement de faire cette publication, et consignèrent leur refus dans une requête qu'ils présentèrent au prince. Ils furent cités au banc du roi, ét, sur le refus d'y comparoître, ils furent envoyés à la Tour. Ils prétendirent qu'étant pairs du royaume, ils n'étoient point soumis à cette juridiction : mais tant de jurisconsultes habiles leur montrèrent qu'ils ne pouvoient la décliner, qu’enfin ils y répondirent, et y firent plaider leur cause en règle. Leurs défenses parurent si offensantes, qu'ils furent réduits à nier que la requête fût d'eux. On ne put prouver légalement le contraire, parce que le roi s’étoit trouvé seul dans son cabinet lorsqu'il l’avoit reçue, et que le roi ne peut être témoin, surtout dans sa propre cause : usage bien différent de l’ancienne coutume, où les rois d'Angleterre concluoient leurs édits par ces mots : Témoin moimême. Les sept évêques furent élargis au moyen de ce subterfuge, ou plutôt par la facilité du prince, qui se flattoit de les ramener par-là au devoir. 1l y fut trompé. Sa justice les avoit aigris, sa clémence ne servit qu'à les enorgueillir.
D'un autre côté, les seigneurs laïques, ou du moins grand nombre d’entre eux, qui avoient conspiré autrefois avec le comte de Shaftsbury, pour exclure Jacques du trône, lorsqu'il n’étoit que duc d'Yorck, persévéroient dans leurs mauvaises dispositions depuis qu'il étoit roi. Shaftsbury, après la découverte de sa félonie, avoit fui en Hollande, où il étoit mort : mais le cours de ses trames n’avoit pas fini avec celui de ses jours ; déjà la partie étoit trop engagée. On dit qu'il avoit proposé depuis long-temps au prince d'Orange de se faire roi d'Angleterre, et l'on doute fort qu'il lui en ait suggéré le pre-
120 (AN 1686.) HISTOIRE mier dessein; car il y a grande apparence que ce prince à vues longues, s'il en fut jamais, avoit cette couronne en but dès le temps qu'il épousa la fille aînée de Jacques, alors duc d’Yorck, à qui sa religion mettoit à dos les anglicans séditieux. Quoi qu'il en soit, il s'appliqua constamment à fomenter les mécontentements des Anglais. Il étudioit leurs dispositions et leurs démarches, régloit là-dessus les siennes, ouvroit un asile en Hollande, sous des prétextes habilement tournés, à tous les factieux proscrits d'Angleterre, et se les attachoit par ses entretiens séduisants, tandis que les autres corrompoient peu à peu, dans le royaume, le reste des seigneurs. Quand il vit l'orage formé contre le roi à l'occasion de la liberté de conscience, et surtout par la fameuse affaire des évêques, qui accompagnée de la naissance d'un prince de Galles, et de la disgrace des comtes de Rochester et de Clarendon beaux-frères du roi, donna le branle à la révolution, il jugea qu'après avoir été long-temps sans presque rien faire autre chose que d'intriguer et de préméditer, le temps étoit venu d'opérer et d'exécuter.
