CHAPITRE XIV ÎG
telle sorte, que par eux on put agir sur les dispositions d'un grand nombre des principaux habitants. Pour recouvrer leurs enfants , ceux-ci demandèrent , en effet, l'entrée de troupes dans la ville pour assurer la prompte exécution des travaux qui devaient marquer le terme de cette captivité. Leur requête servait on ne peut mieux les vues du roi , qui l'accueillit avec empressement. Les régiments de Picardie et de Normandie furent introduits dans la ville, sous le commandement de M. de Valence.
L'éternelle question du consulat reparaît ici. D'après un article du traité , les consuls de Montpellier devaient êlre mi-partie, h l'avenir. Mais le duc de Rohan avait obtenu un brevet particulier, et il était entendu que rien ne serait innové à cet égard. Le duc de Hohan et les protestants étaient-ils en droit de penser que tous les consuls pourraient être protestants, comme par le passé? Il paraît bien que c'est là l'interprétation qu'ils adoptèrent , et le duc de Rolian vint à Montpellier pour s'y trouvera l'époque des élections. Par un abus de pouvoir que rien n'autorisait, M. de Valence le fit arrêter. Les consuls n'en furent pas moins nommés, et tous appartenaient à la religion protestante. Ce fut en cachette, dit-on. C'était pourtant à l'Hôtel de Ville et au jour prescrit par l'usage, savoir le 1er mars. Valence cassa celte élection et nomma un consulat mi-partie. Le baron de Castries occupa la charge de premier consul. Les protestants adressèrent une requête à la cour; on se plaignit que cette nomination
était contraire à la lettre du brevet, que la violence avait été employée, et que même Valence avait retenu chez lui, pendant une nuit entière, les consuls qui sortaient de charge. Ces réclamations ne furent point écoutées. Le duc de Mohan, mis en liberté, conserva dans le Rouergue les privilèges qu'il avait vainement essayé de défendre à Montpellier.
On refusera peut-être d'admettre qu'il pût exister des instructions en sens opposé, et que la même affaire fût réglée de deux façons différentes. Hélas! cela n'était pas rare à celle époque. Que de fois des arrêts favorables furent accordés aux protestants, tandis que les commandants de la province avaient et exécutaient des ordres contraires !
Le reste de l'année se passa tranquillement à Montpellier. Les officiers de la garnison y donnèrent beaucoup de fêles. Plusieurs fois ils se métamorphosèrent en acteurs et jouèrent la comédie. Pour enchaîner les hommes , il faut commencer par les amollir. On sait cela depuis longtemps.
Les habitants de Montpellier devaient nécessairement loger les troupes que l'on avait introduites dans leur ville. Les soldats étaient chez les particuliers ; il en résultait une charge dont le poids commençait à se faire sentir. N'y aurait-il pas avantage à faire construire une citadelle? Les soldats y seraient casernes, et l'on soulagerait ainsi les habitants. Quand ce ballon d'essai eut été lancé et qu'il eut trouvé quelques partisans, M. de Valence s'assura un certain nombre de