CHAPITRE III
la conspiration, c'est le dessein de manquera ce que l'on doit à son prince. Or, quand on ne se propose que de rendre à Dieu ce qui lui est dû, on ne fait aucun tort à César : on peut être fidèle à Dieu sans manquer de fidélité à son monarque.»
Un peu plus loin , Brousson aborde plus directement encore la justification de son projet. Voici comment il parle de ses conséquences : «11 est temps que nous fassions quelques réflexions sur les suites du projet des réformés. On s'étonne peut-être qu'un dessein plein de piété ait eu un succès aussi funeste. Mais, sans nous arrêtera représenter que c'est l'effet de la division des réformés , nous considérerons seulement cet événement dans des vues purement chrétiennes. Si l'on était surpris d'un succès si triste, il faudrait aussi être surpris que les Machabées, qui, nonobstant les défenses qui leur étaient faites, voulurent aussi continuer de rendre à Dieu le culte qui lui était dû, eussent été massacrés et réduits à toutes les misères que l'on peut imaginer. Il faudrait encore être surpris que la piété des Apôtres , des premiers chrétiens, des Hussites, des Yaudois, des Albigeois et de nos pères, leur eût attiré des traitements qui donnent de l'horreur à tous ceux qui craignent Dieu. Nous devrions être surpris de toutes ces choses , si Jésus-Christ nous avait promis une prospérité mondaine'.»
1 Toutes ces citations sont empruntées à V Apologie du projet des réforme: de France, laite au mois de may 1G83, pour la con-
258 livre i)Euxiî:.mi:
Quelle position que celle des protestants à celte époque î
Il était défendu aux ministres de convertir des catholiques et de s'opposer à la conversion des protestants.
Lorsque le plus grand nombre des temples étaient renversés, il leur était interdit de célébrer le culte dans tous les lieux où il n'y avait point de temple.
Quand le culte n'était point célébré dans une localité, les protestants de cet endroit n'avaient pas la ressource d'aller ailleurs; ils ne devaient pas sortir du bailliage de leur résidence.
Où iront se fixer ces pauvres ministres qui sont les objets de tant de mesures oppressives? Leur Maître n'eut pas un lieu où reposer sa tête ; qu'ils ne se promettent pas le moindre repos : la démolition d'un temple peut les chasser du lieu qu'ils ont choisi. On mesure les distances, et si, à moins de dix lieues, un templea été ou doit être démoli, il faut qu'ils s'éloignent. Du train dont vont les choses, où se trouvera-t-il en France un rayon de dix lieues sans ruines protestantes? Et dans ce lieu, s'il se rencontre, à quelles occupations s'y livreront-ils? Ils ne peuvent pas prêcher, cela va sans dire; toutes les carrières libérales leur sont fermées: il leur est interdit d'être notaires, avocats, libraires, médecins ou apothicaires ; la magistrature et les finances
servation de la liberté de conscience. Cette publication fut faite à Cologne, chez Pierre de Morteau, en 1684. Nos trois citations sont prises des pages 117, 132 et 358.