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observances serviles n'aura qu'un temps; après quoi le Seigneur suscitera le grand prophète, qu'on doit écouter à jamais. On spécifie le temps, le lieu , toutes les circonstances de son avénement; la petite ville de Bethléem qu'il doit élever par sa naissance au-dessus des plus illustres cités d'Israël ; la tribu de Juda, et la race particulière de Jessé, d'où il tirera son origine2; l’époque précise de son avénement, aussi remarquable et aussi fameuse que la translation du sceptre de Juda dans une main étrangère ; le calcul exact des années après lesquelles il doit paroîtrei ; l'année même où il sera renié et mis à mort par son peuple. Avant la révolution de tant de siècles, avant la naissance de l'aurore, David voit ce fils4, qu'il nomme aussi son Seigneur, sortir du sein de l'Eternel , et s'asseoir dans la splendeur des saints à la droite de son Père, sur un trône plus éclatant et plus inébranlable que les colonnes des cieux. Il entend le Très-Haut, qui lui dit de toute éternité : Je vous ai engendré aujourd'huis, et votre héritage sera l'empire de ton les peuples , sur lesquels vous régnerez par la douceur, par :4 vérité et par la justice : empire qui n'aura point de fin, etpoint d'autres bornes que celles de l'univers. |
Les prophètes dans tous les temps ont publié les mêmes merveilles6 ; et l'on observe que, dans le dernier âge du peuple de Dieu , en conférant l'administration de la puissance publique à Simon, le dernier des frères de Judas Machabée, le décret d'investiture porte qu'il n’en jouira, lui ou ses descendants, que jusqu à l'avéneinent du fidèle et véritable prophète. L'attente du Messie se répandoit au loin, hors des bornes où le Dieu d'Israël avoit jugé à propos de se faire particulièrement connoître. Job?, au centre de la gentilité, professe clairement la croyance d'un Dieu fyit homme, et nous dit en termes exprès, que son plus doux espoir est de contempler un jour son Dieu, son Rédempteur , vivant et visible à des yeux de chair.
Comme nous ne prenons pas l'histoire de la religion de ce Dieu incarné, à sa première inslituticn, nous n'entreprendrons pas non plus de déployer toute la chaine des prophéties.
1 Mich. 5. — 3 Gen, 14. — 3 Dan, 9. — 4 Ps. 71. — 5 Ps, a et 44. — 6 Pos Hist, univ. à part. 5. — 7 Job 19.
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À DE L'EGLISE. n À Dans ce quenous venons d'en rapporter, nous n'avons prétendu © que préparer les esprits à la publication del'Evangile, ou micux À encore à l'établissement et à la propagation de l'Eglise propre- 1 ment dite. Mais pour bien remplir ce point capital denotre ob-
4 jet, nous allons encore présenter quelques traits d'Isaïe, qui
© semble autant l'évangéliste, que le prophète du Rédempteur. D'abord il le voit et nous le montre aussi grand et aussi di- 4 vin qu'il l’est de toute éternité dans le sein de son Père. Qui 4 parlera dignement, s'écrie-t-il1, de sa génération, plus pure et À plusancienne que celle de l'étoile du matin ? Quant à sa généra- 4 tiontemporelle, une vierge concevra, dit-il, etmettra au monde * cet enfant admirable, fils de David et Fils du Très-haut, l'ange 4 du conseil et de la force, l’auteur du bonheur à venir, le prince 1 de la paix , l'Emmanuel ow Dieu avec nous, c'est-à-dire Dieu % ct homme tout ensemble, Les ténèbres couvroient la terre, 4 poursuit-il, et une profonde obscurité enveloppoit toutes les % régions ; mais à la splendeur qui illustre la naïssance de ce Dieu enfant , au lever de cette étoile merveilleuse de Jacob, “les princes des nations se mettent en marche; ils viennent de 4 Saba lui apporter leuc or et leurs parfums ; ils chargent leurs riches présents sur les dromadaires de Madian et d'Epha; les rois s'estiment heureux d'être ses nourriciers, et l’adorent , le front prosterné sur la terre, comme ses esclaves. Le prophète, dans ces sublimes figures, ne présente pas d'une manière moins Mexpressive les prodiges que le Désiré des nations doit opérer “dans l'ordre moral , autant et plus que dans celui de la nature. AQuand votre Dieu viendra , leur dit-il3, la douleur et les gé- Mnissements fuiront devant lui. À son aspect, le pied du boi- Meux deviendra léger comme celui du cerf, la langue du muet se déliera, l'oreille du sourd entendra, et les yeux de l'aveugle s'ouvriront. On verra le loup dépouillé de sa férocité, obéir à “la houlette ainsi que la brebis, le léopard se jouer avec le cheivreau, l'ours et le lion brouter à côté du bœuf, et le dard de ‘aspic s'émousser dans toute l'étendue de la sointe montagne : d'est-h-dire, que la cruauté et la violence, la malignité, la dperfidie, tout genre d'iniquité sera proserit par l'Evangile,
! ls. 53. — Zbid, 7 et 9: …— 3 Ibid, 35.
comme le prophète l'explique lui - même, dans la cause étonnante qu'il assigne à ce nouvel ordre de choses. Car ce prodige , ajoute-t-il, arrivera, parce que la terre sera remplie de la connoissance du Seigneur, Î]marque encore mieux l’établissement et la sainte fécondité de l'Eglise, lorsqu'il adresse ces paroles à cette mère des nations: : Poussez des cris de joie, vous qui n'enfantiez point, vous qui gémissiez depuis si longtemps dans l'opprobre de la stérilité. Les enfants de la femme ainsi négligée, dit le Seigneur, vont être en bien plus grand nombre que ceux de la première épouse : ils accourront de à l’Assyrie, de l'Egypte et des Iles, ou de l’Europe, de toutesles régions les plus éloignées. Non, vous ne vous souviendrez plus de votre longue viduité, et je vous ferai oublier jusqu'à Ja honte de votre jeunesse. Cherchez yn vaste emplacement , déployez-y vos tabernacles , et les étendez à droite et à gauche : celui qui vous a choisie, s'attache inséparablement à vous ; son nom est le Seigneur , le Sauveur d'Israël , le Dieu de toute la terre. Je fonderai votre nouvelle habitation , vous dit-il, plus solidement que ne le sont les collines et les montagnes. Les M remparts en seront de jaspe, les portes plus éclatantes et plus À à l'épreuve que le saphir et le diamant. Mais l'appui inébranlable de votre puissance et de votre bonheur, ce sera la justice et la discipline que vos enfants tiendront du Saint d'Israël,
À ces traits de grandeur, sous lesquels on montre le Messie, an joint la prédication des douleurs et des opprobres À dont il sera rassasié ; et tel devoit être le tableau, pour repré- ë l senter dans son intégrité le ministère du Rédempteur. Dieu, Le offensé par les hommes , s'étoit engagé à leur pardonner;
1 mais il ne leur avoit pas promis un pardon gratuit. Il prétendoit au contraire, tout en signalant sa miséricorde, ven- te ke | ger encore mieux sa justice et sa majesté infinie, que par bu à la proscription des anges rebelles. Cette pleine satisfaction ptit n'étoit pas au pouvoir d'une créature, quelque parfaite qu'on sa supposât ; etun homme, sans être Dieu, n'y pouvoit at-
15 teindre. Mais un Dieu, sans être homme , ne pouvant ni À Hit s bumilier, ni souffrir, ne pouvoit pas non plus se la procurer. d
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I falloit donc un Dieu-Homme ; et si le Messie, charge de la réparation , eût été quelque chose de moins, il se fût trouvé au-dessous de sa destination et de ses engagements.
