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DE L'ÉGLISE. (AN 1688.) 139 ticulières. Il est certain qu'Innocent XI fut surpris; qu'il ne prévit point les conséquences tant de son obstination que de son dévouement pour la maison d'Autriche. S'il n’étoit pas habile, il étoit assurément homme de bien ; mais par-là même d'autant plus facile à surprendre. |
Louis XIV fit éclater son ressentiment, et se saisit du comtat, après que le procureur général eut appelé au concile universel de ce que le pape pourroit faire au préjudice du roi et des droits de sa couronne'. L'archevêque de Paris entreprit de justifier cette procédure, d'abord dans une assemblée des évêques qui se trouvoient dans la capitale, puis dans une autre des curés, et dans une troisième des chefs de chapitres, et des supérieurs de communautés; survint encore un appel de l’université, en conséquence d'un discours que lui fit le procureur général. Ces mouvements et ces fermentations causèrent autant d'alarmes aux zélateurs sincères de l’unité sainte, que d'espoir et de joie à ceux qui ne respiroient que le schisme. Il y avoit tout à craindre, en effet, sous un prince aussi ferme que Louis XIV, si la religion ne l'eût emporté sur tous les autres sentiments : mais il rassura les fidèles, en déclarant avec
t Voilà un appel au moins inconséquent , s'il n'est pas ridicule, quand on sait tous les justes reproches qui furent faits par le clergé et les gens du roi aux jansénistes appelant de la même mauière. Il ue manquoit plus que de vuir un des prélats signataires des 4 articles entreprendre la justification de cette procédure. Ce prélat fut celui de Paris, qui étoit frére ou parent du Procureur général de Harlay. N'eût-il pas mieux fait d'imiter la conduite d'Yves de Chartres dans une circonstance toute semblable ? Ce saint et savant évêque disoit , au sujet des reproches qu'on faisoit au pape Pascal IL pour les investitures, qu'il fulloit bien se garder d’imiter Chanaan, mais ecrire au souverain pontife avec franchise et charité, pour qu'il se jugeàt luimême, ou qu'il prît un autre parti. S'illefait, ajoutoit-il, rendons-en grâces à Dieu... et que toute l'Eglise s'en réjouisse avec nous...; si non, ce n'est ps à nous à juger le souverain Pontife : Non est nostrum judicare de summo Pontifice (Ep. 233 ). On trouve , parmi les œuvres de ce grand évêque , une lettre signée des prélats de toute la province de Sens, et en particulier de VVaion ou Galon de Paris, adressée au primat de Lyon sur le méme sujet. « Nous ne trouvons pas, disent-ils, qu'il nous cunvienne d'assister à des assemblées uù nous ne pouvons condamner ni juger les personnes qu'on accuse ( le pape Pascal ), parce qu'il est prouvé qu'elles ne sont soumises ni à notre jugement , ni à celui d'aucun homme. » Etle primat , dans sa réponse, prend Dieu à témoin qu'il n’a jamais eu intention de juger le pape. ( Edit. de Paris, 1610 ). Cette citation suffit pour montrer que l'ancienne église de France avoit une opinion, et tenoit à l'égard du pontife romain une conduite bicu différente de celle des prélats de 1682.
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la franchise qu’on lui connoissoit, et dar: !5s formes les plus authentiques, qu'il n’entendoit point donnäratteinteà l'autorité spirituelle et divine du souverain pontife, ni se soustraire à la religieuse obéissance qui étoit due au vicaire de Jésus-Christ. Iadépendamment de sa foi pureet inébranlable, il avoit trop de sens et les vues trop justes, pour se livrer à une vengeance qui auroit encore été plus funeste à lui et à son royaume, qu'à Rome et au pontife romain.
