‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 152 sur 159 · HE · texte numérisé non relu

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DE L'ÉGLISE. (An 335.) 917 son empressement à le bien traiter dans sa maison. Athanuse, qui s'étoit concerté avec un ecclésiastique de sa suite, demeura dans l'indifférence; et l’ecclésiastique prit la parole, comme s’il étoit l’accusér. Cette impudente étend la main vers lui, le montre au doigt, et s'écrie d'une voix toujours plus plaintive ct plus élevée : Oui, le voilà, je le reconnois avec horreur, le profanateur perfide de l'hospitalite et de la sainte pureté. Puis elle spécifia le temps, le lieu, toutes les circonstances les plus particulières du crime. La grossièreté de la méprise fit éclater de rire la plus grande partie des assistants, et couvrit tous les autres de confusion. Mais les calomniateurs expérimentés ne se déconcertèrent point. Ils chassèrent l’accusatrice, comme s'ils eussent été trompés les premiers, sans vouloir néanmoins qu’elle fût arrêtée, ainsi qu'Athanase le requéroit, ni qu'elle fñt contrainte à nommer les auteurs qui la mettoient en jeu.

Ils en revinrent à la fable de la main coupée et del'assassinat d'Arsène : diversion pitoyable, où l’on ne consultoit plus qu'une aveugle fureur, où l'empereur avoit été pleinement désabusé, et où il étoit si facile de mettre la vérité dans sa plus grande évidence, pour tout l'univers. Athanase laissa donc engager l'affaire, et ses ennemis s'avancèrent autant qu'ils voulurent. Ils ouvrirent la boîte mysterieuse où étoit la main desséchée, puis adressant la parole à l'accusé : Athanase, dirent-ils tout triomphants, voilà votre accusateur et votre conviction, voilà la main de l’évêque Arsène, que vous avez coupée. Les témoins ne nous manqrent pas; vous n'avez d'autre ressource que de justifier l'action même. Athanase, d'un air fort tranquille, leur demanda s'ils connoissoient l'évêque Arsène. Plusieurs répondirent qu'ils le «snnoissoient parfaitement. Hé bien, dit-il, qu'on fasse entrer l'homme qui est à cette porte. On ouvre, l'homme est introduit, on lui fait lever la tête, tous l’examinent fori attentivement : on reconnoît Arsène plein de vie et ayant ses deux mains. L'expérience d'Athanase lui avoit fait prévoir qu'on en pourroit revenir à cette vicille imposture, et il avoit eu | précaution de faire

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518 (AN 335.) HISTOIRE amener secrètement Arsène, que les ariens croyoient toujours dans le lieu de refuge où ils l’avoient caché.

Ils ne concevoient rien aux ressources et à la présence d'’esprit d’Athanase; en sorte que la multitude se mit à crier qu'il étoit magicien. Quant aux auteurs plus qualifiés de la supercherie, ils n'en purent supporter la honte, et ils se retirèrent avec une précipitation qui annoncçoit leur défaitet. Le reste des méléciens se jeta en furie sur le saint évêque, qu'ils auroient mis en pièces, si les officiers, qui craignoient l’empereur, ne l'eussent arraché de leurs mains. On revint pourtant de la surprise ; et afin de colorer une fourberie si criante, on débita qu'un évêque, assujéti servilement aux volontés d'Athanase, avoit par son ordre, mis le feu à la maison d’Arsène; et qu'après lui avoir déchiré le corps de courroies, il l'avoit enfermé dans une chambre, d’où il s’étoit secrètement échappé, ce qui avoit donné lieu de le croire mort.

D ne restoit plus que le conte d’Ischiras, ou du calice rompu et des saints mystères profanés. Athanase dit là dessus, qu'ayant appris qu'Ischiras célébroit le saint sacrifice sans avoir jamais élé ordonné prêtre, il lui avoit fait intimer par le diacre Macaire, de venir rendre compte de sa conduite ; mais que l’envoyé le trouvant malade, lui avoit simplement défendu de faire aucune fonction sacerdotale. Ce fait, présenté si diversement d’ailleurs engagea les eusébiens à envoyer des commissaires sur les lieux ; et ils s'y prirent d'une manière favorable à leur dessein, en choisissant les plus grands ennemis du patriarche, sans souffrir qu'il y eût aucun délégué de sa part. L'information fut aussi vicieuse que tout le reste du procédé. C'est pourquoi le clergé d'Alexandrie, et celui de la Maréote, licu de la scène, voyant uue prévarication manifeste et sans palliatif, protestèrent en forme contre tout ce qu'on voulut faire, Les évêques d'Egypte avoient déjà protesté dans le concile, contre le choix des députés. Tout alla cependant son train ; et les commissaires du parti n’en reparurcnt pas moins insolents à Tyr.