C'est pourquoi Isaïe, après David, ne manque pas de joindre aux attributs du Fils de Dieu , les souffrances du Fils de l’homme, avec leurs circonstances les plus particulières. Le roi prophète t avoit vu tous les membres de cette grande victime disloqués par les tourments, ses pieds et ses mains percés, sa langue abreuvée de fiel et de vinaigre, ses vêtements partagés, sa tunique jetée au sort, ses ennemis insulter avec amertume à ses douleurs , et, avec la férocité des plus cruels animaux, s’assouvir de son sang. Le fils d'Amos2 voit l'homme de douleur frappé de Ja main de Dieu , traité comme le dernier des hommes, et réduit à une sorte d'anéantissement. Il le voit et le présente défiguré comme un lépreux, par les fouets, par les clous , par la couronne d’épines , par des plaies si multipliées , que depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, on n’aperçoit en lui aucun trait de sa divine beauté, ni presque de son humanité. 11 paroïissoit moins un homme, ajoute le prophète, qu'un ver de terre foulé aux pieds. Toutefois, reprend-il , il n'avoit commis aucune iniquité ; mais le Seigneur l’avoit chargé de tous nos forfaits , et c'est pour les expier, qu'il est ainsi moulu de coups; c'est par ses blessures , c'est par la générosité de son oblation, que nous sommes guéris. Il est immolé , parce quil l’a voulu. Il n'a pas seulement ouvert la bouche pour sa défense ; il a été conduit à la mort comme un agneau qui ne se plaint pas sous la main qui le frappe.
Isaïe exprime jusqu'aux particularités les plus singulières , telles que la prière du Sauveur pour ses bourreaux , sa mort entre deux scélérats , et sa sépulture dans le tombeau du riche, ou de Joseph d’Arimathie. Mais ce qu'il publie avec le plus de complaisance , c'est la gloire de cette sépulture, si honorée en effet dans la suite par les hommages des plus grands potentats , par le concours des princes et des peuples du nord et du midi, de l'orient et de l'occident. Ainsi cette sublime prophétie nous
1 Ps. 21, als. 53.
8 (An 30.) HISTOIRE
préparoit-elle à l'explication de l’énigrne qu'elle ajoute au tableau du gladiateur immolé; savoir, que , par les souffrances endurées pour les péchés d'autrui, il se feroit une longue postérité, qu'il dépouilleroit le fort armé de la manière la plus glorieuse, en affranchiroit les esclaves, et les rendrait justes de sa
dr justice,
u'on rapproche à présent l'Evangile de ces différents oracles, proférés tant de siècles auparavant , et qu'on examine si tous les traits du tableau prophétique ne s’y rencontrent pas, comme dans l'unique objet qu’il peut représenter. C’est le pieux et consolant exercice que nous laissons à nos lecteurs, tous instruits de l’histoire évangélique, en leur indiquant cependant encore les traits qu'ils doivent observer avec le plus d'attention , dans la vie mortelle du Verbe fait chair.
Ils y remarqueront que, malgré les merveilles de sa naissance, ou demeurées secrètes, ou faisant peu d'impression sur l'Israélite charnel, son enfance et sa jeunesse se passérent dans l'obscurité de la retraite et l'oubli des hommes. À l'âge d'environ-trente ans, il se fait annoncer par le précurseur qu'Isaïe avoit appelé la voix de celui qui crie dans le désert:. Aussitôt après il paroît au grand jour, il exerce avec éclat le ministère de la parole, il lève tous les voiles des prophéties , à fait retentir les synagogues des vérités qu’elles n ont point encore entendues; des flots de grâce et de lumière coulent de sa bouche; tous les assistants sont dans l’admiration, et se disent lés uns aux autres : N'est-ce pas le fils de l'artisan Joseph, qui montre celte profondeur de doctrine, sans avoir étudié les lettres P Le monde en effet n’avoit jamais risn vu de semblable, pour le développement des divins mystères, pour la pureté et la sublimité de la morale, pour le pouvoir qu'il a sur tous les esprits.
En passant près d'un lac de la Galilée, il rencontre deux pêcheurs, Simon , depuis nommé Pierre, et son frère André, qui préparoient leurs filets; il leur dit : Suivez-moi; et ils ahandonnent tout pour le suivre. I] s'attache ainsi tous les disciples qu'il juge à propos, avec une promptitude qui ne laisse pas à gn fils le temps de rendre à son père les devoirs de la sépul-
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LE L'EGLISE. (An 30.) 9 ture, avec une constance qui ayant mis la main à l'œuvre, ne se permet plus un regard en arrière. Les troupes du peuple le suivent avec une ardeur semblable. I] gouverne les cœurs, il éclaire les esprits, il exerce les fonctions de la parole, d’une manière visiblement supérieure au pouvoir borné des scribes et des pharisiens,
Par quelles admirables leçons remplit-il, surpasse-t-il l’attente de la multitude, dès le premier sermon qu'il leur fait sur la montagne? Quelles idées de vertu et de perfection , élevées au-dessus des maximes de tous les tégislateurs, et des réformateurs les plus austères ? Où a-:-il puisé cette morale si sublime et si pure, dont il donne les premières leçons? Du sein d'un peuple charnel, qui attache le salut à son temple et à ses observances extérieures; dans le temps où la doctrine de Moïse s'altère par les traditions multipliées des partis , les plus sublimes leçons se font entendre, et montrent que celui qui les publie n'en a tiré les éléments que de lui-même. Si votre justice, ditil à ses disciples, n’est plus grande que celle des scribes et des pharisiens , vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. On vous disoit d'aimer votre frère, et de haïr votre ennemi ; et moi je vous commande de faire du bien à vos calomniateurs et à vos persécuteurs. On vous disoit de redemander œil pour œil, et dent pour dent ; et moi je vous dis de porter la perfection jusqu'à présenter la joue gauche à celui qui vous donne un soufflet sur la droite, jusqu'à livrer votre manteau à celui qui vous enlève votre tunique. On vous disoit de ne point renvoyer votre épouse, sans lui déclarer par écrit que vous la répudiez ; et moi je vous déclare que désormais quiconque abandonnera sa femme, hors le cas d'infidélité, ou qui épousera une femme répudiée , en quelque cas que ce puisse être, sera coupable d'adultère. Sachez même qu'en portant simplement un regard passionné sur une femme , vous en avez dejà abusé dans votre cœur. On se borne à vous défendre la profanation du nom de Dieu ; et moi je vous interdis tout jurement inutile, même par les créatures, en qui vous devez révérer le Créateur. Ne vous abstenez pas seulement de l'œuvre extérieure, mais des pensées et des affections mauvaises, qui souillent aussi l'homme, et lui corrompent le cœur d'où procédent les œu
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10 (An 30.) HISTOIRE
vres. Dans les exercices mêmes de la vertu , ne vous réputez pas innocents, si vous n'épurez soigneusement vos motifs. Quand vous faites l'aumône, ne l'annoncez pas au son de la trompette, comme les hypocrites , mais que votre main gauche ignore ce que donne la droite. Ne cherchez pas cette vaine récompense qui consiste dans l'estime du monde, mais les seuls regards du Père céleste qui pénètrent dans les lieux les plus cachés. N’amassez pas des trésors que la rouille consume tous les jours, et qui peuvent devenir la proie des voleurs: c’est dans le cid qu'il faut placer votre trésor, avec toutes les affections de votre cœur. Il faut en un mot que vous soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.
