‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 100 sur 159 · SA DENON ET · texte numérisé non relu

SA DENON ET

DE L'ÉGLISE. . (An a18.) 26:

génie, et tous les charmes imposants de'sa figure, on vit bien« tôt percer la cruauté qui lui étoit naturelle.

Mésa la craignit elle-même, et, pour se ménager une ressource, elle imagina de lui faire adopter Alexien, fils de sa fille Mammée, et cousin germain du vicieux Héliogabale. Elle le prit dans un bon moment , et réussit, Il changea le nom d’A-

lexien en celui d'Alexandre, etle créa césar. 11 ne fut pas long- ‘

temps à s’en repentir. Alexandre avoit d’'heureusesinclinations

qui gagnoient tous les cœurs, et qui aigrirent bien vite la ,

jalousie d’un rival sans mérite. Héliogabale, pour s'en défaire, usa d’une infinité de tentatives qui réussirent toutes fort

mal. Enfin il commanda ouvertement à quelques soldats de :

massacrer Alexandre, l’année d’après celle où il l'avoit fait césar. Mais ils le tuèrent lui-même, et jetèrent son corps dans le Tibre, après un règne de trois ans et neuf mois. Le même jour, le césar chéri de tout le monde reçut, en qualité d'empereur, les hommages du sénat, des troupes et du peuple. Il n'étoit que dans sa quatorzième année, et il vécut treize ans sur son trône, sans jamais démentir la bonne opinion qu'il avoit donnée de lui dès sa tendre jeunesse.

Les mœurs des chrétiens commençoient à adoucir celles des gentils qui avoient commerce avec eux. Mammée, mère de l'empereur, les protégeoit d’une manière déclarée. Elle avoit inspiré les mêmes sentiments à son fils avec d'autäat plus de facilité, qu’en travaillant sur cet excellent naturel, elle s'étoit servie de la méthode et des maximes du christianisme. Le prince étoit surtout frappé de la règle évangélique, qui défend de faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'on nous. fità nous-mêmes, Il ordonna de la graver dans les lieux d'assemblée et dans son palais ; et, quand il se voyoit contraint à punir, il faisoit annoncer auparavant par un crieur public, toute la peine qu'il en ressentoit. Il choisissoit avec un soin particulier les gouverneurs des provinces et toutes les personnes qu'il mettoit dans les grandes places, se proposant d'imiter le choix que l'Eglise faisoit de ses pasteurs. Prince bien né, naturellement enclin à reconnoître par des hommages religieux le pouvoir de la divinité; mais qui n'eut pas le bonheur de discerner la vraie science de la religion, des vaines

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observances de l'astrologie et des augures. Il avoit un temple

domestique, où il plaça les statues des bons empereurs et des personnages les plus renommés par leurs vertus : mais il confondit ensemble Abraham, Orphée, Jésus-Christ, Apollone de Thyane; et chaque jour, peu après son lever, il leur rendoit à tous indistinctement des honneurs divins.

La religion de la princesse Mammée fut plus éclairée. On prétend qu'elle s'étoit rendue chrétienne, après avoir appris, de la bouche d'Origène, les œuvres merveilleuses du Sauveur, et les maximes de son Evangilet. Au moins est-il constant qu’elle envoya d'Antioche, où se trouvoit la cour, des gardes à Alexandrie, pour lui ramener Origène, et que le gouvernement romain ne s’étoit pas encore montré aussi favorable à la vraie religion, qu'il le fut sous cette princesse.

Origène étoit alors au plus haut point de sa réputation. Il n’y avoit aucun genre de science ni de vertu où il ne se distinguât. Il sembloit que la Providence eût voulu rassembler dans un seul docteur la multiplicité des secours qu’elle n’accorde ordinairement à l'Eglise que par un grand nombre de ministres différents. Déjà l’on comptoit à peine les prélats formés de sa main, et placés sur les grands siéges ou dans les emplois les plus importants de la hiérarchie. Plusieurs de ses disciples avoient souffert le martyre dans la persécution de Sévère, et beaucouple souffrirent dans la suite. Origène ne se croyoit jamais plus obligé aux fonctions d'un maître chrétien, et jamais il ne s’en acquittoit avec plus d'empressement, que quand ses élèves étoient arrêtés. Il les visitoit dans les fers, les accompagnoit à l'interrogatoire et jusqu’au lieu du supplice, les encourageoit par des signes , et, quand il étoit nécessaire, par des discours animés. Souvent il faillit à être lapidé ou assommé, et il n'échappa au danger que comme par miracle. On envoya des soldats pour l’égorger dans sa maison. Il fut long-temps réduit à n'avoir aucun logis fixe. La ville même d'Alexandrie ne se trouvoit plus assez grande pour lui fournir des retraites. Il se vit obligé d’errer par les provinces ; mais partout il convertit sa fuite en mission, ne céda jamais que

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DE L ÉGHISE. (An 222.) 26% par chéissance , et pour peu de temps. 1] fut pris différentes fois, et même appliqué à la torture.

