‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 41 sur 159 · ÈS · texte numérisé non relu

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point d'honneur, ni obstacle qui püût ralentir son zèle. Premier ou second dans le ministère, tout lui fut égal, pourvu qu'il procurât de nombreux adorateurs à son Dieu. Quoiqu'il fût destiné à être le chef de l’entreprise qui concernoit le salut des nations, il suivit, en Gu..li{ üe coopérateur, Barnabé son ancien , et passa près de trois années avec lui sur ce pied-l, Ils donnèrent un an à la mission d’Antioche, et la rendirent si florissante , qu'on peut la regarder comme le berceau du christianisme ; et c'est là qu'en effet les fidèles commencèrent à porter le nom de chrétiens.

Mais plus la doctrine évangélique trouvoit de cœurs dociles parmi les étrangers , plus les enfants d'Israël accéléroient , par leurindocilité, la consommation de leur ruine et de leur réprobation. S'ils ne versoient point à grands flots le sang des fidèles, c’est que les empereurs, ou leurs officiers , dont la république juive dépendoit, n'approuvoient nullement les violences où l'on se portoit, pour cause de religion, contre des sujets paisibles. Mais les princes de la synagogue étoient fort attentifs à saisir toutes les occasions favorables à leurs desseins sanguinaires.

Ils ne manquèrent point de profiter des dispositions du roi Hérode-Agrippa , digne petit-fils de l’auteur du massacre des Innocents, et qui, se montrant juif zélé, cherchoit tous les moyens de gagner l'affection des chefs de la loi. Comme Jacques, fils de Zébédée et frère de Jean , leur étoit particulièrement odieux, pour ce zèle ardent qui lui acquit le surnom d'enfant du tonnerre, ï1 lui fit trancher la tête dès l'an 44. Le saint apôtre s’estima heureux d'être le nremier des douze à signer sa foi de son sang ; et il rendit témoignage à Jésus-Christ avec une telle constance , que son délateur, étonné, se convertit sur-le-champ, et subit le même supplice.

Hérode-Agrippa , voyant combien cette exécution avoit plu aux Juifs, résolut de faire mourir le - ‘ef même de l'Eglise, qui étoit accouru au secours des fidèles : Térusalem, fort troublés de la proscription d’un apôtre. Comme c'étoit le temps de la Pâqr? , il fit mettre Pierre en prison, afin de s’en assurer jusqu'à ce qu’il pût donner le spectacle de sa mort au peuple perverti, et enfin tout-à-fait changé. Cependant les fidèles prioient

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DE L'EGLISE. (AN 44.) 41 continuellement pour leur père. La nuit d'avant le jour marqué pour son supplice, il dormoit entre deux soldats enchaînés avec lui; et d’autres faiscient la garde autour de la prison, au nombre de seize , qui se relevoient quatre par quatre. Le prisonnier avoit été recommandé à leur vigilance, et ils en devoient répondre sur leur tête. Il ne falloit pas tant de précautions contre des gens instruits divinement à souffrir ; mais elles ne suflisoient pas contre les ministres des volontés du ciel. L'ange du Seigneur descendit dans la prison, tout rayonnant de lumière. Il éveilla Pierre, à qui les chaînes tombèrent aussitôt des mains. Levez-vous, lui dit-il, et me suivez. Pierre obéit , sans trop discerner si tout ce qui se passoit avoit quelque chose d’effectif et de réel, ou si ce n’étoit qu’une vision figurative. Dans cet état d’étonnement et d'incertitude, il passa avec l’ ange la première et la seconde garde. Ils arrivèrent ensemble à la porte de fer, qui conduisait à la ville; car la prison étoit hors de son enceinte. La porte s'ouvre devant eux ; ils entrent dans Jérusalem , et vont de compagnie jusqu’au bout d’une rue, où Pierre se trouvant en sûreté, l’envoyé du ciel disparut. Ce ne fut qu à ce moment que l'apôtre reconnut d’un” "nanière certaine eomment Dieu l'avoit délivré de la fureur d'Hérode ei du peuple juif.

