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plus âgé que Paul, et d'une taille plus avantageuse, ils prenoient eclui-ci, à cause de son éloquence, pour Mercure, l'interprète des dieux. Cette folle imagination prit en un moment dans tous les esprits; de sorte que le prêtre de Jupiter, courant à son temple, avec des troupes du peuple ; en ramena des taureaux couronnés de fleurs, qu'il se mit en devoir de leur immoler. Mais ces fidèles dispensateurs du pouvoir d’en-haut témoignèrent leur horreur, par les démonstrations les plus expressives. « Que faites-vous , peuples aveugles, s ’écriérent-ils ? Nous ne » sommes que des siortels tout semblables à vous , qui préten- » dons vous marquer, par des œuvres dont le Dieu suprême est » l’unique auteur, la nécessité de renoncer à ces sacrifices im- » pies, et de vous convertir à ce Dieu très-grand et très-bon, » qui seul a fait le ciel et la terre, avec tout ce qu'ils contien- » nent. » Ainsi empéchèrent-ils, non sans peine, qu'on ne leur sacrifiât.
Les sacrificateurs n’avoient pas même cédé tout-à-fait , et ils délibéroient encore, quand d’Antioche et d’Icône il survint quelques députés dés synagogues , toujours plus jalouses de ce qu’elles apprenoient. Ils déclamèrent sans nulle pudeur contre le Sauveur et ses apôtres, les donnèrent pour les ministres des démons malfaisants, attribuèrent leurs miracles à la magie; et s’armant aussitôt de cailloux, ils maltraitèrent Paul, jusqu'à le laisser pour mort, après quoi ils le jetèrent hors de la ville. Mais il étoit moins dangereusement blessé qu'on ne pensoit. Ses disciples s'étant rassemblés autour de lui, il se releva, rentra dans la ville, et se trouva dès le lendemain en état de partir pour Derbe, ainsi que Barnabé , où ils évangélisérent avec autant d'assurance que si leur zèle ne leur eût attiré que de bons traitements.
Après des succès abondants , qui fournirent un nouvel aiguillon à leur courage, ils n’hésitèrent point à reparoître dans Listre même, puis à Icône et à Antioche, afin de confirmer par tout les nouveaux disciples dans la foi, et d'ordonner des prêtres, pour cultiver , sous la dépendance des premiers pasteurs , le champ que l’on confioit à leurs soins immédiats. Lis traversèrent ensuite la province de Pisidie , revinrent en Pampbilie ; et ayant pour lors exercé leur zèle à Perge, où ils n'a-
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DE L'ÉGLISE. (AN 46.) 54 voient fait que passer en commencant leur expédition apostolique, ils se rendirent à Attalie, port de mer dans la même province. Là ils s’embarqué:::t pour la grande Antioche , capitale de l'Orient , d'où ils éloient partis en premier lieu.
Ils en rassemblerent aussitôt les fidèles, leur firent le récit de ce que Dieu venoit d'opérer par leurs mairs, et leur peignirent vivement l'empressement des gentils vers la porte du royaume de Dieu, ouverte enfin à tous les enfants d'Adam. Quoiqu'ils aient alors recueilli dans cette grande ville dles fruits abondants de salut, on ne se persuade pas que cette église les ait seule occupés , durant le cours de plusieurs années qui s'écoulèrent depuis leur retour en Syrie jusqu'au concile de Jérusalem. Il y a toute apparence que ce fut dans cet intervalle que Paul, non-seulement prêcha nar toute la Judée, mais qu'il acheva de porter l'Evangile depuis Jérusalem jusqu'à l'Illyrie et aux provinces d’alentour, comme son Epiître aux Romains prouve incontestablement qu'il l'a fait.
Il se trouva à Antioche, aussi-bien que Barnabé, quand il s’éleva quelque dissension entre les disciples, au sujet de la circoncision et des autres observances légales. La dispute commença même dans la capitale de la Judée, où Paul avoit antérieurement conduit un de ses élèves, nommé Tite, gentil de naissance. Un grand nombre de Juifs con eus, mais toujours fort attachés aux pratiques de la loi, ex ,eaient du prosélyte qu'il se fit circoncire. Comme ils prétendoient faire un devoir indispensable de ce qui n’étoit que toléré, le docteur des nations et le protecteur de leur liberté ne voulut jamais entendre à cette onéreuse complaisance, d'autant mieux qu'il la regardoit comme une injure faite à la grâce de Jésus-Christ, de la part de ces chrétiens mal dépouillés de l'orgueil judaïque, pleins d'une vaine confiance dans les œuvres de la loi et dans leurs propres efforts. Tite ne fut donc pas circonris, et l'Apotre tint ferme pour les chrétiens de la gentilité, C’est ce disciple chéri qu'il mena di ns plusieurs de ses missions, prenant plaisir à l'instruire de vive voix, ou par lettre quand ils étoient séparés et qu'enfin il institua évêque de Crète, sans qu'on sache l'époque précise de son épiscopat, ni r
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Mais il est certain que le fâux zèle des chrétiens juuasant pénétra jusqu’à l’église d’Antioche, avant le concile de Jérusale. 11 n’est pas moins constant que le prince des apôtres, in différemment Pierre ou Céphas, se trouvoit alors en Orierit, après être sorti de Rome : départ dont on ignore la vraie cause; car celle qu’on voudroit tirer du bannissement des Juifs par l’empereur Claude, se trouve fort incertaine , et les chronologistes varient extrêmement sur sa date. Quoiqu'il en soit des autres circonstances , Pierre ou Céphas se trouvoit en Syrie l'année du concile apostolique ; et, suivant l'opinion de saint Augustin!, ce fut avant ce concile qu'il eut à Antioche , avec l'Apôtre des gentils, la dispute que quelques critiques s’efforcent assez inutilement de faire attribuer à un autre Céphas. Entre les différentes manières dont on la présente, voici la version du grand évêque d'Hippône.
