LIVRE PREMIER
DEPUIS L'ÉTABLISSEMENT DE L'ÉGLISE JUSQU'A LA MORT DES APOTRES SAINT PIERRE ET SAINT PAUL, EN 66.
1 L'oncre de l'Eglise remonte jusqu'à celle du genre humain ; I et la religion de Jésus-Christ, à la considérer dans toute son étendue, commence à la chute du premier homme, ou à la promesse que Dieu lui fit d’un libérateur aussitôt après qu'il se .. fut rendu l'esclave du démon. Dès ce moment, l'homme pé- # cheur, traité bien différemment des anges rebelies, fut élevé à 4 un rang supérieur aux priviléges mêmes dont la libéralité ma- + gnifique et gratuite de son Créateur l'avoit comblé enle créant. + 11 doit naître de son sang , suivant la divine promesse, un fils ! semblable à lui en toutes choses, à l'exception du péché, et en 4 même temps égal à Dieu, c’est-à-dire Fils de Dieu, aussi véri- 4 tablement et aussi proprement que de l'homme. Unissant dans } une seule personne la nature divine et la nature humaine, il a * un droit naturel à l'héritage céleste, à la possession et au ban- * heur de Dieu même; et, en se dévouant à la mort pour ses
… frères selon la chair, il leur acquiert un titre à la participation + de ses droits. Ainsi les hommes, déchus du rang d'amis de Dieu où les avoit élevés la justice originelle, deviennent, par % la n édiation de l'Homme-Diew, les énfants même de Dieu ; et 2} dès lors s'établit, quant à son essence, la religion du Christ, 4 plus merveilleuse encore, et beaucou plus honorable pour 2 l'homme que celle de l’état d’innocence.
Pour recueillir les fruits de cette divine médiation, tous les A u
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hommes, tant sous la loi de la nature, que sous la loi judaïque, devoient croire au Rédempteur, n’attendre leur salut que de lui et de leurs œuvres unics à ses mérites. C’est pourquoi les pères transmettuient cette tradition salutaire à leurs enfants. Le Seigneur leur rappæloit souvent ses promesses ; et, soit par la bouche des justes inspirés, soit par des types et des emblé.. mes propres à réfléchir la lumière qu’il y répandoit, tantôt il leur représentoit le pontife éternel, le conciliateur du ciel et de la terre, dans le pontife et le roi pacifique de Salem ; tantôt, dans les souffrances du juste Job, il leur peignoit le modèle de toute justice en proie à l'opprobre et à la douleur, avant de reprendre une vie à jamais heureuse.
Toutefois les descendants du premier homme, naissant dans les ténèbres et la corruption , loin d’user du remède qui leur étoit préparé, augmentèrent par leurs fautes personnelles la dépravation de leur origine, donnèrent presque tous dans les égarements et dans les excès les plus déplorables, bâtirent des temples et consacrèrent des autels au premier auteur de leur dégradation et de leur infortune. Les abominations les plus sacriléges et les plus infâmes, furent érigées de toute part en culte religieux. Pour ne pas laisser éteindre dans le genre humain les lumières mêmes de la nature et de la raison; pour conserver dans leur âme l'empreinte de la divinité et la mémoire du Rédempteur promis, de la masse charnelle et corrompue , il fallut séparer un peuple particulier, et consigner dans la multitude et le merveilleux éclat de ses monuments, les traditions sacrées qui tendoient à leur entier anéantissement.
On vit alors le père des croyants abandonner, par l'ordre du Seigneur, la terre où il avoit pris naïssance , et se porter vers le lieu qu'on croit ayoir cté celui de l'origine du genre humain , et qui étoit le plus propre à lui rappeler les anciennes miséricordes du Créateur. Alors se renouvellent et se multiplient les divines promesses, ou d’une manière littérale et précise, ou par des figures accommodées au génie du temps et du climat, et les plus capables d'y faire de profondes impressions. On promet au fils de T'haré, non-seulement qu'il deviendra père d'une nation plus nombreuse que les étoiles du ciel et que les sables de la mer, ce qui ne convint jamais qu'imparfaite-
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ment aux Hébreux, resserrés dans les bornes de Ja Palestine; mais, ce qui convient évidemment et uniquement au Messie, on annonce que, dans un enfant d'Abraham, seront bénies toutes les nations de la terre. On l'oblige à imprimer dans son propre corps le sceau de la divine alliance , symbole du caractère incffaçable que le sacrement dela régénération doit graver dans l'âme chrétienne. Dans son fils Isaac, qui naît, contre l'ordre de la nature, d’un père épuisé d'années et d'une mère stérile ; dans cet enfant de bénédiction, qu'on lui ordonne de sacrifier sur une montagne, et qui porte lui-même à ce mont figuratif le bois dé son sacrifice, on lui représente le Libérateur promis depuis tant de siècles, fils d'une vierge devenue féconde sans rien perdre de sa virginité, et portant au Calvaire la croix sur laquelle il doit être immolé.
Quand la postérité d'Abraham, d’Isaac et de Jacob eut formé un corps de nation ; quand il plut au Tout- Puissant de la tirer de la terre de servitude, et de briser le joug de Pharaon, sans l’exposer aux coups de l'Exterminateur, ce futlesang d'un agneau, figure de celui qui efface les péchés du monde, qui fit le salut de leurs familles. La multitude des sacrifices établis ensuite pat le législateur d'Israël, et dont la multiplication même annontoit l'insuffisance, les purifications, les oblations tant de fêtes et d'observances, ne tiroient leur vertu que de l'adorable victime qu'elles figuroient. Qui n'en retrouve, après les écrivains évangéliques, les traits dessinés dans le houc émissaire, chargé des iniquités d'Israël ; dans le serpent d'airain élevé à la vue du peuple pour sa guérison; dans le personnage étonnant de Samson , qui combat seul des armées entiéres, et procure en un moment, par sa mort, l'affranchissement de sa nation ; dans Jonas englouti par la baleine , et reparoissant plein de vie au bout de trois jours ?
S'il reste de l'obscurité dans ces figures, qui ne devoient être en effet que les ombres des choses à venir, quels torrents de luinières n y répandent pas les révélations et les oracles des prophètes? Le législateur des Hébreux ne leur laisse point ignorer que ces lois ne sont qu'une ébauche 1; que le règne dus
4 Deut. 18.