Il renuit au Seigneur ses actions de grâces ; et s’apercevant qu ‘il étoit près de la maison de Marie, mère de Jean surnommé Marc, il frappa à la porte, dns: le temps même qu'une troupe de fidèles en prières redemandoit à Dieu le chef de son Eglise. Une domestique appelée Rhode, s’avança pour écouter : elle reconnut la voix de Pierre; et, sans ouvrir, sans même lui répondre , elle recourut , transportée de joie , annoncer le prince des apôtres. C’est une visionnaire, dirent quelques-uns des frères. D’autres disoient : Ce n'est pas lui, c’est son ange; nous montrant par-là l'antiquité de la croyance chrétienne, touchant les anges préposés à notre garde. En attendant, Pierre continuoit de frapper. On ouvrit enfin. Rien n'égala la joie et la surprise de la religieuse compo gnie : il modéra leurs transports en faisant signe de la main; leur raconta par ordre le miracle de sa délivrance, etles chargea d'en instruire le reste des disciples, surtout Jacques, fils d'Alphée, le seul des apô-

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tres qui restât dans la capitale de la Judée, et qui toujours cher au peuple craignoit beaucoup moins que les autres, ou certainement moins que Simon - Pierre, poursuivi actuellement comme le chef de tout le troupeau. Quant à celui-ci, sans perdre de temps, et profitant de cette nuit-là même, il sortit de la ville, pour chercher un asile plus sûr. Ses gardes ne reconnurent l’état des choses, que lorsqu'il fit jour. Ils n’avoient aucune négligence à se reprocher; et, sans qu’ils eussent rien vu ni rien entendu, leur prisonnier se trouvoit échappé. Le tyran les fit néanmoins arrêter,et, après les perquisitions les plus rigoureuses , il les fit conduire au supplice, pour ne point paroître convaincu.

Il reçut peu detemps après la juste peine de son impiété sanguinaire. Ce fut dans le lieu ordinaire de son séjour, sur le théâtre de sa vanité fastueuse, c’est-à-dire à Césarée, située dans la province de Galilée, où il tenoit sa cour, quoique le président romain, qui gouvernoit la Judée au nom de César, s'y fût aussi fixé depuis la destitution de Pilate. Hérode ayant eu quelque mécontentement des T'yriens et des Sidoniens 1, il les réduisit bientôt à rechercher son amitié, par la soustraction des grains de la fertile province de Galilée, qu'il empêcha de passer chez ces peuples nombreux, resserrés en des limites fort étroites. Ils envoyèrent des ambassadeurs , à qui le roi superbe voulut donner audience dans une cérémonie de grand éclat, où il célébroit des jeux pour le rétablissement de la santé de l’empereur. Le second jour de la solennité, il vint dès le matin au théâtre avec un nombreux cortége des Juifs et des Romains les plus qualifiés, s’assit, couvert du manteau royal, sur un trône étincelant d'or et de pierreries, et se mit à haranguer. La sérénité du jour, l’éclat du soleil, tout concouroit à l’appareil de la fête. Son éloquence, talent dont il étoit fort jaloux, répondit à sa magnificence ;en sorte qu'on se mit à crier de toute part : C’est un dieu qui nous parle, et non pas un homme.

Agrippa se repaissoit avec complaisance de ces éloges profanes. .

Mais son coupable plaisir dura peu. L'ange du Seigneur le frappa invisiblement. 1] éprouva à l'instant des douleurs si vives,

