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DE L'ÉGLISE. (an 235.) 273 sant de se servir de leurs lumières pour réparer les désordres des règnes passés. Ces faux et durs zélateurs s’obstinérent à regarder la religion chrétienne comme une nouveauté contraire aux lois romaines. Ulpien, l’un des plus vantés, publia un traité de sa composition , sur les devoirs des proconsuls, dans lequel il rassembla toutes les ordonnances des princes, avec le détail des châtiments décernés contre les chrétiens; et cet ennemi déclaré se vit élevé à la dignité de préfet, ou gouverneur de Rome, chargé par état de la recherche et de la punition de tout ce qui pouvoit passer dans son esprit pour malfaiteur.
Bientôt même l'Eglise fut privée de la ressource qu’elletrouvoit encore dans la modération etle bon naturel de l’empereur. Lezèle de ce prince pour le bon ordre, et son exactitude à maintenir la discipline, le rendirent odieux aux troupes, malgré l'estime qu'elles ne pouvoient lui refuser. Il avoit gagné récemment une bataille des plus glorieuses sur le redoutable Ar-
taxerxès, qui venoit de subjuguer les Parthes et rétablir la mo-
narchie des Perses. Il fallut aussitôt marcher à l’autre extrémité de l'empire, contre les Germains, qui, ayant passé le Rhin et le Danube , en inondoient et ravageoient les provinces. Ale. xandre étoit déjà arrivé auprès de Mayence, et les Barbares effrayés repassoient le Rhin avec précipitation, quand il fut assassiné par quelques soldats gaulois , l'an de Jésus-Christ 235, et le quatorzième de son règne. Sa mère Mammée, qui l'accompagnoit dans tous ses voyages, fut aussi massacrée, avec quelques officiers du palais qui voulurent la défendre. L'attentat n'avoit d'abord l'air que d'un emportement aveugle de fureur. On fut persuadé qu'il étoit le fruit d'un complot, quand on vit le chef des conjurés, Maximin , moins Romain que Barbare, prétendre à l'empire, et être solennellement salué empereur. Né en Thrace d'un père goth et d'une mère de la nation des Alains, il ne démentoit son origine, ni par ses mœurs , ni par sa figure. Il étoit d'une stature gigantesque, haut, dit-on, de plus de huit pieds, et d'une force proportionnée à sa taille. D'un coup de pied, il cassoit la jambe à un cheval, et seul il faisoit avancer une voiture chargée. Il
avoit été pâtre, puis simple soldat ; et, par son hubileté dans 1: 1
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274 (An 235.) HISTOIRE l'exercice militaire, il s’étoit avancé jusqu'aux premiers grades. Le dernier empereur lui avoit donné l'inspection des nouvelles levées de troupes, avec le soin de les former.
Quand il se vit maître de l'empire, il ne pensa qu'à se faire craindre. Quelques officiers lui étant devenus suspects, il fit mourir quatre mille hommes, sans discernement et sans examen, Le crime de la plupart d'entr'eux étoit d'avoir pleuré Alexandre, Les chrétiens avoient des motifs particuliers de regretter ce bon prince : ils devinrent très-odieux à son parricide, et telle fut la cause de la sixième persécution. L'igno-
ant et stupide Maximin leur imputa tous les malheurs de
l'état. La perte des batailles, la peste, la disette, les tremblements de terre, les accidents les plus fortuits; tous les maux, selon lui, venoient d'eux. Il n'ordonna toutefois la peine de mort
‘que contre les évêques, comme auteurs directs des progrès
rapides et continuels du christianisme. Les simples fidèles s'étoient-trop multipliés, pour que la politique la plus bornée ne pressentit pas les inconvénients de leur destruction. Les villes, les campagnes, les forteresses, les retraites écartées, les armées, le barreau, le palais des Césars, tous les lieux, excepté les temples , disoit Tertullien , même avant cette époque, sont remplis de nos frères : l'empire, par leur mort ou par leur retraite, deviendroit une solitude effrayante, et comme une proie abandonnée à l'audace du premier ravisseur, En conséquence de l'édit du tyran, la meilleure partie des gouverneurs dans les provinces, et des magistrats dans les villes, soumirent à la peine de mort plusieurs laïques zélés, outre les ecclésiastiques dont ils purent se saisir.
Mais ce qui paroît avoir donné le premier mouvement à la tyrannie sans règle et sans retenue, c'est le zèle diversement interprété du fameux soldat, qui donna lieu à l'écrit non moins fameux de Tertullien , sur la couronne du soldat, Quand on proclama Maximin, cet empereur fit à l'ordinaire des libéralités aux troupes. Chaque homme devoit se présenter avec uae couronne de laurier sur la tête. Mais il en parut ua, tête nue, tenant sa couronne à la main. Il étoit passé, sans que le tribun y fit attention, quand les murmures ou les moqueries de ses camarades le lui firent remarquer. Cet officier lui
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LE L'ÉGLISE. (An 235.) 279 demanda raison de sa singularité. C'est parce que je suis chrétien, lui dit le soldat , et que ma religion ne me permet point de porter vos couronnes. On le dépouilla de son uniforme, on le dégrada des armes, on le mit en prison. La plupart des fidèles le blâmèrent, comme s'étant témérairement exposé, et avec lui toute l'Eglise, contre qui il allumoit la persécution par un vain scrupule. Tertullien prétendit au contraire, que la couronne étoit une vraie marque d'idolâtrie, et que le soldat n’avoit fait que son devoir en rigueur. On demanda quel endroit de l'Ecriture proscrivoit de pareilles pratiques. Mais le docteur africain soutint qu'elles étoient condamnées par la tradition. À ce sujet, il prouve solidement, surtout par des exemples, et par le détail de diverses observances , l'autorité de cette tradition; et ce morceau est un des plus précieux de l'antiquité sur cette matière, quoique l’auteur fût déjà montaniste : mais il va trop loin sur la question directe. Dans le même temps , il fit son livre de la persécution , où il prétend, contre lesentiment universel, qu'il n’est pas permis de la fuir, ni de racheter sa vie pour de l'argent.
Sainte Barbe, à qui l’église grecque rend de grands honneurs, et que l'on croit avoir été instruite par Origène, fut martyrisée à Nicomédie, dans Île cours des mêmes tyrannies. Saint Potien , pape, successeur de saint Urbain, qui l'avoit été de saint Calixte, mourut exilé en Sardaigne, après un pontificat de cinq ans. On brüla les églises bâties sous le dernier règne. 1f n'est point d'autre détail de la persécution de Maximin , qui toutefois dura trois ans, c'est-à-dire pendant tout le règne de ce tyran, qui ne fut qu'une suite non interrompue de cruautés. À la place de saint Potien, les fidèles de Rome élurent Antère, qui mourut vraisemblablement martyr dans les premiers jours de l'an 236, un mois après son élévation.
Huit jours après, Fabien fut élu d'une manière qui passa pour miraculeuse. Il avoit quitté depuis peu la eampagne avec qnelques autres personnes, Comme les chrétiens étoient assemblés pour l'élection du premier pasteur, on proposa différents sujets recommandables et connus. On ne pensoit pas même à Fabien, qui se trouvoit confondu dans la foule. Mais dans
un temps où le Seigneur manifestoit encore souvent ses des-