Athanase ne les avoit pas attendus; la fureur des méléciens

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DE L'ÉGLISE. (AS 335.) 519 l'obligeant de se retirer , et les officiers mêmes 4e l’empereur l'ayant fait embarquer, parce qu'ils ne voyoient plus d'autre moyen de mettre sa vie en sûreté. Les eusébiens triomphèrent de son évasion, comme s’il eût été légitimement convaincu ; on prononça contre lui la sentence de déposition. La plupart des évêques , soit par surprise, soit par lâcheté, souscrivirent à ce jugement. Les méléciens avoient rendu trop de services à l'arianisme, pour n'être pas bien traités. Le conciliabule les reçut à la communion, et les maintint dans tousleurs honneurs comme des fidèles injustement persécutés. Le fourbe Ischiras fut fait évêque ; et Arius eût été rétabli, si les évêques de T'yr n’avoient reçu dans les entrefaites des lettres de Constantin, qui les pressoient de se rendre à Jérusalem , pour la dédicace de l’église du Sépulcre, qu'on venoit d'achever.

Ils y allèrent tous, excepté ceux de l'Egypte, que le denger pressant de leurs églises, après ce qui venoit de se passer, rendoit si nécessaires chez eux. D'autres évêques survenus de toute part pour plaire à Constantin, les remplacèrent ; en sorte que le concile qu’ils tinrent, comme il étoit d'usage dans ces grands concours de prélats, fut extrêmement nombreux. La grande affaire des ensébiens étoit le rétablissement d’Arius qu'ils n'avoient différé qu'afin de le rendre plus éclatant. L'hérésiarque se montra avec les lettres impériales, qui chargcoient les Pères d'examiner sa nouvelle profession de foi; trés-insuffisante encore, mais qui, à l'omission près du terme consubstantiel, paroissoit assez catholique. Ce défaut n'en fut pas un pour de pareils juges. Ils reçurent honorablement Arius à la communion, écrivirent une lettre synodale à l’élise d'Alexandrie, et à toutes les églises du monde, pour le faire traiter en orthodoxe, aussi-bien que tous ceux de son partis.

Pendant ce temps-là, Athanase, réfugié à Constantinople, sollicitoit une audience qu'il ne pouvoit obtenir; parce que les eusébiens, presque aussi puissants à la cour qu'à Tyr, tenaient tontes les avenues du palais soigneusement fermées. I ne se rebuta point; et comme l'empereur passoit à cheval,

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320 (an 335.) HISTOIRE Athanase se présenta, et demanda à se justifier. Constantin refusa de l'entendre, témoigna même quelque appréhension de communiquer avec un homme condamné par un concile. Alors le saint s'écria : Prince, qui abandonnez l'opprimé, et n'appuyez de votre puissance que mes oppresseurs, sachez que le Seigneur jugera entre vous et moi. Cette représentation animée étoit de nature à faire impression sur l’esprit religieux de l’empereur. Il manda tous les évêques du concile de Tyr, pour apprendre au juste ce qui s’étoit passé. Mais on ne lui envoya que les plus rusés imposteurs, et l’on sut trouver des prétextes pour écarter tous les autres. Ces fourbes ne parlèrent à Constantin, ni d'Arsène, ni d'Ischiras; fictions trop approfondies à la cour, et trop bien détruites : mais changeant de batterie, ils accusèrent Athanase, à ce que prétendent différents auteurs , d'empêcher le transport des blés d'Egypte à la nouvelle capitale de l'empire. C'étoit toucher le fondateur à l'endroit le plus sensible. Le sentiment fit oublier la raison; et il crut user d'une grande clémence, en ne condamnant pas le patriarche à la mort, mais seulement à l'exil2. On le relégua à l’autre extrémité de l’empire, dansla viile de Trèves, capitale des Gaules, où l'illustre banni fut accueilli en confesseur de 1a foi, par saint Maximin qui en étoit évêque , et par le jeune Constantin , fils de l’empereur , qui ne pouvoit que gémir sur les préventions de son ère