8 Act. 11. Jos, Ant. xx. 7e

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rs cher que la honte et la confusion succédant à la vanité, il dit à ses certai- } flatteurs : Voilà votre dieu qui va expirer. On le reporta dans lement | son palais, où il continua durant cinq jours à souffrir horriil, Sans ; blement ; puis il expira, rongé tout vivant des vers. il sortit Avant cet événement remarquable, et dès la seconde année nere- | de l'empire de Claude, qui succéda l'an 4 1 à Caligula sonneveu, avoient | le princedesapôtresavoittransportéle siégepontifical à Rome; nt rien Ê et c’est à cette année, quarante-deuxième de Jésus-Christ, , Le ty- que commencent les vingt-cinq ans de pontificat quelui donne les plus ê la chronique d’Eusèbe. 1l avoit déjà siégé pendant septans, en int pa- |}. cette qualité de souverain pontife, dans l’église d’Antioche, la première des gentils. Mais il ne fit nulle part une continuelle Été san- : résidence, sa qualité de chef de l'Eglise l'appelant de tous cô- , sur le ; tés, dans ces premiers temps. 1l en étoit de même, avec quel- Située 1 que proportion, de ses collègues dans l'apostolat, dontilparoît ique le Fi que aul autre que saint Jacques de Jérusalem n’a été attaché à sar,sy | ! un siége particulier. Le titre spécial et suréminent de Pierre ne yant eu l’'empêcha point de porter l'Evangile dans le Pont, dans la Gaî, il les latie, dans la Cappadoce, dans la Bithynie, ni en beaucoup raction

d’autres provinces de l'Asie.

En partant pour la capitale du monde, où :il devoit enfin fixer le trône pontifical et la primauté de l'apostolat, il plaça sur la chaire d’Antioche son disciple Evode, qui gouverna vingt-six ans cette florissante église, et il amena Marc à Rome, avec plusieurs autres de ses élèves. Dans la suite, Marc alla de Rome fonder l’église d'Alexandrie, au nom de son maitre : et telle est l’origine des deux premières églises patriarcales : l’une immédiatement régie durant quelques années par le prince des apôtres; l’autre fondée sous ses auspices, par un de ses plus

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ppareil chers disciples. Marc établit plusieurs églises en Egypte; et KL, ré- comme il étoit d’une piété et d’une ferveur extraordinaires, il

e toute institua ces premiers solitaires, qui, sous le nomde Thérapeu- Dmme . tes qu ils conservèrent en se faisant chrétiens, excitèrent plus

ofanes. . que jamais l'admiration des Juifs mêmes et de leurs écrivains e fr x 4 célèbres.

vives , Mais avant de remplir cette commission apostolique, Marc

© Orige in Genes. Eus. Chron. ann. 42. Just, Ap. 2. Hier de Script, Eccl.

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passa quelque temps à Rome, servant d'interprète et de secrétaire au premier pontife. Là il écrivit son Evangile, où il recueillit, sans beaucoup s’astreindre à l'ordre des temps, ce qu’il avoit ou dire à Pierre, qui revit l'ouvrage, et lui donna son approbation. C’est pourquoi différents Pères del'Eglise ont attribué cet Evangile au vicaire de Jésus-Christ. Saint Chrysostôme dit quela brièveté en est conforme au génie de Pierre, qui aimoit à parler peu. On n'y trouve poinil'éloge que le Sauveur fit de cet apôtre, après qu'il en eut été reconnu pour le fils de Dieu, parce que l'humilité de Pierre, qui depuis sa pénitence parut toujours sa vertu de prédilection, lui faisoit supprimer tout ce qui pouvoit lui concilier de l'estime. On y voit au contraire dans toute son étendue son triple renoncement. Cet Evangile fut écrit en grec, qui étoit la langue du commerce dans tout l'Orient, et d’un si grand usage à Rome même, que les femmes l'y parloient avec facilité.

Marc rédigea aussi, ou du moins traduisit la première épître de saint, Pierre, qui fut adressée aux fidèles du Pont, de la Bithynie, de la Galatie et de la Cappadoce. Rome y est nommée figurément Babylone, comme le centre de l’idolâtrie et de toute la corruption qui en est la suite. On trouve dans cette lettre une majesté et une énergie dignes du premier des apôtres.

Glaucias, que l'hérésiarque Basilide se glorifioit d’avoir eu pour maître, succéda à saint Marc, en qualité d’interprète du père commun des fidèles, à qui la sollicitude de toutes les églises ne laissoit pas le loisir de traduire ce qu'il écrivoit. Marc, après environ cinq ans d'épiscopat, mourut martyr à Alexandrie, lan 68 de l'ère chrétienne, et fut remplacé par Anien.

