‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 108 sur 253 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

leur sont également fermées. Que feront-ils donc ? Ils se décideront peut-être à passer en pays étranger? les frontières sont soigneusement gardées. Du moins, s'il leur est impossible de faire autre chose , leur pensée est libre ; partout on trouve une plume et du papier : ils écriront? qu'ils s'en gardent bien! tous les livres contre la religion catholique doivent être supprimés, et leurs auteurs , leurs détenteurs , on sait ce qui les attend.

Ces interdictions faites aux protestants furent souvent préjudiciables aux catholiques eux-mêmes. Les intendants en signalent des exemples, et les protestants s'appuient souvent sur des faits de cette nature pour motiver leurs réclamations. En certains lieux, des chirurgiens et des sages-femmes capables se virent obligés de refuser les secours de leur art à des personnes des deux cultes qui les suppliaient pour des cas pressants, et des accidents résultèrent de ces refus.

Les mesures dont nous venons de parler, préjudiciables au soulagement des souffrances humaines , le furent aussi au développement de l'esprit et aux progrès de la science. Rien n'est insensé comme cette prétention de quelques despotes, en vertu de laquelle il n'est pas permis de faire valoir les talents que l'on a reçus de la Providence, si l'on n'adopte les opinions religieuses du souverain. Exigez une moralité solide de la part de tout homme qui se met en contact avec la jeunesse par l'enseignement, rien de mieux et de plus convenable; mais qu'un homme enfouisse sa science

s'il veut garder sa foi , ou qu'il doive renier sa foi s'il veut produire sa science, ce sont là , nous ne craignons pas de le dire, deux actes également stupides et immoraux. Cela se vit pourtant à Montpellier, à l'époque où nous sommes parvenus.

Pierre Magnol naquit dans cette ville le 8 juin 1 G38, et y mourut le 21 mai 1715. De bonne heure il se distingua par son aptitude scientifique, et acquit dans l'étude de la botanique des connaissances exceptionnelles. En l'année 10G8, il concourut avec le plus grand succès pour une chaire de professeur à la Faculté de médecine. Son mérite hors ligne lui assigna bien incontestablement un avantage marqué sur ses concurrents; mais ta cette époque il était protestant, et ne voulait pas faireabjurationdeson culte: il n'obtint pas lachairequ'il était si capable de remplir. Cette chaire, elle ne lui fut accordée que vingt-quatre ans plus tard, en 1694. Que s'était-il donc passé depuis? Le brevet de nomination, signé par Louis XIV et contre-signe Philippeaux, nous l'apprend : « En l'année 1668, y lisons-nous, estant pour lors de la religion prétendue réformée , il (Magnol) auroit disputé avec une entière approbation une chaire de professeur qui esloit lors vacante en la dite université ; a ces causes, bien informé d'ailleurs de son expérience au fait delà médecine et de sa sincère conversion à la religion catholique, apostolique et romaine. . . , Nous, par ces considérations, avons

au dit Magnol donné et octroyé, donnons et octroyons par ces présentes, signées de notre main, la dite charge

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