Athanase éloigné , il parut peu difficile de rétablir Arius à Alexandrie. Il avoit professé la foi de Nicée devant l'empereur qui ne se départoit pas de ce point fixe. Quand il eut quitté sa présence , il recommença à dogmatiser daris les mêmes principes et avec les mêmes blasphèmes qu'auparavant. Les prêtres d'Alexandrie où il se transporta, évitèrent sa communion avec d'autant plus d'horreur et de constance, qu'ils étoient inconsolables d’avoir perdu leur saint pasteur , et de voir par son expulsion son bercail en proie à des loups d‘vorants qui ne prenoient plus la peine de se travestir. La désolation passa au fond des déserts, parmi les vrais solitaires, qui ne con-

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DE L'EGLISE. (AN 336.) Bat noissoient de piété solide, que celle qui a pour base la pure doctrine de l'Eglise.

Plus vivement affecté qu'aucun autre , le grand Antoine crut ne pouvoir mieux employer qu'en cette crise effrayante la considération dont il jouissoit auprès de l’empereur. Souvent Constantin, avec ses deux fils Constance et Constant, lui avoient écrit, en le traitant de père, et en lui demandant, comme une faveur , quelques mots de réponse à leurtendresse filialer. À la première de ces lettres le saint avoit rassemblé les solitaires et leur avoit dit, sans montrer aucune sorte d’émotion : Les maîtres du siècle nous ont écrit; mais quelle relation peut-il y avoir entr'eux et des hommes qui, étrangers pour le monde, en ignorent jusqu'au langage? Si vous admirez la condescendance d'un empereur, formé de poudre aussi-bien que nous, et qui doit pareïllement retourner en poudre, quel doit être votre étonnement de ce que le Monarque éternel nous a tracé la loi de sa propre main, nous a parlé par son propre Fils ? Cependant les frères lui ayant représenté qu'un empereur si chrétien méritoit les plus grands égards, et qu’il pourroit se scandaliser d’un détachement dont il ne pénétreroit pas le motif, ÿ ouvrit les lettres et y fit réponse. Mais à la nouvelle destroubles et des périls de l'Eglise d'Alexandrie, il ne fallut pas le presser de solliciter en faveur du saint évêque Athanase , si nécessaire à son peuple et à tout l'Orient. Il écrivit avec zèle, et Constantin lui répondit avec bonté et avec distinction? : mais il tint ferme pour le bannissement du patriarche , sur le préjugé de la déposition prononcée par un concile, autant que sur l'idée qu'il s’étoit formée d’Athanase, et que les sectaires ne cessoient de fortifier, comme d'un esprit superbe et d’un sujet séditieux.

Quand le bruit s'en fut répandu dans Alexandrie, la douleur, la consternation, une espèce de désespoir éclata dans tous les rangs. Tout se mit en rumeur et en mouvement dans celte grande ville; et pour prévenir les dernières extrémités, Ja cour ne trouva point d'autre moyen que de rappeler Arius à Constantinople. Alors , et de la façon peut-être la plus mar-

