‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 164 sur 253 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

payaient pas, on les faisait enfermer. Ce n'était que dans le cas d'impossibilité reconnue qu'on venait à leur aide au moyen de la caisse des amendes.

La manière dont on enlevait les enfants à leurs parents était vraiment révoltante. Les évoques adressaient une requête à l'intendant: ils lui disaient que tel enfant appartenait à des parents très-obstinés dans leur religion , que son éducation courait des dangers , et ils sollicitaient un ordre du roi, que l'intendant obtenait immédiatement. Au moyen de cet arrêté, l'enfant, le jeune homme ou la jeune fille étaient saisis par des agents de l'autorité et conduits dans un couvent ou toute autre maison d'éducation, Comme nous l'avons dit, les parents devaient payer leur pension, s'ils en avaient les moyens. Les frais d'arrestation et de conduite étaient aussi à leur charge. Le plus souvent, mais pas toujours, ces arrestations étaient censées faites à la demande des enfants eux-mêmes ou de quelque membre de la famille, et l'on peut facilement se faire une idée des moyens employés pour l'obtenir. Quand ces jeunes protestants avaient séjourné quelque temps dans les couvents, on les rendait à la liberté s'ils étaient suffisamment affermis, mais on les entourait de toute sorte de précautions pour qu'ils ne revinssent pas à leurs anciennes croyances. Se montraient-ils obstinés, on les envoyait ordinairement, pour le reste de leur vie, dans des maisons de détention. La tour de Constance reçut ainsi des couvents plusieurs jeunes personnes. Il existe quelques exemples de prisonniers

mis en liberté, parce qu'on était arrivé à la conviction qu'il serait impossible d'en rien obtenir.

On employait quelquefois les fonds des amendes à favoriser des mariages. Un curé de Ganges obtint aussi, mais exceptionnellement, 300 livres pour payer les frais occasionnés pour l'érection d'une croix.

Les gratifications ou frais d'espions comprenaient les sommes payées à diverses personnes pour surveiller les assemblées, dénoncer les ministres, signaler toute autre infraction aux édits , ou fournir les moyens d'arrêter les délinquants. Nous possédons des comptes détaillés sur toutes ces matières. Uu nommé Azémar de Montalègre , espion employé par M. de LaDevèze, parcourutlepays, deTournon à Castres, pour découvrir les assemblées et les pasteurs, que l'on traquait ensuite d'après ses indications. Son compte, extrêmement curieux , relate ce qu'il a dépensé en louage de guides, chevaux ou voitures ; il n'oublie ni les repas qu'il donnait aux ministres afin de mieux pénétrer leurs secrets , ni même les offrandes qu'il versait dans la bourse des pauvres en sortant des assemblées, qu'il fréquentait avec une dévotion affectée.

Les personnes qui dénonçaient les assemblées et les ministres n'étaient pas celles qui étaient chargées d'arrêter les délinquants. Si l'on payait généreusement les premières, les secondes, qui appartenaient toujours à la profession militaire, ne devaient pas être oubliées; un arrêté de l'intendant y avait pourvu : les journées étaient payées à chacun selon son grade.

Page 1