CHAPITRE III
une délibération commune. Cette réunion eut lieu chez M. Clauzel de Fonfrède. Une seconde réunion de religionnaires fut tenue chez le sieur Bornier, jadis lieutenant principal au siège présidial. Ils en sortirent pour aller en corps se faire catholiques. La longue liste de leur abjuration fut datée du samedi 29 septembre, fête de saint Michel. Le môme jour, seize compagnies de troupes entrèrent dans la ville et accrurent l'empressement de ceux qui passaient an catholicisme. Dans trois jours, dit d'Aigrefeuille, plus de six mille personnes abjurèrent l'hérésie. Quel beau triomphe que ces conversions par ordre et, peut-on dire, à la baïonnette !
Il paraît, au reste, que les conversions , qui finirent par marcher si vite, avaient d'abord rencontré quelques obstacles. « Le roi, dit le manuscrit de Serre, ne voulant, plus souffrir dans son royaume d'autre religion que la sienne, qui était la catholique romaine, envoya ses ordres sur cela à M. d'Aguesseau, intendant de la province. Celui-ci précédait l'arrivée de M. de Basville, afin qu'il y disposât les huguenots de Montpellier. M. d'Aguesseau ne manqua pas de les exhorter avec douceur, et de les presser avec charité d'obéir au roi et de se faire catholiques de bonne foi. Ils lui résistèrent toujours et commencèrent à vendre a vil prix tout ce qu'ils purent de leurs meubles, afin de pouvoir quitter le royaume. M. d'Aguesseau ayant été averti de ce qui se passait, rendit une ordonnance qui défendait aux protestants de plus rien vendre, et aux catholiques de
rien acheter. Mais enfin, M. le duc de Noailles étant
arrivé dans cette ville pour y faire tenir les Étals, porta encore aux huguenots des ordres plus pressants. Il en fut fait part aux principaux d'entre eux ; les abjurations commencèrent le 27 septembre, et allèrent d'un si bon train que, dans six jours, il y en eut cinq mille.» Sauf le chiffre, les récits de Serre et de d'Aigrefeuille sont très-concordants; quoique exacts, ils ont pourtant besoin d'un complément que nous sommes en mesure de leur donner.
Il existe à la mairie de Montpellier un contrôle, sixain par sixain, de toutes les familles et personnes qui faisaient profession de la religion prétendue réformée , et qui sont maintenant converties à la religion catholique, apostolique et romaine, dressé sur les contrôles tenus par le greffe consulaire de Montpellier, depuis le mois de septembre 1685. Ce rôle justifie pleinement les allégations de d'Aigrefeuille et de Serre, et prouve que les conversions furent en effet trèsnombreuses.
Mais il se trouve aussi , dans le même paquet, des états des religionnaires qui ne s'étaient pas encore convertis le 3 octobre 1685 ou qui avaient déserté: ces états , dressés île par île , sont fort longs et prouvent que la population protestante fut bien loin de se soumettre tout entière aux ordres venus de Paris. Le rapprochement de ces deux listes établit positivement que les grandes familles montrèrent en général peu d'empressement à se convertir. Nous aurions ici