‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 161 sur 253 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

primés d'un mémoire qui contient le signalement d'un fameux prédicant appelé Courtes ou Masrougé.

»J'ay distribué ce mémoire de part et d'autre, où j'ay cru qu'il pouvait avoir un effet, et principalement au brigadier de maréchaussée de la résidence de Chalabre.

» S'il me revient quelque nouvelle à ce sujet, j'auray l'honneur de vous en rendre compte.

» J'ai l'honneur d'être, avec un très-profond respect, Monseigneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

sSlMORRE. »

Il y a deux signalements de Corteis au dossier; ils s'accordent à lui supposer l'âge de 45 à 50 ans. Le premier attribue à Corteis, comme lieu d'origine, le village de Nazareth, paroisse de Castanier. Le plus récent affirme que Corteis et Masrougé sont deux personnages distincts, prédicants l'un et l'autre, et ajoute qu'on n'a pas le signalement du dernier.

On voit, d'après ces documents, combien étaient grands les dangers courus par ces serviteurs de Dieu, et à quel point leur zèle était infatigable.

Nous avons fait connaître ailleurs les deux sources qui venaient alimenter la caisse des amendes : c'étaient, avons-nous dit, les écoles et les assemblées. Les prescriptions légales, à cet égard, étaient déjà bien sévères; mais, nous sommes obligé de le redire sans cesse, et nous ne le redirons jamais sans preuves surabon-

dantes, ce n'est pas de la part de l'autorité civile que les protestants avaient le plus à souffrir , mais de la part du clergé. Les curés étaient de véritables agents provocateurs dans les communes ; ils se mettaient en rapport direct avec l'intendant et même avec le ministre, pour les exciter à la rigueur et leur représenter les protestants comme des séditieux qui n'attendaient qu'une occasion favorable pour lever l'étendard de la révolte. Au témoignage de plusieurs curés , « ces protestants étaient armés jusqu'aux dents, fabriquaient de la poudre, faisaient de la grenaille, tenaient des assemblées continuelles,... devenaient toujours plus insolents et plus portés à la révolte. »Ces accusations incessantes, ces demandes continuelles de garnison fatiguaient le Pouvoir. Un commandant, M. de La Devèze, consulté sur ces rapports par l'intendant, lai écrivait de Tournon : « Je vous avoue, Monsieur, que je suis bien las de les entendre (les curés), et vous ne devez pas l'être moins que moi... On ne voit chez la plupart de ces messieurs que des manœuvres qui ne peuvent pas être supportées». 11 paraît que M. de Bernage était aussi de l'avis de M. de La Devèze ; car après avoir fait l'aveu qu'il s'était bien douté que les plaintes qui lui avaient été portées manquaient de fondement, il ajoute : «Les curés se contentent d'écrire, et, lorsqu'il est question d'en venir aux explications, les principaux faits se trouvent ou sans fondement ou infiniment exagérés. » Néanmoins, l'intendant dit à M. de La Devèze que son devoir l'oblige à lui trans-

Page 1