C'est vers le temps où Pierre vint à Rome pour la première fois, qu'on place avec plus de vraisemblance la dispersion des apôtres par tout l'univers. Avant de se séparer, ils convinrent d'un symbole, ou d'une formule commune de foi, qui servant de lien d'unité, fit distinguer les fidèles croyants, des Juifs et des hérétique:, Tous les orthodoxes le devoient savoir par cœur; quoique tous les termes ne s’en trouvassent pas absolument les mêmes en plusieurs églises.

Saint Jacques, appelé le Mineur, pour le distinguer de l'apôtre du même nom, que l'on croit avoir été plus âg:'. resta

t de secrésoùilreps, ce qu'il donna son lise ont att Chryso- Pierre, qui le Sauveur r le fils de | pénitence supprimer pit au conment. Cet commerce ame, que

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d'avoir eu erprète du es les églioit. Marc, à Alexan- Anien.

première

DE L'EGLISE. (ax 44.) 45 à Jérusalem, dont Pierre et ses collègues l’avoient constitué premier évêque. Pierre ne laissoit pas d'y résider souvent, et faisoit delà des courses apostoliques en des régions fort éloignées. Il pénétra jusque dans le pays des Parthes, où l'on pré-

.sume qu'il fit beaucoup de conversions; puisque sa première

épître portoit anciennement le nom de ces peuples, à qui elle étoit adressée aussi-bien qu'aux autres Asiatiques. Saint André alla prêcher les Scythes, et delà revint en Achaïe, c’est-à-dire dans la Grèce, qui alors portoit généralement ce nom, et il y souffrit le martyre. Il est en grande vénération chez les Russes, qui possèdent les pays des anciens Scythes. Saint Philippe, après avoir prêché dans la Haute-Asie, mourut à Hiéraple, en Phrygie; mais il est incertain s'il donna son sang pour la foi, ainsi que d'autres apôtres, qui n'en méritèrent pas moins la palme du martyre, par la disposition de leur cœur, et par leurs immenses travaux. Saint Thomas porta l'Evangile dans toute l'étendue du vaste empire des Parthes , et jusqu'aux Indes, où les Portugais prétendent avoir découvert son corps, qu'ils ont transporté à Goa. Saint Barthélemi exerça son zèle dans la Grande-Arménie, et dans la partie occidentale de l’Inde. Il y porta l'Evangile de saint Matthieu, le plus ancien de tous, et dont il se servit, côtnme la plupart des apôtres.

L'auteur l’avoit composé, à la prière des fidèles de la Judée, en considération desquels ii l'écrivit en hébreu,c'est-à-dire, en unc langue mêlée de syriaque et de chaldaïque, dont on se servoit alors en Palestine. Mais il s’en fit aussitôt une traduction grecque qui n'eut pas moins d'autorité, etse répandit beaucoup plus que l'original; en sorte que le texte syriaque que nous avons aujourd hui sous le nom de saint Matthieu, non plus que Jes autres textes hébraïques , n’est pas l'original même, mais une traduction faite sur le grec. Get apôtre évangéliste prêcha les Ethiopiens , qu'il édifia par une abstinence extraordinaire, ne vivant que d'herbes et de graines.

Saint Simon , appelé le Cananéen , ou le Zélateur , travailla en Mésopotamie et en Perse. Saint Jude, autrement dit Thadée, porta l'Evangile dans l'Arabie et dans l’Idumée, peutêtre aussi dans la Mésopotamie ; mais il ne faut pas le confondre avec un autre ‘T'hadée, ou avec celui des soixante et douze

46 (An 44.) HISTOIRE

disciples , qui convertit Abgare, roi d'Edesse. C’est de l’apôtre que nous tenons l'épître qui fait partie des Livres saints. On ne doute pas que saint Mathias n'ait prêché en Ethiopie, sans qu'on sache aucun détail de ses travaux ni de ses succts. On n'est guère mieux instruit touchant les œuvres particulières de la plupart de ces illustres envoyés d'un Dieu fait homme; et l'on ne peut rien avancer au-delà de ce qu'en rapportent les écrits évangéliques, et du peu que nous en avons dit, sans donner croyance à des histoires apocryphes.

