‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 104 sur 159 · PESTE · texte numérisé non relu

PESTE

276 (AN 237.) HISTOIRE seins à son peuple, par les signes et les prodiges , une colombe qu'on aperçut tout à coup dans les airs, et qui vint se reposer” sur la tête de Fabien, attira l'attention de tout le monde. La multitude s’écria d’une voix unanime, qu'il étoit digne de l'épiscopat. On l’enleva, et on le mit dans le siége pontifical, qu'il remplit pendant quatorze ans, de manière à confirmer l'idée qu’on avoit de son élévation miraculeuse.

L'empire se trouvoit au moment d'avoir aussi un nouveau maître. Maximin se rendoit de jour en jour plus odieux par ses brutalités et ses injustices. On trouva detoutes partsle joug insupportable. L'Afrique donna le signal de la révolte. Elle proclama son proconsul Gordien, malgré lui ; et l'élection fut ratifiée à Rome par le peuple et par le sénat. Il s’associa son fils, aussi nommé Gordien : mais ils furent défaits trois mois après par le parti de Maximin. Le fils périt dans le combat ; le père s’étrangla de désespoir. Le sénat craignant le ressentiment du furieux Maximin , fit deux autres empereurs, Puppien et Balbin. Le peuple n'étant pas content de ce choix, auquel il .n’avoit point eu de part, pour l’apaiser , il fallut donner le titre de césar au jeune Gordien, petit-fils du premier , et âgé seulement de douze ans. On se prépara à la guerre de part et d'autre. Maximin se présenta devant Aquilée,

ui lui ferma ses portes. Il livra divers assauts tous inutiles. 11 s en prenoit à ses soldats de ses mauvais succès, les perçoit de son épée sans discernement et sans raison , s’abandonnoïit aux transports de sa fureur et de sa brutalité, sa taille et sa force extraordinaires lui donnant toute confiance. Mais une multitude de soldats se jetèrent sur lui tous ensemble, et le massacrèrent en plein jour, au milieu de sa tente. Ils envoyèrent aussitôt sa tête à Rome, qui la reçut avec les plus vives acclamations , et le calme fut rétabli; mais il dura peu. Les troupes ne purent aimer des empereurs qu'elles n’avoient point faits. Puppien et Balbin avoient à peine régné une année entitre, qu'elles se mutinèrent avec audace , se jetèrent sur eux , et les massacrèrent après leur avoir fait subir les dernières irdignités. Toutefois elles conservèrent le jeune Gordien, qui n'avoit qu'environ treize ans, et qui déjà s’étoit rendu généralement cher par son excellent naturel. 11 fut reconnu de tout

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DE L'ÉGLISE. (AN 237.) 277 le monde , régna avec une extrême douceur , et laissa les chrétiens en paix.

L'Eglise faisoit tous les jours de glorieuses conquêtes. De dignes évêques profitoient du calme, pour mettre en place des ministres qui la servissent comme eux. Phédime, évêque d'Amasée , et doué du don de prophétie, réussit enfin à imposer la charge si redoutée de l'épiscopat à Grégoire le Thaumaturge, qui fuyoit inutilement de solitude en solitude. Poussé de l'esprit de Dieu , Phédime l’institua, quoiqu'absent, évêque de Néocésarée, où l’on ne comptoit encore que dix-sept chrétiens. Grégoire se soumit à la vocation divine, et fut ordonné avec les cérémonies ordinaires : mais il demanda quelque temps , pour acquérir une connoissance plus profonde et plus exacte de nos saints mystères. Les fréquents exemples de ceux qui tomboïent dans l'erreur, en mêlant la philosophie profane avec la doctrine chrétienne , lui inspîroient une eirconspection mêlée d’un saint effroi.

Après avoir passé toute une nuit à méditer, il vit paroître un vénérable vieillard avec une femme d’un aspect non moins auguste. Grégoire, malgré l'obscurité de la nuït, ne pouvoit soutenir l’éclat éblouissant de cette vision. Il entendit la Vierge- Mère, qui lui apparoïssoit avec le disciple bien-aimé, dire à celui-ci d'exposer à l'évêque les profondeurs de la religion. Le disciple lui expliqua aussitôt le mystère de l'adorable Trinité, et Grégoire écrivit sur-le-champ cette leçon céleste qu'il transmit dans la suite à ses successeurs. On la voyoit encore du temps de saint Grégoire de Nysse : et Baronius dit qu'elle fut citée dans le cinquième concile général. Cette merveille n'a rien d'incroyable dans la vie d’un saint, qui n’est qu'un tissu de prodiges.

Après la vision, le saint évêque sortit de sa retraite pour se rendre à la ville qu'il devoit gouverner. Un violent orage et l'obscurité de la nuit l’obligérent de se réfugier, avec tous ceux qui l'accompagnoient, dans un temple d'idoles , le plus fameux du pays pour les oracles. En y entrant, il fit le signe de la croix, et se mit à chanter les louanges de Dieu, ce qui dura une grande partie de la nuit, suivant la coutume qu'il en avoit déjà contractée. Le sacrificateur étant venu le matin pour

dononcis

278 (AN 240.) HISTOIRK ses fonctions , le démon qui rendoit les oracles, lui dit que les immortels ne pouvoient plus habiter dans ce temple, à cause: du’ mortel impie qui venoit d'y passer la nuit. Le prêtre offrit

des sacrifices extraordinaires et des purifications de toutes les

sortes, pour calmer ses dieux : tout fut inutile. La superstition

et l'intérêt réunis l'animent vivement; il s’informe quelle

route a pris Grégoire, et se met à sa poursuite. Ille chargea

d'injures aussitôt qu'il l’eut aperçu, et le menaça de le dé-

noncer aux magistrats, comme profanateur de la religion de

l'empire. Le saint évêque l'écouta fort paisiblement. Quand

le prêtre eut fini, il lui reprocha l'impuissance de ses dieux,

‘que k présence d'un pauvre serviteur de Jésus-Christ rendoit

muets. Il ajouta qu'il avoit le pouvoir de les chasser de quels

lieux il voudroit, et de les faire revenir de là même où il juge-

roit à propos. L'’idolôtre fort adouci, le pria de lui manifester

cette puissance , en les faisant rentrer dans son temple, et en

leur rendant la parole. Le thaumaturge lui donna un billet,

où il avoit.écrit ces paroles : Grégoire à Satan; Rentre. Le

prêtre le mit sur l'autel , fit les cérémonies ordinaires, et revit ses dieux, ou ce qu'il avoit accoutumé de voir auparavant, Il recourut après l'évêque, et le pria de lui faire connaître le Dieu puissant qui exerçoit un pareil empire sur les démons. Grégoire lui exposa les principaux mystères de la foi; mais le sacrificateur ne pouvoit goûter le mystère de l’incarnation, qu'il trouvoit indigne de la grandeur et de la majesté de l'Eternel.

Ce n’est, reprit le thaumaturge d'un air inspiré, ce n'est ni dans les paroles, ni dans les raisonnements humains qu'est la preuve de cette vérité, mais dans les merveilles mêmes de la toute-puissance divine. Il y avoit un roc escarpé et fort élevé, à côté du chemin où ils se trouvoient. Commandez à ce rocher, dit le sacrificateur, de changer de place, et d'aller en un tel endroit, qu’il lui indiqua, puis je vous croirai. Grégoire commanda, et le rocher obéit. Le païen ne résista plus , abandonna son état avec tout ce qu'il possédoit, et s'attacha irrévocablement au saint.

Le bruit de ce miracle étant parvenu à Néocésarée avant le pasteur, le peuple surtit de la ville avec empressement pour

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