Quelle sublimité de maximes et de législation ! Mais plus différent encore de tous les législateurs, qui traçcoient seulement les règles, sans donner la force de les réduire en pratique, il confère la grâce pour suivre tous ses enseignements, et les fait goûter aux âmes les plus dépravées. Il rend les pécheurs publics, les maîtres et les modèles de la perfection. À sa première invitation, Matthieu le publicain abandonne tout, et devient l’un de ses plus zélés coopérateurs. Le chef de ces publicains tant décriés, Zachée, le dispute au peuple fidèle, en piété et en humilité, exerce une liberalité qui confond toute l’ostentation pharisaïque, La péchéresse de Jérusalem fait une pénitence si exemplaire, que son nom se rend recommandable entre tous les justes que forme l'Evangile. La débauchée présomptueuse de Samarie ne sort pas seulement du schisme et du désordre, mais devient l'apôtre de ses concitoyens. Le larron se convertit si merveilleusement sur la croix, qu'au même jour qu'il est proscrit de la société des hommes, il entre en participation de la félicité angélique.
Le divin auteur de la loi de grâce fait pratiquer la perfection aux âmes foibles, et donne aux esprits les moins pénétrants, les plus hautes connoissances des choses de Dieu. La plupart des Juifs, avec la loi et les prophètes, qui éloient en grande partie des livres scellés pour eux, ne savoient pas même énoncer le premier de nos mystères. Si, en nommant le Dieu d'Israël celui qui est, ils pouvoient exprimer d'une
ous réputez pas motifs. Quand le la trompette, uche ignore ce ine récompense euls regards du us cachés. N’a-
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on ! Mais plus tracoient seules réduire en s ses enseignedépravées. Il modèles de la u le publicain s coopéraleurs.
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tiquer la perles moins péoses de Dieu. » qui éloienl è savoient pas en nomtimant primer d'une
DE L'ÉGLISE. (An 30.) T1 manière générale l'indépendance et l'infinie perfection de son être, au moins ne savoient-ils pas spécifier sa manière d'é en trois personnes également y ‘aites. |
Dans les plus beaux temps des Hébreux, Salomog pose encore cette question singulière : Dites-moile et le nom de son Fils , si vous le savez1. Or Jésusapprend à tous que ce nom mystérieux est cel mais d’un Père qui engendre de toute éternité up à lui, et que le nom de ce Fils, qui est l'empreihte éters nelle de sa substance, et l’image naturelle de toutes sè; fections , n’est autre que le nom de Verbe. Avec le Père et le Fils nous connoissons pareillement le Saint-Esprit, qui est l'amour substantiel de l’un et de l’autre, et le lien éternel de leur union. C'étoit au Fils qui résidoit dans le sein du Père, et tout à la fois au milieu de nous, c’étoit à cette lumière qui éclate au milieu des ténèbres, de manifester à chacun des fidèles, ce qui n'avoit été connu jusque-là que des amis de Dieu, tels que les patriarches et les prophètes , ce qui fait l'admiration des chérubins mêmes. C'étoit à lui de nous apprendre d'où vient quele Messie, promis comme un homme sauveur des autres hommes, étoit en même temps annoncé sous le nom et les attributs inaliénables de la divinité, d'où vient qu'il est Dieu, Fils de Dieu , et tout ensemble homme, fils de l’homme; en un mot c'étoit à lui de nous apprendre qu il est Dieu incarné , et qu'afin de réconcilier toutes choses en lui-même, il unit dans sa personne la nature humaine avec la nature divine. Or il l’a fait durant tout le cours de son ministère, en inculquant dans toutes les rencontres qu'il étoit descendu du ciel, et qu’il est cependant au ciel, et plus clairement encore, qu'il est fils d'Abraham , et qu'il étoit avant la création d'Abraham,
Mais avec quelle dignité, avec quel sang-froid adorable, si l'on peut s'exprimer ainsi, traite-t-il de si hauts objets ? Ces merveilles, dont la perspective causoit des transports si étranges aux plus illustres des patriarches et des prophètes, ne l’étoni.ent nullement. Il en parle d’un air facile et naturel]
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12 (AN 30.) HISTOIRE comme étant né au seïn de ces divines grandeurs , et comme l'éterael dépositaire des secrets de l'Eternel.
1l opère de même les prodiges de sa toute-puissance. Pendant plusieurs années consécutives , il parcourt la Palestine, en comblant de bienfaits miraculeux tous ses habitants, et lui seul ne ressent pas l'admiration qu’il excite. La mort de Lazare , qu'il arrache à la corruption du tombeau, après quatre jours de sépulture, n'est , dans son langage, que le réveil d'une personne endormie. Il dit au paralytique de trente-huit ans , sans nul signe d'émotion, et comme à un horame en pleine santé, d'emporter son lit, et de retourner à sa maison. Il commande, avec la même tranquillité et la même efficacité, à toutes les maladies et à toutes les puissances de l'enfer. Le principe de ces divines opérations est en lui ; elles coulent de source , comme d'elles-mêmes, et semblent quelquefois prévenir ses ordres. Après que l’hémoroïsse eut été guérie par le seul attouchement de sa robe, je sens, dit-il, qu'une vertu est sortie de moi; et il en sortoit une infinité , dit l'évangéliste, qui rendoient la santé à tout le monde.
Il ne se montre pas moins le modèle de la perfection, que le docteur de la vérité et le maître de la nature. Qui de vous me reprendra de péché? dit-il au milieu d’une multitude d'ennemis attentifs et jaloux, sans qu'aucun d'eux ait jamais répliqué , que par ces injures vagues et grossières qui annoncent l'impuissance de former la moindre accusation plausible. Si on lui reproche de fréquenter les pécheurs et les publicains, c'est le dépit et l'orgueil pharisaïque qui tient en vain ce langage contre le plus humble et le plus grand des enfants des hommes.
