PRÉFACE
plus sacrées que celles du christianisme, tous les états du monde chrétien se bouleversèrent , avec un tumulte et un désordre que put à peine dissiper une longue suite de siècles. Tout devint guerrier dans le sein pacifique de l'épouse du Christ. Des prélats, qui déjà se croyoient excusables en combattant pour l'empire, se jugèrent dignes des célestes récompenses , en versant leur sang pour la conquête d'une terre consacrée par celui du Fils de Dieu. Quel fut done l'enthousiasme des autrés conditions ? On aimoit à croire que les périls ou les travaux de quelques mois expieroïent tout ce qu'on avoit à se reprocher d'iniquités.
On vit substituer les exercices militaires aux œuvres humiliantes et aux plus rigoureux canons de la pénitence , sans trop examiner si la compensation étoit convenable , et à quelles bornes on devoit la restreindre. Ainsi les lois pénitentielles commencèrent à tomber, ou à demeurer sans effet. Car il ne s'agit point ici du droit des indulgences , aussi ancien dans l'Eglise et aussi divin que le pouvoir des clefs : mais uniquement de l'abus qui peut se glisser dans leur dispensation. Cependant les idées de dispense ou de commutation ayant une fois pris dans l'esprit des peuples , mälgré le zèle des pasteurs éclairés, on en fit un étrange usage. Quand il n'y eut plus moyen d'entrer à main armée dans la terre et la ville saintes , on acquit par négociation et à prix d'argent la faculté d'y aller en qualité de pèlerin : non que les pèlerinages n'aient une origine plus ancienne ; mais on r'avoit pas encore vu des peuples entiers couvrir sans interruption la route des saints lieux, avec cette inquiétude qui les ÿ avoit conduits autrefois, lés armes à la main. Ces attroupements nouveaux se portèrent non-seulement aux lieux consacrés par la mort du Rédempteur, mais aux tombeaux des saints apôtres, à saint Jacques de Compostelle, aux extrémités de l'Tbérie, et dans les contrées les plus sauvages du Nord, après que de nouvelles croisades ÿ eurent établi de nouveaux conquérants et de nouveaux colons. Sur le même principe, mais contre l'avertissement de bien des prélats ; et le sentiment exprès des conciles , on convertit la pénitence en une espèce de trafic : on prétendit, tantôt acquérir à prix d'argent le pardon de ses péchés ; tantôt se rédimer des autres salisfactions par les récitations multipliées et bien comptées du psautier ; el quantité de fidèles , abusés par leurs préventions, se flattèrent de recouvrer l'innocence-et toutes les vertus, sans un vrai changement de cœur, au moins sans des épreuves durables et s0lides qui pussent répondre de la persévérance.
On substitua les pratiques d'une dévotion ärbitraire aux devoirs 1. b