. Un jour les païens le rasèrent de force, et le postèrent à l'entrée du templede Sérapis, où ils lui donnèrent des rameaux pour les distribuer à ceux qui venoient adorer. Origène les départit en effet; mais il disoit à chacun, d’une voix distincte et fort élévée : Recevez ces palmes non comme celles de votre idole, mais comme celles de Jésus-Christ. À Césarée de Palestine, il fut chargé de chaînes pour la foi, et jeté dans les cachots ; on lui fit éprouver la faim, la soif, la nudité, sans que la rigueur nila durée de toutes ces souffrances ébranlât tant soit peu son courage. L'usage continuel d’une vie austèreet pénitente avoit endurci à toutes les épreuves. H jeünoit presque toujours; et les jours qu'il ne jeûnoit point, il ne dépensoit pas pour sa nourriture au-delà de six sous. Il passoit presque toute la nuit à prier, à méditer l’Ecriture sainte; et durant le court espace-derepos qu’il étoit forcé d'accorder à la nature, il ne dormoit que sur la terre nue,

H poussa si loin Famour dela chasteté, que peu content dese préserver des chutes contraires à cette vertu, il prétendit se délivrer des tentations mêmes. Il étoit encore jeune; il se trouvoit engagé par état en des entretiens fréquents avec des personnes du sexe; emporté par sa ferveur, l'inexpérience de son âge lui fit prendre à la lettre ce que dit l'Evangile des eunuques qui se sont faits tels pour le royaume des cieux, et de ses propres mains i} mit ce conseil prétendu à exécution. Maïgré tout le secret qu'il prit soin de garder, la chose parvint à la connoissance de Démétrius son évêque, qui l’en blâma, mais qui pour lors trouva cette simplicité digne d'indulgence. I ne-la divulgua que long-temps après, lorsqu'Origène, âgé de quarante-cinq ans, fut ordonné prêtre en Palestine, par Théoctiste de Césarée et Alexandre de Jérusalem. Déjà l'évêque d'Alexandrie avoit été piqué que ceux de Palestine l’eussent fait prêcher dans leur province, n'étant que laïque. Il s’indisposa de plus en plus contre lui, déféra en concile plusieurs endroits erronés de ses œuvres, le déposa par sentence, l'excommunia, et lui fit abandonner le séjour

d'Alexandrie.

26% (AN 22.) HISTOIRE Jusque-là Origène en avoit tenu l’école sur un pied de célébrité où elle n'étoit jamais parvenue avant lui. Comme il avoit des talents et un savoir universels, il enseignoit les belles-lettres et la philosophie, aussi-bien que les divines Ecritures; et il attiroit une multitude d'infidèles par l'appât des beaux arts, pour les disposer ou les rendre moins contraires au christianisme. L'affluence fut à la fin si grande, que ne pouvant plus suffire, il se déchargea d’une partie de son travail sur Héraclas son ami particulier. Il lui laissa même le soin entier-de son. école, quand il se retira d'Alexandrie, dont, par la suite, cet Héraclas devint évêque.

On eût dit qu’il n’y avoit pas une bonne œuvre à faire dans l'Eglise, au moins dans l'Orient, à quoi cet incomparable docteur ne füt nécessaire. Uncélèbreévêque d'Arabie, Bérylle de Bostre, qui avoit gouverné quelque temps son église avec édification , et s'étoit fait un nom par de savants ouvrages, s'égara dans ses idées et tomba dans l’hérésie. Il s’énonçoit sur le mystère de l'incarnation d’une manière aussi dangereuse que nouvelle, en termes obscurs cependant ; mais le fond de sa doctrine étoit, que Jésus-Christ n'avoit point subsisté par une différence personnelle avant l'incarnation ; qu'il ne commença d'être Dieu qu'en naissant de la Vierge, et même qu'il n’étoit Dieu que parce que le Père demeuroit en lui comme dans les prophètest. Ainsi anéantissoit-il tout à la fois la Trinité des personnes divines et la divinité de Jésus- Christ. Plusieurs évêques zélés s’assemblèrent en concile, afin de prévenir les suites d’un pareil scandale. Ils disputèrent contre Bérylle, et ne purent le réduire. On appela Origène, qui voulut d'abord lui parleren particulier et sonder la profondeur de la plaie, avant de procéder à la guérison. Il reconnut qu'il ne s’agissoit pas d'expressions hasardées sans dessein; mais que l’auteur, plus qu'indiscret, tenait véritablement à l’affreuse doctrine que le sens de ses écrits présentait, Usant donc de tout le ménagement possible, Origène ne réfuta pas seulement les erreurs de l'évêque arabe, mais il assaisonna ses raisonnements d’une douceur et d’une charitt

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