‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 5 sur 159 · PRÉFACE. IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. IX

Ainsi parviendre: nous à ne rien dire d'inutile, et à ne rien omettre de nécessaire. Nous regagnerons sur les superfluités et les digressions un champ suffisant , pour traiter d'une manière convenable les événements qui tendent à notre but, et sans effrayer nos lecteurs par le nombre des volumes , nous pourrons leur présenter les grands faits, non par un seul endroit, mais sous toutes leurs faces, et avec toutes leurs circonstances importantes, On pourra marquer les ressorts ou le principe dés actions , l’ordre et la suite èes desseins , les ressources et les moyens employés pour les exécuter. T'el est l'usage que nous voulons faire de cette philosophie dont on se pique si fort aujourd'hui dans l'histoire , où elle a sans doute ses excès , inais dont elle est cependant l'âme , et qu'elle empêche de dégénérer en un sec et vain exercice de mémoire. Pratique d'autant plus convenable pour l'Histoire de l'Eglise, que rien ne contribue davantage à la vraisemblance, sans laquelle les vérités les mieux établies obtiendroient difficilement la croyance qu'il importe sur toutes choses de faciliter.

Par toutes ces attentions, le cours de l’histoire prendra de la rapidité ; il attachera, il intéressera, pour peu que l'exécution réponde au projet. Ne fît-on qu'un abrégé très-succinct, encore devroit-on manier de la sorte ce qu’on jugeroit digne d'y trouver place. C'est principalement l'inobservation de ces règles, qui rend ennuyeux et rebutants, non-seulement la plupart des abrégés, mais plusieurs traits d'histoire, où l’on voit les faits si nus et si décharnés, qu'ils perdent tout ce qu'ils pouvoient avoir d'instructif et de persuasif.

Quoi qu'il en soit des autres méthodes, celle dont nous venons de présenter les traits principaux , nous a paru d'autant pius convenable, que nous ne travaillons pas pour les savants , ni même por les personnes occupées d’une étude profonde. Elles ne trouveront de trop longue haleine, ni Fleury, ni T'illemont, ni Baronius , ni les différents auteurs qui ont approfondi plusieurs points particuliers de l'Histoire sainte. Souvent encore croiront-elles devoir puiser dans les sources antiques , vu tous les périls que l'on court, en donnant une confiance illimitée à un écrivain , quels que soient sa réputation et son mérite.

Mais cette classe distinguée de lecteurs n'est pas la plus nombreuse , et l'on se propose ici l'utilité du très-grand nombre, de tous ceux qui unissent à l'esprit du christianisme tant soit peu d'éducation et de culture, spécialement des jeunes ecclésiastiques , et des prêtres trop occupés des fonctions publiques de leur état, pour

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donner beaucoup de temps à la lecture de l'histoire. Sur ce qu'on leur a souvent représenté l'avantage de bien connoître l'Eglise qu'ils servent avec zèle, ils en liront peut-être une fois la longue et profonde histoire : mais ce n'est qu’en se familiarisant avec ces sortes de connoïissances, qu'on en peut retirer un solide avantage, et non par la teinture imparfaite que laisse une lecture rapide, souvent interrompue et poussée avec peine jusqu'aux derniers volumes.

Pour leur donner encore plus de facilité, pour faire dans les esprits d'heureuses impressions et les rendre durables, nous diviserons notre matière, c'est-à-dire toute la durée de l'Eglise depuis son établissement jusqu'à nos jours , en quatre parties, marquées chacune à son coin , par la nature du plus grand nombre des événements. La première comprendra l'Histoire de l'Eglise primitive, avec les temps qui s’en rapprochent, depuis l'institution de cette Eglise jusqu'au sixième siècle inclusivement ; ce que nous appellerons siècles de lumière et de ferveur. La seconde partie renfermera les cinq siècles suivants, où les grands talents furent plus rares dans l'Eglise, comme dans tous les états , et qu’on peut appeler siècles d'ignorance : dénomination devenue ordinaire, mais que tout orthodoxe instruit n’emploie que d'une manière comparative , et dans un sens bien différent de celui des sectaires qui l'ont mise en usage. Dans la troisième seront compris les douzième, treizième et quatorzième siècles, qu’on peut appeler, avec les mêmes modifications, siècles de relâchement. Dans la quatrième enfin, le reste des temps jusqu'à celui où nous vivons , et qu'on nomme, en deux sens bien différents, siècles de réforme.

Suivant les principes de la raison aussi-bien que de la piété, les qua lifications de ces quatre âges ne doivent pas se prendre dans le sens rigoureux qu'y attachent les ennemis de l'Eglise. Il en est de cette division, comme de toutes les choses morales, dont le district et les dépendances n'ont jamais de bornes précises. Des espaces de temps si considérables se trouvent nécessairement mêlés de ferveur et de relâchement, de ténèbres et de lumière, de dépravation et de réforme, de régularité humble et sincère, et de rigorisme hypocrite, Il est même de foi, que, dans les plus mauvais temps, VE. glise ne se vit jamais réduite à un tel état d'opprobre et d'obscurité, que le ministère essentiel de l'édification et de l'instruction en füt interrompu. Il n'est ici question que de différencier , en faveur de l'ordre, ces âges entr'eux. Mais si l'amour de la précision et de la clarté uous fait employer les expressions reçues, l'impartialité,

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