CHAPITRE VI
tant considérablement accru , comme on ne trouvait pas de locaux assez vastes, on prit le parti de les tenir en rase campagne et presque sans aucun ménagement.
Il y eut un culte d'hiver et un culte d'été. Pendant l'hiver et à cause du froid , les protestants se réunissaient aux métairies de Chauvet et de ïrousel, à demi-lieue de la ville. La dernière de ces deux propriétés appartenait à un nommé Barandon, réputé zélé protestant, qui se faisait un plaisir de prêter pour cet objet une très-grande salle.
Au mois de janvier, il y eut une assemblée à la bergerie de Lavalette, située à l'aile du bois et seulement éloignée du château d'une portée de carabine. Le fermier du domaine était un nommé Duffos, que l'on suspectait de donner asile au ministre.
Le jour des Rameaux et le jour de Pâques, l'assemblée se tint dans une métairie ruinée, du côté de Boutonnet, à un quart de lieue de la ville. En présence des symboles de la Sainte Cène, le ministre fit une exhortation aux fidèles sur le devoir de confesser leur foi, dût-il en coûter le sacrifice de leurs biens et même celui de la vie.
Le dimanche avant la Pentecôte, l'assemblée eut lieu dans une autre métairie appelée La Mourre, dans le terroir de Mauguio. L'assistance était nombreuse ; le ministre bénit deux mariages et baptisa un enfant.
Une assemblé d'un caractère particulier fut célébrée le 14 juin, dans le bois de Lavalette près la métairie
du sieur Cazes ; on y était venu de fort loin, et l'on y voyait quantité de voitures. Le ministre Boyer était accompagné d'un secondaire, qui fit la prière avant la prédication. Le pasteur monta en chaire après lui, et dit dans son exorde : « Mes frères et sœurs , les temples que nous habitons aujourd'hui dans les diverses parties du royaume, sont des déserts affreux où l'Éternel habite au milieu de nos assemblées. Cette manière de prier Dieu est la plus ancienne. Je vous l'expliquerai: lorsque Xerxès, roi de Perse, brûla les temples de la Grèce, on regarda comme une chose injurieuse à la Divinité de la renfermer dans des murailles , elle à qui tout appartenait et dont l'univers est le temple. » Après le sermon, Boyer fut conduit à la métairie du sieur Périer, marchand de laine , tout près de la maison de M. Comte, à un quart de lieue de la ville.
La nuit de Saint-Pierre, l'assemblée fut tenue audessous du pont de Villeneuve , dans une prairie, le long de la Mosson ; il n'y avait presque point d'étrangers, à peu près tous les assistants étaient de la ville.
Dans cette même nuit, il se fit une autre réunion très-nombreuse, entre Pignan et Cournonterral. Une troupe de femmes qui marchaient le long du grand chemin, pour se rendre au lieu désigné, furent effrayées par la présence d'un cavalier de maréchaussée qui allait en correspondance. Elles se dispersèrent et passèrent le reste de la nuit sans se réunir.
La nuit du 12 juillet, l'assemblée eut lieu dans