CHAPITRE V
des consolations aux plus éloignés , et rendait plus difficiles les efforts incessants que Ton faisait pour les saisir. Un mémoire dressé par ordre de l'évêque de Rodez, sur le passage à Milhau du ministre Corteis, nous fournit des détails précieux sur les habitudes de ce serviteur de Jésus-Christ.
Le 1er juin 1738, Corteis arriva dans la ville de Milhau, en Rouergue : l'évêque de Rodez, qui s'y trouvait aussi dans ce moment, entendit parler de ce voyage, et le 7 juillet il adressa à M. de Saint-Florentin et à M. de Bernage un mémoire à ce sujet. Voici sa lettre d'envoi à l'intendant :
« Rodez , ce 7 juillet 1758.
»J'ay l'honneur de vous adresser, Monsieur, un mémoire qui me vient de bonne part, et qui me paraît mériter votre attention. J'étais à Milhau lorsque ce prédicant y a été ; j'en avais ouï dire quelque chose, mais je n'avais rien sçu de bien positif. C'est depuis mon retour en cette ville que j'en ai appris tout le détail. J'ay l'honneur d'envoyer un semblable mémoire à M. le comte de Saint-Florentin. J'ay celuy d'être avec respect, Monsieur, votre très-humble et trèsobéissant serviteur,
» Jean, Évêque et Comte de Rodez. »
Le mémoire annoncé dans cette lettre est conçu en ces termes :
« Le 1er du mois de juin dernier, il a paru pen-
dant une mission, à Milhau, ville du Rouergue,dont la pluspart des habitants sont religionnaires, un ministre déguisé, qui y resta seulement trois jours; il logea chez le sieur François Pelel , qui est un riche cabaretier, religionnaire, demeurant auprès du pont, que l'on assure être d'ailleurs un fort honnête homme.
»On prétend que le véritable nom de famille de ce ministre est Courtes, natif d'Uzès en Languedoc, que son nom de guerre est Masrougé, qu'il est actuellement ministre à Zurich, et qu'il fait ordinairement tous les ans, dans le mois de février, un voyage en France, et retourne en Suisse au mois d'octobre.
»On assure que quand il est arrivé à Milhau, il venait de la Xaintonge, où il avait fait célébrer la prétendue Pâque par les religionnaires de cette province-là, et qu'aprez avoir passé par Montauban et par Milhau, il allait à Valeraugue, dans les Cevènes, et aux lieux circonvoisins ; qu'il doit y passer l'été en attendant d'y donner la communion le premier dimanche de septembre, suivant leur usage.
«Pendant le séjour que ce ministre fit à Milhau, il n'y tint aucune assemblée, mais il passa son temps à aller de maison en maison. On luy présenta un enfant qu'il refusa de baptiser. Il refusa aussi de donner la bénédiction nuptiale à deux fiancez qui la lui avaient demandée. On dit qu'il partit de Milhau pour aller en droiture au Vigan.
«C'est un homme câgé d'environ 40 ans, bien fait et bien facié, grand et gros à proportion, se présentant