Pour les docteurs particuliers des gentils, saint Paul et saint Barnabé, le livre des Actes écrit par saint Luc nous en dit assez, sinon pour satisfaire une curiosité peu digne des égards d'un écrivain inspiré, au moins pour fournir une ample matière à l'édification et à l'instruction. Il nous apprend d’abord, qu'un disciple doué d’un don éminent de prophétie, et nommé Agabe, ayant prédit à Antioche qu'une horrible famine désoleroit bientôt l'Orient, puis tout l'empire romain dont il faisoit partie , .on crut devoir prendre dans l'Eglise des mesures particulières pour le soulagement des frères de la Judée, où les chrétiens, plus mal accueillis que partout ailleurs, auroient aussi beaucoup plus à souffrir. On fit donc une collecte ou quête considérable, la première dont il soit parlé depuis l'établissement du christianisme, 11 convenoit de choisir des hommes d'autorité et de confiance pour la réception et la distribution des aumônes. On jeta les yeux sur Barnabé et Saul son associé, Anrès quelques mois de voyage ou de séjour, employés à consoler les frères doublement afiligés et de la disette et de la violence des persécutions, ils retournèrent à leur florissante mission d'Antioche. Un jour que les différents évèques, agrégés, selon l'usage du temps, au clergé de cette église, se trouvoient rassemblés avec leurs ministres inférieurs, pour la célébration des divins mystères, la voix de Dieu parla au cœur, dans le même instant , à tous les grands sujets dont cette chrétienté éloit abondamment pourvue, entre autres, à Simon surnommé le Noir, à Lucius de Cyrène, et à Manahem, frère de lait d'Hérode le tétrarque. Séparez Saul et Barnabé, leur dit l'Esprit saint, pour l’œuvre à laquelle je les destine, On jeûna, on se mit en prière, on leur imposa les

de l’apôtre ints. On ne iopie, sans succès. On iculières de homme; et portent les 1s dit, sans

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DE L'ÉGLISE. (An 44.) 47 mains; puis on les envoya où l'esprit de Dieu les appeloit. Saul , regardé jusque-là comme le coopérateur de Barnabé, prit désormais le premier rang, comme ayant été nommé le premier par la voix du Seigneur , qui ledéclaroit ainsi le chef de la conversion des gentils.

C'est alors, à ce qu'on prétend, qu'il fut ravi au troisième ciel, où Dieu ne lui communiqua pas seulement les lumières convenables au docteur de toutes les nations, mais encore lui révéla ce qui passe la portée de toute intelligence créée. Pour la conservation de la vertu d'humilité, non moins nécessaire que la science aux ministres évangéliques : ou, comme il le dit lui-même , de peur que la sublimité de ses révélations ne lui donnât une haute opinion de sa propre personne, il fut assujéti aux tentations les plus humiliantes. Outre les fatigues de l’apostolat, l'humble et fervent Apôtre crut devoir employer le travail des mains, les macérations, toutes les ressources de la piété et de la pénitence, afin de ne pas se pervertir en sauvant les autres.

Saul et Barnabé prirent avec eux Jean-Marc, différent de Marc l'Evangéliste, mais cousin de Barnabé, et fils de cette veuve pieuse chez qui saint Pierre s'étoit réfugié au sortir de sa prison. Tous trois ensemble allèrent en droiture à Séleucie de Syrie , ainsi appelée, pour la distinguer d’une autre ville de ce nom , située plus avant dans le continent de la grande Asie. Celle de Syrie avoit un port sur la Méditerranée , où ces ouvriers apostoliques , qui ne jugèrent pas encore à propos de s'y arrêter, s'embarquèrent pour l'ile de Chypre. Arrivés à Salamine , place considérable de l’île, ils commencèrent par annoncer l'Evangile à la synagogue : et telle fui la conduite uniforme de l'Apôtre dans ses diverses 1nissions. Il présentoit d'abord la lumière du salut aux enfants égarés de la maison d'Israël; et ceux-ci, se montrant indociles, il cherchoiït sa consolation avec la gloire du Seigneur dans la simplicité des étrangers. Les deux prédicateurs , suivant cette méthode, parcoururent toute l'étendue de la Chypre, et vinrent enfin à Paphos, capitale du pays, où résidoit le proconsul romain

Sergius-Paulus.