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522 (AN 336.) HISTOIRE quée qu'on l'eût encore vu, les rênes du gouvernement floitérent au hasard dans les mains de Constantin , et n’annoncèrent plus rien de cette sagesse suprême, qui, en plusieurs rencontres, n'avoit pas dédaigné de lui servir de guide, dans la sphère propre de sa puissance. À l’ombre de la protection impériale , les eusébiens firent assembler un concile de toutes les provinces voisines de la capitale, parce qu'ils se figuroient que l’hérésiarque une fois reçu par les évêques en présence de l'empereur , nulle église ne feroit plus difficulté de l’adinettre. C'étoit un saint prélat nommé Alexandre qui gouverroit alors l'Eglise de Constantinople, et il ne voyoit qu'avec une amère douleur les deux Eusèbe dominer despotiquement sur le clergé. Déjà l'on avoit condamné et déposé Marcel d’Ancyre, qui paroissoit à la vérité répréhensible du côté du sabellianisme : mais ce n'étoit pas là son véritable crime. Il n’étoit maltraité que pour avoir écrit contre le sophiste Astère , qui, passé du daganisme au parti des ariens, publioit sans retenue les mêmes blasphèmes à peu près que s’il eût été encore païen. À l’âge de plus de quatre-vingt-dix ans, Alexandre montra toute la vigueur du premier âge. La cabale menacçoit de le déposer lui-même, et le lui substituer un évêque qui sauroit traiter Arius avec plus d'honneur. L’illustre saint Jacques de Nisibe, qui se trouvoit au concile, dit au zélé vieillard : Mon frère Alexandre , c’est au Roi des rois qu’il nous faut recourir dans un abandon si général. Ces deux saints engagérent les fidèles à joindre encore leurs prières et à jeûner pendant sept jours, au bout desquels les eusébiens perdant patience, dirent à saint Alexandre, que si ce jour-là même il ne recevoit Ârius dans son église, only feroit placer de force le lendemain. Le saint vieillard, sans répondre un seul mot, sc retira dans l'église qui portoit le nom de la Paix. Là s'étant renfermé tout seul, ilse jette au pied de l'autel, le visage contre terre, les yeux noyés de pleurs, et s’écrie avec sanglots : Dieu tout-puissant , s'il faut que l’impie Arius soit reçu dans l’église, épargnez à l'infortuné Alexandre hi douleur de ce spectacle, et retirez-moi auparavant de cette vallée de larmes r.

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l parloit encore lorsqu'on vient, pour la dernière fois, le sommer de la part de l'empereur d'admettre l'hérésiarque à la communion. Ce prince, à la merci des fourbes qui ne cessoient de l’obséder , se persuada sur leur parole qu’Arius n'avoit plus d'entre foi que celle de Nicée; d'autant mieux que le faussaire, ca présentant sa dernière confession, où l’on ne lisoit rien qui ne fût orthodoxe à la lettre, protestoit avec serment qu'il croyoit ce qu'il avoit écrit. Mais.il portoit, dit-on sur lui un autre papier auquel par une misérable et sacrilége équivoque, il rapportoit mentalement son aflirmationt. Que Dieu soit le vengeur du parjure, lui répondit Constantin , si vous en osez faire un de cette énormité. On avoit choisi un dimanche pour le rétablissement de cet impie, afin de le rendre plus éclatant.Le samedi, sur le soir, comme saint Alexandre cntinuoit de prier, l'orgueil impatient des hérétiques leur fit ccuduire Arius par la ville comme en triomphe; et lui-même, enchérissant sur leur ostentation, se répandit en discours insolents. La foule étoit innombrable, et grossissoit de rue en rue. Comme on approchoit de la place dite Constantinienne, et qu'on apercevoit au fond de cette place le temple où l'hérésiarque devoit être rétabli, il pâlit à la vue de tout le monde, éprouva une soudaine frayeur et de violents remords. Il sentit en même temps quelque besoin naturel2. Il entra dans un des lieux publics, multipliés dans la nouvelle Rome avec autant de magnificence que tous les autres édifices.Il y expira dans les plus cruelles douleurs, en rend:ai une grande abondance de sang , avec une partie de ses ” itraiiles : digne fin d’un impie, trop semblable pendant la - e au perfide J"das, pour ne pas lui ressembler dans les circonstances de sa mor C° dénoûment effrayant, et qui passa pour miraculeux, canisa autant d'abattement aux ariens , que d’:spoir aux fidèles orthodoxes. Le lieu de cette tragique scène devint l'horreur publique ; et par la suite un arien l’acheta , afin d'effacer ou d'affoiblir, en le convertissant en un autre usage, la mémoire de cet opprobre

L'empereur fit de profondes réflexions, reconnut la main du Seigneur, conçut plus d’aversiun de cette secte parjure, et