Mais la pureté bien plus qu'angélique de ses mœurs est si reconnue, que, pendant tout le cours de sa vie, jamais la noirceur la plus envenimée ne tenta seulement de le calomnier sur vet article. 11 se glorifie hautement, sans être jamais démenti, que toute son occupation est d'accomplir les volontés de son Père,
Quelle assiduité au temple , sa seule demeure dans Jérusale, à la célébration des fêtes, à tous les exercices d’une
rs , et comme
uissance. Pen- Lla Palestine, habitants, et e. La mort de mbeau , après igage, que le paralytique de comme à un t de retourner iquillité et la les puissances ns est en lui ; s, et semblent Lémoroïsse eut be , je sens, en sortoit une anté à tout le
erfection, que . Qui de vous e multitude eux ait jamais
alomnier sur ais démenti, putés de son
dans Jérurcices d'une
DE L'ÉGLISE. (A 30.) 13 religion purement figurative, et près d’être abolie, mais qu'il honore jusqu’au dernier moment marqué par le Seigneur
our l'exaltation de son Christ! Quel zèle pour la maison de Dieu ! Il en est dévoré. Ce prince de la paix, en toute sa vie, ne marque de colère qu'aux profanateurs, qui, de Ja maison de prière, font le théâtre de leur négoce et de leur avidité sacrilége. Quelle révérence pour la chaire de Moïse, malgré l'indignité de ceux qui y sont assis! Quelle déférence pour les prêtres! Il renvoie par-devant eux les lépreux qu'il a guéris miraculeusement; il soumet ses divines œuvres à leur examen. Quelle générosité! quel désintéressement! quel détachement des richesses et des grandeurs humaines! Ce sont des biens frivoles et dangereux dans ses principes; c'est un sujet d'effroi et de pleurs!
Plus indigent que les animaux sauvages, qui ont au moins une caverne pour se retirer, il n’a pas où reposer sa tête. Roi des rois, et Seigneur des seigneurs, comme Fils de Dieu; comme fils de l’homme , héritier du trône de David , les peuples ,pénétrés de vénération pour l'auguste majesté de sa personne, le veulent établir dans la possession de tant de droits, et il
rend la fuite, comme s’il étoit question de se dérober au comble de l'infortune. IL paie exactement le tribut; et, s’il veut qu'on rende à Dieu ce qui appartient à Dieu , il enseigne, par ses exemples, comme par ses préceptes , à rendre également à César ce qui appartient à César.
Quelle est sa charité et sa bienfaisance ? Sa vie publique en fut un exercice perpétuel. Pour répandre en tout lieu ses bienfaits, il parcouroit sans cesse la Judée et la Galilée, les confins même de Tyr et de Sidon, quoiqu'il ne fût pas envoyé directement à ces villes idolâtres. Il faisoit du bien au pharisien jaloux, comme au plus fidèle Israélite, subordonnoitses miracles et sa gloire an plus grand avantage de son peuple , n'opéroit point dans le ciel les signes qu'exigeoient les Juifs pour lui rendre leurs hommages; mais il délivroit les démoniaques, guérissoit les malades de toute espèce, ressuscitoit les morts, convertissoit les cœurs, remettoit les péchés, procuroit le salut des corps et des âmes en toutes les manières. L’envic et l'ingratitude, les emportements et les piéges, nul danger, nul obstacle
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n’est capable de le rebuter. Il étonne ses disciples, par l'intrépidité avec laquelle il retourne au lieu où ses ennemis atten . toient à ses jours, et avoient presque réussi tout récemment à le mettre à mort.
Quelle force enfin , et quelle divine constance dans la consommation de son sacrifice, où sa vertu toute nue le soutient, sans nulle consolation, sans nul applaudissement de la part de la multitude, qui n’est témoin de sa magnanimité que pour en blasphémer le saint héroïsme! Le plus vanté des philosophes t, en cherchant l'idée de la vertu parfaite, a trouvé que, comme le plus odieux des mortels seroit le scélérat qui, par son hypocrisie, s’attireroit toute la considération due à l’hommede bien, aussi le plus estimable devoit être le juste infortuné qui, digne de toutes les récompenses de la vertu, seroit couvert de tous les opprobres du crime; ensorte que, n'ayant pour lui quesa conscience, il se verroit condamner par tout son peuple au dernier supplice. Idée juste et admirable, que Dieu n'a mise dans l'esprit d'un sage du paganisme, comme l'ont observé tant de Pères, que pour en montrer la réalité dans le Sauveur du monde, avec cette circonstance qui renchérit sur la chose: savoir, qu'il sut souffrir et mourir sans ostentation comme sans foiblesse.
Vertu la plus élevée au-dessus des forces d’an pur homme, et uniquement propre du Fils de l'homme, qui n’est qu’une même personne avec le Fils de Dieu; vertu qui le fait paroître encore plus grand dans les opprobres de sa mort, que dans les actions de sa vie les plus éclatantes, et qui, malgré le scandale du juif, et les risées du gentil, imprime au mystère de la croix le sceau frappant de la puissance et de la sagesse divine. L’auguste victime qui est immolée, ne l’est que parce qu'elle l’a voulu. Il a prévu cette mort annoncée par tant de prophètes; il en a prédit toutes les circonstances; il se livre lui-même, dès
que l'heure des puissances de ténèbres est arrivée; et, en s’abandonnant entre les mains de ses ennemis, il leur défend d’attenter à la vie ou à la liberté de ses disciples. Il ne dit pas un mot pour sa défense ; il impose un silence absolu à cette divine
1 Plat. de Republic. L 2.
ples, par l'intré.
s ennemis atten .
out récemment à
ice dans la connue le soutient, ent de la part de nité que pour en es philosophes 1, uvé que, comme i, par son bypo- ’hommedebien, rtuné qui, digne uvert de tous les ir lui quesa coneuple au dernier na mise dans observé tant de le Sauveur du ur Ja chose: saion comme sans
in pur homme, i n'est qu’une i le fait paroître rt, que dans les gré le scandale tère de la croix e divine. L’auarce qu'elle l’a de prophètes ; lui-même, dés ée; et, en s’ar défend d’at- {ne dit pas un à cette divine
1 DE L'ÉGLISE. (AN 30.) 15 ! éloquence qui avoit confondu tant de fois l’envie et la mali- 4 gnité; il dédaigne la protection du président romain, qui n’at- À tendoit, pour ainsi dire, que son aveu pour le délivrer. Par une magnanimité si nouvelle, il lui imprime une admiration mélée d’effroi, il refuse un de ces signes qui lui étoient si familiers, à la curiosité d'Hérode et aux premières démonstrations de sa bienveillance, qu'il laisse dégénérer en une compassion aussi stérile que méprisante. Il n’ouvre la bouche que } pour excuser les attentats commis contre lui, pour solliciter des grâces en faveur de ses bourreaux, pour accomplir les diffé-
4 rentesparties des prophéties, jusqu’à ce que tout soit consommé,
| Cependant la terre tremble, les rochers se fendent, les tom- + beaux s'entr'ouvrent, le voile du temple se déchire; le soleil, sans que nul obstacle étranger arrêteses rayons, s’éclipse durant
4 trois heures ; toute la nature consternée rend hommage à son 4! auteur; et pour montrer lui-même que sa mort n’est point l’ef-
© fet de sa foiblesse, il pousse, en expirant, un cri si fort et si
extraordinaire, qu'il fait publier aux païens mêmes, que celui
| qui meurt de la sorte est vraiment le Fils de Dieu.
