CHAPITRE VI
l'ancienne carrière de Pignan, au-delà de La Vérune, dans un endroit ombragé par un grand ormeau et où coulait une agréable fontaine. Elle fut très-nombreuse. Le ministre fît un discours de controverse sur les abus qui s'étaient glissés dans l'Église romaine.
La nuit du 4 au 5 août, tout près du bois de Lavalette, à côté de la métairie du sieur Gazes, fut tenue une assemblée fort nombreuse. Il y avait plus de deux mille personnes, tant hommes que femmes. Trois protestants du faubourg Boutonnet , les sieurs Cabanon, Laval et Sujet, avaient reçu mission de se tenir aux avenues, pour indiquer aux étrangers où ils devaient se rendre. Il se trouva dans cette assemblée un ministre et deux proposants. L'un de ces jeunes gens était le fils cadet du sieur Davéjan, ministre de Montpellier, tout récemment arrivé de Genève. Les étrangers étaient accourus à cette assemblée de quatre ou cinq lieues des environs, les uns à pied, les autres à cheval. Un mariage y fut béni. L'assemblée ne se sépara que deux heures avant le jour, et ceux qui rentrèrent dans la ville par le faubourg Boutonnet, portaient encore leurs bougies à la main.
S'il faut en croire deux pièces de la même écriture, évidemment rédigées par des gens chargés d'informer l'autorité de ce qui se passait dans les assemblées, il se produisit une circonstance assez burlesque; puisque nos papiers la mentionnent, nous ne croyons pas devoir l'écarter. Lorsqu'on commençait à chanter les psaumes, deux ou trois cents ânes se mirent à
braire. Les spectateurs catholiques, qu'un sentiment de curiosité avait attirés sur les lieux, assuraient que depuis le commencement du monde on n'avait jamais entendu une si belle harmonie.
D'après ces renseignements, il est facile de se faire une idée de l'importance que le culte réformé avait reprise à cette époque. Beaucoup de catholiques passaient en effet chaque jour dans ses rangs, et il existait un formulaire, que nous avons retrouvé, des questions qu'on devait leur adresser quand ils se présentaient pour embrasser la religion réformée. L'intendant parle en ces termes du formulaire et des conversions :
« Le 8 juillet 4744.
» A M. le comte de Saint-Florentin.
» J'ai l'honneur de vous envoyer ci-joint une copie de la formule que les prédicants suivent uniformément dans les abjurations qu'ils font faire aux catholiques qu'ils engagent d'apostasier. Ce nouveau mal gagne et augmente tous les jours, au point qu'on compte cent catholiques apostats pour un protestant qui se convertit. »
Quelques jours plus tard , l'intendant dénonçait à M. de Saint-Florentin une assemblée très-nombreuse qui avait été tenue de nuit, le samedi 20 juin 1744, à peu de distance de Montpellier. On s'y était rendu par pelotons de 30, 40 et 50 personnes. Les cabarets de la ville étaient remplis de gens venus à l'occasion de cette assemblée. Les Nimois affluaient. Un moment