Jusque-là les plus factieux sectaires avoient souffert avec quelque sorte de patience Île règne d’un prince catholique, dans l'espérance qu’un héritier protestant lui succéderoit. Ils se consoloient que Jacques eût ramené le règne de Marie, par l'espérance que la princesse d'Orange ramèneroit celui d'Elisabeth : mais à la naissance (1688) d'un nouvel héritier, qui ne manqueroit pas d'être élevé dans la religion du roi son père, ils ne purent supporter la perspective du pouvoir souverain perpétué dans une race catholique. Le prince d'Orange, qui eût peut-être attendu la mort de son beau-père pour monter sur le trône dont sa femme étoit l'héritière, parut lui-même perdre patience; au moins est-il certain que cet événement, plus que toute autre chose, avança ses affaires, en augmentant le nombre de ceux qui favorisoient ses desseins. Il fit cependant complimenter le roi son beau-père sur la naissance du prince de Galles, et ajonia le nom de ce nouveau prince à ceux de ses proches, pour qui l’on prioit dans sa chapelle. Ce ne fut que par les suggestions tardives de cette politique qui s'accroche à tout, qu'il adopta la fable des prédicants, qui répandoient parmi le peuple, que le prince de Galles étoit un enfant supposé. Mais
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DE L'EGLISE, (AN 1686.) 121 dans le temps qu'il lioit sa partie, il entretint un commerce assidu avec le roi qu'il vouloit supplanter, n'omit aucun des devoirs d’un gendre plein d'affection pour son beau-père, affecta le plus grand zèle pour ses intérêts, et agit avec ses ministres comme s’il en avoit été le plus fiäèle.
Déjà sûr de trouver un certain nombre de partisans dans le royaume, il s’appliquoit à séduire le gros de la nation ; mais en ne leur proposant que la moitié de ses desseins, et leur en déguisant le crime avec beaucoup d'artifice. La sûreté de la religion protestante, la réduction des catholiques aux termes des lois établies contre eux, la conservation des charges et des honneurs dans les familles protestantes, la liberté des parlements, et l'éloignement du pouvoir arbitraire, qu'on disoit inévitable si l’on ne s’y opposoit sans retard , tels étoient les vues et les motifs qu’on proposoit à ceux qui n’éloient pas disposés à tout enfreindre : il n’étoit pas question avec eux de chasser le roi du trône, mais précisément de l'obliger à gouverner selon Îles lois. Quelques traits d'autorité de la part du monarque en faveur de la religion catholique, et l’un des plus forts, fut la suppression de la fête établie pour brûler le pape avec le diable; dix ou douze articles de -ette espèce, ordonnés dans l'étendue de trois royaumes depuis trois ans que Jacques y régnoit, mais rapprochés dans un même libelle , et envisagés du même coup d'œil, causèrent une émotion générale. Il se forma aussitôt une ligue, où l’on s'engageoit avec d'autant plus de facilité, que le chef proposé pour la régir se montroit plus éloigné d'envahir le trône. Ainsi parvint l'usurpateur perfide, autant que dénaturé, non pas seulement à se faire suivre des seigneurs anglais, mais à être invité de se mettre à leur tête pour obliger le monarque à mieux garder les lois.
Assuré des Anglais, le conjurateur ne s'occupa plus qu'à cerner, pour ainsi dire, l'Angleterre. Le roi avoit fait alliance avec l'Espagne, et par-là pouvoit se promettre que la maison d'Autriche, au moins pour une affaire de religion, ne lui seroit pas contraire. Jacques n’avoit point de traité avec la France; mais il éloit proche parent, et personnellement trop ami de Louis XIV, pour n’en pas obtenir du secours, surtout en faveur d'une religion qui étoit également chère aux deux monarques.
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122 (an 1656.) HISTOIRE Pour lui ôter ces deux appuis, le prince d'Orange fit entrer les Hollandais dans la ligue d'Augsbourg contre la France, afin d'attirer sur cette monarchie les forces des princes ligués, en cas qu’elle attaquât la Hollande, tandis que les troupes de cette république passeroient en Angleterre. De l'autre côté, il rendit le roi son beau-père suspect aux Autrichiens, comme un prince opposé aux intérêts de cette maison, et, contre la vérité, il assura que son beau-père étoit uni avec la France par un traité secret. L'empereur et le roi d'Espagne étoient d'autant plus susceptibles de ces ombrages, qu'ils avoient inutilement tenté d'engager le roi d'Angleterre dans la ligue formée entre eux et les princes allemands. Comme cette ligue n'étoit que la suite d’une autre faite à Magdebourg par les protestants en faveur des huguenots, Jacques avoit trouvé contraire au bon sens de concourir à faire triompher les hérétiques en France, tandis qu'il s'efforçoit de tirer d’oppression les catholiques d'Angleterre. Ii ne lui paroïssoit pas moins contraire à la bonne politique de quitter un ami solide, pour des princes qui, selon toutes les apparences, ne le serviroient qu'autant qu'ilsauroient besoin de lui, puisque les protestants les avoient fascinés au point de tourner leurs armes contre un prince catholique, en faveur des calvinistes qu'il avoit chassés de ses états.