… Il ressuscite trois jours après sa mort, il apparoît triomphant
| à ses disciples, il raffermit ses apôtres, la base de cette Eglise
7 immense, qui comprend toutes les tribus et toutes les nations;
{il donne la dernière forme à son ouvrage, fait reconnoitre 4 Pierre pour le prince du ceollége apostolique , lui confie, et à 1 ses collègues, le pouvoir que son Père luiavoitremis, leur pro- © met d'étreaveceux parsonassistance continuelle et quotidienne, jusqu’à la consommation des siècles. Toutefois il leur déclara qu'ils ne devoient pas mettre la main à la grande œuvre pour la- 4 quelle il les avoit choisis, sans avoir reçu auparavant, avec l'Esprit saint, les qualités plus qu'humaines qui les y devoient ! disposer. En attendant, leur dit-il avant de les quitter pour monter au ciel, demeurez tranquilles à Jérusalem, jusqu'à ce | que vous soyez revétus de la force d'en haut. X] les bénit ensuite, et en leur présence il s’éleva aux cieux , dans tout l’éclat de sa gloire, quarante jours après sa résurrection. 1ls s’en retournèrent à Jérusalem , suivant ses ordres, y passèrent dix jours dans la retraite et la prière; et à cette époque, où se forma proprement l'Eglise, c’est-à-dire l'assemblée des fidèles sous,
id is. HSE ARS
le gouvernement des pasteurs légitimes, vacommencer le cours de l'Histoire que nous en avons entreprise.
L'an vaenre-rnots de Jésus-Christ : , selon la manière ordi: naire de compter, Pierre, établi leur chef et son vicaire, proposa de remplacer, avant toute chose, le traître Judas, qui avoit été l’un des douze. En vertu de sa primauté ou de l’autorité suréminente dont il étoit revêtu, il s'éleva au milieu de ses dix collègues dans l’apostolat, et des disciples rassemblés à Jérusalem, au nombre d'environ six-vingts, et leur exposa la nécessité de remplir le collége apostolique. Ils l'entendirent avec tout le respect que méritoit le chef de l'Eglise, portèrent le même jngement que lui, et l’on procèda sur-le-champ à l'exécution.
On proposa deux sujets, Joseph nommé Barsabas en hébreu , en latin le Juste, et Mathias, l'un et l'autre si également doués des vertus et des qualités convenables ; que l'on conjura le Seigneur de déterminer lui-même le choix entre les deux. On l’abandonna au sort, et il tomba sur Mathias, L , de simple disciple se trouva aussitôt élevé à la dignité
’apôtre du premier ordre. Ainsi furent remplis, sans exception , les douze trônes où devoient s'asseoir, suivant la parole du Fils de Dieu , les pasteurs envoyés en premier lieu aux douze tribus d'Israël, dont ils devoient anathématiser les incrédules, et à qui ils devoient substituer des peuples plus daciles. Outre Pierre leur chef, et Maioias dont nous venons de parler , les dix autres étoient Jean et Jacques, fils de Zébédée ;. André , frère de Pierre , et le premier appelé; Philippe; Thomas, aussi ferme dans la foi, qu'il avoit paru chancelant; Barthélemy ; Matthieu ou Lévi, qui avoit été publicuin; Jacques dit le Mineur, fils d'Alphée et de Marie, sœur ou proche parente de la sainte Vierge; Simon de Cana; et Jude ou Thadée, frère de Jacques le Mineur. T'els furent les ministres que le Tout-puissant voulut employer à l'exécution du plus grand de tous les desseins ; tous , à l'exception de Matthieu, gens sans fortune et sans lettres , sortis de la lie du peuple , et appliqués depuis l'ene
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DE L'EGLISE. (AN 33.) 17 fance à la plus grossière des professions. Ils se tenoient depuis dix jours dans le recueillement, quand, le propre jour de la Pentecôte, ou de l’oblation des prémices du blé, l’une des trois fêtes principales du peuple de Dieu, sur les neuf heures du matin, au moment que l'on offroit au temple des pains d'u blé nouveau , on entendit tout à coup un grand bruit, semblable à celui d'un vent impétueux, dont retentit toute la maison où ils étoient assemblés. On vit, en même temps, des langues de feu descendre du ciel, et se reposer sur chacun d’eux. C’étoit le symbole de l'opération merveilleuse de l'Esprit saint, qui les remplissoit. Au même instant ce furent des hommes tout différents de ce qu'ils avoient été, d'une élévation d'âme extraordinaire , pleins de science et de lumières, en un mot, les dignes ministres de l'Eternel, et de généreux apôtres. Ils ne purent contenir l’ardeur sacrée qui les embrasoit; ils quittèrent leur retraite, et rendirent publiquement témoignage à Jésus-Christ.
On s’aperçut qu'ils parloient diverses langues, la solennité de la fête ayant rassemblé à Jérusalem toutes sortes d'étrangers, Juifs d'origine, mais habitants de tous les pays. 11 y avoit des Parthes, des Mèdes et des Arabes; des gens de la Mésopotamie, de la Cappadoce, de toutes les provinces de l’Asie-Mineure, ainsi que de la Haute-Asie, et des îles nombreuses de la Grèce; des Egyptiens, des Lydiens, des Romains même , c'est-à-dire des Juifs nés en ces différentes régions, nouvellement arrivés en Palestine. Jamais le concours n'avoit été si grand pour la Päque et les fêtes suivantes ; tout le monde étant persuadé au rapport de l'historien Josèphe: que les prophéties touchoient à leur terme, et que le Messie allait paroître. Les apôtres se mélèrent dans la foule, annonçant l'Evangile à tous ceux qui les environnoient. Chaque étranger les entend parler dans sa propre langue, d'une manière si aisée et si naturelle, qu'il les croiroit du pays où il est né, s'ils n’étoient généralement connus pour de pauvres pêcheurs de Galilée, attachés dès leur enfance aux bords du lac , où leur travail fournissoit à leur subsistance. Ja-
t Joseph., Lib, Bell, vit, 12.
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18 (AN 33.) HISTOIRE mais on n'a rien vu de semblable ; chacun est juge et témoin ; la calomnie elle-même est forcée de finir par l'admiration.
