DEPUIS SON ORIGINE JUSQU'A NOS JOURS
Nous écrivons Y Histoire de l'Église Réformée de Montpellier, depuis son origine jusqu'à nos jours.
Dans cette métropole d'une des plus importantes provinces du royaume, au centre de cette ville célèbre par ses institutions scientifiques et littéraires, il y avait un nombre proportionnellement considérable d'hommes instruits. La réforme religieuse devait y compter et y compta , en effet, beaucoup de partisans.
Il n'est pas toujours facile de suivre le mouvement religieux qui s'élabore dans les consciences et dans
g INTRODUCTION
les cœurs: mais, quand il éclate, on peut juger de sa profondeur par l'ébranlement qu'il occasionne.
Ce travail de la nature morale de l'homme, au \\ir siècle, était favorisé par le progrès des connaissances humaines.
L ame commence à s'apercevoir de ses erreurs , et peu à peu il faut qu'elle en vienne à vérifier toutes ses croyances. Nous sommes faits de telle sorte que l'erreur ne peut nous satisfaire qu'à la condition d'être tenue pour la vérité. Il faut que nous n'ayons point de doute sur nos croyances. Aussitôt qu'elles sont ébranlées, notre esprit s'élance dans des recherches nouvelles. Jésus-Christ a dit: Cherchez et vous trouverez. Cela indique qu'il existe une vérité , et qu'elle deviendra le partage de celui qui la désire et veut se donner la peine de la poursuivre. Cela veut dire aussi que jamais il ne faut désespérer de la vérité. Ce désespoir serait un suicide moral.
Au xvie siècle , le Catholicisme était singulièrement battu en brèche.
La voix du réformateur allemand avait trouvé des échos dans notre pays de France. On avait beau brûler les Luthériens, leurs idées sortaient plus lumineuses des bûchers. On se demandait si ces hommes , qui mouraient ainsi pour leur foi , étaient des gens si méprisables; on voulait connaître la cause de leur
constance , savoir pour quels motifs on les faisait ainsi mourir, et souvent on était surpris de se trouver de leur avis. On les approuvait ou on les admirait d'abord, on finissait par les imiter.
La foi traditionnelle ne suffisait plus aux besoins des âmes réveillées; elle les gênait comme un habit qui n'était point fait pour leur taille. La conscience sentait ses chaînes, et, quand elle les sent, elle n'est pas loin de les briser. En vain des moyens violents étaient mis en œuvre pour arrêter ce mouvement, qui partait de ce qu'il y a de plus intime dans la conscience; ils ne faisaient que l'accroître. Il en est de 1 ame comme de la poudre : plus on la comprime et plus on augmente sa force d'expansion. Rien ne nous porte à nous croire trompés, comme les soins que l'on se donne pour nous empêcher d'examiner nous-mêmes les choses qui nous intéressent. La confiance ne se commande pas; on est sûr dé ne point l'obtenir quand on a la prétention de l'imposer. Tout ce que l'on pourra imaginer pour détourner les hommes des questions religieuses, qui sont incontestablement les plus importantes, n'aura d'autre résultat que de les pousser dans celte voie. On ne fait pas de la religion , au moins de la bonne , par procuration. Quand l'âme se réveille, elle ne veut plus marcher qu'à la lumière du Tout-Puissant. Sans doute, tous les hommes ne sont pas en état de faire les re-
cherches nécessaires pour la découverte delà vérité, cela exige 3es lumières qui ne sont le partage^que du petit nombre; mais quand la vérité est proclamée devant les hommes, tous peuvent la reconnaître , car ils en portent l'image et elle répond aux aspirations et aux besoins de leurs cœurs. L'Évangile était prêché aux simples et aux enfants : les plus ignorants purent se réjouir à sa lumière et se sentir réchauffés par sa chaleur.
Si nous ne fermons pas les yeux pour juger des couleurs d'après l'opinion des autres , pourquoi ne nous servirions-nous pas de notre raison , de notre conscience et de notre cœur, dans les choses de leur domaine ? Voilà ce qu'on ne pouvait pas manquer de se dire; voilà tout au moins des principes qu'on ne put qu'approuver quand ils furent hautement proclamés.
Il y eut beaucoup de Réformés en France dès que la Réforme y fut connue; proportionnellement il y en eut davantage à Montpellier. Il y en aura toujours beaucoup, partout où le bon sens conservera ses droits, la conscience son empire , la Bible sa bienfaisante autorité.
