‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 63 sur 178 · LE AE · texte numérisé non relu

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si facile, puisqu'avant le concordat, ceux qui étoient élus par le peuple et le clergé, et depuis par les chapitres, en présence d’un commissaire du roi, étcient ordonnés par les métropolitains. Il dit que rien n'empêchoit de rentrer dans cet ancien droit; que le. pape refusant d'étendre sa sollicitude pontificale à tant d'églises gémissantes, la dévolution qui se fait en cas de négligence, et du supérieur même à l'inférieur, autorisoit les évêques à donner l'imposition des mains à ceux qui seroient présentés par le roi, dont la nomination avoit eu de tout temps autant ou plus d'effet que l'élection, soit du peuple, soit du clergé; que le pape n’exécutant point le concordat, on n'étoit plus obligé de l’exécuter en France au préjudice des sommes considérables qu'on portoit à Rome pour les provisions des bénéfices. Quelque alarme que l'avocat général crût donner par ce projet à Innocent XI, ce pape ne perdit rien de sa fermeté naturelle, ni de sa tranquillité, persuadé que le roi n'avoit pas moins d'intérêt que lui à maintenir le concordat, où nos rois en effet trouvent aussi-bien leur compte que les papes. Les rois, sans ce traité et sans le concours des papes, fussent-ils parvenus bien aisément à la nomination des évêchés, et de tant d’autres bénéfices ? Eussent-ils trouvé surtout autant de facilité à mettre en commende tant de riches abbayes ? Si Louis XIV, l’un des plus absolus et des plus clairvoyants d’entre eux, y eût vu jour, il est à présumer que le concordat, qui a ses charges aussi-bien que ses avantages, ne subsisteroit plus.

Innocent XI fut apparemment plus sensible aux traits suivants, bien capables en effet de blesser un pape jusqu'au vif. « Chose étrange, dit encore l'avocat général, qu'un pape dont le soin principal devroit être de conserver la pureté de la foi, et d'empêcher les progrès des opinions nouvelles, n'ait pas cessé, depuis qu'il est assis sur la chaire de saint Pierre, d'entretenir commerce avec ceux qui s'étoient déclarés publiquement disciples de Jansénius, dont ses prédécesseurs ont condamné la doctrine ! Il les a comblés de ses grâces, il a fait leur éloge, il s'est déclaré leur protecteur ; et cette faction dangereuse qui n'a rien oublié pendant trente ans pour diminuer l'autorité de toutes les puissances ecclésiastiques et sé-

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DE L'ÉGLISE. (an 1689.) 137 culières qui ne lui étoient pas favorables, érige aujourd'hui des autels au pape, parce qu'il appuie et fomenie leur cabale, qui auroit de nouveau troublé la paix de l'Eglise, si la prévoyance et les soins infatigables d’un prince que le ciel a fait naître pour être le défenseur et le bouclier de la foi, n’en avoit arrêté le cours. » Ce reproche sanglant fut suivi d'un autre de même nature; savoir, que ce pape, au lieu de s'appliquer à étouffer le quiétisme dès sa naissance, demeuroit à cet égard dans une espèce de léthargie, souffroit à peine qu'on exécutât la sentence portée contre Molinos, et ne permettoit pas d'informer contre ses partisans.

Ce discours finit par requérir que les gens du roi fussent recus appelants de la bulle en question, et que Sa Majesté füt suppliée d’user de sa puissance pour maintenir les franchises dans toute leur étendue, de mettre fin aux désordres que produisoit la vacance des évêchés, et de défendre à ses sujets d’envoyer aucun argent à Rome; sur quoi le parlement ne manqua pas de rendre un arrêt, qui fut affiché dons tous les lieux publics.

On juge aisément de l'éclat que fit cette procédure, surtout parmi ceux qu'Innocent XI honoroit de sa protection, si l'on en croit l'avocat général. L'un d'entre eux vraisemblableme:it dans un écrit français', soutient qu'appeler d'une bulle pontificale au futur concile , c'est une illusion manifeste, et une rébellion semblable à celle de Luther et de Calvin. Le langage de ces sortes de zélateurs est bien différent aujourd'hui; mais les principes des novateurs ne tiennent qu'à l'intérêt du moment. Il est vrai qu'appeler au concile contre une constitution dogmatique reçue du corps des pasteurs, c'est un appel évidemment illusoire, puisque c’est exact:ment la même en tout temps et en toute rencontre. Il est encore vrai qu'avant ces derniers temps, il étoit inouï qu'on eût interjeté aucun appel) semblable. Mais la bulle d'Innocent XI n'avoit pour objet qu'une affaire temporelle; et il est bien des exemples d'appels formés en pareils cas, sans cesser d’être catholique, quoiqu'au fond les princes aient d'autres moyens plus canoniques, sans

1 Justification de la bulle d'Innocent X1,

doute, et non moins efficaces, pour se mettre à couvert des entreprises de la cour de Rome contre les droits naturels de leur couronne.

La rigueur, quand elle est superflue, ne marque et ne produit que l'aigreur. Louis, après avoir mortifié Innocent, en fut chagriné à son tour. Dans la situation où se trouvoit la France, en butte à toutes les puissances germaniques, et à bien d'autres, il étoit du plus grand intérêt pour elle de faire placer le cardinal de Furstemberg qui lui étoit dévoué, sur le siége électoral de Cologne. Pour y réussir, le roi avoit besoin du saint Père, qu'il ne craignoit pas moins de voir à la tête des puissances liguées contre lui ; aussi fit-il bien des démarches, afin de terminer à l'amiable sa querelle avec ce pontife : mais tout fut inutile. Ilenvoya au pape une personne de confiance, et le pape ne voulut ni la voir, ni l'entendre ; il lui écrivit de sa propre main, et le pape rejeta la lettre sans la vouloir lire. Le roi se plaignit avec menaces de l'injure qui lui étoit faite, et des préventions opiniâtres du pontife, à la; :té duquel il attribuoit les mouvements qui se faisoient al. :: :1 Angleterre au préjudice de l'Eglise, aussi-bien que de Jacques II. Innocent se moqua, et de ces plaintes, et de ces menaces, dont il craignait peu les suites, vu la disposition où il n'ignoroit pas qu'étoient la plupart des puissances de l'Europe à l'égard de la France. En un mot, il fut invinciblement contraire au cardinal de Furstemberg, qui manqua ainsi l'archevêché de Cologne (1688).

Les protestants, aussi-bien que les catholiques , ont publié qu'Innocent XI ne pouvoit ni mieux se venger que par-là du roi de France, ni faire plus de tort à son propre siége. En cffet si la nomination du cardinal de Furstemberg, homme de tête et de mérite, avoit eu lieu, les princes d'Allemagne ne se seroient pas déclarés si facilement, ou du moins si généralement contre Louis XIV, et le stadhouder n’auroit osé dégarnir son pays de troupes, pour son expédition d'Angleterre. Bayle dit que la bonne fortune des protestants a voulu qu'en 1688, le siége de Rome fût occupé par un pape, ou peu éclairé sur ses intérêts, ou trop abandonné à la roideur de son caractère, pour profiter des conjonctures au préjudice de ses passions par-

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