Le chef du collége apostolique adressa d’une voix haute la parole à tout le monde, exposa par ordre les mystères accomplis dans la personne de Jésus de Nazareth, et leur montra que le Fils de l'homme, que l'on avoit condamné quelques semaines auparavant, étoit en même temps le Fils de Dieu et le Messie. Trois mille hommes se convertirent,
Peu de temps après, sur les trois heures du soir , Pierre alla au temple avec le disciple bien-aimé. C’étoit le temps de la prière: ; et tandis que subsista la synagogue , que les fidèles circoncis vouloient révérer jusqu'à son extinction , ils ne manquèrent pas de suivre les exercices de la religion mosaïque. Les deux apôtres trouvèrent à la porte du lieu saint, nommée la Belle-Porte, un pauvre qui étoit né boiteux , et qui ne pouvant faire aucun usage de ses jambes, s'y faisoit tous les jours porter, pour demander l'aumône aux passants. Comme il s’y trouvoit fort assidumeni depuis une longue suite d'années, en ayant déjà quarante, il étoit connu de toute la ville. Il représentu sa misère aux apôtres, et les pria de la soulager. L'Esprit de Dieu les avertit intérieurement l’un et l’autre du prodige qu'il vouloit opérer par leur entremise. Jetez les yeux sur nous , dirent-ils à ce malheureux, d'un air attendri. Il les fixa avec toute l'attention que donne l'espérance. Vous n'avons ni or ni argent, reprit Pierre, mais nous vous faisons le bien qui dépend de nous. Au nom de Jésus le Nazaréen, levez-vous et marchez. 1] le prit en même temps par la main, pour l'engager à faire usage de ses jambes. Le boiteux les sent aussitôt affermies; et ne se possédant pas de joie, il la témoigne par des mouvements et des transports extraordinaires. Pierre et Jean entrèrent dans le temple : il suivit ses bienfaiteurs, et rendit au Seigneur les actions de grâces les plus expressives.
Ils s'avancèrent tous trois vers la galerie, qu'on nommoit le portique de Salomon. Tout le peuple épars dans le dehors, accourut de tous côtés ; et bientôt Pierre se vit entouré d'une
1 Josph., Ant. x1v, 8.
ge et témoin; imiration.
ne voix haute s mystères acet leur montra mné quelques Fils de Dieu irent.
1 soir , Pierre it le temps de que les fidèles n , ils ne manion mosaïque.
u saint, nomoiteux , et qui s’y faisoit tous aux passants.
re longue suite nnu de toute tles pria de la rement l'un et eur entremise, eureux , d'un e donne l’est Pierre, mais . Au nom de e prit en même de ses jambes.
possédant pas et des transt dans le temigneur les ac-
on nommoît le ns le dehors, entouré d'une
DE L EGLISE. (AN 33.) 19 foule nombreuse, empressée : à l'entendre , au sujet de la merveille qui venoit de s’opérer.
« Enfants d'Israël , leur dit-il, quel est le db à de » votre étonnément ? et pourquoi arrêtez-vous les yeux sur » nous, comme si nous avions guéri cet homme par notre » propre puissance ? Ce n'est pas cous, c'est Jésus-Christ, » Fils unique du Très-Haut, le même que vous avez livré à » Ponce-Pilate, en forçant ce gouverneur infidèle à porter » la sentence de dénidatanation c'est ce fils de David, votre » Christ et votre vrai Roi, que Je Dieu d'Abraham, d’ Tsaac » et de Jacob vient de glorifier. Vous lui avez préféré un insi- » gne brigand, un homicide ; vous avez opiniâtrément sollicité » la délivrance du scélérat Barrabas, et fait proscrire l’Auteur » même de la vie, que Dieu a ressuscité d’entre les morts, » ainsi que nous l’attestons, nous qui l'avons vu de nos propres » yeux dar la gloire de sa résurrection et de son triomphe. » C’est pe. ‘| ‘oi qu'on doit avoir en lui, que cet homme » que vou: :uyez et connoissez tous, vient d'obtenir une gué- » rison parfaite, à la vue de tant de témoins. Toutefois , S » je vous dis, mes frères, que vous avez fait mourir le Juste » par excellence et le Messie, ce n'est pas pour vous faire » injure. Je reconnois, au contraire » que vous n'avez agi » que par ignorance, avec vos magistrats, vos anciens et » les princes de vos prêtres. Le Seigneur a tout fait servir à » l’accomplissement des desseins de sa miséricorde, à la con- » sommation du sacrifice de son Christ, annoncé par tous les » prophètes. Faites donc pénitence, pour n'être pas exclus de » cette bénédiction promise à nos pères , et dans la race d’A- » braham , à toute la terre. Nous voici au terme décisif qui a x été prédit par les saints oracles de tous les temps, et dont » Moïse disoit en particulier : : Voilà que le Seigneur vous sus+ » citera un prophète, pris ds milieu de vos frères , dont la doc- » urine confirmera la mienne, et la portera à sa perfection. » Ouvrez l'oreille, pour en prendre le sens, et soumettez-vous » sans réserve à ses lois : si quelqu'un s'y rend indocile, qu'il » soit exterminé du milieu de son peuple.
Cinq mille personnes, sans y comprendre les femmes , ni les enfants, se convertirent à ce discours, qui fut néanmoins
20 (As 33.) HISTOIRE
interrompu par les sacrificateurs et les gardes du temple, joints à une troupe animée de saducéens. Tous ces incrédules , peu d'accord entr'eux, ne manquèrent pas cependant de s’unir contre les disciples de Jésus ; les premiers ne pouvant souffrir qre l’on manifestât la résurrection glorieuse du Sauveur, et les saducéens qui nc croyant pas la résurrection des corps, comptoient néanmoins bien des prêtres parmi eux, s'irritant de la preuve qui résultoit de la résurrection del’Homme- Dieu , en faveur de la résurrection future de tous les hommes. Js se saisirent des deux apôtres, et du mendiant guéri ; et comme il étoit déjà tard , ils les firent soigneusement garder jusqu'au lendemain.
Dés le matin, le sanhédrin s’assemblar. C’étoit le conseil suprême de la nation juive, composé de soixante-onze membres, dont vingt-quatre princes des prêtres, ou chefs des vingt-quatre familles sacerdotales ; le reste, docteurs, lévites, et anciens de chaque tribu. Anne ou. Annanus, beau-père de Caïphe, étoit président de celle compagnie, qui ne se convoquoit que pour les affaires de grande importance. On amnena les apôtres Pierre et Jean au milieu de l'assemblée , et on leur demanda en quel non, ou par quelle vertu ils avoient fait le prodige dont on ne contestoit pas la vérité. Pierre répondit avec assurance, que c'était au nom de Jésus crucifié ; que la crainte des mauvais traitements ne pourroit l'empêcher de rendre gloire au premier auteur d’une opération si rairaculeuse; que ce Tout-Puissant bienfaitcur étoit véritablement la pierre fondamentale dont il est fait mention dans les prophéties, et qui, pour avoir été rejetée, n'en étoit pas moins la base de tout l'édifice du salut; qu'enfin ses propres ennemis n'avoient aucun autre fondement d'espérance pour le ciel.