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plus d’attachement que jamais pour la foi äe Nicée. Il sentit enfin la faute qu'il avoit commise, en bannissant le princip:! défenseur de ce sacré concile; et ilalloit le rappeler, quand sa propre mort eimpêcha l’exécution de son dessein, mais il en donna i ordre avant d'expirer. Il venoit {2 régler le partage de ses états entre les princes ses fils, 1fiu de prévenir la discorde et les troubles. À l'aîné qui portoit son nom furent assignées les Gaules, l'Espagne et la Bretagne; l'Egypte et l'Asie à Constance; et à Constant, leplus jeune des trois, les provinces du milieu de l'empire ; savoir l'Illyrie et l'Afrique. Le premier étant déjà marié, l'empereur voulut enfin donner une épouse à Constance;et son choix, dirigé par la seule estime,tomba sur Eusébie, douée en effet de toutes les grâces et de tous les talents cunvenables à sa destination, et malheureusement encore de qualités et de connoissances supérieures à son sexe : princesse accomplie, si en même temps elle n'eût eu en partage celte suffisance et cette curiosité présomptueuse qui trop souvent engagent les femmes dans les nouveautés et les travers en fait de religion , et qui la précipitèrent dans l’hérésie d’Arius.

Le mariage fut célébré avec la plus auguste pompe. Mais, digne ici de lui-même et de ses plus belles années, le grand Constantin voulut surtout paroître magnifique dans ses largesses. Au lieu que les autres princes avoient chargé leurs peupies d impôts pour fournir à ces sortes de magnificences, il fit tout au contraire des présents considérables aux principales villes de l'empire. Les nations les plus éloignées lui envoyèrent des ambassadeurs, pour le féliciter et lui marquer leur respectueux dévouement. Il en vint du fond des Indes, des extrémités du Nord et de l'Occident. Pour les Perses, ils redemandèrent, même assez fièrement , les provinces du Tigre qu'ils avoient perdues. C'’étoit une déclaration équivalente de guerre. Constantin se prépara à marcher contr'eux, et souhaita que des prêtres et des évêques l'accompagnassent, afin de nourrir sa piété par les exercices du culte divin, dans le sein même de la guerre et du tumulte. Pour cela, il fit faire comme une église portative, qu'on devoit dresser partout où il campuroiti, La fête de Paques étont arrivée, il en passa la veille en

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DE L'ÉGLISE. (AN 337.) bas prières avec les fidèles, selon la coutume, distribua d'amples aumônes, et parut enchérir sur toutes ses bonnes œuvres passées.

C’étoit la pâquede l’an 337, le soixante-quatrième de l’âge de cet empereur. Il jouissoit d’une santé parfaite en apparence, et il fut cependant atteint d’une maladie inconnue, où les médetins convenant d’abord de leur embarras, ne lui firent attendre quelque sorte de soulagement que des bains chauds. Aprèsavoir essayé de ceux de Constantinople il se fittransporter aux eaux d'Hélénople, vers Nic mais la violence du mal qui redoubla l’empêcha de le: ; Alors il tourna tous ses regards vers le Seigneur, on de visiter l'Eglise fort renommée du martyr sain où il passa un temps fort long en prières. Ge fut là que, tant sa fin approcher, il résolut de recevoir le baptême, et le demanda avec une humilité exemplaire, en se prosternant et en confessant ses péchés. Il reçut d'abord l'imposition des mains pour devenir ce qu'on appeloit compétent, c’est-à-dire , disposé prochainement au baptême , et non précisément catéchumène; car il est vraisemblable qu'il n'avoit pas attendu si tard à le devenir, d'autant plus que ses historiens rapportent en différentes ren. contres, comment il assistoit aux divins mystères; ce qu'on uv pouvoit faire sans être catéchumène.