Louis en effet lui donna une preuve peu douteuse de son attachement :. Quand le prince d'Orange put compter sur la disposition générale des Anglais à seconder ses vues, il usa de toute son autorité pour presser l'armement qu'il avoit déjà commencé, sous prétexte de mettre en bon état la flotte et les troupes de Hollande. Le comte d'A vaux, ambassadeur de France près de cette république, ne soupconna pas seulement que le stadhouder avoit d'autres desseins que ceux d'un administrateur vigilant ; mais il trouva moyen de découvrirque l'entreprise regardoit uniquement l'Angleterre , et il en avertit le roi son maître; sur quoi Louis XIV fit avertir le roi d'Angleterre, le pressa de prendre ses précautions pour défendre ses états de l'invasion dontils étoient menacés. Skelton, ministre de Jacques en Hollande, l'avertit de son côté, sur des lettres qu'il avoit
Réal, d'Angl, 1v, 111, p. 336 et suiv.
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DE L'ÉGLISE. (AN 1686.) 125 surprises, et qui sans s'expliquer nettement ne faisoient que trop entendre qu’il se brassoit quelque trame contre le roi d'Angleterre. L'habitude où étoit cette cour d'entendre parler de trahison, lui faisant mépriser les bons avis, comme les mauvais, Louis, ami zélé, revint à la charge , envoya le sieur de Bonrepos en Angleterre , et quoique menacé Jui-même par la ligue d'Augsbourg prête à éclater , il offrit généreusement ses troupes au roi son ami, avec des vaisseaux pour les transporter. C’étoit le moment de faire passer le secours, la flotte qui auroit pu s’y opposer n'étant point encore en état de se mettre en mer.
Cette démarche, à la vérité, étoit fort délicate pour un roi d'Angleterre, puisqu'il s’agissoit d'introduire dans ses états une armée d'étrangers, de catholiques, et, qui pis est encore, de Français : mais quand le mal est extrême, le remède violent est d'usage ; et quand on risque tout, c'est vouloir périr que de ne pas tout oser. L’infortuné monarque avoit une bonne flotte, une armée beaucoup plus nombreuse et mieux disciplinée que celle des Hollandais. Il ne considéra que ces avantages, et ne craignit point la trahison, d'autant plus à craindre qu'elle avoit
lus de forces à lui ravir, et à tourner contre lui. Le comte de Sunderland, son principal et presque unique ministre, soit perfidie, soit aveuglement, contribua plus que tout autre chose à nourrir son imprudente sécurité. Supposé même que Sunderland ne fût pas ici coupable de trahison, comme il en a été accusé, on ne peut guère excuser d'imprudence un prince obstiné à suivre les conseils d'un ministre qui avoit poussé autrefois l'affaire de son exclusion du trône avec plus de chaleur que personne; rui avoit poussé de même l'affaire des sept évêques, appuyés sous main de son crédit; qui n'avoit recherché les bonnes grâces du roi, qu’autant qu'il lui avoit vu prendre le dessus; qui étoit rentré en commerce avec ses ennemis dès qu'ils avoient recommencé à prévaloir ; dont la femme entretenoit une correspondance assidue avec la princesse d'Orange, et dont l'oncle, Henri Sidnei, étoit passé auprès du prince; en un mot, un ambitieux à double face, toujours déterminé à suivre le parti dominant, toujours muni de ressources auprès des autres en cas de revers. Il étoit si peu sûr que Sunderland
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