L'histoire que nous avons à raconter se divise naturellement en quatre périodes.
La première va de la fondation de l'Église de Mont-
pellierà l'Édit de grâce (1560-1629); elle embrasse ce que nous pourrions appeler son âge héroïque. Dans cette période, elle lutte à armes égales contre sa rivale, et souvent elle lui est supérieure.
La deuxième va de l'Édit de grâce à la révocation de l'Édit de Nantes (1629-1685). La politique de Richelieu amoindrit le Protestantisme; celle de Louis XIV se flatte de l'avoir anéanti.
Dans la troisième période, qui s'étend va de la Révocation à la mise en liberté des captives de la tour de Constance et des galériens de Marseille et de Toulon (1685-1770), l'Église protestante, méconnue, niée, sans existence légale, oblige le Pouvoir à compter avec elle, le lasse par ses souffrances et finit par le vaincre à force de persévérance.
Dès 1770, l'Église est reconnue de fait sans l'être de droit ; sa position s'améliore par l'Édit de tolérance ; le Consulat la replace sur une base légale, et depuis lors elle ne cesse de travailler à se reconstituer sur ce fondement.
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DE LA FONDATION DE L'ÉGLISE DE MONTPELLIER A L'ÉDIT DE GRACE (1560-1629)
DE LA FONDATION DE L'ÉGLISE DE MONTPELLIER A L'ÉDIT DE GRACE (1560-1629).
Premiers commencements. — Premiers lieux de culte. — La maison Desandrieux. — Accident de Saint-Denis. — Premier Consistoire. — Voyage de Claude Formy à Genève. — Claude Formy et François Maupeau , prédicateurs. — Chassanion arrive à Montpellier. — La maison Didier-Baudier. — Une assemblée dissoute. — La Maison- Mage. — Assemblée de trois ou quatre mille personnes. — Le jugecriminel et le pasteur. — Conférence chez l'évêque. — Lettres de Pellicier et du cardinal de Lorraine. — Saint-André marche sur Montpellier. — Villars y arrive à son tour. — Impôt sur les protestants pour l'entretien des troupes. — Les persécuteurs convertis. — Retour de Chassanion à Montpellier. — Troubles au sujet du pain bénit. — Rixe sanglante à l'enterrement du professeur Bocaud. — Prise de Notre-Dame-des-Tables.
En toutes choses, l'histoire des origines est semée d'obscurités. Cela tient à deux causes : la première, c'est que toute nouveauté, étant assurée de trouver des adversaires, évite autant qu'elle peut d'attirer l'attention ; et la deuxième, c'est que plus tard, ceux qui veulent en raconter l'histoire la prennent au moment où elle se dessine sous une forme qui permet
Il) LIVRE PREMIER
de la saisn. Son apparition n'est pas son commencement; comme l'eau îles sources, elle ne reçoit an nom qu'au moment où elle sort de terre, mais elle existait pourtant lorsqu'elle filtrait sous le sol et coulait en filets clans les fentes des rochers.
A Montpellier comme partout, la Réformation se fit par un travail intérieur, secret et peut-être ignoré de ceux mômes chez qui elle commençait à jeter ses racines. L'histoire ne parviendra jamais à pénétrer ces mystères; mais l'étude de nous-mêmes, la réflexion, qui nous permet de démêler la marche de ce qui se passe au dedans de nous, nous fournit souvent le moyen de nous rendre compte de ce qui s'accomplit chez les autres. C'est par l'étude de notre propre cœur que nous arrivons à connaître celui de nos semblables.
La première lueur que les documents historiques nous fournissent sur le mouvement religieux qui s'opéra dans la ville de Montpellier , depuis que la réformation de Luther eut éclaté en Allemagne, ne remonte pas au-delà de 1 554. Il paraît qu'à cette époque l'attention de l'autorités'était portée sur un certain nombre de personnes qui ne se montraient plus satisfaites du culte célébré par le clergé. Ces personnes avaient cherché à se former un culte mieux en rapport avec leurs sentiments, et dans lequel la lecture des Livres saints occupait une place prédominante. Des arrestations eurent lieu pour cause de religion, et les prisons de la ville s'ouvrirent devant de pauvres malheureux dont le seul crime était de vouloir servir Dieu selon