Cette fermeté et cette connoissance des Ecritures en des gens sans éducation et sans étude, qu'on avoit vus peu auparavant si foibles à la mort de Jésus, jeta dans je plus grand étonnement. Ou voyoit à leurs côtés le boiteux guéri; et le fait n'étoit pas de nature à recevoir aucun tour favorable aux vues du
4 Thal. Cod. Sauh. c. 1 et seq.
mple, joints incrédules , dant de s'une pouvant use du Saurrection des mi eux, S'ir- 1cl’Hommeles hommes.
nt guéri ; et ment garder
oit le conseil e-onze memou chefs des eurs , lévites, s, beau-père 2, qui ne se portance. On ssemblée , et rtu ils avoient érité. Pierre e Jésus crupe pourroit ne opération étoit vérimention dans ’en éloit pas fin ses prod'espérance
tures en des peu auparagrand étonet le fait n’éaux vues du
DE L'EGLISE. (AN 33.) 21 conseil. On éloigna les accusés , et l’on délibéra long -temps. La résolution n’en eut ni plus de suite ni plus de vigueur. On les fit rapprocher, et tout finit par des menaces vagues. Le président , en leur rendant la liberté, leur défendit d'enseigner en aucune manière , ni d'annoncer le nom de Jésus.
«Non, répondirent ensemble les deux apôtres, nous ne » pouvons obéir à un pareil ordre. Jugez-en vous-même, sur » la loi que vous révérez comme nous. Est-il juste d'écouter » les hommes plutôt que la voix du ciel, qui nous commande » d'annoncer les vérités dont il nous a faits dépositaires, et qui » confirme notre prédication par des signes si peu équivo- » ques? » On les menaça derechef; cependant on les élargit, parce qu’on craignoit le peuple, qui glorifioit hautement le Seigneur de ce qui étoit arrivé.
Pierre et Jean ne manquèrent pas d'en rendre compte aux fidèles. Tous en bénirent le Tout-Puissant; et, jugeant bien que la paix accordée par la synagogue ne dureroit qu'autant qu’elle verroit de risque à la rompre, ils prièrent le Seigneur de donner aux prédicateurs d- son nom , avec la vertu des miracles , la grâce de les faire servir à sa gloire. À la fin de cette prière, le ciel marqua d'une manière sensible qu'il Favoit exaucée, Le lieu où les apôtres se trouvoient avec leurs disciples , fut ébranlé, et tous les assistants reçurent avec plus d’abondance les dons de l'Esprit saint.
Les pures impressions qui se faisoient sur les cœurs, étoient encore plus salutaires que le don des langues et des autres prodiges. Tout Jérusalem s'en édifioit, au moins l'ordre du peuple naturellement simple et droit, et qui ne doit ordinairement sa perversité qu'aux séductions étrangères de l'ambition. Ils voyoient les fidèles non-seulement pieux, recueillis, assidus à la prière et à l'instruction; mais, ce qui frappoit beaucoup plus une nation aussi attachée aux biens terrestres que le furent les Juifs dans tous les temps, ils admiroient dans les sectateurs de cette foi nouvelle un désintéressement plus angélique qu'humain. Tous en effet n’avoient qu'un cœur et qu'une âme, ct ne sembloient faire qu'une grande famille, où personne ne possédoit rien qui ne fût également à ses frères. Ils vendoient leurs maisons et leurs terres, et en apportoient le prix aux
22 (An 33.) HISTOI) pieds des apôtres, qui le distribuoient à toutes les familles. Ainsi il n’y avoit plus ni riches, ni pauvres parmi eux, ni péri] du superflu, ni souci de l’indigence; mais toute cette sainte société couloit des jours heureux dans l'innocence et la concorde la plus inaltérable.
Il est vrai que les chrétiens avoient trouvé l’exemple de ce détachement dans les esséniens ! , espèce de Juifs qui passoient pour beaucoup plus saints que les autres. Mais ils étoient aussi les plus superstitieux , les plus jaloux de la liberté, ou d’une orgueilleuse indépendance. Ces hommes altiers se piquoient de ne reconnoître d'autre maître que Dieu ; et ils auroient tout sacrifié, plutôt que de se soumettre à aucun homme, par quelque motif que ce füt2 : bien éloignés en cela de la vertu pure et modeste des fidèles croyants, aussi humbles que désintéressés , et les plus sociables comme les plus édifiants de tous les hommes.
Les apôtres s'appliquoient à cultiver ces productions de la grâce, surtout dans les prosélytes qui augmentoient, de jour en jour le nombre des fidèles. Ils affermissoient la foi, qui ne devoit pas rester long-temps en paix. Ils régloient avec soin les mœurs et la discipline. Ils rassembloient les frères, pour les #xercices propres de leur religion , dans la maison de quel-
ues-uns des disciples les plus accrédités. Là on célébroit l’adorable sacrifice , on recevoit les sacrements, on entendoit re-
tracer en de fervents discours les mystères et les maximes du
Rédempteur. Bientôt ses adorateurs furent en trop grand nombre pour pouvoir se réunir en un seul endroit, et il fallut se partager en diverses troupes, qui formèrent autant d’assemblées dans les différents quartiers de Jérusalem. Chaque assemblée avoit ses anciens qui veilloient au bon ordre, et au moins son prêtre, ordonné selon le rit de la loi nouvelle, avec quelques ministres inférieurs. Nous apprenons desaint Epiphane3, que, dans ces premiers temps, les apôtres établissoient tantôt ‘ des évêques et des diacres sans prêtres, tantôt des prêtres ct des diacres sans évêques. Mais, pour le premier ordre du sa-
1 Jos. Bel, 11, 12. — 2 Jos. Ant, xin. 9, — à Epiphen. Tract, Hæres. uhi contra Aer.
les familles.
eux, ni péril cette sainte e et la con-
emple de ce qui passoient étoient aussi é, ou d'une se piquoient auroient tout ne, par quela vertu pure que désintéants de tous
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maximes du
grand nomit il fallut se int d'assemaque assemet au moins , avec quel- Epiphane, joient tantôt s prêtres et rdre du sa-
act, Iæres, uhi
DE L EGLISE. (As 33.) 23 cerdoce , ou les évêques, leurs fonctions ordinaires , comme celles des apôtres, étoient d'annoncer l'Evangile avec plus d'éclat, de confondre l’incrédulité, de confirmer les fidèles dans Ja foi, de visiter les églises naissantes pour en écarter les abus, de faire de nouvelles conquêtes à Jésus-Christ, ou de perfectionner les premières.
