‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 58 sur 253 · CHAPITRE XII J · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII J

provincial de l'ordre. L'agrément des consuls n'avait pas même été réclamé. Ceux-ci firent opposition ; ils alléguèrent que cet emplacement était trop près des remparts et que , l'ordre des Capucins étant une nouveauté dans la ville , ils craignaient une sédition de la part des protestants. Les motifs de leur opposition sont donc empruntés à des considérations de l'ordre administratif : la sûreté de la ville au dehors et sa tranquillité au dedans. Les consuls demandaient qu'on ne passât pas outre sans prendre les ordres du roi. Fenouillet prétendit qu'il avait la permission royale, mais ne put la produire. Pour le moment, l'évêque consentait âne faire qu'une procession, en vue de planter une croix au jardin où il se proposait de faire bâtir le couvent et l'église. Quanta la construction, il attendrait, dit-il, la permission royale. Nouvelle opposition de la part des consuls.

Une assemblée convoquée à cette occasion eut lieu chez le président d'Airebandouze, seigneur d'Anduze. Des députés s'y rendirent des deux côtés, mais on ne parvint pas à tomber d'accord. Peu après, les catholiques se réunirent dans l'église de la Canourgue ; le P. Archange les harangua, et ils en partirent processionnellement pour aller planter la croix. La procession était formée de cinq ou six mille personnes, tant hommes que femmes, et elle s'avançait au milieu d'une double haie de soldats huguenots armés de mousquets, d'arquebuses, de piques et de hallebardes. Arrivée au coin de la rue qui conduisait à ce grand jardin, les gens

de la procession trouvèrent, la porte barricadée et gardée, et furent invités à se retirer, Fenouillet ne tint aucun compte de cet te défense, ordonna d'enfoncer la barricade et passa outre. Les soldats huguenots firent alors une décharge à poudre; mais l'évêque, loin de s'effrayer, s'écria : «Courage! mes amis; on salue la croix. Vive Jésus ! » Les soldats huguenots se retirèrent à la tour de la porte des Carmes, et de là il fut fait encore quelques décharges , mais sans balles, pour faire peur seulement. Tout cela n'empêcha pas les catholiques de continuer leur œuvre, et la croix fut plantée ; c'était le samedi 13 juin. Les protestants, qui avaient épargné leurs balles tout en prodiguant leur poudre , se permirent des quolibets au sujet de la couleur de la croix, qui était rouge. Elle est espagnole, dirent-ils, et présage quelque malheur. Rien de fâcheux n'arriva néanmoins.

Voilà où en étaient les esprits à Montpellier, peu de temps avant l'assassinat du roi Henri IV. Il n'y a pas à s'y tromper, le tableau que nous venons de reproduire, d'après Serre et d'Aigrefeuille, n'est certainement pas de l'histoire impartiale. Si nous avions oublié les tendances ordinaires de ces historiens, nous retrouverions dans leur récit les traces non équivoques de leur partialité. On a bien soin de représenter l'évêque Fenouillet comme un héros dont les vertus sont, à la vérité, plus militaires qu'épiscopales. Les consuls, au contraire , agissent comme des brouillons qui , sans motifs réels, cherchent à s'opposer aux desseins de

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