‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 61 sur 253 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

sion, un service des plus solennels. Leur évêque , Pierre Fenouillet, prononça l'oraison funèbre du monarque, et laissa indécise la question de savoir quelle de ces vertus l'avait emporté en lui : la valeur ou la clémence.

La bonne intelligence régnait à Montpellier entre les deux cultes, au commencement du règne de Louis XIII. Ce qui le montre, c'est l'accueil qui fut fait au duc de Montmorency, lors de son retour de la cour, où il avait assisté au premier lit de justice que tint le jeune roi. Il y eut illumination et feu d'artifice dans la ville. Les catholiques et les protestants y prirent la même part.

Marie de Médicis avait été déclarée régente. De grands changements ne tardèrent pas à s'accomplir. Sully perdit, avec la faveur dont il jouissait à la cour, l'influence qu'il exerçait sur les affaires. La politique de la France changea; elle en revint à l'alliance avec l'Espagne.

On le conçoit, toutes les appréhensions des protestants durent renaître. Les dispositions malveillantes de la cour leur étaient connues; ils n'avaient, pour relever leur courage, que les embarras mêmes où elle se trouvait. Ils voulurent se hâter d'en profiter pour obtenir quelques garanties nouvelles. « Le roi est mineur, soyons majeurs» , disait Du Plessis-Mornay. L'Édit de Nantes avait été confirmé, il est vrai; mais d'autre part , «à son sacre , le jeune roi avait prêté serment « d'exterminer les hérétiques. » Les protestants deman-

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dèrenthi permission de tenir leur assemblée triennale', comme ils l'avaient t'ait sous Henri IV ; et aux difficultés qu'on lui opposait , le ministre Charnier répondit que : « si on ne leur accordait la permission , ils la sauraient bien prendre. »

La permission fut accordée pour Je mois de mai 1611, et l'assemblée, convoquée d'abord à Châtellerault, se réunit à Saumur le 27. Les seize provinces ecclésiastiques de la France protestante s'y trouvèrent représentées par leurs députés. Exceplé Lesdiguières, qui s'était fait suppléer par un député, tous les grands seigneurs de la Religion pourvus de charges en cour ou de services royaux, y assistaient. Duplessis-Mornay fut nommé président de l'assemblée, contre le duc de Bouillon, qui briguait cet honneur. Ce fut dans cette assemblée que Henri de Rohan, gendre de Sully, fit voir ses talents d'homme d'État et de grand orateur politique. « La vie de Henri le Grand maintenait notre

1 Outre les synodes religieux, autorisés par l'Édit de Nantes, les réformés avaient obtenu l'autorisation de tenir, tous les trois ans , une assemblée générale composée de soixante et dix personnes, trente geatilshommes, vingt ministres et vingt anciens du tiers-état nommés par des assemblées provinciales. L'assemblée générale avait mission de rédiger un cahier de doléances et de choisir des députés qui résidaient en Cour comme les fondés de pouvoirs de tout le corps des Églises réformées auprès du roi. Les Huguenots possédaient ainsi un véritable gouvernement représentatif, et le roi se trouvait nécessairement pressé entre leurs assemblées et celles du clergé, qui étaient aussi redevenues périodiques et qui réclamaient toujours aussi des concessions nouvelles. (Henri Martin"; Histoire de France, liv. 63.)

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