Ce régime et ces usages , tandis que l'Eglise commencoit à se former au milieu de ses ennemis , ne poutoient manquer de différer de ceux de nos jours en quelques points de peu d’importance. On ne divisa l'empire et les différents royaumes en diocèses fixes et limités, qu'à mesure que les peuples et les provinces embrassèrent le christianisme. Or, avant de se tourner vers les nations, les premiers ministres de l'Evangile en devoient communiquer la lumière à ceux des enfants d'Israël qui ne s’obstinoient point à y fer ner les yeux. Telle fut la marche des apôtres et de leurs coopérateurs , et en quelque sorte l’origine de la discipline apostolique, qui dès-lors distinguoit des choses d'une obligation étroite, et d’autres de pure perfection. De cet ordre relevé, étoit apparemment le dépouillement effectif et total des propriétés ou des biens de fortune : mais on exigeoit strictement la droiture et la sincérité dans ceux qui faisoient profession de ce point de perfection , et c'étoit une hypocrisie très-coupable , de faire le sacrifice public de tout ce qu’on avoit, et d’en détourner secrètement quelque partie.
Parmi ceux que le détachement distingua , on nomme le lévite Joseph , originaire de Chypre, qui vendit une terre qu'il possédoit , et en remit le prix aux apôtres. Ils lui donnèrent le surnom de Barnabé, c'est-à-dire , enfant de la consolation, et ils l’associèrent aux fonctions et à la dignité même d'apôtre, où nous le verrons bientôt s'illustrer,
Un autre disciple nommé Ananie, engagé dans le mariage, entreprit, de concert avec sa femme Saphire, de tromper le prince des apôtres. Ayant vendu ses terres, il présenta une partie de l'argent qu'il en avoit retiré, et retint le reste. Dieu révéla au chef de son Eglise cette criminelle dissimulation , et la punit avec une rigueur étonnante , mais nécessaire pour affermir l'autorité apostolique , et maintenir la pureté de l'Eglise naissante. « Ananie, lui dit le prince des apôtres, en le rezar-
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» dant fixément, c'est à Dieu que vous mentez, et non aux » hommes. Vous a-t-on contraint, par des sollicitations impor- » tunes, à vous défaire de votre héritage? et quel aveuglement, » sous l'apparence de l’œuvre la meilleure, vous précipite dans » les piéges de Satan? » Frappé de ces mots comme d’un coup de foudre, Ananie tomba mort. On l’emporta sur-lechamp, et on l'enterra. Trois heures après parut Saphire, qui ne savoit pas ce qui venoit d'arriver. Saint Pierre l'interrogea comme son mari, sur le prix de la vente. Elle fit le même mensonge, et subit le même châtiment. Cette double punition produisit les meilleurs effets. Non-seulement les fidèles en conçurent une frayeur salutaire, mais les étrangers en prirent la plus haute idée de la grandeur et de la puissance du Dieu qui veilloit ainsi à la gloire de son Eglise.
Il s’opéroit une infinité d'autres merveilles par les mains des apôtres. Ils chassoient les esprits immondes, ils guérissoient toutes sortes de malades ; et saint Pierre le faisoit si habituellement, qu'on Les exposoit dans leurs lits, sur les places où il devoit passer, afin que son ombre tombât sur eux : ce qui suffsoit pour leur rendre une santé parfaite. De toutes les villes voisines , on lui apportoit à Jérusalem les possédés et les infirmes. Ces merveilles multiplioient de jour en jour le nombre des fidèles ; et si les principaux des Juifs, par un respect humain trop ordinaire à leur condition, n'imitoient pas la multitude, ils ne pouvoient éteindre la foi, ou du moins arrêter la vénération du peuple. Cependant l'envie sacrilége des ennemis du Christ avoit peine à se contenir ; et, pour flétrir ses adorateurs dans l’esprit du public, ils convinrent de donner une forme juridique à la persécution.
Les principaux acteurs de la cabale furent encore le grandrêtre en exercice, et les membres de son conseil : tous gens gâtés sur le fonds de la religion et prêts à tout pour faire triom-
her la secte impie des Saducéens. Ils firent arrêter les plus célèbres des disciples , et on les renferma dans les prisons publiques, pour commencer dès le lendemain leur procès en règle ; mais l'ange du Seigneur les en tira pendant la nuit. Le conseil étant assemblé, on les envoya chercher : tout étoit en état dans les prisons , et les sentinelles faisoient la garde la plus exacte à
,, et non aux ations imporaveuglement, précipite dans comme d’un nporta sur-le- Saphire, qui e l'interrogea le même menpunition proièles en conen prirent la
du Dieu qui
les mains des s guérissoient soit si habir les places où Lr eux : ce qui outes les villes lés et les infirur le nombre respect hut pas la multibins arrêter la fe des enneour flétrir ses nt de donner
pre le grandil: tous gens ir faire triomer les plus céprisons publipcès en règle ; it. Le conseil t'en état dans plus exacte à
DE L'ÉGLISE, (An 33.) 25 l'entour. Toutefois il ne s’y trouva plus aucun des fidèles emprisonnés. À cette nouvelle, la surprise et l'embarras se peignent sur le visage de tous les sénateurs; ils se regardent les uns les autres, ils raisonnent, ils délibèrent , mais sans trouver aucun moyen de couvrir leur honte. Cependant quelqu'un vint leur dire que les prisonniers qu'on cherchoit, instruisoient actuellement le peuple au milieu du temple. L’envoyé céleste, en les délivrant, leur avoit enjoint d'y aller sans crainte, et de continuer à prêcher la parole du salut. On les amena avec beaucoup de ménagement et une grande démonstration d'équité, comme pour écouter leurs moyens de défense. Mais on n'en agissoit ainsi que par la crainte qu'on avoit d’un peuple frappé du prodige dont il avoit été témoin, et qu'un premier emportement pouvoit pousser à lapider les persécuteurs. Quand les prisonniers furent devant le tribunal : « Ne vous » avions-nous pas défendu très-expressément, leur dit le pon- » tife, d’er.seigner au nom d’un homme mort, que vous pré- » tendez être le Christ? Vous avez néanmoins rempli toute la » ville de sa doctrine, et vous faites retomber son sang sur » nous, comme sur autant de meurtriers et de sacriléges. » Pierre, en son nom et en celui de ses frères, répondit comme la première fois : Que nulle puissance humaine ne pouvoit les empécher d'obéir au Seigneur; et il ajouta avec plus de force que jamais : Que Jésus crucifié par la synagogue, mais glorieusement ressuscüé par le Dieu d'Israël, éloit le Sauveur dont
À rout Jacob devoit espérer la grâce de la pénitence et la rémis-
sion des péchés. En un mot, le courage et le zèle furent tels
{ dans le prince des apôtres, le dépit et la fureur dans le grand- 4 prêtre, que celui-ci, oubliant tout son système de ménage- © ments politiques, alloit porter les choses aux dernières extré- + mités, quand un vénérable docteur, nommé Gamaliel, arrêta
l'emportement par un avis aussi sage que simple.
Il étoit de la secte des pharisiens, sans en avoir la jalousie orgueilleuse, et par conséquent, moins éloigné du principe de la foi et des mœurs, que le reste du conseil, rempli de sadn-
{ céens, qui n’avoient de religion que ce qu’en peuvent avoir - des gens persuadés que l'âme meurt avec le corps. 4 quoi bon, ; dit il , nous inquiéter au sujet de ces gens-là P Si leur entreprise
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