Leur réputation les y avoit devancés. Le proconsul souhaita

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48 (A 45.) HISTOIRE de les entendre, par un désir sincère de connuître la vérité plutôt que par la curiosité de voir les merveilles qu’on racontoit d'eux. C’étoit un homme sage que cet illustreRomain, juste estimateur de la vertu, plein de mœurs et de doctrine ; mais il avoit avec lui un magicien ou charlatan, nommé tantôt Barjésu , tantôt Elymas , qui faisoit le prophète, et se montroit d'autant plus opposé au progrès de l'Evangile, qu’il étoitJuif d’origine. Il ne manqua point de se trouver à l'entrevue du proconsul et des apôtres , et il fit tous sesefforts pour empêcher le Romain d'embrasser la foi. Mais le Seigneur ayant frappé l'imposteur d’un aveuglement subit, le proconsul se convertit solidement. Depuis cet événement, Saul prit toujours le nom de Paul, peut-être, comme l'avancent quelques écrivains, en mémoire du triomphe de la grâce dans une conversion de cet éclat; ou, comme d'autres le conjecturent plus simplement et plus vraisemblablement , parce que l’Apôtre des nations ayant principalement à travailler dans l'empire romain, il latinisa son nom, pour se procurer un accès plus facile.

Il s’embarqua peu après à Paphos même, ayant toujours en

sa compagnie le jeune Marc avec Barnabé, et ils arrivèrent à Derbe en Pamphilie, où il paroît qu'il n'y avoit point de synagogue pour les Juifs, et où les missionnaires ne firent que passer. Avant de pénétrer plus avant dans les terres, ils renvoyèrent à Jérusalem, auprès de sa mère, le jeune Marc, qui se trouvoit ou se croyoit trop foible pour suivre des apôtres. Barnabé, son parent, eût été bien aise de le retenir : Paul, au contraire, en lui facilitant la retraite, parut le soupçonner d'une pusillanimité ou d'une inconstance peu convenable à ses coopéraieurs. Il n'en poursuivit pas moins son entreprise avec Barnabé, et ils arrivèrent à Antioche de Pisidie, ville considérable, quoiqu'inférieure à la capitale de Syrie. Là il y voit une synagogue, et beaucoup de Juifs, Le jour du sabbat, les deux apôtres se rendirent à l'assemblée, où il se trouvoit d ordinaire, avec les israélites, un Lon nombre de gentils qui adoroient le vrai Dieu. 11 ne s'agissoit pas de sacrifices, ni d’autres cérémonies solennelles du culte mosaïque, dans ces temples improprement dits, bâtis hors de Jérusalem : on y prioit seule-

ment en commun , et l'on y expliquoit la loi et les prophètes,

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DE L'ÉGLISE. (AN 45.) 4a

Quand il s’y rencontroit , par hasard, quelque frère venu d’ailleurs, en réputation d’habileté dans la science de la religion, les docteurs du lieu lui déféroient la parole, et on le prioit de dire quelques mots d’édification. Ainsi, Paul passant pour éloquent, les chefs de la synagrigue d'Antioche de Pisidie l’invitèrent à parler. |