Cependant comme les princes les mieux intentionnés sont souvent entraînés, par le cours des affaireset des intrigues, beaucoup plus loin qu'ils ne prétendoient d’abord, la Providence mit fin à ce violent et périlleux démêlé, en retirant du monde, l'année suivante 1689, le pontife qui ne s’étoit prêté à aucun moyen d'accommodement'. Innocent XI mourut le 12 d’août,
1 Il n'y a personne aujourd'hui qui osât donner raison à Louis XIV pour le fait des franchises. Quant à l'extension de la régale dans le Dauphiné, la Provence et le Languedoc , le mot extension prouve que c'étoit le roi qui empiétoit contre le droit et l'usage où étoient les églises de ces provinces. S'il vouloit un accommodement, c'étoit donc à lui de s’y prêter , en retirant son édit de 1673. « Véritablement , dit d'Avrigny , il étoit difficile qu'Innocent écrivit avec moins de vigueur dans la conviction où il étoit qu'on violoit les droits les plus sacrés d'un grand nombre d'Eglises, qui ne pouvoient plus atteudre de secours que du Vicaire de J.-C. » L'auteur citera Bayle , et nous lui adjoindrons Voltaire, qui dit que ce pape ne sut pas s’uccommoder au temps. Mais, suivant nous, ce jugement est un éloge pour celui qui est chargé de conserver la vérité, qui ne doit pas connoître le changement des âges, Reste donc la déclaration des 4 articles, comme sujet de division. Or, de bonne foi, un acte aussi odieux dans son origine , aussi suspect dans le but de ses auteurs, aussi contraire à l’ancienne doctrine de l'Eglise et du clergé de France, aussi injurieux à l'autorité pontificale, devoit-il.être reçu par le chef de l'Eglise, conservateur et modérateur des canons, docteur de tout les chrétiens, pasteur des brebis comme des agneaux ? Etoit-ce au supérieur à fléchir devant ses inférieurs ? Et n'étoit-ce pas à ceux-ci de se soumettre. ? Au lieu de favoriser le pouvoir de la force, dont les héritiers et les usurpateurs devoient dépouiller un jour l'église de France, et l'asservir en vertu de leur servile déclaration, n'‘toit-ce pas un devoir pour eux de consulter leur chef, d'obéir à sa voix paternelle, de donner à leurs peuples et au roi l'exemple de la soumission à son jugement ? Voici ce que les prélats qui s'étoient precipités, d'ur mouvement aveugle, du côté où le roi inclinoit, forcérent le Vicaire de Jésus-Christ de leur declurer : « C'est pourquoi, par. les présentes lettres et en vertu de l'autorité que Dieu tout-puissant nous a donnée, nous émprouvons , annulons et cassuns ce qui a été fait dans votre assemblée au sujet de l'affaire de la regale avec tout ce qui en est suivi, etluut ce qu'on pourroit attenter encore par la suite ; et nous déclarons lout cela à perpétuité nul et sans effet, » ( Brvf du 11 avril
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V pour le fait Provence et le contre le droit mmodement, ablement, dit sueur dans la nombre d'E- C. » L'auteur sut pas s’acbour celui qui ent des âges.
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dans la soixante-dix-septième année de son âge , et la treizième de son pontificat, durant lequel il donna bien des exemples des écarts où peut tomber un homme de bien qui a plus d'esprit que de savoir, plus d'activité que de discernement, autant de facilité à placer sa confiance, que de répugnance à la révoquer, avec uneroideurinflexible dans le caractère, et une rigidité de vertu qui lui montre la gloire de Dieu dans l'exécution de tout ce qu’il a une fois résolu. (Cependant le peuple, à sa mort, l'invoqua comme un saint, et se disputa ses reliques.)
S'il n’est point de pape aussi cstimable que celui-ci pour les novateurs de son siècle, c'est qu'il est naturel de régler son estime sur son intérê*. Ii n’y a point de mal qu'ils n’aient dit d'Alexandre VIE, irréprochable dans ses mœurs, ainsi que des autres papes qui les ont condamnés, et point de louanges qu'ils n'aient prodiguées à Innocent XT, qui n’a publié aucune bulle contre eux. Ce n’est pas toutefois qu'il approuvât leur doctrine ; la censure qu'il a faite de leur Nouveau Testament de Mons, et de plusieurs autres productions de même espèce, en est une preuve qui n'en demande point d'autre : maisils avoient enfin trouvé le secret d'échapper à son zèle, en gagnant quelques personnes qui avoient surpris sa confiance. Ils veulent même persuader qu'il ne tint qu'au docteur Arnaud d'être fait cardinel, et que son humilité seule s’opposa au dessein qu'en avoit fait ce pontife. Quoi qu'il en soit de ce fait, qui n’intéresse que la personne d'un pape, et non pas l'Eglise, c'eût été une chose curieuse de voir conférer la pourpre au plus ardent sectateur des opinions tant de fois déclarées hérétiques par les papes, ainsi que par les évêques. Innocent XI n'eût certainement rien fait qui rendit son pontificat plus célèbre : mais quel genre de célébrité!
Le cardinal Ottoboni, vénitien, fut donné pour successeur à ce pape le6 d'octobre 1689, et prit le nom d'Alexandre VIII. Un aventurier obscur a donné des mémoires qui l'accusent d'avoir tiré trois millions de France pour acheter les voix du conclave 1. Il ajoute que la distribution qui s’en fit aux chefs des factions, les toucha tout autrement que l'éloquence du bon
* Guerre d'Esp, de Bav. et de F'andre, où Mém. du marquis d'#09,