Depuis la vocation de Corneille , Pierre savoit parfaitement qu'il ne falloit plus mettre de distinction entre les fidèles de la circoncision et les incirconcis. Aussi ne faisoit-il plus aucune difficulté d’avoir commerce avec les gentils , ni même de manger avec eux. Mais quelques frères de Jérusalem étant venus à Antioche, il craignit de formaliser des gens pleins de préventions, et accoutwïés * voir garder toutes les observances de la loi. Alors il évita les gentils, et témoigna surtout de la répugnance à manger avec eux. Ceux-ci furent extrêmement choqués de cette conduite, dont bientôt ils s’aperçurent qu’on usoit de tous côtés à leur égard. Non-seulement la foule des Juifs convertis suivirent un exemple de si grand poids, et si conforme d’ailleurs à leur disposition habituelle; mais Barnabé, ce compagnon aflidé de Paul, et son associé à l’apostolat des nations, usa de la même dissimulation et des mémes froideurs. Tant de motifs firent la plus vive impression sur le-cœur de Paul , si tendre pour ses chers gentils ; et allant du premier pas à la source du mal, il résista en face à Céphas : c'est-à-dire qu'il usa librement du droit de remontrance qu'ont tous les évêques à l'égard même du premier d’entr’eux, quand la faute ou l'inadvertance intéresse le corps de l'Eglise,
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DE L'ÉGLISE. (Ax 50.) 55 et que le silence augmenteroit le scandale. « Si vous, qui êtes » Juif, lui dit-il publiquement , avez eu jusqu'ici assez de con- » descendance pour vivre comme les gentils, et non comme » les Juifs, comment n'apercevez- vous pas que, démentant » cette première conduite, vous faites à toutes les nations » une obligation du judaïsme?» Le prince des apôtres reçut l'avis de son inférieur avec la plus édifiante modestie, recon-
put le danger d'un ménagement abusif, «! orma plus soigneusement ses œuvres à la liberté de l'E ainsi qu’à sa propre façon de penser.
Mais entre les disciples venus de Judée, lusieurs, qui, de concert avec l'hérésiarque Cérinthe, dc “ent indo-
ciles. Le prince des apôtres étoit reparti pour Jérusalem, quand l'obstination montant à son comble, et la dispute s'échauffant de plus en plus, nonobstant la sage conduite de Pierre et le zèle de Paul, qu'on accusoit de partialité en faveur des gentils, on ne vit plus d’autres moyens de la terminer, qu’en obtenant une décision solennelle du collége apostolique, présidé par son chef. Il fut donc résolu que Paul , et Barnabé bien revenu de sa foiblesse , iroient à Jérusalem , avec quelques personnes du parti contraire, pour consulter le Saint-Esprit, qui, selon la promesse du Sauveur, devoit s'expliquer, en pareil cas, par l'organe des premiers pasteurs.