L’Apôtre n'eut garde de manquer une si belle occasion d’annoncer Jésus-Christ. Il se leva aussitôt, et imposant silence de la main : Enfants d'Israël, dit-il, et vous tous qui craignez le Seigneur , de quelque nation que vous soyez; puisque vous m'engagez à parler, écoutez-moi avec l'attention que mérite la nature des choses que j'ai à vous dire. Le Dieu qui a choisinos pères, tandis qu'ils étoient esclaves en Egypte, et qui en a fait une nation privilégiée, par une longue suite de prodiges, a surtout honoré le sang de David, en promettant qu'il en foreroit le Sauveur de son peuple: Or, cette grande promesse, confirmée par tant de prophéties, vient enfin des’accomplir dans la personne de Jésus de Nazareth. Jean, que l'excellence de ses vertus a fait prendre pour ke Messie, lui a rendu le témoignage le plus formel et le plus honorable, en déclarant qu'il ne se jugeoit p'as digne de délier les courroies de sa chaussure. C’est x vous aujourd'hui, mesfrères, vous, dignes enfants d'Abraham, qui en avez hérité la crainte du Seigneur, et vous tous , adoræteurs du vrai Dieu, de quelque sang que voussoyez, c’est à vous que la parole du salut est justement portée ; car les habitants de Jérusalem , séduits par leurs chefs, ont méconnu le Rédempteur que nous vous annonçons. Mais en vain l’ont-ils mis à mort. Le Tout-Puissant, comme il l'avoit prédit, n’a pas souffert que la chair sacrée de son Christ éprouvât la corruption du tombeau. 11 l'a ressuscité rayonnant de gloire, le troisième jour après sa mort. Vous n'êtes pas coupables jusqu’à ce moment où la vérité n'avoit pas encore lui pour vous. Mais tremblez désormais, si vous y fermies les yeux ; tremblez d'attirer sur vous la malédiction annoncée par les prophètes, contre quiconque méconnoîitroit la grande œuvre du Seigneur, dont ils ont fixé l'accomylissement à vos jours.

Le discours fini, tous les auditeurs se retirérent en silence ’ avec l'air de la plus profonds réflexion. Des pensées bien dif.

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5o (AN 45.) HISTOIRE

férentes occupoient les esprits. On étoit généralement frappé de la justesse avec laquelle l'Apôtre avoit marqué, beaucoup plus au long que nous ne pouvons le rapporter, la conformité des divins oracles touchant le Messie, avec la mort et la résurrection de Jésus. Les âmes droites en étoient au comble de la joie : mais prévenus en tout lieu de l’idée d’un Messie qui devoit rétablir la puissance temporelle de sa nation , et plus obstinés encore à ne point reconnoître celui que les princes du peuple et de la nation avoient ignominieusement proscrit, le grand nombre de Juifs d'Antioche frémissoient entre eux de dépit, d'entendre annoncer, avec tant de succès , un Rédempteur crucifié. Si, comme les âmes bien disposées, ils prièrent Paul de reprendre le même sujet, pour l'instruction du sabbat suivant, ce ne fut que dans l'espérance d'être mieux préparés à le contredire , et d'arrêter, par toutes Jes voies, les effets de a éloquence. Toutefois un nombre assez considérable de pieux Israélites et de gentils craignant Dieu , s’attachèrent dès ce moment aux apôtres.

Le jour convenu pour les entendre de nouveau, on vit se rassembler presque toutes les personnes de la ville, où il paroît que la connoissance du Dieu créateurde toutes chosesétoit fort répandue, jusque parmi les citoyens les plus distingués. Les docteurs de cette synagogue opposèrent d’abord leurs vains raisonnements, et bientôt en laissèrent eux-mêmes sentir la foiblesse, par l’indécence avec laquelle ils s'emportèrent aux injures et aux blasphèmes. Alors Paui et Barnabé leur dirent tous deux ensemble : « Il convenoit que vous fussiez les premiers à » qui l’on annonçât l: parole du salut : mais puisque vous la re- » jetez avec mépris, nous l’adressons aux nations, suivant le » précepte du Seigneur, » Ce peu de mots disposa encore plus favorablement les gentils, dont les conversions se multiplitrent tellement , que ce bon levain répandit sa vertu hors même de la ville , et fort au loin dan; les terres. Mais les Juifs usèrent de tout leur crédit , et surtout employèrent un grand nombre de femmes de marque qui se piquoient de dévotion , afin de chasser les prédicateurs de l'Evangile. Ceux-ci secouèrent le pe de ieurs pieds contre les endurcis, selon la pratique que

urs collègues tenoient du Sauveur, et ils se retirèrent à Icône.

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