Ensuite il se fit, dit-on, transporter au château d'Aquiron, plus près de Nicomédie. Il y reprit un peu ses forces, et dil néanmoins aux évêques de sa suite, qu'il s’étoit toujours proposé de recevoir le baptême dans le Jourdain, en mémoire de celui du Sauveur; mais que les dispositions du ciel paroissant ne pas s’accorder avec son propos, il demandoit d’être baptisé sans délai. Les critiques ne sont pas d'accord touchant le ministre qui le baptisa. Maïs ceux qui prétendent que ce fui Eustbe, évêque du lieu, observent que ce prélat professoit toujours publiquement la foi de Nicée; qu'il pratiqua religieusement toutes les cérémonies ordinaires , et le revêtit d. l'habit blanc. Son lit fut aussi tendu en blanc, et il ne voulut plus reprendre la pourpre. Comme les officiers qui l’entouroient fondoient en larmes, il leur dit, avec un air de tranquillité et même de joie, qu’il voyoit d’un autre œil qu'eux

526 (AS 337.) HISTOIRE la véritable félicité, et qu'il étoit bien éloigné de s'afiliger du moment où 1l en alloit jouir.

11 donna les ordres convenables pour maintenir la paix dans ses élats comme dans sa famille, et engagea les gens de guerre à jurer solennellement qu'ils ne feroient rien contre l'Eglise, ni contre ses enfants; puis il mourut le 22 mai, jour de la Pentecôte, dans le commencement de la soixante-quatrième année de son âge, et sur la fin de la trente-unième de son règne, le plus long de tous ceux des empereurs, depuis Auguste. Il avoit mandé avec empressement son fils Constance, comme le moins éloigné des trois, quoiqu'il ne l'accompagnût point en Asie : après quoi se sentant tout-à-fait décliner, il avoit remis son testament entre les mains du prêtre arien que sa sœur lui avoit laissé pour homme de confiance : ce qui contribua infiniment à accréditer cet hypocrite avec tant de dommage pour la religion, comme on le verra par la suite,

Jamais prince ne fut plus regretté du peuple et des troupes. Tout le palais retentit de cris et de gémissements. Ses gardes et ses domestiques déchirèrent leurs vêtements avec une douleur , dont ces signes, souvent de pur usage dans l'antiquité, n'étoient ici qu'une faible expression. On rapporta son corps à Constantinople, ettous les habitants de cette grande ville, qu'il avoittoujours traités en enfants plutôt qu'ensujets, ne parurent en effet qu'une famille nombreusequi venoit de perdre lemeilleur des pères. On l'exposa, avec la poupre et le diadène, dans un cercueil d'or, sur une superbe estrade environnée de chandeliers aussi d'or. Ses officiers ordinaires ne le quittoient point, ct quantité d’autres personnes distinguées veilloient nuit et jour, en attendant les princes ses fils. Constance put seul arriver à temps pour l'inhumation. Il accompagna le corps jusqu'à l'église des saints apôtres, destinée par le défunt même à la sépulture des césars ; puis il se retira, ainsi que les soldats, parce qu'il n'étoit pas encore au rang des catéchumènes. Le clergé et le peuple fidèle firent les prières accoufumées ; et le saint sacrifice fut offert pour l'âme du prince défunt. Après quoi on l’enterra dans le lieu saint, mais au ves- Libule seulement, et près de la porte, pour servir de modèle aux maîtres du monde, qui se firent un devoir d'imiter cetie

DE L'ÉGLISE. (An 337.) 527

ser du humilité, et de devenir, selon l'expression de saint Jean | | d Chrysostôme , les portiers du pêcheur, c'est-à-dire, du prince if Fans des apôtres. Rome, dont il avoit eu lieu de se plaindre pendant | | serre sa vie, ne laissa pas de témoigner une extrême douleur à la 4 glise, nouvelle de sa mort. 4 de la La mémoire de cet empereur, quoiqu'un peu ternie à di- I Lrième vers égards , est justement en bénédiction dans l'Eglise, pour | le son la droiture de ses intentions, et pour mille biens solides dont ill is Au- il l’a comblée. Les Grecs l’ont mis solennellement au nombre (ll tance, des saints, et font sa fête le vingt-unième jour de mars avec 1 pagnât celle de sainte Hélène sa mère. On jugea sagement que le || rer, il baptême avoit effacé des fautes de surprise , si difficiles à pré- 1 mue venir dans les conjonctures où se trouva ce grand prince. | 11 con- { > dom- | oupes. | | gardes | ed FIN DU PREMIER VOLUME. || Ù W{| 0rps à (] e, qu'il | rurent || meil- 4 dèine, | ée de il toient |

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