Alors, c’est-à-dire l'an 50, se tint le plus ancien des conciles , et qui leur servit à tous de modèle. Le vicaire de Jésus- Christ convoqua l'assemblée, invitant tout ce qui pouvoit s’y trouver de ses collègues dans l’apostolat, et des principaux pasteurs ou des évêques, avec les prêtres et les anciens qui avoient le plus de part au gouvernement hiérarchique : non que ceuxci eussent par état voix décisive ou droit de jugement, prérogative annexée par son divin auteur à la plénitude du sacerdoce, dans le caractère des apôtres; mais parce qu'on vouloit entendre tout ce qu'ils avoient appris des apôtres absents , ou de Jésus-Christ même. On s’informa de la tradition , on délibéra mürement, chacun eut une entière liberté de s'expliquer , jusqu à la décision : après quoi il ne s’agit plus que de soumission , et de procéder à l'exécution. Pierre, premier pape, est à la tête du concile, propose la question, et dit son avisavant Lous
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les autres , en leur rappelant comment le Seigneur, depuis la publication de l'Evangile dans la Judée, lui voit enjoint d’instruire aussi les gentils, dans la personne de Corneille ; d’où il conclut que ce seroit tenter Dieu , de leur imposer un joug, qui; maintenu par un reste de respect ou de condescendance, n'étoit plus nécessaire en soi pour le salut, par rapport aux Juifs mêmes. Paul et Barnabé appuyèrent ce sentiment, en racontant les succès dont le Seigneur les ayoit comblés , eux qui l'avoient constamment réduit en pratique dans les fonctions de leur ministère auprès des gentils. Jacques , évêque de Jérusalem, c'est-à-dire d'une église toute composée de fidèles de la circoncision , dont un bon nombre sortoient de la secte des pharisiens , et soutenoient fortement qu'il falloit tout soumettre à la loi de Moïse , Jacques n’en fut pas moins zélé pour la liberté des nations : et, ce qui est à remarquer, il ne souscrivit pas simpleinent à l'avis de Pierre, mais il dit formellement que telle étoit aussi sa décision et son jugement , dont il fit sentir la conformité avec les Livres saints. Tout le concile marqua la même façon de penser, et l’on ne s’occupa plus qu’à la notifier à l'Eglise, où la difficulté avoit pris naissance.
On choisit, à cet effet, Jude, surnommé Barsabas, et Silas, qu'on joignit à Paul et à Barnabé, afin de prévenir toute ombre de défiance à l'égard de ces deux derniers , qui ayoient été les promoteurs du décret. Il étoit conçu en ces termes, qui cn marquent l'infaillibilité toute divine : « Il a semblé bon au » Saint-Esprit et à nous, de ne vous astreindre qu'à ces ob- » servances que nous continuons à juger nécessaires , c'est-à- » dire, de ne vous interdire que les viandes immolées aux ido- » les, le sang, la chair des animaux étouffés et la fornication. » Quoique la loi naturelle interdise ce dernier article, la corruption du paganisme l'avoit tellement couvert de nuages, qu'on crut devoir en renouveler la défense d’une manière formelle et positive. C'est ainsi que l'Eglise applique les lumières de la révélation surnaturelle à beaucoup d'autres points de la loi gravée dans nos âmes par la main de la nature, mais presque effacée par le déréglement des passions. L'église d'Antioche reçut les Jettres apostoliques avec le respect qui leur étoit dû;
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DE L'EGLISE. (An 50.) 57 et au différend qui avoit si fort alarmé les consciences , succéda la concorde et la paix la plus consolante.
T'el est l’ordre des faits que suit saint Augustin, dans ce qui concerne la dispute de Paul et de Céphas. Mais quand on la placeroit après le concile apostolique, qu’en pourroit-on conclure contre le vicaire de Jésus-Christ? Si Céphas fut en effet Simon-Pierre, comme on n'en peut guère douter, il édifia beaucoup plus l'Eglise par son humilité exemplaire, que sa complaisance pour les chrétiens judaïsants n’avoit pu la scandaliser. Il ne s'agissoit pas d'opinion ou de doctrine, ni par conséquent d'erreur, mais uniquement d'un point de conduite; en quoi certainement jamais pontife ne s'est cru irrépréhensible, puisqu'ils ne se sont jamais crus impeccables. La faute même de Pierre en cette conjoncture, ou ce que Paul reprenoit en lui, n'étoit qu'une faute très-improprement dite. Il n'étoit question que du fait, non de l'intention que Dieu seul eonnoît, et dont on ne sauroit présumer que la charité d'un apôtre voulût juger. Dans le fait même, il est encore deux choses à distinguer : le corps ou l’objet de l’action, et l'effet que l’action produisoit. Quant à l’action, on ne la sauroit dire condamnable en soi, puisqu'elle avoit pour objet des observances légales qui n'étoient pas encore défendues, qu'il étoit raême à propos de pratiquer en certaines rencontres, et que l'Apôtre des nations pratiqua lui-même en plusieurs occasions. Cet Apôtre n’a donc pu trouver Céphas condamnable, qu’en ce que celui-ci donnoit lieu, contre son intention, à de fâcheux inconvénients ; c'est-à-dire que l'exemple de Céphas pouvoit obliger les gentils à judaïser , et que Paul, tout consacré à leur service, et connoïssant mieux leurs dispositions que le prince des apôtres, occupé de la sollicitude de toutes les églises, eut, et le courage de l'avertir dans le moment critique, et la consolation de voir la vertu de Pierre faire disparoître anssitôt le danger. 1l en est du fait de Céphas, comme de la plupart de ces points de dispute, infiniment moins importants que le génie contentieux des écrivains du parti ne s'efforce de le persuader.
Après que la tranquillité fut parfaitement rétablie parmi les
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